15.12.2008
La maison d'en haut 07
Tout est feutré dans cette maison , songe-t-elle, le silence est apaisant, mais le grand silence l'angoisse terriblement.
Assise près du feu, elle regarde les flammes qui dansent autour des bûches. Elle les fixe avec intensité, sans un battement de cil, ces flammes sont légères, envoûtantes, d’une mobilité infinie.
A force de les observer, peut-être aussi par la fatigue du regard, elles lui semblent dessiner des arabesques étranges, la fumée bleutée qui s’en dégage est, transparente, et se trouve aussitôt aspirée vers le ciel, bientôt elle ne voit plus que ce feu qui emplit tout son champ de vision, tout son regard, elle perd la notion du réel, mais ne l’a-t-elle pas déjà perdue depuis longtemps ?
Les bûches se creusent, se tordent de douleur sans doute, elle les voit pleurer des larmes brûlantes, entend leurs plaintes qui lui déchirent l’âme, et sont d’une résonance tellement humaine qu'elle est prête à partager leur douleur sans aller,pense-t-ellejusqu'à l'immolation.
Elle voit les landiers de fer brut qui supportent le bois, le tourne-broche, dont l’extrémité forgée en forme de fer de lance pointe son doigt vers elle, le pare-feu tressé de petits fils métalliques. Leurs images déformées par les gaz de chaleur lui semblent des instruments de torture du Moyen-Age.
Elle imagine les bûches de l’Inquisition, elle voit ces hérétiques jetés au bûcher, ils se tordent, tendent les bras vers le ciel, implorent la clémence, le pardon d’ils ne savent quel crime, sinon celui d’être nés trop tôt, ils crient, ils hurlent, ils supplient, ils exhalent une plainte si intense, si désespérée, si longue, qu’au travers du temps elle raisonne encore à ses oreilles.
Elle pense à ceux qui volontairement s’immolent par le feu. Aurait-elle le courage d’un acte de cette nature, hors du commun ? Il lui faudrait sans doute beaucoup de courage ou peut-être avoir touché le fond de la misère, de la souffrance humaine.
Soudain, la musique éclate dans la pièce, elle est pourtant seule, on dirait une symphonie, peut-être du Berlioz, elle ne sait, fait pourtant appel à sa mémoire, il ne semble pas qu’elle ait jamais entendu ce passage, elle voudrait pourtant bien savoir, elle écoute toujours, assise auprès du feu, elle est comme engourdie, décidément tout est étrange ici, mais elle accepte cela, tout simplement.
Depuis combien de temps est-elle immobile ? Elle a dû s’assoupir; lorsqu’elle rouvre les yeux elle voit toujours les bûches se consumer dans la cheminée, c’est curieux, il lui semble que ce sont toujours les mêmes bûches, en tout cas elle n’a vu ni entendu personne garnir le feu, pourtant le Maître de céans est derrière son bureau, il écrit ; en face d’elle, assise dans un fauteuil, la femme au regard étrange lit une revue les jambes repliées sous elle.
La nuit a recouvert de son épais manteau cette maison d’en haut, les volets ne sont pas clos, par les portes-fenêtre on ne distingue aucune clarté extérieure, pas une étoile dans le ciel noir.
Elle ne fait pas un geste, ni l’un ni l’autre de ses hôtes ne l’ont vu s’éveiller, elle s’empresse de fermer ses yeux à demi, comme ça elle peut les observer sans qu'ils s'en aperçoivent.
Quel est cet homme, un romancier sans doute, peut-être aussi un peintre, est-il célèbre ? Elle ne peut le dire, il n’a pas d’âge , songe-t-elle, - trente ans, quarante, cinquante, ou plus, non, vraiment, elle ne peut lui donner d’âge, ses cheveux sont noirs, les tempes cependant sont un peu grisonnantes, le visage est anguleux, les pommettes saillantes, porte des lunettes d’écailles, un pantalon blanc serré à la ceinture, afine sa silhouette. Une chemise blanche à col mao, brodée de deux motifs rouge sang, dont les manches sont très amples, le boutonnage sur le devant est assuré par de gros boutons dorés, il porte autour du cou une grosse chaîne en métal doré à laquelle se trouve suspendue une sorte de grosse croix grecque au milieu de laquelle brille une très jolie pierre, peut-être une améthyste.
Manguy désorientée mais fascinée, poursuit son examen. Est-il marié ? il lui est impossible de répondre, elle ne voit ni bague ni alliance à l'un quelconque de ses doigts. Quelles relations entretient-il la avec la femme au regard étrange assise en face d’elle?
La femme elle non plus, ne porte pas d’alliance, rien que des bagues en métal argenté de formes étranges, l’une de ses mains en est parée à chaque doigt. C'est original et ça semble bien correspondre à sa personnalité.
Cette femme est troublante, inquiétante même, les cheveux sont courts, d’un noir d’encre, elle porte un jean blanc, immaculé, un pull bleu d’azur, court, moulantsuperbement sa poitrine dont les rondeurs un peu fortes accrochent le regard.
La voilà qui s’arrête de lire, tourne légèrement la tête et regarde intensément l’homme absorbé par son écriture.
- Je suis inquiète pour cette nuit , dit-elle à l’homme, - j’ai peur qu’il revienne une fois encore.
- Nous verrons bien, répond-t-il, j’ai pris toutes mes précautions.
- Je sais mais j’ai peur quand même, il a fait beaucoup de mal la nuit dernière, je pensais qu’on aurait pu régler le problème autrement, nous en sommes réduits à le faire disparaître, j’ai fait creuser une fosse près de la rivière, caché sous les arbres.
- ne t'en fais pas, reprit l'homme, tout se passera bien. Mais je t'en prie si tu entends du bruit cette nuit, n'appelle pas ta mère, précisa-t-il d’un air sous-entendu.
- Crois-tu qu’après nous pourrons vivre en paix, demanda la femme ?
- Peut-être, mais qui le sait ?
La femme poursuivit d'un air inquiet.
- j'ai peur qu’ils ne soient plusieurs.
- Chut, murmura l'homme, Manguy vient de bouger, ce n’est pas la peine de l’affoler.
13.12.2008
La maison d'en haut 06
Sans bruit, le maître de céans pénétre dans la salle, ne dit pas un mot, ne fait pas un geste, pas un regard pour les deux femmes, prend place derrière son bureau.
En sortant, la femme lui jette un long regard, un imperceptible sourire s’est figé au coin de ses lèvres, malgré une apparente humilité, elle a dans sa démarche, souple, décidée, l’allure d’une conquérante des temps modernes.
Manguy se sent toute petite, écrasée, sans réaction, le Maître de céans regarde fixement, intensément le feu, puis il tourne lentement la tête en direction de Manguy, elle accroche son regard.
- Assieds-toi Manguy, nous avons à parler. Voilà, dit-il en posant ses deux mains bien à plat sur le cahier rouge disposé sur le bureau, c’est un roman, c’est mon roman, je l’ai rédigé moi-même, je te demande de le lire, prends le temps qu’il te faudra, je veux que tu te mettes à la place de mes personnages, que tu comprennes leurs motivations, je veux qu’ils t’inspirent des sentiments, je veux que tu analyses leurs réactions de haine, d’amour, de pitié, d’indifférence ou de mépris, je veux qu’ils deviennent pour toi des êtres vivants, que tu te fondes en eux. Je veux de ta part une critique sérieuse, sur l'histoire, le style, la syntaxe.
Il la regardait, quêtant une approbation.
- Je ferai de mon mieux, dit-elle.
- Non, Manguy, faire de son mieux ce n’est pas suffisant, il faut te dépasser, l’être humain dispose de ressources infinies, pour la plupart encore méconnues, et particulièrement les êtres sensibles, comme toi Manguy les artistes peuvent se dépasser,aller jusqu’à la folie, Manguy, la folie, qui pour moi est l’expression sublime du génie.
Manguy, je sens que ce que nous allons vivre ensemble va être fabuleux, j’avais besoin de toi, et je sais maintenant que tu avais besoin de moi, il faut que nos forces, que nos esprits, que nos âmes se fondent en un même courant. Il faut que nous ne sachions plus, quand cette œuvre sera terminée, qui a fait quoi.
Il s’enflammait en développant ses idées, s’exaltait, ses yeux rayonnaient d’une étrange lueur, il regardait profondément Manguy, comme s’il avait voulu pénétrer en elle, dans son être le plus intime, comme s’il avait voulu la marquer de son empreinte.
Il poursuivit.
- N’oublie pas Manguy qu'ici tu vis hors du temps, hors des choses et du monde, aussi, rien de ce que tu verras ou de ce que tu entendras ne devra t’étonner, ne devra te faire peur aussi, je sais que parfois ça te sera difficile, mais tu devras me faire confiance et croire en moi aveuglément même si toutes les apparences me condamnent.
Ah, j’oubliais, tu es libre ici, Manguy, ce que tu vas faire tu l’as accepté, ce que tu vas vivre tu l’as désiré, ici, personne n’impose à quiconque quoi que ce soit, si tu en as envie ou si tu en éprouves le besoin, tu peux sortir, te promener librement et à ta guise dans la propriété, tu seras peut-être surprise par certaines manifestations mais jamais tu ne devras poser de questions, ici on ne viole pas les autres mais, de même et en retour, on n’admet pas être violé.
Or les questions sont le plus sûr moyen de violer les êtres. Par le questionnement, on leur impose une réponse, alors qu'ils n’avaient peut-être pas le désir de se dévoiler, c'est donc une forme de viole moral et, l'on ne sait jamais si la réponse obtenue est l'expression de la vérité ou, s'il ne s'agit pas d'un mensonge. Les questions, vois-tu Manguy, sont le plus sûr moyen de fausser les rapports entre les êtres.
Immobile, attentive, Manguy écoute parlait le Maître. Tout est étrange dans cette maison, une impression qu'elle ne peut définir taraude son esprit.
Oh, Manguy, les repas, il n’y a pas d’obligation, tu manges à ta guise, tu n’attends personne, quand tu as faim, tu trouveras toujours tout ce qui pourra apaiser ta faim et ta soif, tu dormiras lorsque tu en ressentiras le besoin, le jour ou la nuit, peu importe, tu es libre Manguy, ici, il n’y a pas de contraintes, et pour le reste Manguy, pour toutes tes autres satisfactions, tu as ton esprit Manguy, la libération qu’elle qu’elle soit vient toujours par l’esprit, l’esprit est libre et lui seul peut libérer le corps, mais prends garde, Manguy, si l’esprit peut libérer le corps, il peut aussi l’asservir, et tu auras toujours un choix à faire.
Pardonne-moi de te laisser seule maintenant, dit-il en se levant, d’autres tâches m’appellent. Il ne précise pas les qu'elles.
Elle le voit disparaître par l’escalier de la tour, entend les marches qui craquent sous les pas pesants de l’homme, entend là-haut une porte se refermer, puis le silence reprend possession des lieux.
12.12.2008
La maison d'en haut 05
Enfin la voilà dans la salle unique de cette maison, il n’y a toujours personne, les bûches se consument lentement dans la cheminée, elle frissonne de froid, à moins que ce ne soit de peur, mais la présence du feu qui disperse une douce chaleur la rassure, elle s’assoit dans l’un des fauteuils, elle s’en veut maintenant de cette réaction, décidément elle est trop sensible, l’étrangeté de cette situation a sans nul doute contribué à lui mettre les nerfs à fleur de peau.
Quelques instants se sont écoulés, elle se sent mieux, elle est presque bien maintenant, elle se risque à examiner la salle, en tournant la tête ses yeux se portent sur le tableau posé sur le chevalet, l’éclairage tamisé souligne les contours de la peinture, la lumière dansante du feu projette des éclairs successifs qui animent le sujet, ce tableau est fantastique, intriguée, elle se lève et s’en approche pour mieux l’observer.
Sur un fond de montagnes sombre, presque noir, éclairé par un ciel de petit matin, sur un sol lie de vin, trois croix d’un vert jaune se détachent et semblent sortir du tableau. La croix centrale paraît en relief, le peintre lui a donné une perspective telle que la base est énorme par rapport au sommet, elle est fascinée, ce tableau l’intéresse, se demande quel symbole l’artiste a voulu lui donner.
Elle en est là de ses réflexions lorsqu’un bruit insolite lui fait tourner la tête.
Une créature d’une étrange beauté vient d’entrer dans la salle, elle est souriante, c’est une femme, pas du tout étonnée de la trouver là, au contraire, elle s’approche, la regarde longuement.
- Je suis heureuse de te voir, moi aussi je t’attendais. Je t’appellerai Manguy.
Marie étonnée, curieuse, s’enhardit.
- Mais ce n’est pas mon nom, pourquoi Manguy ?
Le visage de la femme est soudain devenu grave, a un mouvement de la main comme pour lui imposer le silence, le regard apeuré s’est porté alentour, puis est revenu sur Marie.
- Écoute-moi bien Manguy, souviens-toi d’une chose, d’une seule chose, ici, jamais tu ne devras poser de questions, jamais tu ne devras interroger quiconque, souviens-toi, jamais, ce serait trop dramatique pour toi. Cependant, pour une fois, et pour une seule fois, je vais prendre le risque d’enfreindre cette règle, et je vais te dire pourquoi j’ai choisi ce nom.
Elle se rapproche, la prend par les épaules et sur un ton de confidence lui dit ces mots :
- Tes yeux sont beaux, Manguy, ils sont d’un bleu tendre, d’une profondeur infinie, ils évoquent pour moi les voyages, mais sont énigmatiques, je retrouve dans leur mystère toute l’Inde mystérieuse. Je sens aussi Manguy que tu es ardente et je crois deviner en toi toute la passion de l’Amérique du Sud, des civilisations disparues, et puis la forme de ton visage, tes seins gonflés appellent en moi l’image d’un fruit, d’un magnifique fruit mûr à la chair savoureuse et parfumée, car le parfum, Manguy, que tu dégages, semble venu d’ailleurs.
Or, Manguy, pour moi, c’est une expression tendrement adoucie qui vient de mangue, mais sais-tu seulement ce qu’est une mangue ? C’est un fruit en forme de poire qui vient de l’Inde ou de l’Amérique du Sud, et dont la chair est jaune, savoureuse et parfumée. J’en rapporte souvent de mes lointains voyages.
Manguy a écouté l’explication de cette femme qui a lâché ses épaules. Elles restent toutes deux face à face. Manguy se sent rouge de confusion, elle vient d'entendre une véritable déclaration d'amour, se demande si elle doit y répondre, son cœur est rempli de joie, une douce chaleur enpourpre son visage.
Cette femme qui se tient devant elle, dit un droite dans ses bottes, quelque peu provocante, a un étrange regard, un regard formé par des yeux noirs brillant d’une intensité à peine soutenable, un regard de médium.
D’où vient-elle ? se demande Manguy. Elle a une allure d’Amazone, que fait-elle dans cette maison? Qui est-elle ?
Mais Manguy se souvient qu’elle ne doit poser aucune question.
11.12.2008
La maison d'en haut 04
Subitement, comme si son apparition l’avait commandé, la musique s’est arrêtée, par contraste, le silence n’en est que plus oppressant, son coeur bat plus vite, elle attend ne sait quoi, observe sans oser remuer la tête, embrasse toute la salle, un immense bureau trône devant une bibliothèque encastrée dans le mur entre deux portes-fenêtres, une machine à écrire est posée
Le jour semble se ternir, le ciel qu’elle aperçoit par les fenêtres sans volets est de plus en plus sombre, quelque étoiles scintillent ça et là, elle veut subitement connaître l’heure mais il n’y a ni horloge, ni réveil.
Machinalement elle consulte sa montre mais elle est surprise, sa montre a quitté son poignet, pourtant, jusqu’alors, elle ne s’en était jamais séparée, même quand elle avait accouché, même lorsqu’elle prenait son bain.
Elle ne sait pourquoi elle a voulu consulter sa montre, quel besoin a-t-elle de connaître l’heure ? N’avait-elle pas voulu vivre hors du temps ?
Pourquoi éprouve-t-on le besoin d’évaluer le temps qui passe ? Veut-on plutôt se rassurer sur le temps qu’il nous reste à vivre ? Il lui faudra donc perdre cette habitude, elle voulait disposer d’un mois, et voilà que maintenant ce délai qu’elle s’était fixé prend une autre dimension, s’il ne peut être compté ni mesuré, il devient de ce fait infini.
Les yeux clos, une image de plus en plus précise s’impose à son esprit. Cette image prend la forme d’une masse énorme, imposante, aux contours indéfinis, la mouvance de cette forme est extraordinaire, c’est comme si elle l’observait au travers d’un kaléidoscope. Les contours s’affinent, se modifient, les couleurs aussi changent, se transforment, il y a cependant une dominante de rouge et de blanc, elle s’applique à stabiliser cette image, à lui donner, à lui imposer une fixité suffisante. Petit à petit, l’image se précise, c’est ça, c’est bien ça, c’est l’homme qui l’a accueillie qui lui apparaît ainsi, mais quel est cet homme qui peut aussi aisément s’imposer à son esprit ? De quelle force surhumaine dispose-t-il ?
Elle le voit debout, tout près d’elle, il est là, il la regarde intensément, elle se sent faible, de plus en plus faible, sans défense, vulnérable, elle s’affole, a peur, et pourtant il n’a aucun geste menaçant, rien dans son attitude ne peut être de nature à l'effrayer, et pourtant elle frissonne profondément troublée.
Elle n’ose pas ouvrir les yeux, s’il la sait éveillée ne peut-il pas modifier son comportement, soudain elle le voit qui se penche vers elle en approchant ses deux mains tendues, ne voit que ces mains puissantes, énormes, à quelques centimètres de son visage, les voit descendre près de sa gorge et sent la chaleur de ses doigts, elle n’en peut plus, se dresse sur son lit et hurle de toutes ses forces, elle crie, crie à en perdre le souffle tout en ouvrant les yeux.
Il n’y a personne dans la chambre, sa porte est toujours fermée, pourtant elle était sûre qu’il était là, à côté d’elle.
Elle se calme, regarde hébétée autour d’elle, il n’y a rien. Le silence qui succède à son cri lui paraît plus lourd, plus insolite encore, le jour a fait place à la nuit, elle est épuisée, anéantie, voudrait dormir mais cette solitude lui pèse, elle ne peut rester ainsi, veut voir une présence humaine, mais la maison est toujours silencieuse, Marie se lève et veut redescendre dans la salle, veut se rassurer mais il lui faut ouvrir la porte de la chambre, elle hésite, c’est toujours angoissant d’ouvrir une porte fermée, on ne sait jamais avec certitude ce qu’il y a derrière.
Malgré sa peur et son incertitude, déployant une force qu’elle croit surhumaine, elle tourne lentement la poignée, sans bruit, pousse l’huis, se retrouve sur le palier de la tour, il lui faut maintenant descendre ces marches qui craquent longuement sous chacun de ses pas.
10.12.2008
La maison d'en haut 03
Depuis combien de temps vogue-t-elle ainsi ?
Lorsqu’elle reprend conscience, la barque est arrêtée, correctement rangée près de la berge, elle s’est frayée un chemin entre les nénuphars, la végétation fait au-dessus de sa tête une voûte de verdure qui lui cache le ciel, le soleil a disparu, elle regarde intriguée autour d’elle, il n’y a personne, seuls les chants d’oiseaux troublent le silence, pas un souffle d’air, pas un bruissement de feuille, pas une voix humaine, elle n’ose faire un mouvement de peur de rompre le charme.
Pourtant, en prêtant l’oreille, elle entend au loin une musique étrange, ne peut distinguer la mélodie pas plus que les instruments qui la chantent, elle est intriguée, attirée, cette musique vient du haut de la colline, au-delà du jardin qui descend jusqu’au ruisseau.
Comme une automate, Marie se lève, saute sur la berge, elle perçoit les battements de son cœur qui martèlent sa poitrine comme un galop de cheval raisonnant sur le sol. Une étrange sensation s’installe en elle, est-ce la peur ? Non, elle n’ait pas angoissée, plutôt surprise, cette musique l’attire, elle sent comme une force supérieure la guider, comme un désir impérieux lui commander d’aller là-haut, au-delà du jardin, tout en haut de la colline.
Elle commence sa marche, de ses deux bras tendus écarte les hautes herbes pour se faire un passage, suit ce qui avait dû être il y a bien longtemps, à moins que ce ne fut hier, une allée bordée de rosiers.
Elle est émerveillée, subjuguée, aperçoit de place en place entre les hautes herbes des taches de teintes multiples, il lui semble que les roses ont fleuri sur les herbes, c'est une féerie de couleurs.
Plus elle avance, plus cette musique devient perceptible, plus elle se fait ensorcelante. Marie est prise sous le charme, elle gravit maintenant quelques marches de pierre recouvertes de mousse et usées par le temps, quelques ifs charnus dessinent un jardin à la française réhaussé par des vestiges de balustres reliés entre eux par une chaîne aux trois-quarts rongée par la rouille. C’est vieux, d'une beauté tranquille, un coin de paradis.
Le ciel est uni, sans profondeur, sans nuages, sans couleur aussi ; soudain, en levant la tête, elle aperçoit en face d’elle, encadrée par des arbres centenaires, une étrange maison aux toits pointus, aux tuiles vieillies par les intempéries, plantée là sur une terrasse de pierres taillées qui forme un promontoire, elle est flanquée sur sa gauche d’une tour ronde dont la pointe s’élève dans le ciel, les volets sont ouverts, la musique vient de l’intérieur, tout alentour dénote l’abandon, l’absence de vie, et pourtant il y a cette musique et ces volets ouverts.
Sur la droite, une excavation géante ouvre sa gueule béante au ras du sol, des fleurs étranges, curieuses, immenses, parsèment le sol rocailleux, on devine qu’elles se sont plantées là au gré du vent au milieu d’un champ de coquelicots, c’est un décor fabuleux, l'expression la plus pure d'une nature sauvage.
Elle reste là un long moment, le souffle court, observant les lieux comme si elle redoutait d'être surprise. Puis, reprenant sa respiration, elle reste sans pouvoir se décider à monter les quelques marches de pierre brute conduisant sur la terrasse.
Elle hésite, voudrait fuir, ou tout au moins se réveiller, n’en a ni la force ni le courage, elle doit poursuivre, doit continuer, elle veut savoir, peut-être est-ce l’aboutissement de ses rêves ? Peut-être a-t-elle quitté la terre ? Peut-être son esprit erre-t-il dans cet infini dont on lui a tant parlé depuis sa plus tendre enfance, à quel rendez-vous se rend-elle ? A quels rites mystérieux va-t-elle assister ? Est-ce le ciel ? Le purgatoire, ou l’enfer ? Doit-elle expier ses fautes ? Mais de quelles fautes est-elle coupable ? Vient-elle au contraire de découvrir le paradis perdu ? Tous les clichés de sa jeunesse affluent à sa mémoire.
Allons, il lui faut poursuivre, on ne déclenche pas impunément des mécanismes inconnus, elle a peut-être trop flirté avec les rêves, aujourd’hui ils se vengent, ce n’est plus elle qui les dirige, les oriente, ce sont eux qui s’emparent de son corps après avoir disposé de son esprit.
Elle ne peut plus reculer, ne peut échapper à son destin, il faut aller plus loin, il faut avancer, alors elle reprend son ascension.
A pas comptés, elle gravit les marches et débouche enfin sur la terrasse, s’approche tremblante de la maison, essaie de voir à l’intérieur au travers des vitres, entrevoit indistinctement une grande salle.
Elle frappe à l’une des portes mais personne ne répond, timidement elle fait le tour de la maison, contourne la tour, la porte d’entrée est grande ouverte, la musique éclate à ses oreilles, elle se sent submergée, entraînée, n’a plus aucune résistance, elle se laisse guider, entre, pénètre dans un vaste couloir qui débouche sur la grande salle, l’unique salle de cette maison.
09.12.2008
La maison d'en haut 02
Marie ne s'est jamais rebellée, elle a accepté cette vie parce qu’elle aime ses enfants et puis parce qu’elle pense qu’à force de persévérance, l’âge aidant, son mari finira bien un jour par prendre conscience de son attitude, alors peut-être qu’une autre vie sera possible.
En retour elle demande peu de chose, un mois, quatre petites semaines de repos, après tout, on accorde bien maintenant des permissions aux prisonniers de droit commun, même aux autres du reste, pourquoi n’aurait-elle pas droit à sa permission ?
C’est décidé, ses raisons sont solides, sa résolution est prise, ce soir elle parlera à son mari.
Les jours ont passé, très vite, les rapprochant un peu plus du grand départ, elle ne sait comment elle a réussi à engager la discussion, ni où elle a puisé le courage nécessaire pour tenir tête à son mari, elle ne veut plus s’en souvenir, elle veut oublier, a-t-il accepté de bonne grâce ? Peu importe, ce qu’elle sait, c’est qu’elle a tenu bon.
En définitive elle partira seule, où ? Elle ne le sait pas, avec qui? Peu lui importe, quelques jours auparavant elle avait lu dans les petites annonces d’un grand quotidien qu’un écrivain recherchait pendant un mois une correctrice pour son nouveau roman.
Au hasard elle avait précisé à son mari qu’elle avait posé sa candidature et qu’elle avait été retenue, c'était un pieux mensonge, mais que n’aurait-elle fait pour jouir d'un peu de liberté, il ne lui avait demandé aucune précision ayant compris qu’elle n’en dirait pas plus, malgré les coups qu'elle avait reçus et dont elle gardait les traces sur son sein gauche.
Mais que lui importait cela, la satisfaction d’un désir légitime valait bien quelques instants de douleur, fussent-ils intenses.
Les enfants étaient partis la veille, demain ce serait leur tour, pour la première fois depuis dix ans ils partiraient le même jour mais chacun de son côté, Marie avait fait une seule concession : elle réintégrerait le domicile conjugal quelques heures avant le retour de son mari et de ses enfants, en sorte de les accueillir comme si elle n’était jamais partie.
Demain sa vie allait s’ouvrir sur des horizons nouveaux. Pour l’heure elle est étendue là, sur son lit, dans cette grande chambre qui est la leur, son mari dort dans l'un des lits jumeaux depuis déjà longtemps, comme chaque soir elle attend le sommeil mais elle ne fait rien pour le provoquer, elle n’est pas pressée de basculer pour quelques heures dans le néant.
Comme chaque soir elle veut se raconter des histoires, son histoire, elle veut provoquer ses rêves, les orienter, elle veut déjà vivre ses vacances, elle aura comme cela un jour de plus, que va-t-elle faire ? Vers quelles régions inaccessibles au commun des mortels va-t-elle se diriger ? Quels gens va-t-elle rencontrer ? Que va-t-elle leur dire ? Et d’abord, comment va-t-elle partir ?
En voiture peut-être ? Non, elle appréhende ce moyen de transport surtout depuis qu’elle a eu son accident, depuis ce jour où elle a pensé que tout ce qu’elle avait de plus cher au monde, ses enfants, avaient disparu, victimes de la folie meurtrière des assassins du dimanche.
Non, elle empruntera l’avion, ce moyen de transport fabuleux dont elle a toujours rêvé mais que jamais les circonstances ne lui ont permis de prendre, ces monstres géants qui sillonnent les cieux et qui d’un seul coup d’ailes vous transporte dans ces pays lointains qui sentent bon les odeurs exotiques.
Marie a toujours pensé partir, mais elle avait peur d'avoir la tentation de ne jamais revenir. Alors, c'est décidé, elle ne prendra pas l’avion, dans son esprit, ce n'est pas un voyage définitif, sans espoir de retour, ou tout du moins pas encore.
Elle partira à pied, sera plus près de la nature, pourra s’arrêter où bon lui semble, longera la route qui serpente la colline, s’engagera profondément au cœur des forêts, se désaltèrera aux sources d’eau claire, dormira dans les jachères ou dans les granges abandonnées, observera les oiseaux qui lui feront cortège, laissera le soleil caresser son visage, le vent gonfler ses cheveux.
Elle se sent bien, le sommeil l’enveloppe lentement, il lui semble que son corps entre en lévitation, de plus en plus légère, elle quitte la route qui s’ouvrait devant elle, descend vers la rivière coulant paisiblement en bas du coteau, le bruissement de l'eau est apaisant, hypnotique.
Le sommeil s’insinue en elle de plus en plus profondément, elle aperçoit une barque à demi cachée par les hautes herbes, s’en approche, ses pas sont de plus en plus lourds, ses gestes deviennent imprécis, elle se laisse tomber au fond de la barque qui se met à glisser seule, sans bruit, au fil du courant.
08.12.2008
La maison d'en haut 01
Dix ans de mariage, dix ans de vie commune, cela aurait pu être dix ans de bonheur, de découvertes réciproques, de joies et de peines, dix ans d’amour en somme.
Marie sort lentement de sa nuit d'insomnie, pendant les heures d'éveil elle s'est efforcée, une fois de plus, de comprendre ce que ces dix ans avaient été pour elle. Le constat n'était pas très positif. Ce fut, elle en était certaine maintenant, dix ans de souffrance, d’attente, d’humiliation, dix ans de découragement.
Pour certains, cela peut sembler court mais pour Marie ce fut une éternité, une forme d'esclavage, bien loin de la libération prônée par les féministes.
Marie veut être honnête et ne sait plus très bien ce que cela a été pour elle, certainement un peu de tout cela, oh, bien sûr, avec un peu de joie, mais infiniment de peine, avec beaucoup d’espoir mais encore plus de désillusion, avec cependant des liens tellement serrés, des fils si ténus qu’ils vous emprisonnent à vous faire hurler de douleur et de désespoir.
Marie ne sait plus comment faire, depuis des mois et des mois elle tourne en rond, repassant chaque fois et sans cesse par le point de départ, elle ne sait vraiment plus comment en sortir, et même si elle a envie d’en sortir.
Cependant, elle sait que si elle reste ainsi l’esclave, la servante, elle aura choisi définitivement, sans espoir de retour, l’abnégation, le suicide moral, l’abolition de son être intime, elle aura choisi de ne plus vivre pour que les autres vivent mieux.
Et ces vacances qui approchent. Comme tous les ans, son mari, seigneur et maître, a décidé qu’elles se passeraient dans la propriété familiale, auprès de son père et de sa mère, au milieu de ses huit frères et sœurs tous mariés et déjà tous pères ou mères de famille.
Ces vacances pour lui et forcément pour ceux à qui il les impose, sont devenues une tradition avec toutes les contraintes que cela comporte pour ceux qui ne veulent pas accepter cette tradition.
Il est tôt ce matin. Son mari est déjà parti à son travail, dans une heure Marie va se lever, elle va préparer ses enfants qui déjà s’impatientent dans leur chambre, et sa journée, une journée de dur labeur, une journée de mère de famille, une fois encore, va commencer.
Mais elle savoure le répit qu’elle s’accorde. Elle aime rester allongée dans son lit, les yeux mi-clos, l’esprit encore rempli de ses rêves de la nuit, elle émerge lentement à la réalité dans cette chambre bien close. Les volets sont fermés, les fenêtres ouvertes, elle guette chacun des bruits familiers du village qui s’éveille.
Ce sont des moments qu’elle ne sacrifierait pour rien au monde, ces instants lui sont précieux, ils lui sont surtout nécessaires et même indispensables.
Pendant ces minutes elle poursuit les rêves de la nuit, elle les fond, les mélange avec la réalité. Elle a le don de les transformer en souvenirs bien vivants. Elle vit à sa guise, rien ni personne ne peut contrarier le cours de son esprit, elle peut être heureuse ou malheureuse à son gré, suivant sa fantaisie ou son humeur, c’est son jardin secret, cette partie d’elle-même qui lui appartient, en pleine propriété, c’est son univers, son monde, elle y rencontre ceux qu’elle a choisis, les transforme, les modèle à son image ou à son reflet.
Aujourd’hui elle songe à ce que seront ses vacances si elle ne se décide pas. Elle voit cette immense maison familiale dans la campagne bourguignonne, ses beaux-frères et ses belles-sœurs défilent les uns après les autres devant ses yeux, elle les imagine avec tellement d'acuité, d’intimité qu’elle se surprend à entrouvrir les paupières afin d’être certaine qu’ils ne sont pas là devant elle, alignés dans cette chambre comme des parents autour d’un défunt.
Il n'y a personne autour d'elle cela la rassure et elle constate qu’elle est bien encore vivante, elle voit Denis avec sa superbe, son arrogance, ses idées de grandeur qui ont tant d’influence sur son mari, voit Nicole qui lui fait ses confidences sur sa vie de débauche et sur la virilité des amants qu’elle reçoit dans le lit conjugal encore chaud de la présence de son mari, voit sa belle-mère faisant crise sur crise, nerveuse, tendue, hystérique, frivole et très mondaine, elle voit Jean l'adorable petit dernier, tellement différent de ses frères que personne ne le considère comme un fruit pur de la famille, mais plutôt comme le résultat d’une faute maternelle, le résultat d’une escapade.
Et puis il y a surtout son beau-père, un homme petit, maladif, qui se croit obligé de faire du charme à ses belles-filles et qui considère qu’il serait pour elles de mauvais goût de ne pas y répondre favorablement.
Marie ne peut supporter la vue de cet homme, elle en a la nausée, elle n’a jamais pardonné à son mari de lui avoir imposé de rester seule auprès de son père alors que celui-ci avait à son égard des gestes équivoques, un peu trop suggestifs et beaucoup trop lourds de significations.
Non, décidément, elle ne peut se faire à l’idée de vivre pendant un mois au sein de ce groupe en prise directe avec les problèmes familiaux qui vont naturellement se poser comme chaque année.
Non, elle n’ira pas passer ses vacances à faire le ménage ou la cuisine, l'arrosage du jardin ou les courses, toute l’année elle a consciencieusement rempli ses tâches ménagères, a pris soin de ses trois enfants et de son mari, a soigné son intérieur, accueilli ses amis, assuré les travaux de jardinage, a fait ses conserves pour l’hiver, taillé ses arbres fruitiers, elle est exténuée, elle a besoin de repos, de vacances, mais des vacances bien à elle, veut voir autre chose, d’autres gens, d’autres paysages, veut être seule, pour faire le point, pour réfléchir.
Elle ne sait comment faire, ni comment s’y prendre, et d’abord, où peut-elle aller ? Tous ses amis ont des projets ou sont déjà partis, elle rêve de vacances fabuleuses, exceptionnelles, en tout cas, hors du monde et du temps, dans un pays étranger, au milieu d'espaces inconnus où elle sera seule, sans ses enfants, sans son mari, aura perdu jusqu’à son identité, le travail qui lui sera confié, ou plutôt, qu’elle aura choisi, deviendra un plaisir, les êtres qui l'entoureront ne seront que tendresse, bonté, amour, on ne parlera pas d’argent ni de temps, la vie s'écoulera tout simplement. Et c’est tout.
Elle sera heureuse, légère, entourée de musique, percevra plus intimement les êtres et les choses, vivra en osmose avec la musique, elle ne pensera plus, ne réfléchira plus, vivra enfin ses rêves.
Chacun en ce monde a besoin d’un havre de paix, ne fut-ce qu’un instant, elle a besoin de s’arrêter, de souffler un peu, de se reposer ne serait-ce que quelques jours.
Mais elle a peur d’affronter son mari, comment peut-il se faire à l’idée que Marie passe ses vacances seule, oh, ce n’est pas qu’il soit jaloux, depuis bien longtemps hélas il lui a rendu sa liberté sexuelle pour mieux profiter de la sienne sans doute, mais cette liberté dont elle ne se sert pas doit être compensée par un travail ménager irréprochable.
Elle fait tout ce qu’elle peut mais elle est exténuée, et malgré toute son application, tout le courage qu’elle déploie, ce n’est que reproches, réflexions et parfois punitions. Oui, elle n’est qu’une esclave qui redoute le Maître, qui n’existe que pour lui, que par lui, pour sa seule satisfaction lui qui, à l’occasion, frappe, corrige si cela lui paraît nécessaire et qu’il faut remercier en vertu d'un vieux proverbe arabe : bas ta femme tous les matins si tu ne sais pas pourquoi, elle, du moins, le saura bien.
07.12.2008
La maison d'en haut
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À la suite de nombreuses semaines d'inaction j'ai décidé de faire plaisir à ma fille Marjolaine et de publier à partir de demain l'un de mes premiers romans la maison dans haut
17.09.2008
Et si le bonheur....31
Epilogue
C'est toujours très difficile de dire ce que sont devenus les personnages d'un roman, on n'a pas souvent le recul nécessaire et l'évolution d'une situation est parfois trop rapide.
Essayons malgré tout.
Julien et Linda mirent à profit le mois de décembre pour préparer leur mariage. La maman et la grand-mère de Julien y assistèrent.
La surprise de Linda fut immense et d'une grande intensité lorsqu'elle vit arriver ses parents quelques instants avant la cérémonie, son père voulant absolument la conduire à l'église.
C'était le cadeau de Julien auteur du rapprochement avec les parents qui sans se l'avouer n'attendaient que cela.
Le mariage fut célébré à Royan, le 24 décembre, en toute intimité et le repas eut lieu dans les grottes de Matata ouvertes pour la circonstance.
Ils rentrèrent à Paris avec le petit Paul et s'installèrent avenue du Maine chez la grand mère de Julien. Julien prit son service à Libé dès le début de la nouvelle année.
Dominique fortement perturbé par les événements fut admis en hôpital psychiatrique, il y séjourna deux ans, retrouva son hôtel tenu et développé pendant son absence par Sonia qu'il épousa à sa sortie, ils eurent coup sur coup, deux enfants, deux superbes fillettes.
Les événements d'Aix furent relatés par tous les journaux, 12 morts, dont José et Marco, et 65 blessés, ça laisse des traces et provoque des traumatismes. L'affaire était complexe, la recherche des responsabilités fut longue et difficile, la presse en fit état pendant quelques jours puis à chaque anniversaire et, suivant le vieil adage : l'actualité chasse l'actualité, on n'en parlera sans doute plus qu'au moment du procès.
Ce qui est sûr c'est que le réseau fut démantelé mais que la consommation de drogue, la prostitution et l'arrivée des clandestins sur le sol national, n'ont fait que se développer.
On ne sut jamais rien du couple à qui le petit Paul avait été confié.
Le corps d'Hélène fut retrouvé, identifié et rendu à ses parents. Son voeu avait été exhaussé, elle était rentrée chez elle et eut droit à des funérailles décentes.
On ne retrouva jamais cette jeune femme dont le corps avait été jeté par dessus les rochers par le motard aux grottes de Matata. On retrouva sa voiture sur la place de l'église, la mer, dans sa grande mansuétude, ne voulut pas imposer à son mari et à ses enfants la douleur de découvrir la légèreté d'un être cher qui avait payé, de sa vie, un instant d'inconscience.
FIN
16.09.2008
Et si le bonheur....30
Linda prit l'initiative de quitter la maison mise à sa disposition par Dominique. Elle ne voulait plus rien avoir à faire avec lui, ne plus rien lui devoir, ne plus le rencontrer, bien lui faire comprendre que mariage ou non il n'était plus rien pour elle. Sans en avoir l'absolue certitude, elle était convaincue qu'il s'était entendu avec Marco et ça elle ne pouvait l'accepter et, à plus forte raison, le pardonner.
Ce fut Dominique qui se chargea du dossier devant être déposé en mairie, ainsi que de la publication des bans. Julien serait le témoin de Linda, celui de Dominique devait être un ami d'enfance, sommelier dans son restaurant.
Pendant les quinze jours nécessités par la réunion des documents officiels et le délai fixé par la loi pour la publication des bans, Linda refusa obstinément d'avoir le moindre rapport avec Dominique.
Ce dernier ne désespérait pas de retourner la situation à son avantage. Il serait prévenant, plein de gentillesse, attentif à ses moindres désirs, elle finirait par comprendre que son avenir était bien auprès de lui, il espérait beaucoup conquérir le coeur du petit Paul et certainement au-delà, le coeur de sa maman.
Il y avait un risque, un risque sérieux, il le savait bien, c'était qu'elle refusa d'habiter avec lui.
Il rejetait cette pensée, que ferait-il si elle décidait, après la cérémonie de ne pas le suivre, il refuserait de lui rendre l'enfant ? C'était insensé, elle ne savait pas qu'il était chez sa mère, il la tuerait et il se tuerait, non, il ne s'en sentait pas le courage, son esprit vacillait et il s'interdisait de penser.
Le jour de la cérémonie arriva enfin. Le temps était gris et triste comme l'était le coeur de Linda. Cette parodie de cérémonie lui déchirait l'âme. Une seule consolation, la présence de Julien à ses côtés, combien elle aurait été heureuse si elle avait été au bras de son amour. Pour l'instant elle ne voulait que penser à son fils qui lui serait rendu dès demain, Marco l'avait promis et sa parole valait tous les écrits du monde.
Ils arrivèrent à pied à la mairie en deux groupes séparés, ils durent attendre quelques instants dans la salle des pas perdus que la cérémonie d'un autre mariage soit terminée. Un silence lourd et pesant, aussi triste que le temps, succéda au doux charivari de la réunion précédente.
Un huissier vint les chercher, les fit entrer, les précéda et leur indiqua leur place respective, face à l'officier d'état civil qui devait prononcer leur union. Les portes de la salle des mariages étaient, comme le veut la loi, ouvertes au public.
L'adjoint au maire, c'était lui qui officiait ce jour-là, prit des documents entre ses mains, il allait commencer la lecture des articles du Code civil, soudain, une voix, du fond de la salle, brisa net son élan.
- Dominique, mon fils, arrête, je t'en prie la voix était tremblante mais forte, ce n'était pas un ordre mais une supplication, elle résonna comme un roulement de tambour dans cet immense espace.
Dans un même mouvement tous les regards se tournèrent en direction de la voix, deux femmes tenant un enfant par la main se tenaient entre les deux battants de la porte restée ouverte. On entendit alors le cri déchirant et simultané, de deux êtres, un petit enfant et sa maman qui se retrouvaient après s'être perdus.
Linda, incrédule, la joie au ventre, incapable de bouger, ouvrit les bras, le petit Paul, courant de toute la vitesse de ses petites jambes, vint se jeter dans les bras qui se tendaient vers lui.
Dominique s'était effondré sur l'une des chaises les yeux perdus, l'esprit en déroute, n'y comprenant rien, vit ses rêves se briser, il prit soudain conscience de ses erreurs, il eut peur de la prison, de sa vie brisée, il ne put retenir ses sanglots, sa maman et Sonia s'approchèrent avec des gestes tendres comme s'il avait été un enfant, le prirent par le bras et quittèrent la salle sans se retourner.
C'était au bras de Julien que Linda quitta cette salle maudite avec dans les bras ce cadeau inespéré qu'elle avait cru ne jamais revoir. Elle n'était peut-être pas mariée, pas encore du moins, mais elle conservait tous ses rêves, tous ses espoirs intacts.
Elle eut une pensée émue pour ses parents et dit à Julien combien elle aimerait avoir de leurs nouvelles, combien elle trouvait pesant et absurde ce silence, qui avec le temps devenait définitif parce que personne n'osait le rompre.
Ils rentrèrent sans s'attarder à la maison, ils installèrent deux fauteuils face à face dans leur chambre pour servir de lit au petit Paul, demain ils iraient choisir un lit plus confortable et ils s'en réjouissaient.
La journée avait été rude, éprouvante, ils ne savaient pas encore qu'elle était loin d'être terminée.
On sonna à la porte, Julien alla ouvrir, Sonia était devant lui, il ne la connaissait pas, Linda l'avait aperçue le jour de son arrivée à Royan. Elle leur demanda de la recevoir mais leur dit-elle, je vous dois des explications sur mon attitude dans cette affaire.
Elle entreprit de leur raconter combien elle avait été malheureuse de voir Dominique se détacher d'elle depuis l'arrivée de Linda, la jalousie morbide qui l'avait minée au point de lui faire commettre une vilaine action, qui aurait pu avoir de graves suites, elle avait donné l'adresse de Linda. Elle raconta le micro, le détective qui lui avait permis de connaître les agissements de Dominique, de déjouer ses plans et de convaincre sa maman de restituer l'enfant.
Linda l'avait écouté en silence, tout s'éclairait maintenant, elle avait enfin devant elle cette femme qu'elle avait détestée et dont le fonds n'était pas si mauvais. Elle songea qu'elle pourrait peut-être, un jour devenir son amie.
Au moment même où Sonia effectuait sa confession, à mille km de là, à Aix-en-Provence, d'autres événements dramatiques que d'aucuns se plairont à nommer justice immanente, se manifestaient implacablement. Mais ce ne fut que le lendemain que la presse nationale en fit ses premières pages.
Après quinze jours d'absence, José retrouvait sa chère discothèque.
Une tournée en Amérique du sud puis en Afghanistan, l'avait éloigné provisoirement de la direction du groupe.
L'intérim ayant été confié à Manu, le chéri de ces dames.
Aujourd'hui c'était donc un jour de fête, le retour du patron et pour que la fête soit complète José avait convoqué tous ses lieutenants.
La discothèque devait ouvrir ses portes au public à 22 heures, José arriva bien avant l'heure, il était seul, traversa la grande salle avec ses canapés et ses tables, l'immense piste de danse dont le plafond, imposant caisson lumineux était soutenu par de nombreux poteaux décoratifs donnant à l'ensemble l'aspect insolite d'une forêt fantasmagorique. Il était passé devant l'imposant et magnifique bar et ses nombreux tabourets coiffés de cuir rouge, alignés comme à la parade.
Tout était calme, bientôt ce serait la fiesta, le bruit, la musique, les rires et les cris, la lumière éclatante, colorée, aveuglante, fusant de toute part, les boules étincelantes, tournoyantes, rythmées par la musique aux mains des DJ les plus jeunes et les plus doués de toute la région. Et la foule, jeune, bruyante, qui viendrait se perdre, se noyer, se dissoudre dans le bruit, la musique et la fureur de vivre, dans l'oubli de ses angoisses, de sa véritable condition humaine, à la recherche d'une âme soeur.
Il alla s'installer dans le bureau, il était de retour au bercail, dans le silence de la pièce, il laissait sa mémoire faire le point des affaires prioritaires dont il aurait à traiter les jours prochains,
Et parmi celles-ci il y avait la situation de Marco.
Aux dernières nouvelles il se baladait toujours dans la nature, le motard qui l'avait eu en permanence au téléphone n'avait pas repéré l'endroit où il aurait pu se planquer.
C'était bon signe, José était presque certain que Marco avait quitté la France. Personne ne pouvait plus lui disputer la place qui était la sienne à la tête du groupe. Le boss serait satisfait.
Il y eut des bruits qui commencèrent à percer le silence de la salle. José reconnut le barman et les serveuses riant à gorge déployée, c'est bon se dit José, il y aura de l'ambiance cette nuit. Puis
S’éveilla dans le bureau le rythme d'une musique d'ambiance qui servait d'ouverture. La soirée commençait vraiment.
Trois hommes entrèrent dans le bureau, le motard et les deux gros bras qui avaient planqué, sans succès, dans l'impasse, il leur demanda d'assurer sa protection en se tenant dans le couloir d'accès, ne laissant entrer que ses lieutenants quand ils se présenteraient, le motard restant auprès de lui.
José consulta sa montre, minuit. Les salles de cinéma et de spectacle étaient maintenant fermées et la foule devait être en piste.
Soudain, un bruit inhabituel se fit entendre, un glissement, un frottement, comme un meuble que l'on traîne sur le sol, il parvint aux oreilles de José, c'était derrière lui, il se retourna brusquement, son visage se figea, devint livide, accusant la surprise et la peur qu'il avait du mal à dissimuler. Un trou béant s'était ouvert dans la bibliothèque, libérant un accès et dans l'encadrement de cette ouverture, se tenait un homme, un revenant, Marco, une arme de gros calibre dans la main droite.
D'un prodigieux coup de reins José fit un roulé-boulé tout en dégainant son arme, les deux armes crachèrent en même temps en une formidable explosion se répercutant jusque sur la piste de danse.
José et Marco s'affaissèrent en même temps, le motard eut juste le temps de retirer sa veste, libérant les armes de guerre qu'il portait toujours sur lui.
La porte du bureau vola en éclat, les deux gros bras apparurent arme au poing dans l'encadrement, pas le temps de réagir, le motard, d'une rafale de mitraillette les cloua au sol.
Dans un court moment de répit, le motard s'approcha du corps de José, le poussa du bout du pied, il bascula sur le dos, inerte, les yeux grands ouverts, une large tâche rouge s'élargissait au niveau du coeur, José avait cessé de vivre.
Marco, inanimé, respirait encore, une profonde blessure à la cuisse droite d'où s'échappait par saccade, des jets de sang imprégnant la moquette. Il fallait un garrot, il avait apprit ça, n'avait-il pas été cité à l'ordre du régiment pour avoir sauvé son lieutenant victime de la même blessure en opération commandée.
Comme dans l'armée il fit une solide ligature à son chef inanimé, comme là-bas de l'autre côté de la terre, il chargea le corps sanglant et toujours inanimé, sur son épaule.
Un immense cri d'horreur et d'effroi parcourut la foule lorsqu'il déboucha sur la piste de danse portant sur l'épaule son fardeau sanglant.
Hébété, les yeux hagards, cherchant vainement le poste de secours, il allait en tous sens, ne comprenant rien à rien, suscitant la panique dès qu'il s'approchait d'un groupe terrorisé.
Et ce bruit, ces cris, cette musique qui résonnait dans sa tête, il fallait faire cesser tout ça.
Il renversa une table, comme pour établir une barricade, une protection, déposa derrière celle-ci le corps qu'il croyait être celui de son lieutenant, il devait faire cesser ce bruit, éteindre les projecteurs, se dégager de cet encerclement qui l'étouffait, le prenait à la gorge.
Tout bascula dans sa pauvre tête, d'un coup, comme ça, comme provoqué par un battement d'aile de papillon sur un ancien théâtre d'opération, là-bas, de l'autre côté de la planète
Posément, d'un geste sec, il introduisit dans son arme automatique un autre chargeur, la panique redoubla dans la foule encore présente, se ruant vers les sorties, se poussant, se bousculant, piétinant les corps tombés à terre et les râles mêlés aux cris de peur et de détresse qui n'en finissaient pas.
Se dégager, arrêter ces bruits et ces cris, cette musique, cette lumière qui lui brûlait les yeux. Alors, plus de contrôle, la fureur, la volonté de se battre, de vaincre. Il tira, tira, tira furieusement, sur les lumières qui explosaient dans un arc électrique puissant projetant à l'entour une pluie dévastatrice de débris de verres.
Il tira sur la cabine de la sono, fit exploser les baffles, mais les cris de la foule ne cessaient toujours pas.
Il tira sur tout ce qui bougeait, il était dans son élément, la jungle, les forêts tropicales, l'ennemi était partout et lui, bien installé dans son délire, courrait, se retournait, sautait par dessus les tables, tournait, virevoltait et tirait, ne s'arrêtant que quelques instants pour recharger son arme.
Au dehors l'animation était à son comble, prévenues par un coup de fil anonyme, les forces de police avaient établi un périmètre de sécurité, bientôt rejointes par les services d'incendie et les services de santé accompagnés des ambulances, puis les autorités prirent en mains la situation.
Les badauds s'agglutinaient à la limite du cordon de sécurité cherchant à savoir ce qui se passait, interpellant les forces de police, pétrifiés autant par le froid qui apparaissait aux portes de l'hiver, que par le manège incessant des ambulances.
Un car complet de forces de police, armées, cagoulées, firent leur apparition et sans bruit se répartirent près des points stratégiques sous les yeux admiratifs mais inquiets de la foule.
Les cris et les hurlements ne cessaient toujours pas, le motard aperçut soudain, dans la nuit tombée sur cette salle, des ombres qui bougeaient derrière le bar, il saisit l'une des grenades fixée à sa ceinture, la dégoupilla et dans un geste de fureur la jeta sur l'étalage des alcools.
Il se jeta à terre pour résister au souffle puissant de l'explosion, les flacons éclatèrent libérant leur contenu, une flamme jaillit tout à coup, le bar ou ce qu'il en restait, ne fut bientôt plus qu'un immense brasier, les flammes se propageaient à une vitesse folle. Il voulut s'échapper, fuir cette fournaise, il revint sur ses pas, fonçant vers le bureau et sa porte secrète, encore quelques mètres, il lâcha ses armes, tendit les bras comme pour recevoir à pleins poumons cet air frais qui venait du dehors, il allait réussir mais à la sortie dans l'impasse, des hommes cagoulés, les forces de police, l'attendaient l'arme au poing.
Désespéré, pris au piège il saisit sa dernière grenade, la dégoupilla mais n'eut pas la force de lancer, une rafale d'arme automatique le cloua au sol.
La grenade explosa dans ses mains ne faisant pas d'autres victimes, son corps disloqué projeté dans la ruelle conserva son mystère, qui était cet homme, d'où venait-il ?
13.09.2008
Et si le bonheur....29
C'était un jour comme les autres, plein de promesses, un soleil radieux chauffait la plage, l'air était vif et frais, Linda, amoureuse, le coeur remplit d'un bonheur auquel elle aspirait de toutes ses forces, ouvrait ses volets à la lumière du jour. La joie se lisait sur son visage, même si au fond des yeux se cachait toute la tristesse d'une maman privée de son enfant.
Depuis l'avant veille, Julien ne l'avait pas quittée, depuis qu'ils s'étaient amoureusement découverts, qu'ils s'étaient aimés, dans la pinède de la grand côte, ils étaient restés ensemble, heureux de se connaître, de faire, en parfaite communion, de corps et de coeur, le merveilleux apprentissage de l'amour.
Ils avaient passé une partie de la journée d'hier à parcourir la ville, à faire quelques emplettes, à se perdre et à se retrouver, insouciants et heureux comme des adolescents en vacances, libérés de l'emprise des parents et faisant fi des interdits.
Ils avaient beaucoup parlé de leur jeunesse, de leurs parents, de leurs études, elle lui avait dit ses erreurs d'adolescente, sa fugue, la rupture grave et totale avec ses parents, son bébé le petit Paul, la place qu'il tenait dans sa vie, son absence, son désir de le retrouver, les démarches engagées par Dominique.
Il lui avait dit tous ses rêves, son désir de fonder une famille, avec elle si elle voulait bien de lui, en souriant, en guise d'acquiescement, elle lui offrit ses lèvres humides et chaudes dans un long et tendre baiser.
Il parla de l'avenir, du petit Paul, de son désir de le reconnaître et de l'adopter, là, son coeur de mère se brisa, elle fondit en larmes, se précipita dans ses bras, et lui offrit toute une série de baisers passionnés.
Suivi de leurs cris stridents, un vol de mouettes toutes blanches traversa le ciel sans nuage fonçant vers la mer, vers les bateaux de pêche qui rentraient au port. Linda frissonna.
Elle referma la fenêtre, ce jour s'annonçait aussi beau, aussi plein de bonheur que les deux jours précédents, rien pensait-elle ne pouvait assombrir cette joie, cette lumière qui irradiait tout son être.
Julien s'était absenté, il avait quelques démarches à accomplir et devait passer mettre un peu d'ordre dans la maison familiale désertée pour venir se nicher dans les bras de Linda.
On sonna à la porte d'entrée, étonnée par le retour si rapide de Julien, souriante, elle ouvrit la porte. Ce n'était pas son amour, son sourire disparut, c'était Dominique, un sourire au coin des lèvres. Elle ne sut pas pourquoi, toute sa bonne humeur disparut d'un coup, son visage se figea, soudain cet homme qui avait été son ami lui apparut comme le messager du malheur.
Pourtant il souriait. Ils s'observèrent un instant, comme s'ils avaient voulu évaluer leurs forces, le silence était lourd, oppressant.
- Tu ne me fais pas entrer ? Lui dit-il d'un ton léger.
Elle hésita, elle aurait tellement voulu que Julien soit là, elle se souvenait de la tournure qu'avait prise leur dernière rencontre et du malaise qui s'était instauré entre eux, cependant ce face à face ne pouvait pas durer indéfiniment, et puis qui sait, il était peut-être porteur d'une bonne nouvelle.
Elle se décida.
- Entre, lui dit-elle en s'effaçant pour le laisser passer.
Elle se dirigea vers la cuisine, il la suivit, elle ne lui proposa pas de café qui pourtant filtrait goutte à goutte dans la cafetière fumante dispensant son arôme épicé et subtil dans toute la pièce.
- Parle, je t'écoute, lui dit-elle, pressée d'en finir.
Il raconta son déplacement, sa rencontre avec Marco, l'intransigeance de celui-ci, les trésors de persuasion qu'il avait été obligé de développer, mais je pensais à toi, lui dit-il, à ta souffrance, mais il restait sur ses positions, mais je me battais pour toi Linda.
Elle écoutait, attentive, sans rien dire, sans un geste, se peut-il qu'il est ramené mon fils, alors pourquoi, n'est-il pas avec lui ?
Dominique crut lire dans les yeux de Linda cette interrogation muette, il ne pouvait reculer plus longtemps, il devait abattre ses cartes, il poursuivit.
- Et bien, tu peux te réjouir, j'ai gagné Linda, nous avons gagné, dit-il en appuyant sur le nous, comme pour bien lui faire comprendre que cette victoire ainsi que tout ce qui en découlait était indissociable et les engageait tous les deux.
Elle se leva d'un bond.
- Où est-il, je veux le voir, Mon Dieu merci, tu as réussi, comment vais-je pouvoir te remercier ?
Il pensa que ça se présentait bien pour lui, elle parlait de le remercier, ce serait peut-être plus facile qu'il ne l'avait craint. Elle le pressait de poursuivre.
- C'est un fait Linda, Marco accepte de nous rendre l'enfant, sain et sauf, contre remise des papiers compromettants, ça on n'y revient pas, c'est définitif.
Son coeur se mit à battre plus vite, c'était donc bien vrai, elle allait revoir son bébé, le prendre dans ses bras. Il continua :
- Mais pour toi, pour ce qui te concerne, Marco ne veut faire aucune concession, tu lui appartiens, tu es sa chose, il ne veut pas te rendre ta liberté, il a des projets pour toi, tu les connais m'a-t-il dit.
Il veut te vendre, au plus offrant, sur le marché de la prostitution, alors Linde, je n'ai pas pu supporter ça, je ne pouvais pas accepter qu'il te vende comme une putain, alors j'ai fait une chose insensée, je l'ai faite pour toi, pour ton fils, je l'ai faite pour nous, pour te sauver, je lui ai proposé de te racheter et il a accepté, mais à une condition, il ne veut pas faire un marché de dupes.
Dominique reprit son souffle, il ne rendra le petit Paul, que le jour où tu seras officiellement ma femme.
Voila, c'était dit, il avait semé et n'avait plus qu'à attendre la récolte, le fruit allait mûrir, il était fier de lui, jamais elle ne pourrait refuser, elle aimait trop son gosse.
Linda, totalement anéantie, rouge de honte, la tête en feu, incapable d'articuler un mot, se laissa tomber sur sa chaise, la tête entre les mains, les coudes sur la table, et, sans la moindre pudeur, donna libre cours à ses larmes.
Dominique quitta lentement les lieux, satisfait de sa prestation, bientôt cette femme serait à lui, il en était certain maintenant.
Après avoir remis de l'ordre dans sa propre maison, Julien empila quelques affaires dans une valise? Ils avaient décidé avec Linda qu'il viendrait passer quelques jours chez elle.
Quelques minutes plus tard il sonna à la porte de Linda.
Personne ne vint ouvrir. Julien se souvint alors que Linda lui avait donné un double de la clé. Il chercha dans sa poche, la trouva et ouvrit la porte.
La maison était silencieuse, étonné de ne pas entendre le rire de Linda, il referma la porte, s'avança jusque dans la cuisine, personne, dans le salon, personne, dans la chambre, toujours personne.
Mais où est-elle passée se demanda-t-il, il resta immobile quelques instants, c'est alors qu'il perçut le bruit de l'eau coulant dans la baignoire, il éclata de rire, elle prenait son bain.
Il s'en retournait vers la cuisine lorsqu'il remarqua que la porte de la salle de bains était entrouverte il ressentit violemment le désir de la surprendre dans son bain, de se glisser dans l'eau tiède avec elle, de sentir sa peau contre la sienne.
Tout excité il se déshabilla promptement, laissa choir ses vêtements sur le sol, ouvrit la porte. Son désir fit place à l'étonnement, puis à la crainte, Linda, inerte gisait nue dans la baignoire, l'eau qui coulait toujours recouvrait presque entièrement son visage, un tube vide de comprimés traînait sur le sol.
Dans la seconde il comprit la situation, elle avait voulu en finir avec la vie, il bondit, le coeur battant, d'un geste rapide ferma le robinet, l'eau s'arrêta de couler, plongea les bras dans la baignoire, d'un violent coup de reins, souleva son pauvre amour, la déposa face contre terre sur le sol de la chambre, saisit son portable, appela le SAMU.
Les gestes qui sauvent lui revinrent en mémoire, il les avait appris comme ça, pour le fun, pensant que ça pourrait lui être utile un jour, Linda régurgitait de l'eau lorsque les secours arrivèrent et ce n'est que lorsqu'il ouvrit la porte à la doctoresse qui conduisait l'équipe de secours, qu'il s'aperçut qu'il était totalement nu, il rougit violemment, s'excusa, elle sourit ce qui ajouta un peu plus à sa rougeur et à son trouble, il ramassa ses vêtements et s'habilla rapidement.
Il suivit des yeux l'ambulance qui tourna au coin de la rue, il resta un long moment immobile, le regard fixant l'horizon, comme s'il cherchait dans l'infini, une réponse aux questions que lui posait son avenir.
Il lui rendit visite le soir même à l'hôpital, seule dans une chambre claire, étonnée par son geste, déçue d'être encore de ce monde mais heureuse de l'avoir tout à elle.
- Ne me gronde pas dit-elle, je n'en pouvais plus.
Il n'insista pas, elle était hors de danger et c'était l'essentiel.
Elle sortit le lendemain, il vint la chercher et ils rentrèrent ensemble à la maison.
Ils s'installèrent confortablement dans la salle de séjour.
- Tu as besoin de savoir, lui dit-elle.
Oui, il avait besoin de savoir, il ne comprenait pas son geste, il la croyait heureuse près de lui, avec lui, pourquoi voulait-elle quitter la vie, tous les projets qu'ils avaient fait ensemble ne comptaient donc pas, pour elle c'était du vent, des paroles en l'air ? Oh oui, il avait besoin de savoir.
Elle lui raconta la visite de Dominique, la libération prochaine de son bébé, les exigences de Marco à son égard, elle n'osa pas parler de son rachat par Dominique tellement elle avait honte d'être traitée comme une vulgaire marchandise, comme une esclave.
Plus elle se racontait plus elle était convaincue, si elle voulait revoir son bébé, qu'il lui fallait abandonner ses rêves de bonheur, son projet d'union avec Julien, mais comment le lui dire, le lui faire comprendre.
Alors elle abandonna toute susceptibilité, toute pudeur, elle lui fit part des pressions, des menaces prononcées par Marco. Il lui avait téléphoné après le départ de Dominique, comme s'ils avaient été de connivence, dit-elle et c'est le malaise qu'elle avait éprouvé qui l'avait conduite, dans un geste de folie, de refuser de vivre.
- Mais tu es arrivé au bon moment lui dit-elle en lui prenant la main.
Il voyait bien qu'elle n'était pas tout à fait convaincue, ils passèrent toute la fin de la journée et une grande partie de la nuit à examiner en détail la situation.
La nuit leur apporta conseil. On voulait qu'elle se marie avec Dominique pour obtenir la libération de son enfant et bien elle se marierait avec Dominique le plus vite possible mais jamais personne ne l'obligerait à vivre avec Dominique, elle ne consommerait pas le mariage et demanderait le divorce, sans attendre.
Il lui fallait être plus fine que ses bourreaux elle leur montrerait qu'elle en était capable.
Sans plus attendre elle téléphona à Dominique, lui donna son accord et lui demanda de faire rapidement publier les bans.
Dominique était dans son bureau quand il reçut l'appel téléphonique de Linda. Il ne se doutait pas que Sonia entendait toutes les communications de Dominique, grâce au micro qu'elle avait fait installer.
Elle apprit donc le mariage prochain de Dominique avec Linda.
Elle apprit aussi la collusion de Dominique avec Marco toujours de la même façon, lorsque ce dernier avait informé Dominique de la pression qu'il venait d'exercer sur Linda mais elle avait compris, à l'encontre de ce qu'elle avait cru, que Linda n'éprouvait aucun sentiment pour Dominique. Cela la rassura et la conforta. Il lui fallait forcer le destin et elle s'e n sentait capable.
12.09.2008
Et si le bonheur....28
Dominique rentrait à Royan avec son précieux fardeau, le petit Paul, le fils de Linda qui dormait à poings fermés, confortablement installé dans son fauteuil sur le siège arrière de la Mercedes.
Il roulait doucement, regardait souvent, dans son rétroviseur, réglé sur le visage de l'enfant, toujours sur le qui-vive, prêt à intervenir au moindre incident, à la moindre manifestation de celui-ci.
A la sortie de Tours il quitta l'autoroute à la recherche d'un petit restaurant, un routier. Il le trouva une centaine de mètres plus loin.
Le coup de feu étant passé, il était plus de quatorze heures, la salle était vide et la serveuse, attentive et serviable, prit le petit Paul en charge, elle avait-elle même un enfant du même âge, composa son menu et participa à l'aventure à la grande satisfaction de Dominique peu expert en la matière.
Il reprit la route en direction de Poitiers, il filerait sur Niort, Saintes et Royan. Plus il approchait de cette dernière ville plus son inquiétude grandissait. Il devait mettre son idée à exécution, cette idée folle qu'il avait eue dans un moment d'égarement mais maintenant il était au pied du mur.
Epouser Linda était devenu une véritable idée fixe, une obsession qui ne le quittait plus,
Il avait interprété son arrivée à Royan comme un véritable appel au secours, ce qu'il était en réalité, mais rien de plus, alors qu'il voulait y voir le désir de vivre à nouveau avec lui, elle avait beau lui dire le contraire, lui dire qu'elle en aimait un autre, il était certain qu'elle ne dévoilait pas le fonds de sa pensée.
Il lui fallait jouer serré, être reconnu comme le sauveur, celui par lequel tous les bonheurs arrivent, à qui on ne peut rien refuser, mais pour forcer le destin, il devait se servir de l'enfant pour faire pression sur elle et dans l'immédiat mettre le petit Paul en lieu sûr. Mais où ?
Il n'avait pas eu le temps de trouver une réponse à cette question, ça allait trop vite, il lui fallait réfléchir, dans peu de temps il serait à Saintes. Il songea à sa mère qui vivait seule à Talmont, tout près de Royan, il allait lui confier l'enfant, elle accepterait tout ce qu'il lui demanderait, tout ce qu'il lui dirait, ne poserait aucune question, il serait en sécurité, à l'abri, surveillé et choyé.
Et pourtant, en agissant ainsi, il aurait dû se douter qu'il devenait complice de l'enlèvement et de la séquestration du bébé entraînant également dans ce crime, la responsabilité involontaire mais certaine de sa propre maman.
Il arriva à Talmont en fin d'après-midi, la nuit commençait à tomber, il arrêta sa voiture devant l'hôtel restaurant de l'estuaire, sa mère habitait la maison voisine, elle était absente, le voisin lui dit qu'elle était comme chaque soir à la même heure au cimetière.
Il réveilla le petit Paul, le prit à son cou, moitié somnolent et quelque peu grognon, et s'avança au devant de sa mère.
Ils se rencontrèrent à mi-chemin, elle fut surprise de le voir.
- Tu te fais bien rare, lui dit-elle sous forme de reproche, tu restes dîner ? Puis, apercevant l'enfant qu'il tenait dans ses bras, à qui est ce bébé, c'est le tien ?
- Viens lui dit-il, la prenant tendrement par le bras et différant sa réponse, rentrons à la maison, je t'expliquerai.
Ils avancèrent en silence, il y avait peu de monde dans l'avenue, on était hors saison, ça et là des bosquets de tamaris et de roses trémières créaient des îlots de verdure, sur les façades claires des maisons basses aux volets peints en bleu.
Sa mère s'effaça pour le laisser entrer, il déposa le petit Paul sur le vieux canapé en velours rouge, aux accoudoirs usés jusqu'à la trame.
L'intérieur de la maison dans laquelle il avait passé toute une partie de sa jeunesse n'avait pas beaucoup changé, il retrouvait, avec émotion, les vieilles photos, jaunies, fixées aux murs par des punaises à tête blanche, ou rehaussées dans des cadres en cartons de couleur, déposées dans un ordre immuable sur le buffet et les étagères, voisinant avec les pots de confiture, les vieux papiers peints décolorés par le temps.
A douze ans il avait quitté ses parents pour faire ses études à Paris. Il voulait être cuisinier, son oncle et sa tante tenaient un restaurant, rue des Saints-Pères, près de l'Odéon, et tout naturellement le prirent en apprentissage. Il avait ensuite effectué son tour de France, avait connu les plus grands restaurants. Il avait réalisé son rêve, être à son tour propriétaire d'un établissement bien à lui dans le pays de son enfance.
Le petit Paul, désertant le canapé, était venu se nicher entre ses jambes, machinalement Dominique lui caressa les cheveux. Il vit le regard de sa mère, interrogatif, se poser sur l'enfant, c'était le moment de répondre à la question à laquelle il n'avait pas répondu.
- Oui, maman c'est mon fils, du moins il le sera bientôt, et comme le regard de sa mère manifestait un étonnement certain, d'un geste, lui désignant une chaise près de la sienne.
- Viens, maman, assied-toi, c'est une longue histoire.
Il commença son récit par l'évocation de souvenirs anciens qui émurent sa maman, la rendirent attentive à ses paroles, déjà prête à accéder à toutes ses demandes.
Il lui rappela ce qu'elle connaissait déjà, mais qu'elle avait peut-être oublié, sa rencontre avec Linda, sa grossesse, la naissance de l'enfant, leur vie en commun, leur séparation, l'amour qu'il avait pour elle et pour ce petit être qui était un peu le sien jugé à l'aune de l'amour qu'il lui portait.
Jusque là tout était vrai, tout était sincère. Il poursuivit, inventant une histoire, son histoire, voulant la rendre crédible aux yeux de sa mère, peut-être sans doute à ses propres yeux.
Il insista, développa ses arguments.
- C'étaient les parents de Linda qui avaient gardé l'enfant, mais pense donc maman, des commerçants ça n'a pas beaucoup de temps, et à Dijon, trop loin pour Linda, trop dure la séparation. On a décidé de se marier, oui bientôt, le temps de publier les bans, deux ou trois semaines tout au plus, oui bien sûr, je te la présenterai. Sonia, me demandes-tu, oui je te l'avais présentée, comme une amie pas comme une fiancée, non, non, elle reste à l'hôtel, c'est mon associée. Alors, maman, tu veux bien le garder notre bébé, vois comme il est sage, comme il est mignon.
Le petit Paul, comme s'il avait senti qu'on parlait de lui, était venu s'accrocher aux jupes de la vieille femme qui fondit comme miel au soleil. Elle le prit sur ses genoux et Dominique comprit qu'il avait gagné la partie, il pouvait partir tranquille, le petit Paul avait trouvé un toit pour les jours à venir, il devait maintenant convaincre Linda.
Marco ouvrit les yeux, se demanda s'il était mort ou vivant. Tout était noir autour de lui, plongé dans les ténèbres, il se crut en enfer, le diable allait surgir.
Dans le lointain, une chouette jeta son cri nocturne auquel répondit aussitôt une autre congénère. Il était donc vivant, il se souvint, la voiture, l'arme sur la nuque, la balade en forêt, après, il ne savait plus, ne se souvenait plus, c'était le trou noir, la perte de connaissance. Une douleur sourde, lancinante le fit sortir de sa torpeur, il voulut porter sa main sur le siège de sa douleur, la tête, il ne le put, ses deux mains attachées au volant lui interdisaient tout mouvement.
Assis à la place du conducteur, il voulut bouger les jambes, il ne le put, elles étaient ligotées.
Ses ennemis l'avaient retrouvé, c'était évident, pourquoi ne l'avaient-il pas abattu sur le champs, de sang froid ? Au lieu de le laisser seul dans cette voiture et dans cette clairière ? Soudain il entendit un bruit de feuilles froissées, quelqu'un s'approchait de la voiture. Allons se dit-il, cette fois ils vont en finir, il se prépara mentalement à mourir.
L’individu s'était arrêté près de la voiture, Marco aurait payé très cher pour apercevoir la gueule de son bourreau, mais dans ces ténèbres... Brusquement, dans le même instant, la portière fut ouverte et le faisceau lumineux d'une lampe électrique balaya son visage le forçant à fermer les yeux.
- Ecoute-moi bien, bonhomme, t'es à ma merci, j'ai pour mission de te flinguer, j'ai un gros calibre, tu le sens, éructa l'individu en promenant le canon de son arme sur le visage de Marco. Tu vois, j'ai qu'à appuyer sur la détente et.... pfittt, ....plus de Marco.
Mais tu piges, c'boulot c'est pas mon trip surtout contre toi, tu m'as pris à ton service quand j'étais dans la merde, et ben, l'motard y paie ses dettes, t'es mon pote Marco, t'es libre lui dit-il en le libérant de ses liens.
A la lueur de la lampe que l’individu avait déposée sur le tableau de bord Marco reconnut le motard qui poursuivit.
- J'ai été chargé de te trouver, de t'éliminer, je t'ai trouvé, oh c'était pas bien duraille, souviens-toi, tu m'avais donné un pakson à déposer pour ton frangin au café des sports, j'me suis dit qu'ta planque d'vait être dans l'secteur, j'ai planqué et t'es v'nu.
Marco restait sans voix, se demanda si ce n'était pas un piège, mais comment le savoir ? Prudent il resta sur ses gardes, le motard poursuivit.
- J'sens bien qu't'as les j'tons, tu t'mandes pourquoi c'cirque, simple, t'prouver qu'je suis ton pote. j'tai pas flingué mais j'aurais pu rafler le p'tit pactole qu't'as dans ta tire, j'sais pas d'où viens l'oseille mais j'm'en tape, et pis t'as un chouette bifton dans tes fouilles, Manille, ça aurait pu m'donner des idées, avec le fric, c'était complet. Et rien, bernique, si c'est pas une preuve ça. Tiens, une preuve de plus, j'te rends ton flingue, dit-il en lui tendant une arme qu'il sort de sa poche. Marco reconnut son propre revolver.
L'arme dans la main, Marco reprenait confiance, le motard semblait sincère, il est vrai qu'il l'avait toujours servi fidèlement, bien sûr il n'avait pas retrouvé Linda, mais était-ce sa faute ?
Marco, devant toutes ces preuves, toutes ces précisions, avait tendance à lui faire confiance et puis que risquait-il, il ne se posa pas d'autre question, considéra que le motard était son allié et des alliés il n'en avait pas à revendre.
- Bon, dit Marco, mettant fin aux embrassades, il n'y a qu'une chose à faire, on va s'pieuter, demain on avisera. Où est ta moto ?
- Place du Marché.
Ils sautèrent dans la voiture, Marco au volant, il fit demi tour, quelques minutes plus tard ils délaissèrent la voiture pour prendre la moto, ça passe partout ces engins là, dit le motard.
Ils passèrent tous les deux la nuit dans la bergerie.
Marco dormit très mal cette nuit-là, souvent réveillé par des bruits extérieurs difficiles à identifier, il mettait de longues minutes à se rendormir et il réfléchissait. Ne ferait-il pas mieux de partir, il en avait tous les moyens, l'argent, le billet en poche, les faux papiers et l'organisation qui le recevrait. Mais voilà, il était orgueilleux Marco, partir dans de telles conditions, ça manquait de noblesse, la fuite, pour lui c'était minable et ça ne réglait pas le problème, l'organisation lui collerait un contrat aux fesses, beaucoup plus difficile à déjouer dans un pays inconnu.
A la réflexion il lui fallait faire preuve de courage et d'audace, il devait provoquer la confrontation avec José, dans sa tête il arrêta une stratégie et l'esprit apaisé, il finit par s'endormir.
11.09.2008
Et si le bonheur....27
Julien et Linda s’étaient endormis dans le grand canapé de la salle de séjour, des rêves plein la tête, l'amour au fond du coeur.
Quand ils s'éveillèrent, le jour était bien avancé, le soleil d'automne pénétrait largement dans la pièce, malgré les volets clos, mais leurs yeux brillaient d'un tel éclat qu'ils se crurent au printemps.
C'était bien le printemps de leur vie, qui s'offrait à eux, la plus belle des saisons où tout se prépare, tout se sème, tout se plante, où l'on espère l'abondance des fleurs et des fruits, des jours et des saisons prochaines.
Ils se regardaient ivres de bonheur, n'osant s'approcher, se toucher, se parler même, de peur que ne s'enfuient leurs rêves.
Mais la faim eut raison de leur béatitude, bien vite il leur fallut se rendre à l'évidence, le petit déjeuner ne se trouvait pas dans le frigidaire, il était encore chez le boulanger.
- Tu refermes derrière moi, lui dit-il, en se dirigeant vers la porte d'entrée, tu n'ouvres à personne, je reviens vite.
Elle comprit qu'il allait faire quelques courses. Sagement elle referma la porte comme il le lui avait demandé.
Elle se fit couler un bain, jugea qu'elle en avait le temps, se déshabilla, pénétra dans l'eau tiède, s'immergea toute entière, son corps, épuisé par la longue nuit qu'ils venaient de vivre, par les émotions qu'ils avaient éprouvées, par l'espérance qui s'annonçait dans leur vie, son corps fatigué reprit une vigueur nouvelle, elle allait se battre pour retrouver son fils et pour un bonheur qu'elle espérait être à portée de ses mains.
Elle savait que rien n'était gagné, que toute sa vie restait à construire mais que risquait-elle maintenant que Julien était entré dans sa vie ?
Elle sortit de sa baignoire, s'habilla rapidement, un immense bien-être envahit tout son corps, c'est si bon de vivre, se dit-elle.
On sonna à la porte, c'était Julien les bras chargés de provisions.
- Tu veux nourrir un régiment, lui dit-elle, en éclatant de rire, il ne répondit pas, sourit à son tour, rangea les provisions, elle dressa la table pendant qu'il mettait à chauffer dans le micro ondes, la superbe et appétissante pizza, champignons mozzarella qu'il venait d'apporter.
Le repas fut joyeux, un repas d'amoureux, un moment de bonheur, ils s'étaient assis l'un à côté de l'autre, ils riaient comme des enfants en vacances, s'amusaient de rien, d'un jeu de mots, d'une expression, ils se regardaient les yeux au fond des yeux, des minutes entières, comme s'ils avaient voulu pénétrer au plus profond de leur âme. Ils étaient heureux d'être ensemble, heureux de vivre une aventure exceptionnelle.
Julien se leva, Linda en fit autant, ensemble ils s'approchèrent de la fenêtre, ouvrirent les deux battants, l'air de la mer balaya leur visage, le soleil brillait de tout son éclat, au loin la mer regagnait la plage qu'elle avait désertée quelques heures plus tôt. Julien prit la main de Linda.
- Attends-moi lui dit-il, je vais chercher la moto, je t'emmène faire un tour.
- Mais Julien dit-elle, avec un sérieux regret dans la voix, je ne dois pas sortir.
- Mais que risques-tu, tu n'es pas seule, je suis avec toi et puis nous avons la moto, ça se faufile partout un engin comme ça. Regarde, il fait si beau.
Il n'eut pas à insister beaucoup pour la convaincre tant elle avait envie de sortir, de quitter cette maison, d'aller dehors sur la plage.
Quelques minutes plus tard, la moto filait bon train sur la route de Fouras, en direction de la grand côte et du phare de la Coubre.
Julien voulait lui faire connaître ces endroits de son enfance si pleins de souvenirs, les camps de scout au pied du phare, les longues randonnées pédestres dans les pinèdes bordant la route, les longues courses, usantes, épuisantes sur la plage de sable fin en compagnie de son père. Les images qui se bousculaient dans sa tête, bien que présentes dans sa mémoire, c'était du passé, aujourd'hui commençait peut-être une nouvelle période de souvenirs plein de promesses.
Linda faisait corps, avec Julien et sa moto, plaquée contre le dos de celui qu'elle aimait, les mains autour de sa taille, le visage appuyé sur son dos musclé, elle épousait tous les mouvements imposés par le pilote. C'était grisant de se laisser emporter sur cette monture, de fermer les yeux et de ne penser qu'à l'amour.
Il s'arrêta à l'entrée d'un chemin qu'il connaissait bien, il laissa sa moto au bord de la route, à l'entrée de la pinède qui longeait la plage de la grand côte. Ils partirent la main dans la main en direction de la mer dont ils entendaient le ressac.
Linda crut défaillir lorsqu'ils débouchèrent sur la plage, c'était grandiose, en face d'eux, c'était l'océan, le grand large, l'aventure.
La forte mer, gonflée par un fort vent d'ouest projetait avec violence des paquets d'écume d'une blancheur immaculée sur cette plage étroite jonchée de bois flottés.
Il la prit dans ses bras, leurs yeux perdus dans le lointain, comme s'ils avaient voulu voir au-delà de leurs rêves, plus loin encore que leur ligne d'horizon, ils restèrent longtemps immobiles à contempler le mouvement des flots.
Ils firent quelques pas sur la plage, ramassèrent quelques morceaux de bois aux formes étonnantes sculptés par la mer, ils remontèrent dans la pinède face à l'océan, Julien s'assit sur le sable, le dos appuyé contre une souche, Linda mit sa tête sur ses genoux, il la regardait, admirait son visage, il la trouvait si belle, elle s'abandonnait à ses caresses, il la tenait dans ses bras, lui caressait les cheveux, le visage, il se pencha lentement sur elle, leurs lèvres insensiblement se rapprochèrent et s'unirent dans un baiser ardent et passionné qui leur sembla durer une éternité.
Julien reprit son souffle, profondément troublé par ce baiser, par ce corps qui s'abandonnait à ses caresses, il ressentit un désir fou envahir tout son être, il la serra un peu plus fort contre lui, elle répondit à son étreinte, lui prit la tête dans ses deux mains une fois de plus leurs lèvres se joignirent, dans un total abandon, dans un accord parfait, le coeur battant la chamade, ils s'accomplirent, totalement, passionnément, follement, avec pour seuls témoins, le soleil, le sable, le vent et la mer.
Ils venaient de connaître le ciel, lentement, doucement, ils redescendaient sur terre, retrouvaient la plage, la pinède et les flots, ils restèrent encore longtemps immobiles, couchés l'un près de l'autre, se tenant par la main, n'osant pas parler, faire un geste, de peur de rompre cette harmonie, ce bonheur si total, cette plénitude qui les enveloppait, comme une protection aux épreuves de la vie.
Ils virent les étoiles s'allumer une à une, dans le ciel qui s'assombrissait, il y avait longtemps que le soleil avait disparu, à regret ils se décidèrent à quitter ce lieu magique, témoin de l'épanouissement de leur amour.
Les conclusions du grand patron de celui qu'on appelait communément le boss avaient été catégoriques, quand le vin est tiré il faut le boire. En d'autres termes il fallait mettre un terme aux activités de Marco.
José avait été convoqué à Paris auprès des instances dirigeantes. Les incidents qui s'étaient produits à la frontière espagnole avaient fait grand bruit dans les milieux politiques, pas de vagues avec l'E.T.A., disait-on dans les couloirs du pouvoir et Paris ne pouvait tolérer les manquements de Marco aux règles imposées.
Ici on ne donnait pas d'ordre, on laissait entendre, on pensait que, on murmurait, on suggérait, on espérait, parfois on provoquait. José connaissait bien ce langage, cette façon de dire les choses, de donner des ordres sans les donner, tout en les donnant, préserver avant tout sa propre responsabilité. José avait compris qu'on lui donnait carte blanche, c'était à lui d'agir, à lui de rétablir l'ordre dans son secteur.
Dès son retour à Aix il s'y employa, exerça son emprise sur les activités du groupe en fixant de nouveaux objectifs, donna de nouvelles directives auprès du Montagnard pour procéder à la liquidation de la dynamite et des armes. Il apprit que Marco avait été chercher le bébé de Linda pour le conduire, où, il n'en savait rien mais ça n'avait aucune importance, l'essentiel c'était qu'il soit parti. Le Motard rentré de Royan, était aux ordres, il fut chargé de la surveillance extérieure de la discothèque et de retrouver l'endroit où se planquait Marco.
Le dispositif, totalement repris en mains, était en parfait ordre de marche, José avait placé deux gros bras, déguisés en S.D.F. dans les cartons de l'impasse, il subodorait quelque chose, depuis qu'il avait trouvé un mégot de cigarette, encore fumant, dans le bureau vide de la discothèque.
Sur la route, tout en conduisant Marco mettait au point sa stratégie, il ne s'avouait pas vaincu, la véritable bagarre c’était entre lui et José, pas entre lui et le boss. Il savait que celui-ci, en définitive, appuierait le plus fort celui qui sortirait vainqueur de ce duel, ne pas oublier que le boss était, avant tout, un politicien, il avait donc l'habitude de ne pas mettre ses oeufs dans le même panier.
Il avait donc toutes ses chances et possédait même un réel avantage sur José, il savait où le trouver, à n'importe quel moment de la journée, alors que personne ne connaissait sa planque, enfin il pouvait pénétrer dans la discothèque, sans que personne ne le sache.
Un seul point noir, il ne pouvait pas savoir combien de fidèles lui restaient acquis, la nature humaine était tellement versatile qu'il ne pouvait préjuger de rien dans ce domaine.
Il envisagea l'hypothèse où il ne sortirait pas vainqueur de cette bagarre, il décida d'assurer ses arrières, avant de rentrer à Sorgues, il s'arrêterait à l'aéroport de Marseille Marignane.
A 17 heures il était à l'aéroport, devant le guichet de la compagnie Air France, muni de faux papiers, au nom de Laville Georges, il demanda un billet aller simple en première classe, à destination de Manille.
Si ça tournait mal en France, il savait qu'il pouvait compter sur le réseau qu'il avait constitué aux Philippines qui lui fournissait les filles dont il avait besoin.
L'agent de la compagnie lui remit le billet, il paya en espèce la somme de 6.000 €, il quitta l'aéroport et retrouva sa voiture.
Avant de reprendre le volant, il jeta un coup d'oeil sur le billet qui venait de lui être délivré, il constata que le vol était bien dans quatre jours et qu'il occuperait la place M 4, ça le fit sourire, le M était la 13e lettre de l'alphabet. Fallait-il y voir un heureux présage ? Il souleva les épaules, rangea le billet dans son portefeuille, remit le tout dans la poche intérieure de sa veste. Il lança son moteur et reprit la direction de Sorgues.
Quelques minutes plus tard il retrouva sur le parc de stationnement de la place du marché, la place qu'il avait laissée l'avant-veille, y inséra sa voiture, coupa le contact, descendit, retira sa veste, la déposa sur le siège arrière, reprit sa houppelande et son chapeau, ferma les portières, traversa la place et entra dans le café des sports.
Les contractions de son estomac qui se traduisaient par des bruits et des circonvolutions étranges lui rappelèrent qu'il n'avait rien pris depuis le repas face à Dominique, soudain il eut une fin de loup.
Le café des sports était en fait une brasserie, il s'installa à une table, se fit apporter la carte, commanda un Kir, prit le temps de choisir, il n'était pas pressé, personne ne l'attendait dans la bergerie, il pouvait savourer un instant de repos, d'autant plus qu'il voulait, dès le lendemain, se rendre à la frontière espagnole pour régler avec certitude le problème qu'il avait lui-même initié.
Le repas terminé, l'addition réglée, il sortit de la brasserie, lorsqu'il se souvint avoir laissé son portefeuille dans la poche intérieure de sa veste, il se dirigea vers la voiture tout en déverrouillant, à l'aide de son biper, les portières, il ouvrit la porte arrière, étendit les deux mains pour se saisir de la veste, se pencha légèrement, soudain il s'immobilisa, il venait de sentir l'acier dur et froid d'une arme posée sur sa nuque tandis qu'une main ferme pesait sur son épaule, le maintenant dans l'incapacité de bouger, même légèrement.
- Pas un geste bonhomme, bouge pas, lui dit une voix qu'il ne reconnut pas.
Putain, se dit-il en lui-même, ils m'ont retrouvé.
Il n'avait pas peur, c'était les risques du métier, la vie pouvait s'arrêter à tout moment, il avait joué, avait perdu, il devait payer, c'était la loi mais c'était tout de même dommage de finir sa vie aussi jeune et de cette façon.
Il compris que son exécution ne se ferait pas sur cette place, lorsque l'individu, sous la menace de son arme, lui intima l'ordre de s'asseoir au volant, lui-même s'installant à l'arrière.
Malgré la nuit et le peu d'éclairage de la place, Marco aperçut la silhouette de son agresseur, mais le visage était dissimulé sous une cagoule noire.
- Tu démarres, tu sors de la ville, direction Aix, vitesse réduite.
Marco sentit l'arme appuyer un peu plus fort sur sa nuque, comme pour confirmer l'ordre que lui avait donné son agresseur. Il s'exécuta, mais que pouvait-il faire d'autre ?
Ils sortirent de la ville, il y avait peu de circulation, Marco roulait lentement.
- Là-bas tu prends le chemin à droite.
Il s'y engagea, le chemin était chaotique, étroit, s'enfonçait dans une forêt épaisse et profonde, ils arrivèrent dans une petite clairière, dans les lumières des phares, Marco ne vit aucun autre chemin.
- Stop, lui ordonna l'agresseur.
Marco s'exécuta, il sentit le froid de la mort envahir tout son être, son corps se raidit, il attendait la fin, sans doute sa vie allait s'achever là dans cette clairière, il reçut un coup violent à la tête et perdit connaissance.
10.09.2008
Et si le bonheur....26
Non, Dominique ne pouvait pas accepter d'être rejeté par Linda, par cette femme qu'il admirait, qu'il aimait de tout son être, par-dessus tout, à la folie. Son retour dans sa vie, ce n'était pas le fait du hasard, c'était bien le destin qui les avait rapprochés pour ne plus jamais les séparer. Il en était convaincu, Linda se trompait, mais elle le reconnaîtrait un jour, il en était certain, il suffisait de forcer les événements.
Il voulait la reconquérir, pour cela il retrouverait son bébé, il le lui rendrait, elle ne pourrait pas refuser de se donner à lui, d'être enfin sa femme, il remporterait ce challenge, il en était capable, il ferait plier Marco, il en avait les moyens.
Il arriva à l'hôtel, passa devant Sonia, sans lui parler, sans la regarder, s'enferma dans son bureau, réfléchit longuement, les yeux fermés, dans le silence le plus total.
Lorsqu'il rouvrit les yeux, sa décision était prise, la partie de poker allait commencer, il avait un beau jeu en mains, il appela Marco sur son portable.
Sonia était soucieuse, elle constatait chaque jour le changement d'attitude de Dominique à son égard, morose, taciturne, il ne lui adressait presque plus la parole, il s'absentait de plus en plus, rentrait fort tard dans la nuit, ne s'intéressait plus à la marche de l'hôtel dont la conduite reposait entièrement sur ses épaules.
Mais Sonia était une femme de tête, elle veillait au grain, comme un bon capitaine elle savait lire la météo, anticiper la tempête. Elle avait pris deux mesures qu'elle avait jugées essentielles, un micro placé dans le bureau de Dominique et un détective privé pour la protection et la surveillance de celui-ci.
Elle sut ainsi qu'il devait retrouver un certain Marco, elle crut reconnaître la voix de l'individu à qui elle avait donné l'adresse de Linda, ce fut loin de la rassurer, elle fit part de ses soupçons à son détective.
Une autre information importante, grâce au micro placé dans le bureau, lui fut communiquée, Dominique devait rencontrer Marco, le lendemain soir à Bourges à l'hôtel du Berry, place de la gare.
Sonia allait peut-être savoir ce qui se tramait à son insu, elle ne pouvait pas continuer à vivre de cette façon, elle regrettait les méthodes employées, mais sa vie, sa situation, son amour, son avenir, celui de l'hôtel, tout cela était en jeu, alors les méthodes, elle les balaya d'un geste de la main, qui veut la fin veut les moyens se disait-elle, elle se sentait capable de mener le combat parce qu'elle aimait Dominique et qu'elle lui gardait, malgré tout, sa confiance.
Au même moment, à près de mille kilomètres de là, dans les premiers contreforts des alpages, se jouait un autre destin, celui d'un mafieux en cavale, le destin de Marco.
Il se débattait Marco, comme un diable dans un bénitier, il savait que le temps lui était compté, il fallait faire vite, liquider rapidement les casseroles qu'il traînait aux fesses.
Il lui faudrait lâcher du lest et négocier. C'est dans cet état d'esprit qu'il venait d'accepter de rencontrer à Bourges l'émissaire de Linda.
Ce même jour tous les acteurs de ce drame semblaient se mettre en ordre de marche, comme s'ils se préparaient à livrer une dernière bataille.
Le motard venait de recevoir un ordre téléphonique de José qui semblait avoir pris les rênes de l'organisation, de rentrer de toute urgence, pour une nouvelle mission.
Cet ordre l'avait surpris alors qu'il se trouvait dans les bras de la patronne de l'hôtel.
Elle le couvait, le protégeait depuis qu'il était rentré dans la nuit précédente.
Elle était seule, à la réception, il s'était avancé pour prendre sa clé, il marchait comme un somnambule, les yeux hagards, elle avait pensé qu'il avait bu mais lorsqu'il s'était approché avait vu d'énormes tâches de sang sur la combinaison. Elle pensa tout d'abord à un accident mais lorsqu'elle ne constata pas de blessures apparentes, elle eut peur, compris qu'il s'était passé quelque chose de plus grave.
Elle n'avait posé aucune question, du reste il n'aurait pas répondu.
Elle avait tout simplement pris soin de lui tout en lisant la rubrique des faits divers dans le journal local.
Elle ne vit rien et maintenant il venait de lui dire qu'il avait reçu l'ordre de partir, les adieux furent électriques et déchirants entre ces deux êtres passionnés.
Julien était resté très longtemps à repasser dans sa tête les événements de la matinée, heureux le matin malheureux l'après-midi, pourquoi avait-il eu si mal ?
Qui était cet homme qu'il avait vu pénétrer chez Sylvie ?
Il hésita très longtemps, comprit que ça ne pouvait pas durer, il voulait voir Sylvie, lui parler et puis il aviserait. Quelque chose lui disait que tout n'était peut-être pas perdu, il fallait qu'il en ait le coeur net. Il se leva, et quelques minutes plus tard il sonnait à la porte de Sylvie.
A trois reprises il osa appuyer sur le bouton de la sonnette, dès qu'il la vit il comprit qu'elle avait de la peine, son visage chiffonné, l'humidité de ses yeux clairs traduisaient toute la
Souffrance qui habitait son être.
Un pâle sourire éclaira un instant son visage, il lui renvoya son sourire, posa doucement ses deux mains sur ses épaules, il voulut l'embrasser, elle détourna légèrement la tête comme si elle refusait, mais il comprit qu'elle voulait cacher les larmes qui perlaient à ses yeux.
Quel était cet homme qui se permettait de lui faire du mal ? Qui avait assez d'emprise sur elle pour lui faire autant de peine ?
Elle le prit par la main, viens lui dit-elle faiblement, en l'entraînant vers la salle de séjour, elle se retourna, plongea son regard dans le sien, ne put se contenir plus longtemps, s'effondra en pleurs entre ses bras.
Il la retint longtemps contre lui, laissa les larmes se tarir d'elles-mêmes, il la tenait contre son coeur et ça suffisait à son bonheur.
Lorsque la tempête se fut apaisée, que le sourire fut revenu sur ses lèvres, elle le fit asseoir dans le canapé, s'installa près de lui, je n'en peux plus, lui dit-elle, il faut que je te parle, je te dois la vérité.
Il eut peur tout à coup, peur des phrases qu'elle allait prononcer, peur de cette vérité, peur de voir son rêve finir avant même que d'avoir commencé.
Elle commença :
- Je suis à Royan depuis quelques jours seulement, je venais de Paris en stop et je t'ai menti, elle hésita un instant, le vit suspendu à ses lèvres, elle poursuivit, je t'ai affreusement menti, je ne m'appelle pas Sylvie, je m'appelle Linda, Linda Ballard.
Il se leva d'un bond, lui coupa la parole.
- Attends, lui dit-il incrédule, attends, tu t'appelles Linda, réellement Linda et tu viens de Paris, il ne pouvait le croire, alors c'est toi, c'est bien toi la Linda que je cherche ?
Ce fut au tour de Linda de ne rien comprendre. Comment ce garçon, parfaitement inconnu, il y avait quelques heures, pouvait-il la chercher et pourquoi, Marco, se dit-elle avec effroi, il m'a retrouvée, elle se fit toute petite, aurait voulu disparaître, se trouver à cent lieues sous terre. Il vit sa panique, la rassura d'un geste de la main, manifestement, tous les deux ils avaient besoin d'explications.
Alors ils se racontèrent, la fin de l'après-midi et la nuit entière n'y suffirent pas, ils se racontèrent l'histoire de leur enfance, leurs rêves déçus, ils se racontèrent leurs désirs, l'enfant volé et retenu loin d'elle, la peur au ventre, les insomnies, la douleur d'avoir perdu une partie de soi-même, la grand-mère, son agression, le désir de comprendre, les quarante euros subtilisés, empruntés, rectifia-t-elle aussitôt en éclatant d'un rire communicatif.
Au loin le chant d'un coq annonça un jour nouveau. Pendant cette nuit ils avaient pris toutes leurs peines, leurs souffrances, leurs joies et leurs désirs, leurs rêves aussi, les avaient malaxés, remués secoués dans tous les sens, et de ce cocktail, ils en étaient sûrs, il en résultait le début d'une belle histoire d'amour.
Et pourtant, rien n'était résolu, tout était encore à construire, ils y voyaient simplement un peu plus clair, se sentaient un peu plus forts, pour l'instant c'était tout.
Le soleil, encore chaud dans le ciel, rendait la marche pénible. Marco descendait de sa planque vers le village de Sorgues, sa voiture, ou plutôt celle de son demi-frère, l'attendait sur le parking de la place du marché. Deux heures à crapahuter dans la caillasse, à travers la carrière abandonnée, le long du torrent qui drainait les eaux provenant de la fonte des neiges, dans la garigue et les buissons de romarin.
Enfin il arriva au terme de son voyage pédestre, il aperçut la voiture, elle était là où il l'avait laissée la veille, devant la vitrine du café des sports, où les glaces qui l'encadraient lui renvoyèrent son image.
Il eut un sursaut, il était méconnaissable, une barbe noire et fournie, des cheveux longs tombant sur les épaules, un chapeau de feutre gris et délavé, une houppelande comme les bergers du coin et pour compléter la silhouette des lunettes noires et un sac à dos.
Il appuya sur son biper, déverrouilla les portes, s'installa au volant, lança le moteur, laissa chauffer quelques instants, sortit du parking, il était gratuit, mit son clignotant et s'engagea sur la chaussée.
Avant de se propulser à Bourges il voulait se rendre discrètement dans son bureau de la discothèque pour y prendre certains objets qui lui étaient personnels.
Il arriva à Aix à la tombée de la nuit, il traversa la ville, passa devant la discothèque, tout semblait calme et tranquille, elle n'ouvrirait que dans quatre ou cinq heures, il avait largement le temps d'effectuer sa visite.
Il trouva un stationnement discret, dans une rue tranquille à proximité de l'impasse et de la porte secrète, il descendit bloqua les portières, avança prudemment, les yeux et les oreilles aux aguets.
Il allait pénétrer dans l'impasse, il s'arrêta net, il venait d'entendre un bruit, léger, à peine perceptible, un frôlement, comme si quelqu'un marchait sur du carton, sans faire de bruit il s'aplatit contre le mur, tendit l'oreille, écouta longuement.
Protégé par le feuillage qui montait le long du mur il était invisible dans la nuit. Manifestement il y avait du monde dans la ruelle, était-ce pour lui ou étaient-ce des clochards qui avaient élu domicile dans les cartons qui jonchaient le sol ?
Il ne connut pas la réponse, ne voulut pas risquer sa vie, il décrocha lentement, sans aucun bruit, retourna près de sa voiture et prit la route directe de Bourges. Je dormirai au gré de mon humeur, se dit-il, comme s'il avait voulu se donner l'impression de partir en vacances.
Les vacances, Marco ne savait pas ce que c'était, toute sa vie il s'était battu pour vivre, né au Brésil dans la banlieue pauvre de Buenos-Aires, il avait connu dès son plus jeune âge la misère des favelas et des rues de la capitale.
Chef de bande, redoutable et redouté, il avait gravi tous les échelons de l'école du crime, avait joué avec sa vie et avec celle des autres.
Emigré en France à dix-huit ans, via l'Espagne, il s'était fixé à Marseille, avait reconstitué une bande de jeunes compatriotes, écumé toute la région, hold-up dans les banques, vol de semi-remorques, drogue et prostitution à petite échelle, jamais pris ni inquiété, tous ces faits d'armes constituaient sa carte de visite lorsqu'il fut remarqué par la mafia et mis à la tête de l'organisation du sud de la France.
Il avançait en direction de Clermont-Ferrand, la nuit était profonde, le faisceau des phares, parfaitement réglés balayait le ruban grisâtre de l'autoroute, la vitesse 125 km le rassurait, il ne voulait pas laisser de traces et ne pas être accroché par l'un des nombreux radars installés depuis peu.
La voiture avançait, le bruit régulier du moteur le berçait, mais il n'avait pas encore envie de dormir, il ne pouvait pas s'empêcher de réfléchir.
Il songeait à ses dernières années passées à la tête de l'organisation, il était pénard, disposait d'un immense pouvoir, comment avait-il pu être aussi con, s'enticher de cette Linda responsable de tous ses déboires.
Le trafic d'armes qu'il avait instauré le préoccupait beaucoup, pourquoi avait-il voulu instaurer ce trafic contre les directives du boss, pas par appât du gain, sa fortune était considérable répartie dans plusieurs paradis fiscaux. Il se demandait encore si le montagnard avait suivi ses instructions, s'était débarrassé de la dynamite et des armes encore détenues dans les galeries de son site. Si seulement José n'y avait pas fourré son nez, il lui en voulait à José, cet ambitieux qui ne pensait qu'à prendre sa place et qui intriguait auprès du boss.
Parviendrait-il à reprendre la main ?
Il regarda l'heure à l'horloge de la gare il était quatre heures ils venait d'arriver à Bourges. Il le gara sa voiture le long du trottoir en face de l'hôtel du Berry il laissa dans la voiture sa houppelande qu'il échangea contre la veste de velours côtelé négligemment posée sur le siège arrière, il prit son sac à dos, ferma les portes traversa la rue, pénétra à l'hôtel, prit une chambre, demanda de ne pas être dérangé et se dirigea vers les ascenseurs.
Le second service du repas de midi allait prendre fin lorsqu'il apparut dans la salle à manger de l'hôtel.
Il réussit, malgré l'heure tardive à se faire servir un léger repas. Il avait bien dormi, se sentait en pleine forme, son après-midi était libre, il décida de visiter la ville.
Il quitta l'hôtel, par l'avenue de la gare, gagna rapidement le centre ville, la rue Moyenne qui le conduisit à la cathédrale, superbe monument de style gothique des XIIe et XIIIe siècles, dont les cinq portails et la tour de beurre sont célèbres dans le monde entier.
Mais Marco n'était pas un amateur de monuments historiques, c'était dommage. Il passa donc devant le palais Jacques coeur et devant bien d'autres trésors, qu'il serait fastidieux de détailler, ici sans se douter de leur valeur historique.
Il était dix-sept heures lorsque Dominique pénétra dans l'hôtel.
Il se présenta à la réception, demanda une chambre pour la nuit, déposa, dans le coffre de l'hôtel, une grande enveloppe ne portant aucune indication sur le dessus.
Il monta immédiatement dans sa chambre, il avait le temps, l'heure du rendez-vous était fixée à vingt heures.
Au cours du voyage une idée machiavélique avait pris corps dans son cerveau, il lui fallait réfléchir, récupérer l'enfant, pour le rendre à Linda, c'était le but de son déplacement et s'il était certain de réussir, il n'était pas très sûr qu'elle accepterait de bonne grâce de devenir sa femme, mais plus il retournait l'idée folle qu'il avait eue, plus elle prenait corps. Ne dit-on pas que l'amour rend fou ?
Dès qu'ils s'aperçurent dans la salle de restaurant ils se reconnurent sans avoir arboré le moindre signe distinctif. Leurs regards, en se croisant, s'étaient immédiatement trouvés.
Ils ne se serrèrent pas la main, ce n'était pas des amis, mais des adversaires.
La salle occupait toute la surface de l'hôtel, elle était divisée en petits boxes pouvant y recevoir chacun de deux à huit convives. Une jeune femme les installa à une table de quatre personnes, leur remit la carte des menus et retira deux couverts. Les tables étaient séparées entre elles par des bacs en bois, garnis de plantes vertes de différentes essences qui assuraient une certaine intimité.
Très vite les tables furent occupées et le ronronnement des conversations prit le dessus sur la musique de fond doucement diffusée par l'hôtel.
Machinalement, ou plutôt par habitude, Marco jeta un regard autour de lui, les trois tables qui entouraient la leur étaient occupées par des personnes seules, des hommes, des voyageurs de commerce, sans doute. Il fut rassuré, pas de pièges pensa-t-il, quant à Dominique il n'avait aucune raison de craindre quoi que ce soit, personne ne savait où il était, et pourtant...
La conversation s'engagea après le premier apéritif, elle s'anima au second et ils se tapèrent dans la main, en signe d'accord lorsque, à leur demande on leur apporta le champagne.
Ils se retirèrent, dans leur chambre respective, Marco soulagé, il s'en sortait à bon compte, bien sûr il restituait le gosse, mais il récupérait les papiers compromettants. De plus, il s'était vengé de Linda, de l'affront qu'elle lui avait fait subir et qu'il n'avait pu pardonner, dans le milieu ça ne se fait pas, il venait de la vendre, à son prétendant comme une vulgaire prostituée, une pute voulant reprendre sa liberté.
De son côté Dominique jubilait, non seulement il allait rendre l'enfant à Linda, qui ne pourrait que lui en être reconnaissante, mais il avait maintenant des droits réels sur elle, il l'avait rachetée au milieu contre la coquette somme de 500.000 €. Maintenant elle lui appartenait, mais il savait qu'elle pouvait encore ne pas accepter, n'avoir aucune reconnaissance, n'était-elle pas amoureuse par ailleurs ? Alors il avait passé avec Marco un marché diabolique, ce dernier ferait pression auprès de Linda en lui laissant entendre qu'elle ne reverrait son bébé qu'après son union avec Dominique.
Enfin, dernier terme de l'accord, les parents de Linda étaient déchargés de tout versement d'argent.
L'échange eu lieu le lendemain matin, la remise de la somme également. Marco récupéra les papiers sensibles et Dominique eut le plaisir de prendre à bord de sa voiture le petit Paul, l'enfant de Linda.
09.09.2008
Et si le bonheur....25
Julien rentra chez lui l'esprit vagabond, il n'en revenait pas de sa découverte, Sylvie Berthier, comme elle avait changé, une très belle fille maintenant, il souriait tout en ouvrant ses volets, il ne l'aurait pas reconnue s'il ne l'avait pas surprise chez elle.
Il venait de refermer l'une des fenêtres de la salle de séjour, il s'arrêta un long moment, ne put que contempler le spectacle grandiose qui s'offrait à sa vue. La mer s'était retirée sur toute une partie de l'estuaire, laissant un immense plateau de gris humide et brillant sous les rayons du soleil, ça et là quelques embarcations aux multiples couleurs, surprises, sans doute, dans leur immobilité, délicatement couchées sur le sol, semblaient poursuivre leur sommeil, des pêcheurs silhouettes furtives, bougeaient dans ce paysage immobile en traînant derrière eux leur ombre démesurée, au loin, on apercevait, bordant la côte, les carrelets sortant du sol comme des maisons de bois sur pilotis.
C'était beau, la vie était belle, la journée s'annonçait merveilleuse, il ne résista pas, ouvrit la fenêtre, écarta les bras, tenant dans chaque main un vantail de celle-ci, le vent pénétrait largement dans la salle, apportant des odeurs de marées fortement chargées d'iode.
Le monde était à lui, il vivait des moments exaltants, il respira à pleins poumons l'air venu du large, il était heureux, sa profession, son avenir, étaient assurés, il était en vacances, cinq semaines, et l'amour, peut-être, avait frappé à sa porte.
Mais, au fait, qu'était-il venu faire à Royan ? Il courait après une fille, une chimère, et Sylvie, une fille bien réelle, bien vivante était apparue dans sa vie.
Il eut soudain envie de vivre, de courir, se dépenser, utiliser ce trop plein d'énergie qui se manifestait tout à coup, retrouver les circuits de son adolescence et puis, qui sait, en passant devant chez elle il apercevrait peut-être Sylvie.
Il frissonna de plaisir, ferma la fenêtre, il voulait prendre sa douche et sortir, sortir le plus vite possible, il voulait vivre.
Il se prépara en toute hâte comme s'il avait peur d'être en retard à un rendez-vous important. La joie de vivre se lisait sur son visage il se sentait léger, allait de la salle de bains à la chambre, de la chambre à la salle de bains, il se mit à siffloter un air à la mode de Francis Cabrel, Hors saison, en parfaite harmonie avec ses états d'âme.
Enfin prêt, il mit le nez dehors, referma la porte derrière lui, jugea le temps propice à une longue course, il sautilla sur place pendant quelques instants, comme s'il eût voulu s'échauffer ou prendre son élan.
Il décida et prit la direction du circuit du chemin des douaniers.
Il l'aimait bien ce circuit, il l'avait si souvent parcouru avec son père, maintenant décédé, moments privilégiés si chers à son coeur, dont le souvenir, bien vivant, restait présent dans sa mémoire et puis, aussi, à deux reprises, à l'aller comme au retour il passerait devant la maison de Sylvie, il aurait peut-être la chance de l'apercevoir.
Il connaissait bien cette région, un vrai paradis pour tous les pratiquants. Le sentier aménagé sur les corniches qui dominent la mer avait sa préférence, il estimait qu'il se trouvait être parmi les endroits les plus agréables pour courir.
Le parcours qu'il avait choisi empruntait justement le sentier des douaniers, il s'étirait de la plage de Nauzan à la plage de Saint-Sordelin, et ensuite empruntait la promenade jusqu'à la plage de Pontaillac, environ six kilomètres aller et retour. C'était excellent pour une mise en jambes.
Et, cerise sur le gâteau, ce circuit était chaque fois différent, non seulement par les couleurs de la mer, mais aussi en fonction du ciel, des marées et de la direction du vent.
Sa déception fut grande à son premier passage, la maison de Sylvie semblait s'éterniser dans le sommeil, il marqua une légère hésitation, devait-il sonner au risque d'interrompre ses rêves ? Non il repasserait tout à l'heure, il attendrait, c'était bon d'attendre un événement que l'on espérait heureux.
Il reprit sa course, ralentit quelque peu son allure, il voulait donner du temps à Sylvie et à lui aussi, il pourrait prendre une douche, faire un brin de toilette, après un jogging ce n'était pas du luxe.
Il termina son jogging, fit sa toilette, une grande toilette, frotta vigoureusement son corps, gant de crin et eau de toilette, peut-être un peu plus abondamment que d'habitude, enfila un Nike bleu marine et un sweater blanc, se planta un long moment devant la grande glace de l'entrée, prit toutes les poses de mannequin possibles, il fut satisfait de l'image que lui renvoya son miroir, le cœur rempli d'espoir se dirigea vers la maison de SYLVIE.
Il marchait d'un pas léger, il allait revoir Sylvie, encore cent mètres, au coin de la rue il apercevrait sa maison, il était joyeux, ne comprenait pas, que lui arrivait-il ? C'était donc ça l'amour ? Cette légèreté de l'être, cette plénitude ? Si c'était ça, alors il en redemandait.
Insouciant, il tourna au coin de la rue, aperçut la maison de Sylvie, stoppa net, incrédule, à quelques mètres de lui, sur le perron, Sylvie, en grande familiarité avec un homme.
Elle ne l'avait pas vu, il en était certain, son premier réflexe fut de faire demi-tour, ce qu'il fit mais la curiosité à moins que ce ne fut une pointe de jalousie, l'emporta, il s'arrêta, se dissimula à l'angle de la rue, regarda autour de lui, il n'y avait personne, il pouvait poursuivre son observation en toute tranquillité, non seulement il les voyait mais des bribes de leur conversation parvenaient à ses oreilles.
Mais qu'est-ce que cela signifiait ? Pourquoi leurs mains se tenaient-elles, ils se regardaient, se souriaient, il l'entendit prononcer je t'attendais, il sentit les battements de son coeur s'accélérer tout à coup, il ne pouvait détacher son regard de ce couple. Il la vit mettre sa main sur l'épaule de cet homme et d'un geste tendre, qui lui fit mal, l'entraîner à l'intérieur de la maison.
Voilà, c'était fini, avant même d'avoir commencé, le rideau était tombé avant que ne fussent frappés les trois coups. Pourquoi était-il si désemparé, si malheureux, si vulnérable, c'était donc aussi ça l'amour, un mélange de joie et de tristesse, de bonheur et de souffrance ?
Il resta encore un long moment les yeux fixés sur le perron de la maison de Sylvie, peut-être pour conjurer le sort, peut-être aussi pour voir l'homme quitter cette maison, pour le suivre, savoir qui il était.
Tout était confus dans sa tête, il était torturé, vidé, abattu, il décida de quitter les lieux, comme un automate il rentra chez lui, se jeta tout habillé sur son lit, ferma les yeux et essaya d'oublier.
Linda s'était précipitée pour lui ouvrir, son petit coeur avait bondi dans sa poitrine tellement elle était certaine que c'était Julien.
Elle ouvrit, Dominique souriant se trouvait devant elle, il aperçut, dans son regard, un soupçon de déception. Mentalement elle se fit le reproche de ne pas avoir regardé par l'oeilleton de la porte, dans ma situation, se dit-elle, ce n'est pas très prudent.
Néanmoins elle réussit à lui sourire, il perçut sa réticence qu'il mit sur le compte de la surprise.
- Je suis content de te voir lui dit-il.
- Je t'attendais lui répondit-elle, tu dois t'en douter.
Il prit ses deux mains dans les siennes, la maintint un peu à l'écart, le temps de la contempler, comme elle est jolie se dit-il, si seulement c'était Julien pensa-t-elle, ils se sourirent, elle invita Dominique à entrer. Elle ne se doutait pas qu'au même instant, Julien, au coin de la rue, les observait et souffrait en silence.
Prends une chaise, fait comme chez toi dit-elle, ils éclatèrent de rire, bien sur qu'il était chez lui, bien sur que c'était sa maison, elle poursuivit : juste quelques minutes le temps de passer un pantalon dit-elle en se dirigeant vers la salle de bains.
Seul avec ses pensées qui le torturaient depuis qu'elle était revenue, depuis qu'elle avait fait une nouvelle apparition dans sa vie bouleversant tous les projets qu'il avait formés, il ne savait plus quelle attitude adopter tant à l'égard de Sonia que de Linda. Comme il l'avait aimée et comme il l'aimait encore cette attachante Linda, comment le lui faire comprendre, comment le lui dire?
Le retour de Linda interrompit le cours de sa méditation, elle prit une chaise s'assit tout à côté de lui, un café ? Avec deux sucres lui demanda-t-elle, il observa qu'elle se souvenait de ses petites habitudes, il en fut tout ému, c'était un signe, elle n'avait rien oublié, ils pourraient peut-être reprendre leur vie commune.
Ce fut Dominique qui se leva, remplit d'eau et de café moulu la cafetière, sortit deux tasses, deux cuillers, attendit quelques instants, apporta les deux breuvages, les déposa sur la table et retourna chercher le sucre qu'il avait oublié dans la cuisine.
- Tu as du nouveau, demanda-t-elle d'une voix tremblante, inquiète par avance de la réponse qu'il allait lui faire ?
- Oui, j'ai téléphoné, j'ai eu Marco, c'est bien lui qui a ton fils, il ne veut rien entendre, pas de négociations, il exige que tu rentres au bercail. Je lui ai dit que c'était exclu, il s'est mis en colère, une colère terrible, le téléphone tremblait, je lui ai répondu sur le même ton et je lui ai donné mon numéro de portable, je suis sûr qu'il va rappeler.
Au fur et à mesure que Dominique parlait, une angoisse incontrôlable s'installait en elle, une tristesse infinie voilait ses jolis yeux, elle n'avait plus le courage de lutter, elle ne reverrait peut-être jamais son bébé, son enfant, elle avait attendu patiemment, attendre encore s'avérait au dessus de ses forces. Elle prit soudain conscience qu'elle pourrait ne jamais retrouver ce petit bonhomme que Marco lui avait volé.
Soudain elle s'effondra, posa ses coudes sur la table, prit sa tête entre ses mains et laissa éclater sa peine, sanglots et larmes se bousculaient sur son visage ravagé par la souffrance. Toutes les peines du monde, toutes les misères de la terre semblaient s'être données rendez-vous dans ce corps de maman.
Dominique se leva, s'approcha de Linda, posa doucement une main sur son épaule, veux-tu te reposer, lui demanda-t-il tendrement, elle acquiesça de la tête, il la prit dans ses bras, elle mit la tête contre son épaule, les sanglots et les larmes redoublèrent, il la conduisit dans sa chambre, l'aida à s'étendre sur le lit, s'agenouilla auprès d'elle, il voulut prendre sur lui un peu de son fardeau, lui caressa longuement les cheveux, elle le laissa faire. Viens près de moi, lui dit-il, elle se sentait perdue, c'était son seul ami, le seul au courant de ses ennuis, elle se pelotonna contre lui, il s'imagina qu'elle s'abandonnait, qu'elle était consentante, il se fit plus pressant, sa main glissa des cheveux sur le visage, sur la gorge, sur la poitrine tandis que l'autre main glissait sur la jambe, sur la cuisse, il murmurait déjà des mots tendres, ses lèvres s'approchaient de son visage.
Subitement elle prit conscience de la situation, poussa un cri, se releva d'un bond, le repoussa violemment.
- Non Domi, pas ça, pas toi, tu es mon ami, mon seul ami, implora-t-elle les yeux à nouveau pleins de larmes.
Elle se rapprocha de lui, le prit par les épaules, le secoua comme pour lui faire entendre raison, le sortir de ses phantasmes. Domi, je t'en supplie, regarde-moi, je veux te garder près de moi, comme mon ami, mon grand frère.
Les larmes s'étaient arrêtées, elle avait retrouvé son calme, il comprit combien il s'était trompé sur les intentions et les véritables sentiments que Linda nourrissait à son égard.
Elle vit le rouge de la honte colorer son front, dépité, gêné, triste, elle eut mal pour lui, imagina la tempête immense qui devait s'agiter dans sa tête.
- Viens t'asseoir lui dit-elle, je veux te parler.
Avec une infinie douceur elle l'entraîna dans la salle de séjour, ils s'installèrent dans les fauteuils confortables de la pièce.
- Je ne veux pas d'équivoque, je veux que tout soit limpide dans nos relations, commença-t-elle, quand nous nous sommes quittés il y a un an, nous avons pris des directions différentes, il n'est pas question de revenir sur nos décisions. Jamais je n'oublierai tout ce que tu as fais pour moi, tu m'as ramassée dans la rue, alors que ma famille m'avait jetée à la porte, tu m'as redonné le goût de vivre, nous avons fait un bout de chemin ensemble, tu m'as aimée, peut-être m'aimes-tu encore, mais moi Domi, j'ai besoin de passion pour vivre.
Je t'en supplie Domi dit-elle en lui prenant la main, reste mon ami, mon grand frère, mon confident, je veux te garder auprès de moi mais ne me demande pas plus.
Il l'écoutait, mais ne l'entendait pas, il avait envie d'embrasser ses lèvres pour arrêter le flot de paroles qui lui faisait si mal.
Elle plongea son regard dans le sien et vit dans le fonds de ses yeux le combat qu'il livrait contre lui-même, et elle décida de l'aider, as-tu songé à Sonia dit-elle, vous avez formé des projets, tu ne voudrais pas la décevoir, lui faire du mal, et je crois qu'elle t'aime.
Elle eut l'impression qu'il comprenait, qu'il reprenait son équilibre, alors pour en finir elle lui parla du jeune homme, Julien, de leur rencontre, de son émoi, de la naissance d'un amour auquel elle ne s'attendait pas, de l'imbroglio dans lequel elle s'était mise en se faisant passer pour Sylvie.
C'en était trop, il avait besoin de se reprendre, d'assimiler tout ce qu'elle lui avait dit, il se leva, s'excusa, l'embrassa et, sans dire un mot, quitta la maison.
08.09.2008
Et si le bonheur....24
Cet appel téléphonique l'avait bouleversé, un million d'euros, on lui demandait de verser cette somme sous il ne savait quel prétexte, ou, du moins il voulait l'oublier, une fois de plus il vivait sous la menace d'un scandale, une fois de plus leur fille Linda, leur fille unique, mettait en péril leur équilibre familial. Il n'avait pas eu le courage d'en informer sa femme mais plus les heures passaient plus le poids de la menace l'oppressait, le torturait, jamais il ne pourrait supporter, seul, la charge de ce fardeau.
A huit reprises il entendit sonner la pendule du salon, machinalement il consulta sa montre, vingt heures, dit-il tout haut, que fait-elle encore, elle discute, sans doute avec la voisine, il l'attendait depuis près d'une heure. Il avait décidé de lui parler ce soir de ce coup de téléphone qu'il ne digérait toujours pas.
Comme chaque soir les employées venaient de quitter le magasin, Marilyn les avait accompagnées sur le pas de la porte. Elle s'attarda quelques instants, une superbe voiture, une DS toute bleue, comme neuve, brillant de tous ses chromes, venait de se garer près du trottoir en face, un homme jeune en était descendu et s'était engouffré dans l'immeuble, ça la fit sourire, ça avait été leur première voiture, un petit coup de nostalgie se prit-elle à penser.
Elle allait refermer sa porte, une moto s'arrêta devant sa vitrine, la passagère, une jeune femme, descendit rapidement tandis que le conducteur attendait assis sur sa machine.
- J'ai de la chance dit-elle en se précipitant dans le magasin, vous êtes encore ouvert. Elle avait l'air décidée, énergique, se dirigea vers le fond du magasin, comme si elle connaissait parfaitement l'endroit où se trouvait ce qu'elle cherchait, tout en poursuivant son monologue.
- Holà je me serais fait démolir si je n'avais pas effectué cet achat pour ma tante, ajoutant sur un ton de confidence, c'est pour mon petit neveu, vous comprenez.
Amusée Marilyn la suivait en trottinant.
- Mais que désirez-vous ? Finit-elle par lui demander.
Brusquement la jeune femme se retourna, elle tenait un gros calibre dans la main droite, le ton avait changé, le visage aussi, menaçant, il était devenu glacial.
- ça suffit vieille peau, tu vas te t'nir bien sage, tu m'donne ton fric, tout ton fric, tu piges ?
D'un geste brusque elle fit pivoter Marilyne sur ses talons et l'arme braquée dans le dos la conduisit jusqu'à sa caisse.
Marilyne, tremblant de peur, les jambes flageolantes, s'exécuta, incapable de dire un mot, de faire le moindre geste.
La jeune femme enfouit dans ses poches tout ce que Marilyn lui tendait sans prêter plus d'attention à la menue monnaie qui s'éparpillait en tombant sur le sol. C'est un premier avertissement, lança-t-elle en s'enfuyant, on reviendra.
La moto démarra en trombe, Marilyne se laissa tomber sur un siège, n'arrivant pas à faire disparaître la peur qui l'avait submergée. Elle était toute pâle et tremblait encore de tous ses membres lorsque Félix, inquiet, était venu voir ce qui se passait, trop tard pour intervenir, mais c'était certainement mieux ainsi.
Il allait lui reprocher son retard lorsqu'il vit sa mine défaite, s'approcha, elle tremblait encore.
- Je veux monter, lui dit-elle doucement.
Il eut peur d'un malaise, la trouvait fatiguée depuis quelque temps, sans la questionner, il ferma toutes les issues, alluma les vitrines, comme il le faisait chaque soir, brancha les alarmes, puis avec des gestes tendres, passa un bras autour de la taille de sa femme, viens, montons lui dit-il gentiment.
Ils s'installèrent dans les fauteuils du salon, comme chaque soir, pour se détendre de leur journée, plus que jamais ils en avaient besoin aujourd'hui. Elle ne parlait pas, complètement perdue dans ses pensées, le regard lointain, comme si elle vivait une autre vie, dans un monde meilleur, il décida d'attendre pour engager la discussion, ne proposa pas d'apéritif. Il l'invita à passer à table,
- Veux-tu un peu de potage lui demanda-t-il, je l'ai préparé, tu ne montais pas, ajouta-t-il comme s'il voulait s'excuser.
Le repas fut silencieux, ils n'osaient pas parler, trop de choses graves à dire, trop d'événements à relater, et ils étaient certains que ceux-ci auraient une grande influence sur leur avenir.
Ils retardaient le moment des confidences, ne voulaient pas se faire de la peine, ils avaient trop de tendresse, trop d'amour l'un envers l'autre pour se faire du mal même involontairement.
Ce fut Félix qui engagea la conversation, il lui raconta l'appel téléphonique qu'il avait reçu, l'absence de conversation, l'impossibilité de répondre, de placer un seul mot, les injures blessantes, les menaces.
- Tu vois Line, je n'étais pas préparé, je n'ai rien pu dire, j'ai tout pris sur le coin de la figure, j'ai cru comprendre que le bébé de Linda avait été enlevé et que l'individu qui me téléphonait voulait avoir son adresse, comme si je la connaissais cette adresse, il a exigé le versement d'une rançon d'un millions d'euros. Dans quel pétrin est-elle encore fourrée ?
Elle l'écoutait sans rien dire, le regardait, incrédule, abattue, maintenant elle comprenait le hold-up, la violence, la phrase qu'on lui avait jetée au visage : c'est un premier avertissement, nous reviendrons. Elle comprenait, tout s'emboîtait maintenant, comme ces puzzles qu'ils vendaient chaque jour, dans leur boutique.
A son tour elle lui raconta l'attaque violente dont elle venait de faire l'objet, la perte de leur recette de la journée, l'arme dans le dos, la menace, sa peur impossible à surmonter.
Les larmes se mirent à couler sur son visage fatigué sillonné de multiples rides, encadré par cette blanche chevelure. Il l'observait avec toute la tendresse du monde, tout l'amour qui les avait soudés tout au long de ces vingt cinq années de vie commune. Dans son regard il vit la peur qui ne la quittait toujours pas, l'émotion trop forte qui durcissait ses traits, les larmes coulaient lentement sur ses joues amaigries, il la vit se tasser un peu plus sur elle-même, subitement elle accusait dix années de plus, elle mit ses mains devant ses yeux et ne put retenir les sanglots qui montaient du plus profond de son être. Petite chose fragile, perdue dans la tourmente, ballottée par le vent mauvais.
Félix sentit l'émotion l'envahir, il se leva, s'approcha près de sa femme, prit place sur l'accoudoir
Du fauteuil, se pencha, prit, dans ses mains tremblantes, son visage, inondé de larmes, le couvrit de baisers doux et légers, il sécha les larmes, elle se blottit dans ses bras, ils restèrent longtemps enlacés n’osant toujours pas aborder de front les problèmes.
Ce n'est que dans la nuit, elle ne dormait pas, lui non plus, qu'elle se leva pour préparer une verveine, avec un peu de miel, ça va nous faire dormir dit-elle en remontant l'infusion.
Ils se calèrent dans les oreillers, s'installèrent confortablement tous les deux, et tout en buvant le breuvage chaud, à petites gorgées, ils échangèrent quelques propos.
- Tu vois Line dit-il, quand il lui parlait il commençait toujours le dialogue par la même phrase : tu vois Line, comme s'il voulait qu'elle soit très attentive à ce qu'il allait dire, comme s'il allait rendre une sentence. Il poursuivit,
- Je ne sais pas comment aborder le problème, je ne connais pas nos adversaires et nous avons cessé toutes relations avec Linda, je me demande quelle décision prendre.
- Si on déposait une plainte auprès du procureur, on a subi un hold-up, ce n’est pas rien ça, et ça peut se reproduire. Il sursauta :
- Tu n'y penses pas, et le scandale tu ne le crains pas, tu ne le crains plus maintenant, tu te souviens de ce que nous a fait Linda ? Tu te rappelles que nous l'avons chassée, tu te souviens pourquoi nous l'avons chassée ? Ce n'est plus ma fille, ce n'est plus notre fille.
Du coin de l'oeil elle observait son mari, le ton montait, il s'énervait, gesticulait, son visage rougissait, comme s'il venait de manger un plat très épicé, il fallait le calmer, elle eut peur soudain qu'il lui fasse un malaise, une attaque cérébrale en pleine nuit.
Elle se tourna sur le côté, lui prit la main,
- Non dit-elle, d'un air doux et conciliant, nous ne déposerons pas de plainte, je n'ai pas plus envie que toi que le scandale éclate, je ne veux pas que notre vie soit donner en pâture aux journaux mais je ne sais pas plus que toi ce que nous devons faire.
- Dormir, dit-il, la nuit porte conseil.
- Ha, tu crois dit-elle ?
Il ne répondit pas, s'allongea, elle en fit autant, tourna l'interrupteur, les ténèbres envahirent la chambre, dehors la pluie, une pluie d'orage, l'une des dernières de la saison, frappait violemment les persiennes de bois, il y eut au loin quelques coups de tonnerre, puis le silence accompagna la nuit.
03.09.2008
Et si le bonheur....23
Depuis trois jours qu'il écumait la ville, il l'avait passée au peigne fin, parcourue en tout sens et pas plus de Linda que de fraises dans les épinards, à se demander si la vieille lui avait craché le bon morceau, la bonne ville, c'est roublard les vieux, ça a du vice dans la peau, et si elle s'était foutue de sa gueule…
A cette évocation, il sentit une montée d'adrénaline parcourir son corps, son instinct bestial reprenait le dessus, remontait jusqu'à son cerveau et son désir de vengeance déclenchait en lui une véritable folie meurtrière bien difficile et souvent impossible à maîtriser.
La légion et les combats qu'il avait menés sur le continent africain avaient fait de lui une bête à tuer et son cerveau malade n'arrivait plus à contrôler ses pulsions.
En quittant la Légion, complètement désorienté, il avait rejoint les commandos mercenaires qui évoluaient en Bolivie, quatre ans de guérilla, d'embuscades, d'enlèvements, de racket, de tortures et de viols avaient modelé son profil psychologique.
Bien connu du milieu, il travaillait maintenant à l'international, sur contrat, sous des identités et des nationalités diverses qui lui avaient permis, jusqu'alors, d'échapper à toutes les polices du monde.
Il regardait les gens passer assis sur sa moto, à cheval, les pieds rivés au sol, le moteur ronronnant, sur la place de la cathédrale, au pied de l'immense bâtisse aux lignes épurées, grandiose bloc de béton, fierté de la ville.
Il était indécis, ne savait plus comment occuper son temps, n'ayant reçu aucune instruction de Marco, il se trouvait totalement largué, abandonné.
C'est sûr, il ne s'était pas emmerdé les jours précédents, il avait connu des heures folles avec la patronne de l'hôtel mais il en avait déjà marre, de son corps, de ses caprices, toujours les mêmes mots, les mêmes gestes, ça suffisait, il lui fallait du nouveau, de la chair fraîche, quelque aventure qui lui rappellerait le bon vieux temps, qui lui redonnerait l'oubli de sa triste condition humaine.
A cet instant précis, il aperçut, de l'autre côté de la place, une jeune femme, les bras chargés de paquets, se débattre avec son sac à main, elle échappa celui-ci qui dispersa son contenu sur la chaussée et les paquets suivirent le sac.
Amusé, le motard contemplait la scène, il avait envie de rire mais soudain une idée lui traversa la tête. Rapidement il baissa sa béquille, stabilisa son engin, coupa les gaz, mis sa clé de contact dans sa poche, se précipita aux pieds de la jeune femme, ramassa les paquets, les lui tendit.
Ils se regardèrent, éclatèrent de rire, la jeune femme reprit son sérieux.
- Que pourrais-je faire pour vous remercier lui demanda-t-elle.
- Acceptez de prendre un verre avec moi, répondit-il.
Elle hésita un instant et, à sa grande surprise, elle accepta.
- Accordez-moi une heure, le temps de déposer mes achats, je suis de retour, où ? Ici ? demanda-t-elle en jetant un regard autour d'elle.
- Oui, ici, dans une heure. Ils se sourirent, elle monta dans sa voiture, démarra, intégra la circulation et disparut au bout de la rue.
Il regarda sa montre, il était 18 heures, à 19 il serait, ici, sur la place.
Il éclata de rire, se frotta les mains, comme un maquignon qui venait de conclure une excellente affaire.
Il retourna à l'hôtel, passa devant la patronne sans la regarder, prit sa clé, monta dans sa chambre, fit une grande toilette, il redescendit, passa à nouveau, toujours sans la regarder, devant la patronne, elle fit la moue, personne ne le remarqua, il sortit, reprit sa moto et attendit sur la place de la cathédrale.
A 19 heures pile elle arrêta sa voiture à côté de sa moto sur laquelle il attendait patiemment, elle baissa la vitre, il s'approcha, ils se sourirent.
- Que prend-on, la voiture ou la moto ? demanda-t-elle.
- Je vous propose la moto, on ne va pas très loin, ça ouvre l'appétit et, si vous ne connaissez pas, ça procure des sensations.
- Va pour la moto dit-elle avec un peu de crainte dans la voix. Juste un verre lui rappela-t-elle, en le regardant dans les yeux. Ils se sourirent, déjà un peu complices.
Il se pencha sur la moto, ouvrit son coffre, en sortit un casque et un coupe-vent imperméable, il les lui tendit, enfilez ça dit-il, c'est plus prudent. Elle s'exécuta.
Ils enfourchèrent la moto, il lança le moteur, il se retourna légèrement, elle se pencha vers lui pour mieux l'entendre lui dire : tenez moi par la taille, ne vous raidissez pas. Il se retourna, accéléra progressivement, s'engagea prudemment dans la circulation peu importante à cette heure-là, sur le boulevard Frédéric Garnier et prit la direction des Grottes de Matata.
C'était la première fois qu'elle chevauchait une moto, la première fois qu'elle tenait un inconnu dans ses bras, le bruit du moteur, tendre et doux, régulier dans son régime, douce musique à ses oreilles, les deux mains posées à plat sur le torse puissant, elle vivait ce moment avec plénitude.
Déjà elle ne s'appartenait plus, grisée par la vitesse, par la chaleur de ce corps qu'elle percevait au travers de la combinaison, par ce paquet de muscles qu'elle sentait jouer contre son corps, les battements de ce coeur, qui lui semblait battre à l'unisson du sien, elle se sentait prête à tout accepter, à tout abandonner, à tout abdiquer.
Mais que lui arrivait-il, quel était ce frisson étrange qui parcourait son corps, l'attrait du fruit défendu, une folie, ô combien douce, combien délicieuse, elle ne voulait pas songer à la suite, à la conclusion de cette escapade, elle était bien, heureuse, voulait vivre ce moment de bonheur et le bonheur dans sa vie n'était pas si fréquent.
Elle avait fermé les yeux, toute à sa rêverie, l'arrêt brutal de la moto lui fit reprendre conscience de la réalité, elle regarda autour d'elle, aperçu un panneau, faiblement éclairé, elle comprit que c'était le parking des grottes de Matata.
L'endroit était désert, pas une voiture, pas un bruit.
- Vous êtes sûr que c'est ouvert ? demanda-t-elle, le son de sa voix la fit frissonner.
Un rayon de lune perça la couche épaisse des nuages, donnant un peu de clarté et soudain le paysage devint moins sinistre.
- On n'a qu'à aller voir répondit-il, en béquillant sa machine il descendit, à contre-coeur elle en fit autant, machinalement il lui prit la main, elle le laissa faire.
Ils s'avancèrent sur l'étroit chemin qui conduisait aux grottes, quatre cent mètres à parcourir dans ce chemin qui surplombait les rochers frappés sans cesse au rythme du ressac et des marées.
Ne pouvant se tenir côte à côte, elle marchait devant lui, il la suivait et dans ce clair de lune, les yeux rivés sur ses hanches il était fasciné par l'ondulation de sa croupe, le coupe-vent grand ouvert flottant au vent du large battait ses flancs.
Il leur fallut se rendre à l'évidence le restaurant était fermé la grille était baissée et aucune lumière brillait à l'intérieur. Dépités ils s'immobilisèrent quelques instants comme s'ils attendaient qu'on vienne le rouvrir.
Ils ne prononcèrent pas un mot, firent demi-tour et entamèrent le chemin en sens inverse.
La lune à nouveau venait de disparaître, soudain une envie de prendre cette femme se manifesta, il s'affola, il sentit comme un étau le prendre à la gorge, il sentit la crise monter en lui, il fallait la stopper, l'anéantir, un baiser suffirait peut-être, un peu de tendresse, un tout petit peu, qui comblerait le trop grand besoin d'amour.
Elle marchait toujours devant lui, il se rapprocha, posa doucement la main sur son épaule, elle se retourna brusquement, le repoussa violemment, mais que lui voulait-il cet homme, c'était évident, comme elle avait été naïve.
Elle eut peur tout à coup, fuir, il lui fallait fuir, elle se retourna, trop tard, elle sentit deux mains puissantes la saisir à la gorge, elle se débattait, de l'air, il lui fallait de l'air, elle aurait tout donné, tout accepté pour respirer un peu, elle le suppliait dans sa tête mais il n'entendait pas, aucun son ne sortait de sa bouche, et elle eut une pensée pour son mari qui devait venir la chercher à la fin de la semaine, pour ses enfants qui connaîtraient, sans doute une autre maman, c'est bête se dit-elle.
Il tenait cette gorge dans ses deux mains de fer, pourquoi se débat-elle ? Il serrait, serrait, elle n'aurait pas dû le repousser, il ne voulait pas lui faire de mal, il voulait l'embrasser, seulement l'embrasser et il la tenait, là entre ses mains, à sa merci, il serrait fort, encore plus fort, comme on le lui avait appris, il entendit craquer les cartilages, et soudain, ce corps ne bougea plus, alors il ouvrit les mains et le corps s'affaissa lourdement sur le sol.
Hébété, il sentit le froid de la nuit le pénétrer, il regarda autour de lui, il était seul, au milieu des ténèbres qui favorisaient l'émergence de ses pulsions meurtrières, c'était toujours comme ça que ça commençait, il n'y pouvait rien, les ténèbres, la solitude, le froid, et ce roulement qui résonnait dans sa tête, qui battait la mesure au rythme de son coeur, et les images, ces images terrifiantes, que jamais il ne pourrait oublier qui se mettaient à tourbillonner devant ses yeux hagards.
Où était-il en ce moment ? Dans la jungle bolivienne, le cadavre de son meilleur ami, là, près de lui, il entendait ses cris, ses supplications de l'achever, les aboiements du sergent qui invoquait la survie.
Il n'y comprenait plus rien, il fallait donc tuer pour survivre ? Avec ses mains il se boucha les oreilles, mais les cris raisonnaient toujours dans son crâne : survie.... tuer..... survie, l'alternative.
Sans pouvoir comprendre, il prit dans sa botte le poignard qui ne le quittait jamais, comme un automate. Par trois fois, avec rage, comme s'il avait voulu tuer les mauvaises pensées qui l'habitaient, il plongea son arme dans le corps de cet ami qui agonisait croyait-il près de lui.
Sur les champs de bataille, comme dans la jungle, on ne laissait pas les cadavres derrière soi, on les mettait en terre, on récupérait les vêtements et objets personnels, il se mit en demeure de déshabiller le corps de son ami.
Consciencieusement il enleva, les uns après les autres, tous les vêtements, un rayon de lune filtra entre les nuages, une femme nue se trouvait près de lui, il passa la main sur ce corps blanc encore tiède, la peau était douce et cette douceur réveilla ses pulsions, c'était donc ça, elle ne l'avait pas rejeté, était même consentante, l'attendait couchée là près de lui, il ne fallait pas la faire attendre. Il se précipita sur elle, lui fit l'amour brutalement. Elle s'en souviendra toute sa vie, se dit-il en se retirant.
Anéanti, brisé, perdu dans ses errances, incapable de réagir, il sombra, dans un profond sommeil, près du cadavre, la main posée sur son sein.
Combien de temps resta-t-il ainsi ? Il n'aurait su le dire. Quand il se réveilla la nuit était toujours profonde, il ne regarda pas sa montre, dans ces moments là le temps n'existait pas, il ne se souvenait de rien, comme dans toutes les autres crises, il avait tout occulté, seul le cadavre était près de lui, mais, les cadavres il connaissait, il en avait vu beaucoup dans sa vie. Il se leva, l'enveloppa consciencieusement dans le coupe-vent, y ajouta les vêtements épars, et précipita le tout dans la mer, par-dessus les rochers.
02.09.2008
Et si le bonheur....22
Il remit le portable dans sa poche, un sourire sardonique sur les lèvres, il la tenait sa revanche, un frisson de plaisir parcourut tout son être, la jouissance à l'état pur, plus forte encore que dans l'extase de l'amour.
Marco savait maintenant où se trouvait Linda, cette salope, il ricanait, tout à son triomphe. Je vais en faire une pute de cette nana, il savourait ses propres écarts de langage, comme s'il lui infligeait, déjà, les outrages suprêmes.
Il se demandait encore comment il avait pu faire pour obtenir aussi facilement l'adresse de Linda, encore une histoire de nana pensa-t-il.
Pas se presser, ça devait être sa devise, il les baiserait tous ces enfants de salaud, ces enculés, José compris. On avait voulu sa perte mais il allait sortir grandi de ces épreuves et qui sait, peut-être, un jour, siègerait-il auprès du grand patron, du boss, c'est qu'il en avait, le drôle, de l'ambition.
Pas se presser, il ne fallait pas se presser, il savait se dominer, calmer ses ardeurs, il avait appris tout cela à l'école du crime, rester calme, maître de lui même, n'était-il pas l'un des meilleurs joueurs de poker de la région, une référence dans le milieu.
Seul dans sa planque, étendu, tout habillé sur le galetas qui lui servait de lit, il éprouva le besoin, soudain, impérieux, de sortir respirer un grand bol d'air.
Il se leva, se saisit naturellement de son arme posée sur la tablette du lit, la glissa dans son holster de poitrine, enfila sa veste, poussa la porte à double battant qui ouvrait sur l'extérieur, fit quelques pas.
Le pâle soleil d'automne lui sauta au visage, l'air de la colline était vif et froid.
Il frissonna, surpris de s'attarder à regarder cette nature sauvage qui l'entourait, les reflets du soleil, les rouges et or des grands arbres contrastaient étrangement avec les verts des cyprès qu'on apercevait dans la plaine, le ciel moutonné de petits nuages blancs laissait passer de longs rayons de soleil formant au sol de grandes et lumineuses taches claires.
L'espace d'un éclair, il se souvint des images découvertes un jour dans le livre de messe trouvé par hasard dans sa famille d'adoption, il souleva les épaules, chassa bien vite ces images pieuses qui lui rappelaient les heures mauvaises de sa toute première jeunesse.
Aucun bruit d'une quelconque activité humaine ne venait troubler le calme de cette nature, seuls quelques oiseaux lançaient leurs trilles en traversant le ciel, il percevait au loin la musique lancinante sensiblement atténuée par la distance, des sonnailles du troupeau de moutons que surveillait son demi-frère.
Il l'appelait ainsi mais ce n'était pas son demi-frère, c'était son compagnon de galères, d'infortune, ils s'étaient connus dans la famille d'accueil à qui, la D.A.S. S. les avait confiés tous les deux, à quelques jours d'intervalle.
Ils avaient partagé toutes les misères, toutes les vexations, les privations, toute cette vie misérable qui était la leur.
Ca les avait rapprochés, il était devenu au fil du temps comme des frères mais ils avaient voulu marquer la différence, en se considérant comme des demi-frère tant leur personnalité était différente.
Autant Marco était coléreux, vindicatif violent, ne manifestant en quelque circonstance que ce fut, le moindre sentiment, la moindre émotion, autant Camille étaient doux, tolérant, calme, amoureux de la nature, il était devenu berger, travaillait pour le compte d'une coopérative.
La montagne était son domaine, son refuge et, lorsque Marco avait besoin de disparaître pendant quelque temps, il ne posait aucune question, partageait simplement, avec lui, la baraque, sa bergerie comme il disait, construite de ses mains, en pierres sèches, ramassées l'une après l'autre pendant des décennies.
Marco s'y trouvait pleinement en sécurité, c'étaient l'une de ses planques, la plus sûre, pensait-il, aucune route n'y aboutissait, elle ne se trouvait pas près d'un chemin de randonnée, cette baraque était peu connu des gens du pays tant elle été parfaitement intégrée dans cette nature sauvage, enfin elle se trouvait à deux heures de marche du village voisin.
Depuis qu'il avait subi le coup de gueule, lors de la dernière réunion, Marco savait parfaitement que ses jours étaient en danger, prudent, il ne venait à la discothèque que le jour, et encore, empruntait-il le passage secret.
Ayant invoqué une absence de quelques jours, il donnait ses instructions par téléphone. De plus les hommes qui lui étaient restés fidèles le tenaient au courant des faits et gestes de chacun et notamment de José.
Personne ne savait qu'il n'était qu'à quelques kilomètres seulement, dans une bergerie, loin des remous des affaires.
Il concoctait tout un scénario pour régler totalement et sans bavure le sort de Linda et de son môme.
Pour l'instant le gosse était au vert il pouvait tout à loisir s'occuper de la mère, l'enlever, la conduire dans un centre spécialisé et la mettrait ensuite au turf sur le trottoir à Marseille, il lui préparer un brillant avenir.
Il ses dit qu’il n’avait plus besoin des services du motard, il avait l’adresse de son ex et sur ce coup, le motard n’avait pas été d’une grande efficacité, il composa son numéro, laissa sonner une dizaine de fois, Marco constata que le Motard n’avait pas branché son répondeur, il se souvint que c’était lui qui l’avait demandé, il valait mieux ne laisser aucune trace derrière soi, c’était un réflexe, il coupa le circuit, je rappellerai demain se promit-il.
31.08.2008
Et si le bonheur....21
Sonia, dans son bureau, au premier étage de l'hôtel, préparait les remises bancaires et la passation des écritures comptables. Elle n'était pas arrivée très tôt ce matin, elle était venue à pieds, avait traversé la ville, jeté un regard sur les devantures des magasins, fait un brin de causette avec les gens connus.
Elle n'habitait pas loin de l'hôtel, un kilomètre tout au plus et récompense suprême, avait longé la plage, s'était arrêtée quelques instants pour admirer le spectacle grandiose des paquets de mer projetés en pluie fine, sur la plage, par le vent fort venu du large.
Elle était heureuse, insouciante, n'avait pas de problèmes existentiels, elle avait pris sa destinée en mains, du moins le croyait-elle, lorsque, son bac en poche, elle avait décidé d'arrêter ses études. Du reste avait-elle besoin de faire des études, fille unique de parents très aisés, fiancée à l'homme qu'elle avait choisi, elle n'avait qu'une idée en tête, le mariage.
Tout en marchant elle songeait à la cérémonie, en mettre plein la vue aux copines, la robe blanche, les demoiselles d'honneur, le grand tralala quoi, la fête, la grande fête que ses parents avaient fixée au début du printemps, le repas de noce aurait lieu dans les grottes de Matata, face à la mer qui avait fait la fortune de ses parents. C'était prévu, décidé, la salle était déjà retenue.
Elle aurait dû être pleinement heureuse, et pourtant, depuis quelques jours, inconsciemment, elle sentait peser sur elle une grave menace et ça, se disait-elle, c'est depuis le retour de Linda dans la vie de Dominique.
Elle avait voulu en parler avec lui mais à plusieurs reprises il s'était dérobé, lui avait demandé simplement de lui laisser quelques jours, de lui faire confiance, que le problème allait se régler de lui-même.
Elle voulait bien le croire, mais n'en était pas très sûre, la présence de Linda présentait bien une menace, mais quelle genre de menace, peut-être s'aimaient-ils encore, et cet enfant kidnappé, que venait-il faire entre eux. Plus elle se posait de questions moins elle était capable d'y répondre.
La matinée s'étirait en longueur. Dominique, dans la pièce à côté, recevait les fournisseurs de l'hôtel, un mercredi matin, comme tous les mercredi matins.
Sonia sans y prêter autrement attention percevait, au travers de la cloison, des bribes de phrases, des éclats de rire, auxquels s'ajoutaient les bruits atténués de la ville qui montaient de la rue. C'était rassurant ?
Cependant quelque chose inquiétait Sonia, Dominique venait d'avoir une conversation téléphonique, elle avait surpris des éclats de voix inhabituels de sa part, les battements de son coeur s'étaient brusquement accélérés, elle ne savait pas pourquoi, mais elle était certaine qu'il s'agissait de Linda.
Elle avait tendu l'oreille mais sans résultats et son anxiété n'avait fait qu'augmenter, elle s'était promis de demander une explication à Dominique.
Il était près de midi, le dernier visiteur avait quitté le bureau, Dominique était seul, c'est le moment se dit-elle, elle se leva et, d'un pas décidé, pénétra dans le bureau de Dominique,
Elle lui sourit, il lui rendit son sourire, elle prit une chaise, la transporta près du bureau, s'assit, ils se regardèrent quelques instants, elle ne savait pas ce qu'elle allait lui dire, ne voulait surtout pas donner l'impression de nourrir un quelconque sentiment de jalousie.
- Tu restes à l'hôtel cet après-midi lui demanda-t-elle d'un ton anodin.
- Non, répondit-il, j'ai rendez-vous avec mes banquiers pour monter le dossier de financement, tu le savais, je te l'avais déjà dit, il ajouta, et puis j'ai diverses démarches à faire en ville.
- Ha, fit-elle en ajoutant d'un ton interrogatif, Linda ?
Il ne répondit pas.
À cet instant le téléphone sonna dans la pièce que venait de quitter Sonia.
Elle se leva, furieuse d'être dérangée, se dirigea vers son bureau, le portable s'arrêta de sonner au moment même où elle le mit à son oreille.
Agacée, son portable à la main, elle regagna le bureau de Dominique, reprit sa place, posa son portable sur le bureau, à côté de celui de Dominique, cela la fit sourire c'était les deux mêmes appareils, elle se souvint, ils les avaient achetés ensemble le même jour.
Elle ne savait pas comment reprendre la conversation, ne voulait pas être trop directe, éveiller ses soupçons, elle attaqua par la bande.
- J'ai déjà des demandes pour la location de la maison de Pontaillac, sera-t-elle libre pour le mois de mai ?
Elle se disait qu'il allait lui parler de Linda, de la durée de son séjour, il n'en fit rien.
- Sans aucun doute dit-il d'une voix peu convaincante et pour clore la conversation, il ajouta, on a le temps d'y penser.
Elle en fut pour ses frais et ne reçut aucune autre précision.
La réceptionniste de l'hôtel vint les prévenir que les premiers clients pour le restaurant étaient arrivés. Ils descendirent ensemble, Dominique se rendit aux cuisines et Sonia se dirigea vers le restaurant.
L'horloge sonna 3 coups, machinalement Sonia leva les yeux, 15 heures dit-elle. Les derniers clients du restaurant s'étant éclipsés, ils se retrouvèrent à la réception et remontèrent ensemble au bureau. Sonia reprit sa place devant l'ordinateur, Dominique sortit de l'un des tiroirs de son bureau un dossier volumineux qu'il parcourut rapidement afin d'être sûr de ne rien oublier, peut-être aussi pour se le remettre en mémoire. Il prit son portable, le mis dans sa poche, entrouvrit la porte du bureau de Sonia.
- A tout à l'heure dit-il.
Sans attendre de réponse, il referma la porte et se dirigea vers l'ascenseur.
Sonia rongeait son frein, elle était furieuse contre elle-même, se reprochait de ne pas avoir su poser les bonnes questions, elle était certaine que cet après-midi il allait passer voir encore Linda, que ferait-il quand il serait près d'elle ? Peut-on oublier les moments intimes et ne pas les prolonger quand on se retrouve ? Elle était jalouse à en mourir, que pouvait-elle faire, elle ne pouvait quand même pas la tuer cette Linda ?
Elle se jeta à corps perdu dans son travail, elle voulait chasser les mauvaises pensées qui tournaient et se bousculaient dans sa tête.
Le téléphone sonna elle se souvint qu'elle avait laissé son portable dans le bureau de Dominique, elle se leva, se précipita, le téléphone sonnait toujours, elle le prit, le porta à son oreille, n'eut pas le temps de réagir, une voix qu'elle ne connaissait pas, éructa, comme un volcan crachant sa lave.
- Espèce de connard je vais te donner une dernière chance.
Surprise elle ne sut quoi dire, la voix enchaîna :
- tu vas me donner l'adresse de cette salope, sinon c'est toi qui vas avoir à faire à moi. Compris ?elle murmura timidement n'y comprenant rien :
- Mais qui demandez-vous ?
A l'autre bout du fil la voix hésita, surprise, sans doute, de parler à une femme, reprit aussitôt
- Tu es qui toi ? La secrétaire du conseil de Linda ?
Elle hésita, hocha de la tête, compris que l'individu ne la voyait pas.
- Oui dit-elle timidement.
- Alors espèce de pucelle, tu diras à ton patron que je veux l'adresse de Linda il pigera.
Une idée folle lui traversa l'esprit, elle connaissait l'adresse de Linda, cet homme au téléphone, c'était peut-être le père de son enfant, si elle donnait l'adresse, il viendrait la chercher, elle serait débarrassée, Dominique aussi, ils pourraient reprendre leur vie passée, tout serait redevenu comme avant
- Je peux vous la donner cette adresse
- T'as intérêt dit la voix, et heureuse de se débarrasser de ce fardeau, elle donna, sans manifester le moindre regret, l'adresse de Linda.
L'individu coupa la communication. Elle resta incrédule, le téléphone en main, ne comprenant pas pourquoi on l'avait appelée, elle eut un doute, examina le téléphone, c'était celui de Dominique qu'elle tenait dans la main. En sortant Dominique s'était trompé de téléphone, avait emporté celui de Sonia et laissé le sien par erreur, sur son bureau.
30.08.2008
Et si le bonheur....20
Linda se réveilla très tôt, elle avait peu dormi, cette nuit-là, les images de ces jours derniers repassaient en boucle dans sa tête sans qu'elle puisse les discipliner, ça l'énervait et ça la fatiguait.
La veille, au cours de l'après-midi, Dominique était passé la voir en coup de vent, il lui avait fait signer une procuration pour qu'il puisse retirer la lettre qu'elle s'était envoyée en poste restante et qui contenait un dossier sensible qu'elle pensait pouvoir lui servir comme monnaie d'échange.
Dominique n'était pas resté, elle avait compris que Sonia développait à son encontre un sentiment de jalousie prononcé.
Si elle réfléchissait bien, si elle était sincère avec elle même, il lui semblait qu'elle en avait autant à son service. Elle ne la connaissait pas, ne l'avait vu qu'une seule fois mais n'avait aucune sympathie pour cette jeune femme, pourquoi Dominique l'avait-il choisie. Elle est moche dit-elle tout haut, comme si elle avait voulu s'en convaincre.
Dominique avait téléphoné ce matin à Marco, elle se sentait fébrile, était inquiète, se demandait quel serait le résultat de cet entretien. Elle connaissait les colères de Marco, un ouragan, une tempête, la foudre, tout ça mélangé, malaxé, sans savoir où, ni sur qui ça allait tomber.
Elle se leva, fit une rapide toilette, prendrait son bain cet après-midi, s'habilla, et but un grand bol de café chaud, Dominique n'était pas venu ce matin lui apporter son petit déjeuner et surtout n'était pas venu lui tenir compagnie, la faute à Sonia.
Elle s'ennuyait, ne savait pas quoi faire, pensait sans cesse à son bébé, l'attente la rendait folle, elle se demandait si ça ne serait pas mieux de retourner auprès de Marco, mais bien vite chassait cette idée se souvenant de ce que Marco voulait lui faire subir, jamais, se disait-elle, plutôt mourir.
Dominique lui avait recommandé de ne pas sortir, elle savait bien que c'était dangereux, mais combien de temps pourrait-elle tenir sans aller se promener le long de la plage ?
On sonna à la porte d'entrée, Linda sursauta, elle eut un sourire, Dominique pensa-t-elle, en se précipitant vers la porte.
Par prudence, elle approcha son oeil de l'oeilleton de la porte, elle ne connaissait pas ce visage, ce n'est pas celui de Dominique se dit-elle, elle regarda à nouveau alors que le visiteur appuyait une seconde fois sur la sonnette.
Qui cela peut-il bien être se demanda-t-elle, eut un moment d'hésitation, elle ouvrit simplement parce qu'elle trouva qu'il avait de beaux yeux et finalement une tête sympathique.
La porte ouverte ils se regardèrent, surpris de se trouver face à face
- Tu ne me reconnais pas dit-il ? Voyant la moue de Linda il ajouta aussitôt, il est vrai que si j'ai changé autant que tu as changé, c'est pas surprenant.
Elle le regardait toujours sans comprendre, les yeux agrandis par l'étonnement. Il eut un moment de doute, qu'il est beau ce mec pensait-elle, il poursuivit la fixant avec ses grands yeux clairs,
- Tu es bien Sylvie, Sylvie Berthier ?
Elle sentit son coeur battre la chamade dans sa poitrine, elle eut chaud et froid en même temps, que devait-elle répondre, si elle disait non il allait partir, se retirer, elle ne le reverrait peut-être jamais, si elle répondait par l'affirmative c'était, à coup sûr, des ennuis qui s'ajoutaient.
Elle ne savait pas si elle pourrait s'en sortir.
Elle s'entendit répondre,
- Oui, c'est bien moi Sylvie, s'imagina que c'était son double qui répondait à sa place. Julien se détendit,
- Mais qui es-tu toi lui demanda-t-elle et ajouta, sachant qu'elle ne risquait pas de se tromper, nous étions nombreux à jouer sur la plage.
- C'est vrai dit-il Je suis Julien, Julien Cheminot.
- Je suis tellement surprise de te revoir, j'en oublie de te proposer d'entrer quelques instants, dit-elle en le laissant passer. Qu'il est beau se dit-elle une fois encore.
- Je t'offre un café dit-elle.
- Volontiers très fort, pas de sucre.
Elle se dirigea près du fourneau, il prit une chaise, s'installa près de la table et pendant quelle préparait le breuvage il lui demanda :
- Tes parents sont là ? Je voudrais bien les saluer.
Elle hésita, ne sut que répondre, mais elle se souvint que Dominique avait acheté récemment cette maison, elle improvisa.
- Non ils ont vendu la maison et je prépare le déménagement.
- Alors tu restes quelques jours encore, dit-il
- Oui quelques jours, on va pouvoir sortir, c'était plus une affirmation qu'une question.
Elle ne répondit pas, prit deux mazagrans sur la desserte, les posa sur la table, sans dire un mot, servit le café brûlant, prit une chaise, s'assit en face de lui.
Il commença à boire, par petites lampées.
Elle le regardait subjuguée, observait les moindres détails de ce visage, le trouvait si beau, si parfait, les yeux clairs d'un bleu d'océan, les sourcils bien dessinés, les cheveux noirs, la coupe sportive, lui donnait cet air conquérant qui la fascinait.
Elle ne pouvait détacher son regard. Mais qu'est-ce qui m'arrive se dit-elle, un trouble étrange parcourait tout son corps. Elle eut peur tout à coup, ne sut pas pourquoi, subitement elle souhaita qu'il ne resta pas plus longtemps
Comme s'il avait compris son désir, il se leva, prit congé, elle le raccompagna jusqu'à la porte, il se retourna, on s'embrasse lui dit-il, elle acquiesça de la tête, la prit dans ses bras, elle se troubla, lui sembla qu'il appuyait un peu plus son étreinte; posa deux baisers timides sur ses joues qui s'empourprèrent, il ne le vit pas, sortit, elle referma la porte, s'appuya, défaillante sur le chambranle.
Elle resta un long moment, silencieuse, savourant les instants qu'elle venait de vivre
29.08.2008
Suite à mon précédent avis
Au cours de la semaine j'ai proposé à mes lecteurs un choix de livres à publier.
Je suis étonné de n'avoir reçu aucune réponse.
Je suppose que si personne ne répond c'est sans doute parce que mes écrits n'intéressent personne.
Sans réponse significative j'arrêterai prochainement toute publication.
Amicalement
28.08.2008
Et si le bonheur....19
Depuis la veille Marco ne décolérait pas, il avait perdu une partie de son prestige au cours de la réunion. Il le savait, c'était la loi du plus fort qui prévalait dans le groupe, il devait rétablir la situation à son profit, il ne fallait pas laisser José profiter de son avantage, il avait deux épines bien plantées dans l'épiderme, deux épines qui lui faisaient très mal et qu'il devrait extirper au plus vite.
Il attendit le début de la matinée pour se rendre à son bureau, il ne voulait rencontrer personne, pas même le personnel de nettoyage, une société privée qui opérait aux premières heures du jour. Il se savait en danger, il lui fallait prendre le maximum de précautions.
Comme un clochard, courbé sur lui-même, le col de la veste remonté jusqu'aux yeux, le regard furtif, il emprunta l'impasse, toujours surchargée d'immondices dont les effluves nauséabondes variaient en fonction du temps et ce matin-là ça chlinguait vraiment. Il se mit en apnée, les pieds dans la gadoue, il franchit la distance qui le séparait de la porte secrète, véritable course d'obstacles digne de figurer aux épreuves des jeux olympiques.
Il pénétra dans son bureau, bloqua toutes les issues qui conduisaient à la discothèque.
Il eut un haut-le-coeur, se souvint qu'il n'avait rien pris depuis le déjeuner de la veille, il se dirigea vers l'un des quatre fauteuils disposés autour de la seule table basse de cette salle. C'était sa place de prédilection quand il était seul, plongé dans une demi obscurité propice à la réflexion, l'éclairage principal étant orienté vers les tables de jeux.
Il se sentait dans son domaine, sûr de lui, il écraserait ses adversaires, reprendrait le pouvoir, ce pouvoir qui lui apportait la jouissance totale, lui donnait droit de vie et de mort sur les êtres qui l'approchaient, et ça il ne voulait pas le perdre.
Il sortit son téléphone portable de sa poche, le posa sur la table basse, s'enfonça confortablement dans le fauteuil, ferma les yeux et réfléchit longuement.
Quand il rouvrit les yeux ses décisions étaient prises.
Il se leva, ouvrit l'une des portes basses de la bibliothèque, il en sortit un magnétophone, orienta convenablement le micro, effectua quelques essais de voix, en modifia la fréquence, en sorte que sa voix ne puisse être reconnue.
Il lui donna un son très grave, impressionnant, enregistra un message qu'il effaça et répéta plusieurs fois jusqu'à ce qu'il soit totalement satisfait.
Il respira profondément, sortit de sa poche son paquet de cigarettes, regarda machinalement la marque, Royale menthol, en prit une, l'alluma, aspira profondément. La fumée qu'il rejeta par petites saccades, la tête penchée en arrière, lui fit du bien.
Ha! la cigarette du matin, la première cigarette, ça se savourait, ça s'aspirait à pleins poumons, la nicotine en traversant les bronches filait directement au cerveau, lui apportant, semblait-il, sa dose apaisante.
Des volutes de fumée s'élevaient dans l'espace, il regardait fasciné ces cercles concentriques qui finissaient par disparaître en approchant du plafond.
Il les regarda longtemps, comme s'il avait voulu reculer la mise en application de ses décisions.
Il écrasa son mégot de cigarette dans le cendrier, sortit de sa poche son carnet de notes, arrêta son regard sur le nom des parents de Linda, composa le numéro, appuya sur les touches mains libres et HP, approcha le combiné du magnétophone.
A la quatrième sonnerie on entendit une voix forte, la voix d'un homme.
- Allo, dit cette voix.
Marco, masquant sa voix derrière un mouchoir, enchaîna rapidement :
- Vous êtes le père de Linda ?
Il n'attendit pas la réponse affirmative de l'intéressé, continua.
- Ne coupez pas, j'ai un message pour vous.
A ce moment précis Marco déclencha le magnétophone qui cracha dans le combiné téléphonique le message suivant :
- Ecoute-moi bien, ne coupe pas, nous avons kidnappé ton petit-fils, nous voulons l'adresse de ta fille, si pas d'adresse nous te taxerons de un million d'euros, si tu préviens la police tu ne reverras pas ton petit-fils et t'auras des histoires. Nous t'appellerons.
Marco entendit la voix demander : mais qui êtes-vous, que me voulez-vous ?
D'un geste sec Marco coupa la communication qui n'avait duré que 20 secondes, impossible, se dit-il, à localiser.
Satisfait de lui-même, heureux d'avoir lancé sa bombe, Marco retira la cassette du magnétophone, la mis dans sa poche, replaça le matériel à l'endroit où il avait trouvé.
Il lui fallait maintenant stopper le trafic des armes à la frontière espagnole, trafic qu'il avait institué pour son propre profit s'appuyant sur le circuit de la drogue. Il fallait donner le change, momentanément, pour reprendre plus tard lorsque la tourmente se serait calmée.
Rien de plus facile pensa-t-il, il prit son téléphone, composa un numéro, indiqua un mot de passe, à sa mine réjouie on aurait pu constater qu'il avait le montagnard en ligne.
Ils échangèrent quelques mots sur le temps, sur l'activité, il demanda au montagnard de se mettre en rapport avec l'ETA et de les inviter à venir chercher les armes et la dynamite stockées dans les galeries.
Le montagnard émit quelques objections mais Marco insista, terminant la conversation sur l'impératif d'exécuter les ordres. Il raccrocha.
Il allait maintenant appeler le motard, qu'est-ce qu'il foutait cet enfoiré ? Il avait besoin de lui secouer les puces, il était depuis deux jours à Royan, aux frais de la princesse et il ne semblait pas avoir encore localisé Linda. Ca ne pouvait pas durer.
Il saisit son téléphone, allait composer le numéro du portable du motard lorsque son propre téléphone vibra dans sa main.
On l'appelait, il consulta l'écran, ne connaissait pas le numéro indiqué, il appuya sur la touche, une voix inconnue se trouvait à l'autre bout du fil.
- Allo Marco dit la voix
- Qui est à l'appareil demanda Marco méfiant.
- Mon nom ne vous dirait rien, appelez-moi Doumé, je suis le conseil juridique de Linda Ballard.
Marco se leva d'un bond, la chance était de son côté il n'avait pas l'adresse mais il avait au téléphone quelqu'un qui la connaissait, c'était bon signe, elle était peut-être revenue à de meilleurs sentiments.
- Que désirez-vous, demanda-t-il
- Négocier, répondit la voix.
Marco se fit plus dur, plus incisif, plus tranchant,
- Il n'y a rien à négocier dit-il, tout rentrera dans l'ordre si elle réintègre le domicile, je veux savoir où elle est, c'est avec elle que je veux discuter directement, pas avec vous.
- Je ne crois pas que ce soit possible.
La voix marqua un temps d'arrêt puis reprit sans laisser à Marco le temps de réagir.
- Voici quelles sont mes conditions,
La voix fut couverte par celle de Marco, rouge de colère qui hurla
- Qu'est-ce que tu déconnes, conard, c'est moi qui tient l'môme, tu t'trompes d'adresse, Mec, t'as pas de conditions à poser, c'est moi qui dicte les conditions, Marco s'emportait, debout dans la salle, gesticulant, marchant de long en large, comme si l'interlocuteur s'était trouvé en face de lui, s'agitait comme un lion en cage, ne voulait rien entendre, tapait du pied sur le sol.
La voix laissa passer l'orage,
- Réfléchis, Mec, dit la voix employant le même langage, voici mon numéro de téléphone tu pourras toujours me joindre.
Marco, fou de rage, eut malgré tout le temps de noter le numéro, Dominique, car c'était lui, coupa la communication.
Rapidement Marco repris son sang-froid, il venait d'apercevoir sur le tableau de contrôle, le clignotement d'un voyant lumineux, celui de la porte d'entrée de la discothèque.
Manifestement quelqu'un s'introduisait dans les locaux, ça ne pouvait être que José.
Marco respira profondément, domina la panique naissante, se précipita vers la porte qu'il avait bloqués à son arrivée la des verrouilla.
Il ne voulait voir personne, surtout pas José, pas aujourd'hui, il fit jouer rapidement la porte secrète, referma et disparut dans la ville.
En pénétrant dans le bureau José eut une étrange impression, celle d'une présence, confirmée par une odeur de cigarettes récemment éteinte, il parcourut du regard l'ensemble de la pièce s'attendant à trouver quelqu'un assis dans les fauteuils, ne vit personne, pourtant il sentait une présence autour de lui.
Il se dirigea vers la table basse, se pencha, trouva dans le cendrier un mégot de cigarette encore fumant. Pas de doute se dit-il Marco était bien là il y a quelques instants, mais comment ce fait-il que je l'ai croisé sans le voir, il a dû m'esquiver dans la discothèque.
Il oublia aussitôt l'incident, bien qu'une inquiétude se soit installée dans sa mémoire.
27.08.2008
Et si le bonheur....18
C'est avec une grande joie teintée de nostalgie que Julien retrouva la maison de ses vacances. Ses parents l'avaient achetée à sa naissance, il y avait passé tous ses moments de longue liberté, la plupart de ses week-ends, Royan ayant été de tous les temps la plage des gens de la région de Limoges.
La maison, située près de la mer à proximité du chemin des douaniers, chemin de randonnée qui, surplombant la mer, épousait la découpe de la côte de Royan à la plage de Pontaillac.
C'était une petite maison basse, une maison de pays, toute blanche aux volets bleu pâle, nichée entre les autres demeures de même type, sur les hauteurs dominant la mer.
Il était tard, le jour avait cédé sa place à la nuit, il ferma les volets, jeta un regard curieux sur les jardins voisins, tout était calme, un léger vent frais apportait du large des senteurs iodées.
C'est vrai constata-t-il tout haut, nous sommes hors saison, il sourit, la chanson du même nom de Francis Cabrel lui vint aux lèvres, un chien hurla dans le lointain, il frissonna, une lumière cependant brillait dans l'une des maisons voisines.
Tient se dit-il les Berthier sont là, il faudra que je leur rende visite, il sourit se souvenant de leur fille qui jouait avec lui sur la plage. Ils avaient dix ans, la reconnaîtrait-il seulement ?
Il se déshabilla, sortit son pyjama de son sac de voyage, l'enfila maladroitement, alluma sa lampe de chevet, choisit un livre parmi ceux posés sans doute depuis longtemps sur la commode, se glissa sous la couette et commença sa lecture.
Bien vite il reposa son livre, il ne pouvait pas entrer dans l'histoire, il avait d'autres idées en tête.
Tout d'abord il était là pour retrouver Linda, il ne la connaissait pas, n'avait qu'une vague indication de l'endroit où elle avait pu descendre, c'était vague, une couleur, bleu, et le nom de la ville, Royan.
Mais pourquoi, se demanda-t-il, je cours après ce fantôme.
Depuis que sa grand-mère lui avait raconté sa rencontre avec cette jeune femme il était obsédé, à force d'y penser il l'avait idéalisée, s'en était fait un portrait qui cheminait sans cesse dans sa tête, elle était grande, brune, les yeux noirs, la peau douce, satinée, la taille fine, très élégante.
Peut-être était-il déjà à la recherche de la femme, idéale bien sûr, qui pourrait partager sa vie. Sa situation ?Il n'avait plus de crainte, le matin, reçu par Serge July de Libération, il avait été engagé comme journaliste, il devait entrer en fonction le deux janvier, il disposait de cinq semaines de vacances payées par son ancien patron le journal Le Populaire.
Il passa sa première nuit hantée par les souvenirs, huit ans qu'il n'avait pas dormi dans cette chambre.
Il fit un rêve étrange habité par Linda ou tout au moins l'image qu'il s'en faisait, elle était enfermée dans une maison perdue dans la campagne, elle était nue, ligotée, il passait par hasard, avait entendu des gémissements, il s'était porté à son secours, elle lui tendait les bras mais ne pouvait l'atteindre et soudain le feu détruisait tout.
Il se réveilla trempé de sueur, alluma sa lampe, se leva, se dirigea vers la cuisine, remplit une bouteille d'eau fraîche, n'eut pas le courage de sortir un verre, but au goulot, le liquide lui fit un bien fou, il retourna dans sa chambre, il s'arrêta, tendit l'oreille, il crut percevoir un bruit, comme des gémissements, un râle qui lui rappelait étrangement le rêve de la première partie de cette nuit. Brusquement il eut peur, sans faire de bruit il ouvrit le volet de sa chambre, jeta un regard sur la campagne. Tout était calme, la lumière qu'il avait vue la veille était éteinte. Il souleva les épaules, referma la fenêtre, se glissa à nouveau sous la couette et s'endormit pour le reste de la nuit
26.08.2008
AVIS
Avis à mes fidèles lecteurs
Il me serait agréable de savoir, si à la suite de la parution du roman en cours, vous désirez connaître mes autres romans.
Voici les titres que je vous propose
Ma nuitHistoire d'un couple qui se déchire après un accident survenu à la femme et où chacun retrouve sa véritable identité.
La maison d'en hautUne jeune femme malheureuse dans sa vie découvre un univers qu'elle ne connaissait pas. Serait-ce un rêve où la réalité ?
Les obsédés
La sexualité nourrit l'obsession de cet homme au parcours chaotique rencontrant au cours de son existence, nombreux de ses semblables mais finira-t-il par trouver l'amour ?
La porte de Westphalie
L’histoire d'une jeune fille et d'un homme d'âge mûr qui au cours d'un voyage en Allemagne découvrent l'amour dans des racines d'un amour ancien.
Faites-moi connaître votre choix en me précisant celui-ci au moyen d'un message a l'adresse suivante :
suarella1@wanadoo.fr
Et si vous ne désirez pas que je poursuive mes publications alors dites-le moi simplement.
Un grand merci
Et si le bonheur....17
Cet après-midi-là, Marco arriva à la discothèque beaucoup plus tôt que d'habitude, il avait convoqué ses sbires et ses gardes du corps à une importante réunion. Alors qu'il franchissait la porte dérobée, issue de secours, seule connue de lui-même, il regarda sa montre, il était quinze heures.
Par prudence, avant de refermer, il osa jeter un regard rapide derrière lui.
L'impasse dans laquelle s'ouvrait cette porte était une ancienne ruelle totalement abandonnée, ouverte jadis entre deux groupes d'immeubles, débouchant à une extrémité dans une petite artère peu passante et obstruée à l'autre par un vieux grillage rouillé et percé par endroit, encombrés de détritus, de vieux bidons défoncés, de cartons débordant d'ordures ménagères de toutes sortes déposés là sans doute par des riverains en mal de décharge et peu soucieux de l'environnement. L'ensemble exhalait des odeurs nauséabondes de pourriture, d'urine et de déjections humaines et animales. C'était le royaume des rats et des chats du voisinage qui, curieusement semblaient faire bon ménage.
Marco frissonna, plus de froid que de peur, un souffle d'air fraîchissant lui rappela que l'hiver serait bientôt là.
Il se reprit, ferma la porte, plongé dans l'obscurité la plus totale, sortit de sa poche une minuscule commande à infrarouge, dirigea le faisceau lumineux sur un point bien précis du mur à droite de la porte, appuya légèrement sur la commande, un glissement se fit entendre, le panneau du fond de la pièce pivota sur lui-même découvrant un passage secret donnant directement accès à son bureau.
Il entra, se dirigea vers un interrupteur, la lumière se fit, Marco poussa un soupir de soulagement, une fois de plus le mécanisme avait bien fonctionné, il était dans son bureau, il ne lui restait plus qu’à remettre en place le panneau de la bibliothèque qu'il avait déplacé, à nouveau il se servit de sa commande à infrarouge et la cloison pivotante qui n'était qu'une partie de sa bibliothèque pivota dans l'autre sens, le bureau repris son apparence habituelle.
La pièce dans laquelle Marco venait de pénétrer n'avait rien d'un bureau traditionnel, on l'appelait le bureau par commodité, c'était plutôt un clandé, salle de jeux clandestins, sans roulette ni installation spécifique, seulement plusieurs tables faciles à réunir en fonction du nombre des joueurs présents, dont une immense, au centre, et beaucoup de sièges, disséminés dans cette vaste pièce. Pour décor, une bibliothèque couvrait entièrement deux des quatre murs, sans ouvrage ni dossier, tout dans la tête disait Marco, les étagères garnies de trophées divers et de bibelots de toutes nationalités et puis une très belle collection de trente-trois tours.
Des posters d'artistes récents, offerts par de nombreuses maisons de disques, couvraient la totalité des surfaces disponibles, une épaisse moquette rouge sombre habillait le sol, pas de rideau, parce que pas de fenêtre, un ventilateur aspirateur encastré près d'une petite cheminée, assurait le renouvellement de l'air.
Il se sentait chez lui Marco, à l'aise dans ses baskets, il était confiant, se sentait en sécurité, ici ce n'était pas comme dans la rue où le danger pouvait prendre toutes les formes possibles et venir de n'importe où. Ici il n'avait que la porte d'accès à la discothèque à surveiller et en cas de danger, avait la possibilité de s'éclipser par le passage secret.
Il s'installa à l'extrémité de la grande table, dans l'axe de la porte d'entrée, ouvrit les tiroirs au-dessus de ses genoux, constata que les armes qu'il y avait déposées s'y trouvaient encore, une mitraillette Stern et un superbe Luger, armes de prestige des officiers de l'armée allemande. Il vérifia le mécanisme et referma le tiroir.
Il se sentait fort, invulnérable, il avait été placé à la tête de l'organisation sud de la France, il maîtrisait parfaitement les activités du groupe qui n'avaient fait que prendre de l'ampleur depuis sa désignation.
Il allait revoir José, de retour dans la nuit il l'avait attendu pour prendre les décisions nécessaires au retour de Linda au bercail. Une bouffée de chaleur empourpra son visage, la garce, dit-il tout haut, il faut en finir, elle me bouffe cette nana.
Ses hommes arrivèrent comme il l'avait demandé, par petits groupes pour ne pas se faire remarquer, quatre gardes du corps se placèrent aux deux portes d'entrée puis à la suite les trois responsables logistiques puis enfin deux autres gardes du corps prirent leurs quartiers à la porte du bureau. José arriva le dernier. La réunion pouvait commencer.
Marco n'était pas un orateur, il n'y avait pas de préambule dans ces réunions, il était direct, allait droit au but, à l'essentiel, comme il disait.
- La Taule, dit-il en s'adressant à Bobby, ça boum ? la Taule, c'était la discothèque qu'il avait toujours appelée comme ça, peut-être parce qu'il y passait la plupart de son temps enfermé comme dans une cellule de prison.
Bobby se gratta la tête, regarda les autres comme pour se donner du courage.
- J'ai plus de videur dit-il en observant José qui ne cilla pas.
- Comment, pas de videur ?
- Et oui, José est toujours absent.
- T'embauche, t'as quelqu'un sous la paluche, demanda Marco.
- Ouais, deux mecs, un prof de gym et un catcheur.
- J'ai dit un, pas deux, tu prends le plus méchant, le plus balaise, enfin tu vois c'que j'veux dire.
Ce fut ensuite le tour de Manu à être sur la sellette, beau garçon, brun, les yeux noirs, perçants au fond de leurs orbites, svelte, sportif, baratineur à fond, c'était le chéri de ces dames. Responsable des filles en action, il surveillait, avec ses acolytes, le circuit de la prostitution du sud, qu'ils avaient fortement développé dans les principales capitales régionales. Il était puissant Manu et très lié avec José, dont il avait souvent partagé les galères.
- J'ai un nouvel arrivage, samedi prochain, en provenance de l'Amérique du sud, via l'Espagne, j'ai pris contact avec le montagnard chargé du passage des filles, il ne peut pas assurer leur protection dans les circonstances actuelles a-t-il précisé.
Marco prit un air étonné, je ne comprends pas dit-il.
Ce fut José qui prit la parole.
- Fais pas ton cinoche Marco, tu sais bien que c'est toi qui fout le bordel.
Marco se raidit sur sa chaise, posa les deux mains sur le bureau comme pour se retenir de prendre son arme, il fusilla José du regard, José qui avait eu le culot de prendre la parole, sans l'avoir sollicitée et de plus encore qui se permettait de le mettre en accusation devant son équipe.
- Explique-toi José hurla Marco.
La tension était montée d'un cran dans la salle, le silence se fit, lourd, palpable, oppressant, on entendit plus que le ronronnement de l'extracteur de fumée qui n'arrivait pas à assainir la salle, tous les regards étaient tournés vers les antagonistes, ne sachant encore quel parti prendre et même s'il y aurait un parti à prendre.
José marqua une longue hésitation, il se demandait s'il devait lancer le pavé dans la mare, le matin même il avait consulté le boss par téléphone qui lui avait donné carte blanche, il savait que l'avenir du groupe dépendait en grande partie de ce qu'il allait dire.
- Le trafic d'armes, tu connais Marco ? Tes conneries ont excité l'ETA, tu connais cette organisation, il avait été précisé que jamais nous ne toucherions aux armes, il a fallu que tu foutes le bordel. José continuait ses accusations, de plus en plus en colère sa voix montait de plus en plus fort, il accusait, pointa son doigt sur Marco, tu as transgressé la loi du groupe, à ton seul profit, j'ai risqué ma peau, Hélène a laissé la sienne, tu es responsable Marco.
L'ensemble des participants s'était levé, Marco était livide, José enchaîna d'une voix plus forte, je demande dit-il l'arbitrage du grand patron et je lève la séance.
Puis, s'adressant à Marco, j'ai besoin de te parler dit-il il, appela Manu qui s'approcha, tu restes avec nous dit-il.
- Reste un problème à régler celui de Linda et de son môme.
Marco l'interrompit sèchement.
- Ca ne regarde que moi répondit-il.
- Je regrette enchaîna José, je t'ai donné la main, je ne veux pas me retrouver dans le pétrin, il faut négocier et rendre l'enfant, éviter que les flics soient mis au parfum.
- Ya rien à négocier hurla Marco, je veux tout récupérer, la fille, le gosse le dossier et pourquoi ne pas prendre un peu de blé au passage, les parents sont pleins aux as.
Ne - Fais pas le con Marco, tu dois passer la main,
Avant que Manu ait pu s'interposer, Marco bondit, saisit José à la gorge, hors de lui, Le regard plongé dans celui de José, crachat toute sa haine, lança cette menace : si tu me double, j'aurai ta peau, je te le jure.
Manu n'eut pas à intervenir, Marco lâcha prise, tourna les talons, sortit à l'air libre, laissant les deux comparses seuls dans le bureau.
25.08.2008
Et si le bonheur....16
En quittant Linda, Dominique passa par la poste centrale prendre son courrier déposé dans sa boîte postale. C'était un habitué il connaissait bien le receveur principal c'était même un ami qui venait fréquemment déjeuner ou dîner, seul ou accompagné, au restaurant de l'hôtel. Tous les deux faisaient partie du Rotary Club.
Un peu en retard sur l'horaire habituel, il entra dans la salle de restaurant, le premier service était en cours et Sonia se trouvait à la caisse. Ce n'était pas la première fois qu'elle occupait cette place. N'était-elle pas assurée après leur mariage de participer à la gestion de l'hôtel ?
- D'où viens-tu lui demanda-t-elle lorsqu'il s'approcha de la caisse, je m'inquiétais.
A son air pincé il comprit qu'elle était fâchée.
Il n'avait nullement l'intention de lui mentir.
- J'ai apporté quelques provisions à Linda, le frigidaire de l'appartement était vide.
- Je sais, mais elle ne peut pas faire ses courses elle même ?
Le ton de la conversation pas plus que le cours qu'elle prenait ne lui plaisait, il coupa court,
-Je descends aux cuisines dit-il en quittant la salle.
Il y eut beaucoup de monde ce jour-là au restaurant. Dominique ne revint pas dans la salle, il prit son repas aux cuisines, se réfugia directement dans son bureau, Sonia, après avoir arrêté les comptes, surveillé la remise au net de toutes les tables, monta retrouver Dominique dans son bureau.
Elle voulait une explication.
Le bureau, composé de deux vastes pièces, l'une réservée à l'informatique, l'autre à la réception des fournisseurs et des amis, étaient situées au premier étage qui comprenait également l'appartement de Dominique.
L'autre moitié de l'étage était réservé aux chambres qui occupaient également le 2e et 3e étages de l'immeuble.
Sonia entra comme la foudre dans le bureau de Dominique, le téléphone à la main. Elle commença une phrase, s'interrompit, laissa Dominique terminer sa conversation.
Il reposa son téléphone, elle remarqua que c'était son portable, le verbe haut s'adressa à lui.
- Je voudrais bien savoir ce qu'elle est venue faire ici ton ex ?
Ca y est, se dit Dominique, les ennuis vont commencer.
Il s'enfonça un peu plus dans son fauteuil, comme pour se protéger; regarda Sonia, debout, les deux mains posées sur le bureau, comme si elle était prête à bondir.
- Je ne t'ai jamais menti, Sonia, lui dit-il, j'ai toujours répondu à tes questions, sans détour, sans hésitation, jamais je ne t'ai raconté d'histoire, tu connais tout de mon passé, les grandes lignes tout au moins, ce n'est pas aujourd'hui que je commencerai à ne plus être sincère.
Il lui sembla que ce long préambule avait quelque peu détendu l'atmosphère. Il reprit :
- Tu sais combien j'aimais Linda quant je l'ai quittée, elle était désemparée, elle n'avait pas voulu me suivre à Royan. Depuis, beaucoup d'eau est passée sous les ponts, elle a connu d'autres amants et moi, je t'ai trouvée, avant de la quitter, je lui avait dis que si elle avait des ennuis, je serais toujours là pour elle. Or, elle a des ennuis, de sérieux ennuis.
- Lesquels demanda Sonia sceptique.
- On lui a kidnappé son bébé.
- Qu'est-ce que c'est cette histoire, en quoi ça te regarde, tu n'est pas le père je suppose ?
- Non bien sûr, je ne suis pas le père mais j'ai fait des promesses à Linda, je veux les tenir, je ne veut pas la décevoir, dit-il d'un air un peu agacé.
- Tu l'aimes encore questionna-t-elle d'une voix tremblante ?
Dominique ne répondit pas, comprit que les pleurs allaient faire leur apparition, si ce n'était déjà fait, il se leva, fit le tour du bureau, la pris dans ses bras, elle mit la tête dans le creux de son épaule, doucement il lui murmura à l'oreille : je t'en prie ma chérie, laisse-moi régler ce problème, donne-moi quelques jours, tout va rentrer dans l'ordre, je te le promets.
Il l'embrassa tendrement, ému, troublé par cette peine, sortit de sa poche un mouchoir tout blanc, tout propre, lui essuya doucement les yeux mais dans ce visage de souffrance, un autre visage s'interposait, celui de Linda lui aussi, lourd de souffrance et de larmes, le jour où il l'avait quittée.
Il frissonna, sentit l'angoisse monter en lui, eut un instant la prémonition d'un cataclysme qui allait fondre sur eux, mauvais présage pensa-t-il. Bien vite il chassa ces idées noires, il en voulu à Sonia d'en avoir été, par ses réflexions, l'instigatrice.
Il se ressaisit, sans rien laisser paraître, prit les deux mains de Sonia dans les siennes, la regarda au fond des yeux, lui sourit, elle lui rendit son sourire.
- Il faut que je me sauve, lui dit-il en se détachant, on se revoit pour le dîner, il la serra contre son coeur, se retira rapidement en refermant la porte.
24.08.2008
Et si le bonheur....15
Le premier geste qu'il fit en se réveillant, fut de chercher, dans la demi obscurité de la chambre, la montre qu'il avait posée sur la table de chevet la veille avant de s'endormir, il la trouva, l'approcha de ses yeux, il était huit heures, négligemment la jeta sur le lit, pourquoi l'aurait-il remise au poignet puisqu'il voulait prendre une douche, elle n'était pas waterproof.
Le motard n'était pas homme à musarder au lit, il se leva d'un bond, n'eut pas besoin de retirer son pyjama, il n'en portait pas, se dirigea vers le téléphone, appela la réception, commanda un petit déjeuner copieux, à servir à huit heures trente, dans la chambre ajouta-t-il.
La pièce était spacieuse, il se plaça à côté du lit et se mit à faire, comme chaque matin, une vingtaine de pompes. Ca le rassurait il avait l'impression que c'était suffisant pour maintenir sa forme, il se releva, le torse en sueur, fonça littéralement dans la salle de bains, sans refermer la porte, tout en chantonnant un air militaire, il entra sous la douche.
Il laissa longtemps l’eau ruisseler sur son corps, il fermait les yeux, savourait cet instant. C’était le meilleur moment de la journée, même à la Légion, quand il était en opération, la douche c’était sacré.
Il arrêta l'arrivée de l'eau, quitta la cabine de douche, prit une serviette, épongea les gouttelettes retenues par sa généreuse toison, c’est qu’il était poilu, le drôle.
On frappa à la porte de la chambre, entrez dit-il sans se retourner d'une voix forte, posez le plateau sur la table, il y eut un silence il entendit la porte se refermer, d'un coup de brosse rapide il disciplina ses cheveux encore humides, posa la brosse et quitta la salle de bains.
Il stoppa net au moment où il franchissait le seuil, une femme se tenait là, immobile, devant lui, il la reconnut de suite, la patronne de l'hôtel. Il eut peur soudain, dans un éclair il pensa qu'elle était venue pour se venger, le tuer peut-être, du regard il chercha ses mains il les aperçues, posées sur la ceinture de sa jupe qui tomba brusquement à terre, découvrant le bas de son ventre et ses superbes jambes totalement nues.
Il aperçut son regard, complètement déformé par le désir fou qui l'habitait, il n'eut pas le temps de dire un mot, ni de faire un geste, comme une furie, comme une lionne en rut, elle se jeta sur lui ses bras autour du cou, noua ses jambes autour de ses hanches, colla sa bouche contre la sienne, suçant et aspirant tout à la fois, la langue en folie.
Il sentit monter en lui, en même temps qu'un désir bestial, dévastateur, la satisfaction de se venger de la gifle qu'il avait reçue la veille. Elle s’activait, le souffle rauque, pesait sur son corps, se frottait contre son sexe, il devint dur comme de l'acier, pénétra en elle comme une lame, la portant tout contre lui, ils tombèrent comme une masse sur le lit, elle gémit de douleur et de plaisir, il la tenait à sa merci, se jouait d'elle, de son corps, la couchait sur le dos, sur le ventre, la chevauchait comme les cow-boys chevauchent leurs montures, assis sur sa croupe, les cuisses autour de ses flans, les mains enserrant sa gorge et malgré la pression qu’il exerçait elle avait encore la force de gémir et d’implorer encore, encore, oui, oui, encore.
Comme il aurait voulu la faire taire cette voix qui suppliait, il serra encore plus fort, sentit craquer les cartilages de la gorge, elle eut un spasme, dans un éblouissement il explosa en elle, il desserra l’étreinte.
Quatre fois de suite il monta à l’assaut de cette forteresse qui lui ouvrait toutes ses portes et s’il perdait de l’énergie, il y gagnait en profondeur, sa fureur décupla jusqu'à ce qu'elle demanda grâce, il eut alors la certitude de la dominer, je ne m'ennuierai pas trop pendant mon séjour, pas besoin de demander, elle reviendra la garce, pensa-t-il en l'observant du coin de l'oeil.
Elle se leva, sans dire un mot, sans une toilette, remit sa jupe, reprit le plateau et sortit de la chambre comme elle y était entrée, à pas feutrés, pour ne pas se faire remarquer par le personnel.
Merde, se dit-il, j’ai pas bouffé en regardant son petit déjeuner faire demi tour, il esquissa un geste, trop tard, la porte s’était refermée.
Il s’assit sur le lit, sentit la froideur d’un métal sous l’une de ses fesses, c’était sa montre, il la fixa à son poignet.
Seul dans sa chambre il mit un long moment à se persuader qu'il n'avait pas rêvé, il l'avait bien possédée cette femme rebelle qui l’avait humilié.
Il n'était pas de nature à se faire des noeuds à l'âme, il prenait ce qui se présentait, sans se poser de questions, il se souvint, quand même, qu'il était en mission, il devait retrouver la femme de Marco qui se trouvait, quelque part dans cette ville.
Il était près de midi, il allait se préparer, ne prendrait pas son repas à l'hôtel, avalerait rapidement un casse-croûte, ça rattraperait le temps perdu à faire l'amour.
Il se rendrait dans tous les hôtels de la ville en demandant si Madame Linda Ballard était bien descendue dans l'établissement. Ce serait long mais peut-être profitable, il sortit de sa chambre, ne prit pas l'ascenseur, descendit les escaliers quatre à quatre, c'était bon pour la forme, déposa sa clé à la réception, ce n'était pas la patronne, mais une jolie petite employée.
Il fit le tour de l'hôtel, reprit sa moto garée devant le restaurant, se rendit au syndicat d'initiative pour demander un plan de la ville et la liste des hôtels.
La chasse commençait vraiment. Il fit tous les hôtels portés sur sa liste, en vain, se rendit à la
Poste centrale, consulta les pages jaunes, nota les hôtels absents de la liste fournie par le syndicat d’initiative, visita ceux-ci, en vain, il y avait consacré tout son après-midi.
La nuit chassait le jour, les lumières une à une s’allumaient dans la ville, au loin, près de la plage, un manège d’enfants tournait encore laissant échapper ses flonflons que le vent du large répandait sur la ville.
Il décida de ne pas rentrer à l'hôtel pour le dîner, il n'avait pas envie de revoir la femme qu'il avait dominée le matin même, çà suffisait pour aujourd'hui, il voulait respirer un peu, il avait aperçu un petit restaurant sympa sur la promenade. Il s'y rendit, c'était un peu tôt pour dîner, on lui permit cependant de choisir une table, il commanda un Martini Gin et attendit patiemment le premier service.
C'était bon de se laisser vivre, il apercevait, de l'autre côté de la vitre, au-delà de l'avenue qui longeait la plage, au loin les lumières de l'estuaire de la Gironde.
Un feu rouge à quelques mètres du restaurent arrêtait périodiquement le flux de la circulation, bien réduite en cette période hors saison, justement le feu venait de passer au rouge, quelques voitures s'arrêtèrent mais son attention fut attirée par une moto, une BMW quasiment comme la sienne, qui s'était arrêtée, il voulut appeler le motard, sortit précipitamment sur l'avenue au moment où le feu passait au vert, il arriva trop tard, d'un coup d'accélérateur, la moto avait disparu dans le lointain.
C'était Julien, mais si on le lui avait dit, il aurait sans doute haussé les épaules, il ne le connaissait pas et ne pouvait pas savoir que lui aussi cherchait Linda Ballard.
23.08.2008
Et si le bonheur....14
Linda se réveilla de bonne heure ce matin là, elle avait passé une courte nuit, sa première nuit à Royan, dans ce petit appartement mis à sa disposition par son ami Dominique.
A son arrivée la veille, l'émotion de leurs retrouvailles dissipée, il l'avait fait monter dans son bureau, ils étaient restés un long moment à se regarder, à se demander si c'était vraiment possible qu'ils se soient retrouvés après ce long silence de plus de douze mois.
Elle regarda sa montre, 8 heures, je n'ai pas envie de me lever se dit-elle, pas tout de suite, elle retrouvait les réflexes de son enfance, rester bien au chaud, la couette remontée au ras des yeux, et repasser dans sa tête les événements de sa jeune vie.
Elle se sentait bien dans ce lit douillet, elle était calme, détendue, elle avait pu parler à Dominique de ses angoisses, de sa vie avec Marco, de sa fuite, à la suite de la découverte du sort qu'il lui réservait, de l'enlèvement de son fils.
Dominique l'avait écoutée, prise dans ses bras, consolée, il avait pris sur ses larges épaules toutes ses peines, il l'avait apaisée, l'avait accompagnée dans cet appartement qui lui appartenait, qu'il offrait en location pendant la période estivale et se trouvait libre en ce moment.
Il n'avait pas voulu qu'elle resta à l'hôtel, trop dangereux lui avait-il déclaré, Marco devait, sans aucun doute la faire rechercher par ses sbires, peut-être même savait-il qu'elle se trouvait à Royan.
Elle frissonna à l'évocation de cette éventualité, la repoussa aussitôt, on verra se dit-elle en remontant sa couette et en se raccrochant à la visite que Dominique devait lui faire dans la matinée. Nous essaierons demain, lui avait-il dit, de mettre au point une stratégie pour retrouver ton bébé.
Elle regarda à nouveau sa montre, il était neuf heures, allons, se dit-elle, avec regret, il faut que je me lève.
D'un coup de rein agile elle sauta hors du lit, ramassa sur le sol la robe de chambre qu'elle avait laissée choir la veille en se couchant, le soleil filtrait ses rayons au travers des volets clos projetant sur le sol des petites tâches de lumière.
Subitement elle eut envie d'un grand bol de café chaud, avec de la crème et du pain frais, elle sortit de la chambre, pénétra dans le vestibule puis, dans la cuisine, se dirigea vers le frigidaire, l'ouvrit, il était vide, c'était normal, il lui faudrait faire des courses ce matin si elle ne voulait pas mourir de faim, mais Dominique lui avait demandé, par mesure de prudence, de ne pas quitter l'appartement.
Résignée elle pris dans son sac déposé dans l'entrée ses affaires de toilette, pénétra dans la salle de bains, se déshabilla et se glissa sous la douche. L'eau tiède ruisselait sur son corps, une douceur pénétrante l'envahissait toute entière, le bruissement des gouttelettes d'eau apaisait sa souffrance, c'était une renaissance, sa renaissance, son retour à la vie.
Trois coups de sonnette, deux brefs suivis d'un plus long la rappelèrent à la réalité. C'était Dominique, son signal, ça la fit sourire. Elle coupa l'arrivée de l'eau, prit au passage sa robe de chambre, l'enfila tout en courant à la porte d'entrée, c'était bien Dominique, elle reconnut son visage bien que déformé par la vision au travers de l'oeilleton de la porte.
Elle le fit entrer, referma la porte, sans dire un mot, il se dirigea vers la cuisine, déposa sur la table des sacs à provisions remplis de victuailles. Tu peux tenir un siège de plusieurs semaines, dit-il en se retournant, il reçut Linda dans ses bras, elle voulait le remercier, l'embrassa tendrement sur les joues, il la serra un peu plus fort contre lui, sans rien dire, mais toute la tendresse se lisait dans leurs yeux, ils se regardèrent un long moment.
Ce fut Linda qui rompit le silence.
- Je suis morte de faim dit-elle en vidant de leur contenu les sacs à provisions, as-tu déjà pris ton petit déjeuner ? demanda-t-elle à Dominique.
- Non je n'en ai pas eu le temps et puis je pensais bien que tu m'inviterais.
Elle rangea les provisions, prépara le café, mit le lait à chauffer sur le gaz, dressa rapidement la table. Dominique la regardait, un sourire amusé sur les lèvres, il la retrouvait sa petite Linda, elle n'avait pas changé, l'espace d'un instant il se prit à penser qu'ils ne s'étaient pas quittés, qu'ils vivaient toujours ensemble. Brusquement le sourire disparut pour faire place à un sentiment de tristesse, non, ce n'était plus comme avant, il manquait au décor le petit lit dans lequel dormait le petit Paul, le bébé de Linda.
Ils prirent leur petit déjeuner à côté l'un de l'autre, amusés, émus de se retrouver ensemble, il la regardait, la trouvait toujours aussi belle que lorsqu'il l'avait prise en stop à la sortie de Dijon un soir du mois d'octobre, elle attendait sur le bord de la route une voiture qui pourrait la conduire loin de cette ville qui l'avait perdue et de ses parents qui l'avaient rejetée.
Pendant qu'elle s'habillait il se remémora les différentes étapes de leur histoire.
Il rentrait de vacances, se rendait à Aix-en-Provence et devait reprendre sa place de cuisinier dans un restaurant de la région. Timide, elle s'était assise à côté de lui, ne parlait pas beaucoup, il apprit cependant qu'elle venait de quitter ses parents, qu'elle était enceinte, ne savait pas où aller.
Il lui avait demandé son âge, elle avait un peu menti, il l'apprit plus tard, en lui disant qu'elle avait dix-huit ans.
Il avait eu pitié d'elle, lui avait proposé de l'héberger un jour ou deux, pour lui permettre de se ressaisir. Elle resta douze mois.
Il se souvenait Dominique, assis là dans cette cuisine, elle s'était installée dans sa vie tout doucement sans faire de bruit, de la paume de la main il essuya une larme, le regard perdu sur le lointain, les images nostalgiques remontaient à la surface. Il ne les refoulait pas, bien au contraire il s'en délectait, c'était si tendre de revoir ces moments où sa vie aurait pu facilement basculer.
Il se souvenait, elle semblait si fragile, si paumée, si vulnérable, mais si belle, peut-être déjà était-il tombé amoureux. Quand il lui avait proposé de s'installer dans la chambre d'amis elle avait eu un regard où il avait pu lire toute sa reconnaissance.
Les jours s'ajoutaient aux jours mais plus le temps passait moins il avait envie de la voir partir et puis où serait-elle allée ?
Sa grossesse aussi les avait rapprochés, il avait été profondément troublé par ce petit être qui vivait bien au chaud dans le ventre de sa mère, tiens, lui disait-elle parfois, mets ta main là, sur mon ventre tu vas le sentir bouger, il s'exécutait autant pour découvrir les mouvements désordonnés du bébé que pour sentir la chaleur et la douceur de sa peau. Il l'avait épaulée, soutenue, réconfortée dans les moments d'abattement, l'avait conduite à la clinique lorsqu'elle avait perdu les eaux, à la naissance il avait tenu ce bébé dans ses bras, comme s'il avait été son père. Ces moments-là ne s'oublient pas.
A son retour de couches, peut-être pour le remercier, peut-être aussi pour calmer ses angoisses, ou pour combattre la solitude, une nuit, Linda, comme une petite souris, s'était glissée dans le lit auprès de lui, elle ne l'avait pas réveillé, ce n'est qu'au matin qu'il l'avait découverte pelotonnée dans le mitant du lit, l'émotion avait été immense, il n'en croyait pas ses yeux, ce n'est que lorsque, éveillée à son tour, elle s'approcha, se blottit contre lui, qu'il prit la mesure de tout ce qu'elle lui offrait, sa jeunesse et, pour la première fois il avait pensé qu'il pourrait faire sa vie avec elle.
Soudain, Linda sortit de la chambre toute fraîche, ses longs cheveux au vent, elle s'avança, étonnée de le retrouver à la même place.
- Si on s'installait plus confortablement, lui dit-elle avec un sourire.
Il ne répondit pas, sortit difficilement de sa rêverie, se leva et ils s'avancèrent jusque dans la salle de séjour.
C'était une grande pièce, confortable, meubles modernes, canapé et fauteuils en cuir blanc, télévision grand écran, chaîne hi-fi avec, dans la bibliothèque, tout un rayon de CD.
Dominique ouvrit les volets des deux portes fenêtres qui accédaient à un minuscule jardin d'agrément, très coloré, planté de tamaris et de roses trémières.
- Tu pourras laisser ces volets ouverts, personne ne peut te voir, ce ne sont que des propriétés privées rarement occupées hors saison.
Ils s'installèrent à côté l'un de l'autre sur le grand canapé blanc, les pieds repliés sous ses fesses, la tête contre son épaule elle était prête à entendre toutes ses suggestions.
- Si tu es d'accord lui dit-il, je vais me mettre en rapport avec Marco, il faut savoir ce qu'il a derrière la tête, il ne faut pas que ce soit toi qui téléphone, moi, il ne me connaît pas, du moins je le suppose, je serai, disons, ton conseil juridique.
Elle ne répondit pas, acquiesça de la tête, se pelotonna un peu plus contre lui.
- Qui était cette femme, cette très belle femme, qui se trouvait auprès de toi lorsque je suis arrivée hier soir, lui demanda-t-elle à brûle-pourpoint.
Surpris par cette question en dehors du sujet il marqua une courte hésitation, se demandant si elle n'exprimait pas un sentiment de jalousie, elle n'a aucune raison, pensa-t-il, il décida d'être franc dans sa réponse.
- Tu veux parler de Sonia, c'est la jeune femme qui doit partager sa vie avec moi, enfin je l'espère.
- Tu la connais depuis longtemps ?
- Six mois, c'est la fille d'un ostréiculteur de la région, dit-il amusé par la tournure que prenait la discussion.
C'est Linda qui revint au sujet principal.
- Je ne dois pas sortir, pas du tout, demanda-t-elle ?
- Ca vaudrait mieux tant que nous ne savons pas ce que mijote Marco, en tout cas, il ne faut pas te montrer en ville, s'il a un homme qui te recherche, non seulement il a ton signalement, ta photo, sans doute, il va commencer dans tous les hôtels, les commerces, les boulangeries, la poste.
A l'évocation de ce nom, Linda fit un bond.
- Mon Dieu dit-elle affolée, j'ai oublié de te dire que j'avais entre les mains un dossier que je crois être sensible, concernant Marco. Pour être sûre de ne pas le perdre ni me le faire voler je me le suis envoyé, par lettre, à mon nom en poste restante à Royan. Il y est encore.
- Que contient ce dossier ?
- Je sais pas, des listes, avec des noms, et des chiffres, il était dans son coffre et il semblait en prendre grand soin.
Dominique regarda sa montre, il faut que je rentre surveiller le service de midi, je repasserai plus tard, dit-il en se levant.
- Tu vas la retrouver demanda Linda d'une petite voix ?
Dominique ne répondit pas, sortit sans se retourner, fit un geste de la main et lança : à plus.
22.08.2008
Et si le bonheur....13
C'était la première fois que José se rendait dans ce trou perdu au milieu des Pyrénées, près de la frontière espagnole.
Il invita Hélène à descendre, elle ne se fit pas prier et bien vite vint se ranger auprès de José tant était fort le sentiment d'angoisse qu'elle éprouva soudain.
Dès l'abord ils ne virent personne, pas de comité d'accueil, ni d'illuminations, seule, en face d'eux, une imposante bâtisse se découpait sur fond de ciel étoilé, ciel de froidure, la lune en son premier quartier projetait sur la terre une pâle lumière créant au sol des ombres fantasmagoriques.
Dans le lointain un hurlement se fit entendre suivi d'une plainte déchirante qui n'en finissait pas. José qui n'était pas un enfant de coeur partagea cette angoisse, il se rapprocha de la voiture, passa la main sous son siège, retira le P 38 qu'il armât
D’un geste sec.
Un bruit de pas se fit entendre, voilà de la visite se dit José.
Les yeux et les oreilles aux aguets il avança en direction d'un petit édifice qu'il pensa être la margelle d'un puits, de sa main gauche il fit signe à Hélène de le suivre sans bruit, c'était bien un puits, ils se mirent à couvert.
Les pas se rapprochaient, on les entendait distinctement maintenant, José pensa que le moment était venu de lancer le mot de passe révélé par Marco.
- Viva cria-t-il d'une voix assurée.
- Libertad, répondit une voix chaude, fortement timbrée, l'atmosphère se détendit.
Le faisceau d'une lampe électrique balaya les ténèbres, s'attarda un instant sur le visage de l'individu qui approchait, comme pour se présenter, pour se porter ensuite sur José et Hélène enfin sur la porte d'entrée et sur le chemin rocailleux qui y conduisait.
L'individu donna un tour de clé, poussa la porte qui gémit sur ses gonds, fit quelques pas, laissa ses visiteurs sur le seuil, trouva la lampe qu'il cherchait, frotta son briquet, alluma la lampe à pétrole qu'il tenait dans sa main gauche.
Une lumière timide éclaira l'unique mais immense pièce de cette bâtisse, laissant dans les encoignures de larges zones d'ombre. Les quatre murs sans ouverture sur l'extérieur étaient en pierre apparente, le sol en terre battue, dans le coin droit face à la porte d'entrée un escalier en bois brut accédait à la mezzanine également en bois brut.
Ce n'était pas le Sofitel, ni même un hôtel deux étoiles, mais on peut y séjourner une nuit pensa Hélène qui se fit un devoir de visiter le frigidaire tandis que les hommes échangeaient à l'écart quelques mots. Elle n'avait pas à participer à la discussion, c'était leurs affaires, elle n'avait pas à les connaître encore moins à en discuter.
Le repas fut frugal et rapide, fromage de chèvre, tranches de lard fumé, confiture de myrtilles, accompagnés d'un petit vin du pays. Il fut aussi silencieux, Hélène observa l'individu, celui qu'on appelait le montagnard, bel homme, grand, solidement charpenté, la cinquantaine flamboyante, un visage taillé à la serpe, des yeux bleus, moustache et barbe blanches taillées en pointe, les sourcils presque noirs soulignant le regard perçant, un éternel chapeau de feutre tout déformé, sans couleur, définitivement vissé sur la tête, veste et pantalon en velours beige côtelé, des souliers de montagne complétaient l'habillement.
Le montagnard regarda sa montre, referma son opinnel, se leva, s'adressa à José :
- J'te laisse la clé, j'prépare la bagnole, lever demain à 5 plombes.
Il quitta la salle, sans dire un mot de plus, sans même regarder Hélène qui souleva les épaules, comme pour dire à qui l'aurait vue, qu'elle s'en foutait.
Restés seuls, José et Hélène, fatigués par cette longue journée, et par les émotions qu'elle avait suscitées, trouvèrent près des lits installés dans la mezzanine, des couvertures et des sacs de couchage, ils s'installèrent pour la nuit aussi confortablement que possible.
José s'endormit comme une masse, Hélène ne trouva pas le sommeil tout du moins pas tout de suite, elle songea à sa ville natale, à sa jeunesse, à ses parents noyés dans le chagrin, maintenus volontairement depuis plus de trois ans sans nouvelles, sans qu'ils sachent où elle se trouvait, ni ce qu'elle faisait, elle ne voulut pas s'attendrir, repoussa les images qui lui étaient douloureuses, elle ni parvenait pas, elle savait qu'elle avait fait le mauvais choix, se demandait ce qu'elle faisait là dans ce nid de truands, sa vie sentimentale n'était qu'un échec, elle avait eu des amants de passage, sans amour, sans tendresse, le portefeuille à la place du coeur. Elle eut soudain honte de son existence, honte de sa vie, alors dans un grand élan de repentir sincère, se fit le serment que dès son retour, elle laisserait son masque au vestiaire pour redevenir la petite Hélène, celle qu'elle avait toujours été, celle de la rue du Gros horloge à Rouen.
Le coeur apaisé, elle ferma les yeux, comme pour faire pénitence, le sommeil l'enveloppa de son épais manteau.
Un bruit indéfinissable parvint dans la nuit aux oreilles de José, bruit insolite dans cet environnement si calme, on aurait dit des pas sur le sol, des paroles apportées par le vent. José inquiet, dérangé dans son sommeil, consulta sa montre, il était deux heures, les bruits s'arrêtaient par instants puis reprenaient assourdis, manifestement il se passait quelque chose autour de la maison. Il fallait aller voir.
Il s'habilla à la hâte, saisit son revolver déposé près de sa couche, descendit l'escalier sans faire de bruit, se dirigea vers la porte, l'ouvrit, un petit vent froid glissa sur son visage, il frissonna, et sans refermer la porte derrière lui, s'enfonça dans la nuit.
Il avança lentement, le corps penché en avant, prêt à bondir, fit quelques mètres encore, se dirigea vers le dernier contrefort rocailleux, là d'où provenaient les paroles de plus en plus audibles, de l'espagnol pensa-t-il, encore quelques pas, il se retrouva près d'un buisson, avait senti les branches épineuses s'accrocher à sa manche, allait le contourner, entendit un frôlement, sans penser qu'il faisait peut-être une erreur, il murmura Viva, son coeur fit un bon dans sa poitrine, le vent dans un souffle lui apporta la réponse libertad.
C'était le montagnard, tout en rampant ils se rapprochèrent, la lune qui avait disparu derrière les nuages fit à nouveau son apparition, ils virent alors distinctement à une centaine de mètres un groupe d'hommes armés, cagoulés, courir en gesticulant dans tous les sens.
- Qui c'est ces guignols ? demanda José.
- L'ETA, répondit le montagnard, j'avais reçu des menaces, j'pensais pas qu'ils passeraient à l'exécution.
- Mais que cherchent-ils, la dope ?
- Non les.... le montagnard ne finit pas sa phrase, un cri déchirant, inhumain, venu de la maison, ils retournèrent instinctivement la tête, suffoquée ils aperçurent Hélène qui courait dans leur direction appelant sans cesse José ....José.... José, poursuivie par deux individus cagoulés, ils ne firent qu'un bond, sont se préoccuper du danger, pas plus que de l'insuffisance de leurs armes, ils volèrent à son secours.
Ils furent stoppés net par une rafale de mitraillette, José toujours debout, arriva près d'Hélène, couchée, la face contre terre, inerte, baignant dans une mare de sang, José s'agenouilla, la retourna doucement sur le dos, une tâche rouge s'élargissait sur sa poitrine, elle ouvrit les yeux, prit la main de José et murmura dans un souffle : je....veux.... rentrer...... chez....... moi. Elle glissa dans les bras de José, Hélène ne reverrait pas ses parents ni sa ville natale.
Les tueurs s'étaient enfuis, de rage, José vida son chargeur dans leur direction mais que pouvait il faire de plus.
Le montagnard arriva près de José, le bras droit supportant le bras gauche, touché par une balle à l'épaule, il avait perdu beaucoup de sang, sous l'impact s'était évanoui, mais le petit matin qui fraîchissait l'avait sorti de sa torpeur. José regarda sa montre, il était près de quatre heures, dans une heure il serait parti, mais que faire du corps d'Hélène, José ne laissait jamais un cadavre derrière lui.
T'inquiète lui dit le montagnard, j'ferai le ménage, on n'doit pas laisser de traces.
José ne pouvait se résoudre à quitter cet endroit sans avoir obtenu quelques réponses aux questions qui lui venaient à l'esprit. Il proposa au montagnard de le suivre au prétexte qu'il voulait jeter un coup d'oeil sur sa blessure, le montagnard accepta, les moments de frayeur qu'ils avaient surmonté avaient rapproché ces deux taciturnes.
Ils se dirigèrent vers la grande bâtisse, firent quelques pas, brusquement José s'arrêta, le montagnard en fit autant, José revint sur ses pas près du corps d'Hélène, se baissa, la saisit dans ses bras, se dirigea vers le puits qui se trouvait à quelques mètres, eut un moment d'hésitation, comme pour lui laisser le temps de dire une prière, puis d'un geste large, précipita le corps par dessus la margelle.
- Tu balanceras des pierres demain, dit-il en matière d'oraison funèbre, au montagnard qui l'avait attendu.
De retour dans la salle, José examina la blessure du montagnard, heureusement la balle n'avait fait qu'effleurer le bras gauche laissant sur son passage la chair à vif, pas besoin de docteur, la cicatrisation se ferait naturellement. José demanda de l'alcool, le montagnard sortit d'un vieux bahut deux bouteilles couvertes de poussière, l'une de vin, l'autre d'alcool de fruit, tendit cette dernière à José qui en versa une bonne rasade sur la plaie à vif, le montagnard serra les dents, sans laisser échapper aucun cri.
Ils s'installèrent l'un en face de l'autre, autour de la table, ils se servirent un verre de vin, le silence persistait dans la salle, au second verre ils purent échanger quelques mots, au troisième verre ils se racontèrent, difficile de les arrêter.
- Pourquoi cette attaque de l'ETA demanda José, que cherchaient-ils ?
- Les caisses de dynamite que nous leur avons subtilisées. Ce stock nous avait été signalé par un indic, il se trouvait sur un chantier de T.P, près de Castres, dans la montagne noire. Nous ne savions pas qu'il appartenait à l'ETA, nous avons embarqué la dynamite et débarqué l’indic qui jouait un double jeu.
- Comment ça, de la dynamite, c'est nouveau, jusqu'à présent l'organisation ne gérait que la drogue, la prostitution, et le trafic des personnes, t'as reçu des ordres du Boss ?
- Non mais de Marco.
- De Marco ? Questionna José étonné.
- Oui, de lui seul, activité parallèle je suppose, moi j’discute pas les ordres, j’exécute.
José était de plus en plus étonné, il n'avait jamais entendu parler de trafic d'armes, il avait pourtant de nombreux contacts avec le boss, le grand patron, il commençait à douter de la fidélité de Marco à l'égard du groupe, il faudra se dit-il, sans rien laisser paraître, que je tire cela au clair.
Ils finirent la bouteille, en silence, chacun à nouveau perdu dans ses pensées.
Le montagnard se leva,
- C'est bientôt l'heure dit-il, faut que j'aille vérifier ta tire, il sortit aux premières lueurs de l'aube.
Une fois seul, José ne put s'empêcher de réfléchir. L'organisation était bien implantée dans cette région, sur un terrain, ancienne mine d'or, truffé de galeries dont l'une d'entre elles avait été prolongée clandestinement jusqu'en territoire espagnol. La drogue, en provenance d'Amérique du sud et de deux laboratoires espagnols, était négociée en Espagne, passait en France, en toute sécurité par la galerie-tunnel, son acheminement dans la métropole ne posait ensuite aucun problème.
Le tunnel facilitait aussi l'entrée clandestine des étrangers sur le sol Français, il en était de même des jeunes femmes étrangères destinées à la prostitution.
Tout cela était parfaitement rodé, pourquoi, se demandait José, le mettre en péril par des actions inconsidérées, l'enlèvement de l'enfant et le trafic d'armes qui produisaient des turbulences majeures.
Un peu après cinq heures José reprit seul la route en direction d'Aix-en-Provence.
21.08.2008
Et si le bonheur....12
Le motard arrêta brusquement sa machine devant le restaurant de l'hôtel de France, terminus, dit-il en mettant pied à terre, d'un geste sec il bascula sa béquille, respira à pleins poumons l'air frais venu du large, descendit de sa moto, jeta un regard conquérant sur cette ville qui s'endormait.
Il allait la réveiller cette capitale, la passer au peigne fin, il était là pour ça.
Marco lui avait donné l'ordre de retrouver la fille, il la connaissait bien cette nana, c'était la femme à Marco comme on disait entre potes, celle qui s'était tirée, sans crier gare, celle qu'il avait poursuivie et à laquelle il avait chouravé son mouflet, elle lui avait glissé entre les pattes, il avait une revanche à prendre, Marco l'avait engueulé, mais il avait carte blanche.
Il sourit sous son casque, ça va saigner se dit-il, sentit monter en lui une poussée de chaleur intense, retira son casque et tout heureux, d'un pas décidé, entra dans le restaurant de l'hôtel.
C'était une grande salle, une quinzaine de tables de toutes les formes, artistiquement réparties, superbement fleuries, les couverts dressés attendaient le client. Il n'y avait encore personne.
Cependant une femme qui semblait être la patronne manipulait des papiers derrière un minuscule comptoir, elle attendait elle aussi manifestement le client.
Le motard (on ne lui connaissait pas d'autre nom) s'approcha, arbora ce qu'il croyait être son plus séduisant sourire.
- Salut dit-il, si vous avez une piaule je becte ici.
La patronne de l'hôtel, car c'était bien elle, hésita un instant, la tête de ce client ne lui disait rien qui vaille, mais elle en avait tellement vu dans sa vie professionnelle des clients bizarres qu'elle n'y prêta pas plus attention et puis, la saison était terminée, l'hôtel ne faisait pas le plein chaque jour, elle avait beaucoup de chambres de disponibles. Elle s'efforça de sourire.
- Une chambre avec vue sur la mer, demanda-t-elle.
- Cà j'm'en tape, j'suis là pour du boulot, en mission comme qui dirait, ajouta-t-il comme pour se donner de l'importance.
- Suivez moi je vous prie, la réception c'est à côté, dit-elle en lui faisant signe de la suivre.
Elle s'engagea dans le long couloir conduisant à la réception de l'hôtel, il la suivit, elle marchait devant lui. Mais c'est qu'elle est canon cette souris se dit-il, j'me la f'rais bien, il voyait cette croupe onduler au rythme de ses pas, les hanches bien moulées dans la jupe étroite, imagina le string que l’on ne voyait pas, sentit soudain comme une décharge d'adrénaline, il plaqua ses grosses mains encore gantées de cuir, sur les fesses de la jeune femme.
La réaction ne se fit pas attendre, elle fut aussi rapide et brutale que l'attaque, un aller retour sonore sur les joues de l'individu résonna dans le couloir comme un roulement de tambour devant un monument aux morts.
Aucun mot ne fut prononcé, ils pénétrèrent dans la salle de réception. Plusieurs clients attendaient auprès de leurs bagages. Elle lui remit une clé.
- Chambre 314 au 3ème étage lui dit-elle d'une voix sèche, sans le regarder, le début du repas est à 20 heures.
Il regarda sa montre, il avait un peu de temps devant lui, il gagna l'ascenseur et monta dans sa chambre.
Il ne mit pas longtemps à examiner la chambre qu'on lui avait donnée, un lit à deux places, il voulait être à l'aise et puis on ne savait jamais, une douche et, luxe suprême, un mini barr.
Sans retirer ses vêtements, se laissa choir sur le lit dont le matelas gémit de douleur.
Demain la chasse allait commencer, il jubilait, piaffait d'impatience, il n'avait pas de plan d'action, travaillait d'instinct, ancien para, dans la légion,l'attaque, la feinte, la ruse, le camouflage, la neutralisation d'un adversaire, tout ça il connaissait, il aimait, c'était son élément.
Sans ménagement son estomac lui fit comprendre qu'il était temps de dîner, il jeta un coup d'oeil à sa montre, se leva, ouvrit la porte, referma d'un tour de clé et se dirigea vers l'ascenseur.
20.08.2008
Et si le bonheur....11
Linda reprit sa marche sur la promenade qui longeait la plage, au loin dans une étreinte qui n'en finissait pas, la mer épousait le soleil qui lentement disparaissait à l'horizon. Ca et là au long de la jetée, les lampes d'éclairage s'allumaient une à une, la nuit lentement déployait son manteau de velours, la douce tiédeur du soir invitait à la rêverie.
Tout en marchant Linda scrutait les immeubles plantés de l'autre côté de l'avenue dont les façades rougeoyaient encore sous le soleil couchant, une vague de tristesse la submergea tout à coup, c'est avec son fils, son bébé, l'amour de sa vie, qu'elle aurait dû se trouver là, ce soir, où était-il en ce moment ce petit bonhomme, elle n'aurait jamais dû s'enfuir, vouloir échapper à Marco et à ses sbires, c'était mission impossible.
Comment avait-elle pu se tromper aussi lourdement sur cet homme, elle se souvenait de sa gentillesse, de ses bonnes manières qui n'étaient que de façade,
C'était un monstre, sans aucun scrupule, du moins elle l'avait appris plus tard à ses dépens, elle n'avait pas supporté qu'il ait levé la main sur elle, mais quand elle avait appris ce qu'il avait l'intention de faire d'elle, sans hésitation, à la minute même, prit la décision de partir.
Les représailles avaient été immédiates, rapides comme l'éclair, jamais elle ne se serait doutée qu'il l'atteindrait dans sa chair, elle savait maintenant que son bébé, dans les pattes de Marco, serait une monnaie d'échange.
Tout en elle criait vengeance, jamais elle ne laisserait ce monstre imposer sa loi. Elle avait mal Linda, elle portait dans son coeur un poids immense, elle se sentait coupable, coupable d'être là, seule sur cette plage, sans son bébé, coupable de ne pas avoir su discerner la véritable nature de l'homme qu'elle avait fréquenté, coupable de ce moment d'inattention qui avait facilité la disparition de l'enfant.
Tout en elle n'était que souffrance, allait-elle pouvoir apaiser ce coeur qui s'emballait à l'évocation de ses souvenirs, à la vue d'un petit enfant jouant près de sa mère.
Elle s'arrêta soudain, prit conscience qu'elle était arrivée enfin, de l'autre côté de l'avenue, l'enseigne lumineuse de l'hôtel brillait de tous ses feux, Les Flots Bleus, aucun doute elle était bien arrivée.
Elle se demanda si elle n'avait pas eu tort de ne pas prévenir Dominique mais son départ avait été si précipité qu'elle n'en avait pas eu le temps, elle contemplait cette enseigne lumineuse, se demanda ce qui l'attendait derrière cette façade, allait-elle reprendre une vie normale, construire un nouvel avenir, retrouver son enfant, vivre un nouvel amour, peut-être aurait-elle demain un début de réponse.
Allons, je me jette à l'eau se dit-elle, en lançant un dernier regard vers la mer, la nuit avait chassé le jour, le vent du large grossissait les vagues qui venaient mourir sur la grève, elle avisa à proximité un passage clouté équipé de feux clignotants garantissant, en pleine saison, aux clients de l'hôtel, un accès sécurisé à la plage.
Il lui fallait traverser, elle s'approcha près des quelques rares personnes qui attendaient, laissa passer les rares voitures empruntant l'avenue, puis, s'engagea sur le passage. Elle marchait allègrement au milieu des autres personnes, soudain elle se sentit soulevée du sol, vigoureusement tirée en arrière, entendit au même instant un grondement de tonnerre, s'agrippa de toutes ses forces à l'homme qui venait de lui sauver la vie. Elle n'avait rien vu Linda, arrivée sur le trottoir on lui expliqua, un bolide, une moto, au mépris des clignotants, avait traversé en trombe le passage clouté, des yeux, elle chercha son sauveur, il n'était plus là, il lui sembla toutefois qu'il était entré à l'hôtel.
Elle attendit encore quelques instants, comme pour se refaire une santé, puis à son tour franchit la porte, pénétra dans le hall de réception, surprise par les lumières trop vives elle cligna des yeux, du regard fit le tour de la salle, surprise elle se figea, elle aperçut près de la réception, en compagnie d'une jeune et très jolie femme, son ami Dominique riant aux éclats.
Comme je tombe mal, se dit-elle, avec un léger pincement au coeur, voulu faire demi-tour, c'était trop tard, il venait de la voir.
19.08.2008
Et si le bonheur....10
Il était un peu plus de quatorze heures lorsque José reprit la route. Le temps était au beau le soleil brillait dans le ciel, il baissa la vitre, une bouffée d'air frais inonda l'intérieur. Hélène toujours à la recherche de CD exprima tout ce qu'elle ressentait :
- On se croirait en vacances, dit-elle en s'étirant.
- Ouais lui dit José mais c'est pas des congés payés.
- T'as beaucoup de liberté, toi, que fais-tu en dehors de la disco lui demanda-t-elle.
- Comme toi, pas plus que toi, dit-il en remontant sa glace.
Elle jeta un regard furtif sur José, comprit qu'il n'avait pas l'intention de poursuivre la conversation et glissa un disque dans le lecteur, c'était le dernier Benabar.
Pendant tout le trajet elle se borna à lui allumer des cigarettes lorsqu'il le lui demandait, de temps à autre et lui tendait la bouteille d'eau placée sous le siège.
Lui, absorbé par la conduite, vagabondait dans ses souvenirs, sa naissance en 1952, quelques années seulement après la fin de la guerre, à Limoges, dans le quartier des ponts, désignation péjorative que les Limougeauds donnaient à ce quartier qui n'était qu'une concentration de gens pauvres et de pauvres gens.
Petites maisons basses aux toits d'ardoises grises, imbriquées les unes dans les autres, comme si elles avaient voulu se protéger, les vieux tout dépenaillés somnolents sur de vieilles chaises disposées contre les murs, les enfants dans la rue, livrés à eux-mêmes, surveillés par tout le monde et par personne, et de l'autre côté du vieux pont Saint-Étienne, le long de la Vienne, les terrains vagues, jonchés de tas d'ordures et de matériaux de démolition s'étendant jusqu'au début de la cité des Coutures.
C'était là, dans ce milieu criminogène, qu'il avait fait ses classes, à l'école de la rue, c'était sur ces terrains, par une nuit sans lune qu'il avait eu sa première vraie bagarre, au couteau, contre une bande de voyous du même âge qui tentaient de violer une jeune voisine bien connue.
Il s'en souvenait comme si ça venait de se passer, pourtant il n'avait que quatorze ans, peut-être parce que cette fille qu'on appelait la gitane lui avait fait au coeur une marque indélébile, elle s'était offerte à lui pour le remercier et l'avait ensuite ridiculisé sans qu'il en comprit les raisons.
A l'évocation de ce souvenir; il sentit monter en lui, une fois encore une rage contre les femmes, contre toutes les femmes qui au cours du temps, n'avait fait que s'amplifier, qui jamais n'avaient trouvées grâce à ses yeux.
Il les fréquentait quand c'était nécessaire, ne leur faisait jamais confiance, il en usait pour son plaisir, son équilibre physiologique, il les dressait, en abusait pour les soumettre à la prostitution, mais sa véritable jouissance c'était, lorsqu'elles présentaient un danger pour le groupe, de les détruire et de les faire disparaître si on le lui demandait.
Depuis longtemps déjà ils avaient dépassé Toulouse, se trouvaient très près de Montpellier bientôt ils serait dans les Pyrénées. Hélène s'était assoupie. José avait replongé dans son enfance, dans le film de sa vie.
Il naviguait maintenant dans la période la plus dure, la plus difficile de son existence, la période des galères incessantes qu'il avait connu.
A quinze ans, l'âge qu'il considérait être sa majorité, il avez fugué, quitté le domicile familial, quitté l'école, quitter les copains, il avait tout laissé derrière nui, avait fait la route comme un traîne savates, suivi un groupe de Romano dormant avec eux dans leur roulotte, vivant de rapines, de vol et de petites et escroqueries.
A dix-huit ans on le retrouvait à Bourges chez un ferrailleur dont la spécialité était le cambriolage des propriétés de haut standing et le pillage des châteaux de la région étendue à la Dordogne au sud et le Loiret au nord.
Cette bagarre sur la place Gordaine qu'il avait évoqué avait marqué le début de ses ennuis judiciaires quinze jours de prison ferme purgés à la prison de Bourges entre le cimetière et la route de Paris.
Après, il ne voulait pas s'en souvenir, du reste ce n'était pas encore des souvenirs, c'était l'action présente, rien à voir, rien à comprendre, c'était l'engrenage qui l'avait conduit là où il en était.
A 22 heures il arrêta son véhicule, dans la cour du refuge, Hélène somnolait toujours.
18.08.2008
Et si le bonheur....09
Julien tourna la tête, sa grand-mère dormait paisiblement, il se leva sans bruit,
gagna la cuisine, dénicha un paquet de pâtes. Méthodiquement il chercha, dans les placards, les ustensiles nécessaires à la préparation du repas.
Il venait de terminer de dresser la table lorsque la sonnerie de l'entrée se fit entendre, il se précipita, ouvrit la porte. Dieu soit loué, dit-il en soupirant, c'était le médecin.
Celui-ci examina attentivement et longuement Mahdi, posa de pertinentes questions, l'examen terminé, s'assit familièrement sur le bord du lit, prit la main de Mahdi dans la sienne lui dit :
Ma petite dame, vous avez beaucoup de chance, a priori je ne constate rien de grave, seulement quelques blessures superficielles, dont les traces disgracieuses, j'en conviens, disparaîtront dans quelques jours. Au demeurant, je vais vous prescrire des produits pour les y aider.
Par contre, je vais vous prescrire également, une radio de la tête, du crâne plus exactement afin que nous soyons sûrs que vous n'avez aucune fracture ne serait-elle que superficielle.
Allez, lui dit-il en se levant et en souriant, dans quelques jours, vous aurez retrouvé votre beauté naturelle.
Mahdi eut un joli sourire, le naturel féminin reprenait le dessus, un peu de rouge colora légèrement ses joues.
Dès que fut parti le médecin, Mahdi s'habilla prestement, tandis que Julien mettait la touche finale au repas qu'il avait lui-même préparé.
C'est dans la cuisine qu'ils prirent, tous les deux, l'un à côté de l'autre, ce premier et frugal repas, ils avaient tant de choses à se dire que malgré leur fatigue ils se racontèrent.
Julien voulait savoir, tout connaître des heures aventureuses vécues par Mahdi.
Elle lui raconta la jeune fille qu'elle avait secourue sur le trottoir et lui raconta l'intervention de l'énergumène qui l'avait sauvagement frappée.
Ils se rendirent ensemble à la pharmacie, pour la radio, elle prendrait un rendez-vous demain.
Ils se rendirent au commissariat, Julien voulait absolument qu'elle dépose une plainte pour agression, il savait pourtant que cela n'aurait probablement aucun effet, mais on ne sait jamais, il voulait préserver l'avenir.
De retour à la maison ils s'installèrent dans le salon, allumèrent dans la cheminée un léger feu de bois, Mahdi prit son tricot négligemment posé sur la boîte à ouvrage, Julien choisit un livre dans la bibliothèque, le titre l'avait accroché, « Et toi mon cœur, pourquoi bats-tu », de Jean d'Ormesson. Le silence se fit dans la pièce, troublé par le léger crépitement des bûches qui se consumaient lentement et par le tic-tac de la pendule.
Malgré ses efforts et son désir Julien ne parvenaient pas à entrer dans le livre, les phrases dansaient devant ses yeux, il était obsédé par l'histoire que lui avait racontée sa grand-mère, il songeait à cette fille, à Linda, il se disait qu'elle devait être sans aucun doute au point de départ des événements qui s'étaient succédés. Où était-elle en ce moment, il posa le livre sur ses genoux, se tourna légèrement tout en s'adressant à sa grand-mère : Tu ne sais pas où elle se trouve actuellement ? Mahdi surprise par la question, s'arrêta un instant, le regarda, puis les yeux perdus dans le lointain, comme si elle cherchait à voir au fond de sa mémoire sembla faire un effort. Non dit-elle, je n'en ai aucune idée. Essaie de te souvenir, n'as-tu pas surpris une parole, une attitude qui pourrait permettre de se faire une idée ? Mahdi fit un effort surhumain mais ne trouvait pas, ne se souvenait pas, cependant une image lui trottait dans la tête, attend reprit-elle soudain je me souviens d'une feuille de papier qu'elle tenait dans la main, Mahdi porta la main à sa tempe, comme pour la soulager, attends, je me souviens qu'il y avait noté une adresse, il me semble avoir lu Royan, oui, c'est ça Royan répéta-t-elle, il y avez aussi dit-elle en hésitant une couleur, bleu, je m'en souviens maintenant.
Toute réjouie elle reprit tranquillement son tricot.
17.08.2008
Et si le bonheur;;;;08
Depuis deux jours Marco ne décolérait pas, ses hommes l'avait tout d'abord informé qu'ils avaient vu vers 21 heures, Linda monter, avec son fils, une lourde valise à la main, dans une Mégane immatriculée 75 ayant pris la direction de Paris.
Ca l'avait mis dans une rage folle, Linda, son actuelle compagne, celle qui partageait sa vie, ou du moins une partie de celle-ci, avait décidé, sans rien lui dire, de le quitter, de s'enfuir avec son fils.
La petite garce, s'était-il dit en frappant d'un coup de poing rageur le plateau massif de son bureau, la petite salope, me faire ça, à moi, me ridiculiser à ce point, non, ça n'existait pas, ça ne pouvait pas se faire. Elle va voir de quel bois je me chauffe.
Sans perdre un seul instant il avait immédiatement donné des ordres, à 22 heures le motard qu'on appeler ainsi parce que toujours habillé de cuir, le casque soudé sur la tête, était parti à là poursuite de Linda avec l'ordre de repérer son point de chute, de kidnapper l'enfant et de le remettre à José qui, actuellement à Paris, se tiendrait dès le matin à la disposition du motard.
Si le plan s'était parfaitement déroulé, un nouvel incident, très grave celui-là, était venu le perturber.
Alors que le motard ayant rempli sa mission rentrait sur Aix-en-Provence, Marco ouvrant son coffre-fort, pour la première fois, après le départ de Linda, constatait la disparition d'un dossier important concernant le blanchiment d'argent des produits illicites réalisées dans la zone sud de la France dont il était le responsable auprès du grand patron, de celui qu'on appelait Le Boss..
Ca devenez sérieux, trop sérieux même, il fallait encore agir vite. Marco n'hésita pas une seconde, il donna l'ordre au motard de faire immédiatement demi-tour, de retrouver Linda et, par la violence, si c'était nécessaire, mais avait-il besoin de le préciser, récupérer le dossier sensible.
Il savait que le motard n'avait pas totalement réussi dans son entreprise, s'il avait appris par la force que Linda était partie pour Royan, il était arrivé trop tard pour lui reprendre le dossier. Marco l'avait eu récemment au téléphone, lui avait passé un savon sévère, que l'intéressé ne saurait oublier et lui avait intimé l'ordre de partir immédiatement sur Royan, de retrouver coûte que coûte Linda.
Marco ouvrit son bureau, il aimait arriver une heure avant l'ouverture de la discothèque, avait besoin de réfléchir aimait se préparer à affronter la nuit, mettre au point, avec ses hommes les actions du lendemain et du court terme, il devait gérer de nombreuses activités plus dangereuses les unes que les autres.
Pour le moment c'était Linda qui le préoccupait, comment et quand avait-il pu se tromper, cette fille il l'avait découverte quelques mois auparavant alors qu'elle était serveuse dans un restaurant d'Aix-en-Provence, il avait été attiré par son charme, sa culture, son maintien.
Il l'avait séduite, avec une idée bien précise dans la tête, en faire une call-girl, il avez jugé qu'il ne pouvait pas l'aborder de front, il allait la préparer, il était sur qu'elle représentait une véritable mine d'or, en dernière analyse lorsqu'elle aurait perdue sa fraîcheur, il la mettrait sur le trottoir, en ferait une putain.
Comment avait-elle su que le moment était venu celui de lui faire rencontrer un homme plein aux as, un américain, comment avait-elle pu l'apprendre, et avoir connaissance de ce projet, il n'en avait parlé à personne sauf à José, mais José n'avait pas pu le trahir, les femmes, il s'en foutait et les savoir au turbin, c'était plutôt fait pour lui plaire. Alors qui avait parlé à Linda ? Il remis à plus tard la réponse à cette question, il savait que tôt ou tard il connaîtrait la réponse.
16.08.2008
Et si le bonheur....07
En quittant la propriété dans laquelle il avait laissé l'enfant, José regarda sa montre, une Rollex, bijou tapageur de grande classe, gagnée au poker, il y avait de nombreuses années. Midi pile, dit-il tout haut, Hélène, perdue dans la recherche d'un CD de Madonna, qu'elle avait vu ce matin dans la pile qui se trouvait en vrac au fond de la boîte à gants, acquiesça d'un hochement de tête.
Bien qu'il soit plus de midi, José ne rencontra pas une grande circulation. Dès son entrée dans Bourges, il prit à gauche, passa devant la gare, tourna à droite puis à gauche, admira au passage le célèbre jardin, les Prés Fichaux, et s'arrêta sur la place Saint Bonnet, à la porte d'entrée de l'église du même nom.
Il arrêta son moteur, descendit, invita Hélène à en faire autant, viens, lui dit-il, je vais te faire connaître un petit resto sympa.
Il ferma le 4 x 4, traversa la route et par une petite rue étroite dont la chaussée était couverte de pavés, il déboucha sur la place Gordaine.
José admira une fois de plus l'architecture moyenâgeuse des bâtiments de cette petite place, il y avait passé une bonne partie de sa jeunesse, il ressentit la même émotion que lorsqu'il avait levé sa première fille, qu'il avait soutenu sa première bagarre qui avait eu lieu à l'endroit même où il se trouvait en ce moment, il y avait un peu plus de vingt ans, il avait alors dix-huit ans.
Il songeait que le temps s'était écoulé trop vite, comme le sable entre les doigts, ou plutôt pour ce qui le concernait, comme l'eau de la rivière se brisant contre les rochers tellement sa vie avait été chaotique.
Il secoua la tête, haussa les épaules, comme pour se débarrasser d'un passé trop lourd à porter, à moins que ce ne soit le présent qui pèse tant dans la balance de sa vie.
Vite il rejeta de son esprit les images qui l'une après l'autre venaient se superposer, s'imbriquer dans le décor médiéval offert à ses yeux, il s'arracha enfin à ses souvenirs, il n'était pas sentimental, n'exprimait aucun regret, il était dans la vie, la prenait à bras-le-corps telle qu'elle se présentait à lui, il en profitait voilà c'est tout.
Hélène qui l'observait crut voir dans les yeux de José passer un éclair d'humanité, de douceur, de bonté même, elle en fut un instant troublée, se demanda quel était cet homme qui se trouvait là, à ses côtés, le connaissait-elle vraiment, avait-elle envie de le connaître davantage, elle ne sut que répondre, se promit de faire un peu plus attention à lui.
L'adorable restaurant, qu'il avait connu jadis, et dont il avait conservé le souvenir était encore là, il en fut tout heureux, ils entrèrent, apparemment rien n'avait changé, à droite, le bar, minuscule, alignait ses trois tabourets, l'hôtesse d'accueil faisait toujours partie du décor, jeune, épanouie, elle souriait devant la collection de bouteilles pleines et vides alignées sur les étagères de verre transparent. Rien n'avait changé. Si, l'hôtesse, combien de partie de 421 avait-il joué sur la tablette de ce bar, ça le fit sourire.
Ce n'était pas l'adorable vieille dame, ancienne sous-maîtresse d'un bordel parisien qu'il avait connue jadis, mais une jeune femme accorte, élégante, qui les invitait à s'installer à table, il reprenait à nouveau possession de la petite salle à manger, six tables de deux personnes, alignés comme à la parade, et au fond de la pièce, une porte qui s'ouvrait sur une salle à manger privée. Là aussi rien n'avait changé tout été petit mais tellement intime.
Les fenêtres à petits carreaux, encadrées de long rideaux en velours rouge sombre, les soubassements des murs en panneaux de bois, les cimaises recouvertes de tissu en velours lie de vin, les fleurs déposées sur les tables et les plantes vertes ornant les encoignures de la pièce, la douce musique d'ambiance et la lumière tamisée conféraient à ce lieu un pouvoir magique, apaisant, propice aux histoires d'amour.
Le repas fut un véritable moment de détente, prévenant, il joua le grand jeu, fut attentif aux désirs de sa compagne, elle se laissa prendre au jeu, accepta de bon coeur les marques de sympathie qu'il lui prodigua tout au long du repas.
Le sourire aux lèvres, heureux d'avoir passé un si agréable moment, José régla l'addition, il invita Hélène à se lever et ensemble, accompagnés par l'hôtesse, se dirigèrent vers la sortie.
En franchissant le seuil, ils croisèrent un groupe de quatre personnes, des hommes exclusivement qui se dirigeaient vers le bar, Hélène était déjà sortie, José s'apprêtait à en faire autant.
Soudain il s'arrêta, brusquement il venait de reconnaître parmi le groupe Polo dit l’anguille, un ancien détenu qu’il avait connu au cours de son dernier séjour à la centrale de Clairvaux. Sentant un regard peser sur lui instinctivement, dans un geste de défense, Polo pivota sur lui-même, et dans le même geste porta la main à sa poche revolver, reconnut José, se redressa, éclata d’un rire gras, tonitruant, communicatif, qui gagna vite toute l’assemblée.
Il se précipitèrent dans les bras l'un de l'autre, heureux de cette rencontre. Tout en se tenant par les épaules ils se mirent un peu à l'écart.
Hélène aspira un grand bol d’air, elle avait eu très peur, la tension retombée entreprit de faire le tour de cette merveilleuse place avec ses maisons à colombages sous ce ciel bleu parsemé de petits nuages blancs, un vrai
décor de cinéma. L’espace d’un instant fugitif, s’imagina se trouver dans sa ville natale, Rouen, rue de la grande horloge où ses parents, qu’elle avait quittés sur un coup de tête, vivaient encore. Ah, nostalgie quand tu nous tiens.
José et Polo n’en finissaient pas d’évoquer leurs souvenirs, ils ne parlaient pas d’avenir lointain mais de projets immédiats, conscients que leur vie aventureuse, dangereuse, pouvait s’interrompre brutalement à chaque instant, mais c’était leur vie, ils l’avaient acceptée, pas toujours choisie.
Ils restèrent un long moment ensemble, ils avaient tellement de choses à se dire, mais on ne sut jamais quel fut le principal sujet de leur conversation, on les entendit simplement échanger leur numéro de portable avant de se quitter.
15.08.2008
Et si le bonheur....06
Julien quitta Limoges très tôt ce matin là, il se rendait à Paris.
Jeune journaliste, récemment diplômé de l'école de journalisme de Lille, il était employé comme pigiste, au journal Le Populaire, très vieux journal, vénérable ancêtre, de gauche, bien connu des habitants de Limoges.
A la suite d'une lettre de motivation, particulièrement bien charpentée exposant ses désirs, ses ambitions, ses prétentions, envoyée à plusieurs journaux nationaux, Julien avait décroché un entretien avec les responsables du journal Libération.
A vingt quatre ans, il était bel homme, actif, volontaire et sportif, pratiquait la course à pied, la natation, le tennis et entretenait sa musculation au centre sportif Saint-Pierre. Il habitait un petit deux pièces, avenue du Pont Neuf acheté pour lui par ses parents. On ne lui connaissait aucune liaison sérieuse.
Il était de fort bonne humeur lorsqu'il enfourcha sa moto, une BMW grosse cylindrée, une bête, 6 cylindres en V, 400km à parcourir, l'autoroute, le vent, la griserie de la vitesse, les rencontres et puis à l'arrivée sa grand-mère qu'il adulait, Mahdi.
Il respira profondément, d'un coup d'oeil rapide vérifia ses compteurs, il était heureux, filait comme une flèche, semblait glisser sur le long ruban grisâtre, attentif, les yeux rivés sur le lointain. Anticiper, prévoir l'imprévisible, dompter la bête. Il aimait ces longues et solitaires chevauchées.
Il s'arrêta près de Vierzon, dans une station-service, fit le plein d'essence, pénétra dans le self service, choisit un casse-croûte, un Coca-Cola, s'assit à une table restée vide. Tout en regardant les usagers se substanter autour de lui, il songeait à son avenir, à l'entretien qui allait, peut-être, changer le cours de sa vie. Il aurait aimé être un journaliste d'investigation, il avait envie de bouger, de remuer, il était curieux par nature, persévérant, aimait le juridique, beaucoup moins l'économique, enfin, se dit-il, on verra demain, en se rapprochant de sa moto.
Il reprit la route bien dégagée, la circulation fluide, la douce chaleur de cet été de la Saint-Martin lui donnèrent soudain l'envie de pousser une pointe de vitesse, il accéléra, la moto bondit littéralement, le compteur s'affola, 135, 150, 170, 185, la bonne bête obéissait au doigt et à l'oeil, la puissance jusqu'à l'overdose, la radio à fond, la station à Europe 2 qui diffusait Sirocco, un rock alternatif d'un jeune groupe de Perpignan.
C'était une chevauchée infernale, il vivait, dominait le danger, tous les indicateurs étaient sous tension, en éveil, le vent jouait avec la musique, il traversait l'air comme une fusée, doublait des véhicules qui lui semblaient lents comme des tortues.
Soudain l'un de ces véhicules, se rabattit, brusquement, sur la ligne gauche, dans la milliseconde, tous les clignotants de son cerveau s'allumèrent activant des milliers de connexions, il freina à mort, le klaxon se mit à hurler, il ne pouvait éviter l'accident. Dans un éclair il visualisa la trajectoire qu'il devait emprunter, la seule qui pouvait limiter les dégâts, se dit-il, passer coûte que coûte entre la voiture et le rail de sécurité, il crut fermer les yeux, ressentit une très forte secousse, un bruit sec traversa le casque protecteur, la moto partit en une glissade qui n'en finissait pas, la redressa, la remit dans sa trajectoire et ne sut trop comment il se retrouva arrêté sur la bande d'arrêt d'urgence, il tremblait de tous ses membres, il retira son casque, fit quelques pas, aspira profondément, se calma, examina sa machine. Il comprit que le choc entendu c'était son rétroviseur droit sectionné net. Il avait eu de la chance, beaucoup de chance.
Il arriva, vers onze heures, avenue du Maine, coupa le contact, retira son casque, souffla quelques instants, heureux d'être arrivé à bon port, il mit la béquille, l'antivol et descendit de son engin.
Il fut surpris de constater que la porte de l'appartement était restée entrouverte, machinalement il regarda autour de lui, ne vit rien d'anormal, n'entendit aucun bruit, il se décida, poussa la porte, entra dans le vestibule, referma derrière lui.
Tout semblait normal, il haussa les épaules, comme pour se moquer de lui-même. Il avança dans la cuisine, étouffa un cri, en découvrant sa grand-mère qui gisait là, sur le sol, le visage tuméfié, couverte de sang, inerte et recroquevillée.
Elle respirait à peine. Sans plus attendre, sans chercher à comprendre ce qui était arrivé, il appela SOS médecin, puis il revint près d'elle, se baissa, la prit dans ses bras, comme elle était légère cette petite chose toute cassée, il la porta avec d'infinies précautions dans sa chambre, la déposa délicatement sur le lit, elle ouvrit les yeux, le reconnut, lui sourit, un léger soupir lui fit comprendre qu'elle était heureuse de le voir, elle referma les yeux, il lui prit la main, ils attendirent ensemble le docteur.
14.08.2008
Et si le bonheur....05
Linda extirpa de sa poche l'un des deux billets dérobés le matin même à Mahdi, le tendit au chauffeur qui attendait patiemment dans la voiture, elle rangea prestement la monnaie, adressa un sourire au chauffeur qui lui souhaita bonne chance.
Elle avança jusqu'à l'entrée de l'autoroute, eut un mouvement de recul, ils étaient nombreux à attendre la voiture de leur chance, elle prit la file et observa que les candidats au voyage en stop arboraient tous une pancarte sur laquelle était indiquée la destination qu'ils recherchaient.
Elle n'avait rien entre les mains, que son charme et le diable savait qu'elle en avait du charme, un corps superbement élancé, un visage attachant qu'on ne pouvait oublier ne l'aurait-on vu qu'une seule fois, une peau légèrement cuivrée, lisse et douce, des lèvres charnues appelant les baisers les plus fous, les cheveux bruns, souples, fluides, disciplinés à grands coups de brosse, tombant en vagues sur les épaules et des yeux d'un vert tendre, à faire damner un saint.
C'était vraiment un beau brin de fille, Linda et sa beauté naturelle, sans aucun artifice était mise en évidence par les vêtements sobres, jean et pull à col roulé, portés avec élégance.
Et une fois de plus, bien vite, le charme opéra. Lorsque le couple arrêta son cabriolet Volkswagen à sa hauteur, elle ne fut pas surprise, entendit quelques murmures de protestation autour d'elle, n'y prêta aucune attention. Le conducteur, sans arrêter son moteur, descendit, replia son siège pour la laisser monter à l'arrière, c'était une 3 portes, elle s'introduisit, déposa son sac à côté d'elle et se cala, le mieux possible sur son siège, comme si elle se préparait à faire un long voyage. Le conducteur reprit sa place, accéléra et la voiture s'insinua dans la circulation.
- Où vas-tu ? Lui demanda le conducteur sans autre forme de préambule.
- A Royan dit-elle.
Un éclat de rire lui répondit et le conducteur enchaîna :
- T'as pas de chance, t'es pas prête d'arriver, nous on s'arrête à Fontainebleau.
Ce fut à son tour de rire, va pour Fontainebleau, dit-elle en se calant à nouveau au fond de son siège.
Ils n'eurent pas le temps d'engager une conversation et puis qu'auraient-ils pu se dire, ils ne se connaissaient pas. La voiture s'arrêta à l'entrée de la sortie vers Fontainebleau, le couple lui souhaita bonne chance, elle resta seule sur le bord de l'autoroute. Dommage se dit-elle, ils avaient l'air sympa.
Au travers des nuages qui parsemaient le ciel, le soleil chauffait la terre que les pluies de la veille avaient profondément mouillée, assise sur son sac Linda somnolait, elle en avait vu passer des voitures depuis près d'une heure, aucune ne s'arrêtait, c'était compréhensible, elles passaient à grande vitesse, avaient à peine le temps de la remarquer. Un crissements de pneus sur la chaussée, comme une plainte qui se prolonge, lui fit lever les yeux, elle aperçut une voiture qui empruntait la bande d'arrêt d'urgence, elle comprit que c'était pour elle, se leva d'un bond, prit son sac à la main et se mit à courir pour rejoindre la voiture.
Essoufflée elle arriva près de la voiture alors que le conducteur descendait la glace, ils se regardèrent quelques instants, le courant passait bien entre eux, il prit un air enjoué.
- Votre voiture est avancée Madame dit-il
- Où allez-vous lui demanda-t-elle ?
- Au bout du monde, répondit-il en ajoutant, si vous n'êtes pas pressée, il enchaîna : trêve de plaisanterie, je vais à Poitiers mais je m'arrête quelques instants à Orléans, si ça vous dit j'ai une place de disponible. Elle accepta, fit rapidement le tour de la voiture, il ne descendit pas, se pencha pour lui ouvrir la portière, elle s'engouffra à l'intérieur, s'installa confortablement sur le siège de cuir, mis sa ceinture et la voiture s'engagea sur la chaussée.
Le voyage lui parut très court, il était agréable, sympathique, le visage ouvert, un début de calvitie, il donnait l'impression d'une grande honnêteté, il était bavard, parlait beaucoup. Il lui raconta sa vie avec force détails, elle fit mine de le croire, ne lui raconta pas la sienne, une certaine intimité s'installait entre eux, il voulu en profiter, tenta sa chance, pensa que le moment de l'estocade était venu, il étendit le bras, posa délicatement sa main sur la cuisse de Linda, tenta une caresse plus précise, elle sourit, lui prit la main, la déposa doucement mais fermement sur le volant, il avait compris, n'insista pas. Il la déposa à la sortie de Poitiers, elle lui déposa deux baisers sur les joues, voulut le remercier, et lui dit simplement : en d'autres circonstances bien des choses auraient pu se passer.
Un routier sympa, accompagnée par sa femme, l'avait prise à Poitiers, ils descendaient à Bordeaux, avait fait un léger détour pour la déposer à l'entrée de Royan. Elle avait particulièrement apprécié ce dernier trajet, ils lui avaient proposé de s'allonger sur la couchette de la semi-remorque, sa fatigue avait fait le reste, le ronronnement du moteur et la douce musique au rythme chaloupé diffusée par Nostalgie, avait bercé ses rêves.
En touchant le sol elle reprit rapidement conscience de la réalité, elle était arrivée au bout de son voyage mais pas au bout de ses ennuis, elle se dirigea vers le front de mer, il était tard, tout en marchant, elle sorti de sa poche le papier comportant l'adresse de son point de chute : Les Flots bleus - face à la plage.
Elle eut un choc en découvrant la mer, une vision féerique s'offrait à sa vue, le soleil, immense boule de feu, embrasait tout l'horizon, transformant cette étendue d'eau, lui donnant l'aspect d'une lave en fusion, venant doucement mourir sur la plage. Elle s'arrêta, une émotion intense la submergea, contempla un long moment ce spectacle de fin du monde puis émue, bouleversée, elle reprit sa marche vers son destin.
13.08.2008
Et si le bonheur....04
Elle ouvrit les yeux, quelle heure pouvait-il bien être ? Elle tendit l'oreille, aucun bruit ne perçait les murs de cette chambre, mais où suis-je se demanda Linda. Soudain tout lui revint, comme ça, en bloc puis l'une après l'autre, toutes les scènes qui avaient précédé son malaise.
Elle sentit à nouveau l'angoisse l'envahir, craintive, regarda autour d'elle, les volets clos laissaient passer une faible clarté, elle eut peur tout à coup, perçut l'imminence d'un danger, une prémonition sans doute, il lui fallait faire vite, elle ne pouvait pas rester inactive, elle ne pouvait pas ne pas agir, son bébé était ce qu'elle avait de plus cher au monde, il fallait le retrouver, le retrouver très vite, elle ne pouvait pas se résoudre à l'abandonner, où était-il en ce moment ? Quel était le monstre qui jouait avec sa vie ?
La colère montait en elle tandis que les larmes inondaient son visage, elle allait quitter cette chambre, mais avant de quitter Paris, elle irait au commissariat de police déposer une plainte, une lionne en furie, décidée, combative.
De rage, elle se saisit de sa valise, la jeta sur le lit comme si elle tenait le monstre à sa merci, elle allait l'ouvrir, arrêta net son geste, elle venait d'apercevoir un document maladroitement plié en quatre, glissé dans le porte étiquette fixé à la poignée, une page d'un cahier d'écolier sur laquelle étaient collées des lettres découpées extraites de journaux divers formant un message qui lui était destiné :
Pas de police
Sinon plus de bébé
Instruction + tard
Elle explosa de colère, en lettre de feu un nom s'imposa à son esprit fatigué. Marco, si c'est lui, se dit-elle, je me vengerai, je le tuerai, mais plus que jamais j'ai besoin de Doumé, plus que jamais j'ai besoin de me rendre à Royan, de quitter cette chambre, cet appartement.
Du regard elle chercha le papier qu'elle tenait dans la main lorsqu'elle avait suivi la vieille dame, elle poussa un soupir de soulagement, elle venait de l'apercevoir, au sol, près du lit, l'adresse de Doumé, le ramassa, le glissa dans sa poche, ouvrit enfin sa valise, sortit la grande enveloppe dissimulée au milieu de ses vêtements personnels, trouva un stylo sur la table de chevet, elle écrivit son nom et son adresse : Poste restante à Royan.
Son enveloppe à la main, elle prit sa valise, gagna rapidement la porte du vestibule, allait sortir, s'arrêta quelques instants, posa sa valise, pénétra dans la cuisine, fit le tour de la pièce, aperçut sur une table au milieu de papiers épars, un porte-monnaie en cuir jaune usé aux quatre coins par le temps, elle l'ouvrit, subtilisa deux billets de 20 €, referma le porte-monnaie, le remit délicatement à sa place, puis, d'un pas décidé, sa valise à la main, gagna la rue et se fondit dans la foule.
Elle avançait dans cette avenue du Maine, ne sachant trop comment se diriger, elle ne connaissait pas Paris, voulait faire du stop.
Elle passa près d'une boîte aux lettres, la couleur jaune avait attiré son attention, il lui fallait des timbres, comme par hasard le bureau de tabac se trouvait à proximité, la chance est de mon côté, pensa-t-elle, elle acheta ses timbres et glissa sa lettre dans la boîte.
Poursuivant son chemin, elle vit une benne, posée sur le trottoir, comme on en voit souvent dans les villes, remplie de matériaux de démolition, qui attendait d'être enlevés, elle distingua plusieurs sacs en plastique, vides mes propres. Une idée lui traversa l'esprit elle s'arrêta, ouvrit sa valise, fit le tri des affaires essentielles qu'elle voulait conserver, les enfouit dans l'un des sacs extirpé de la benne, referma sa valise et la jeta dans la benne.
Se sentant plus légère, plus libre de ses mouvements elle se mit à la recherche d'un taxi, le trouva rapidement, mais comme elle ne savait pas quelle destination indiquer au chauffeur, un brave homme aux cheveux grisonnants, elle lui précisa qu'elle voulait faire du stop pour se rendre à Royan, il la déposa à la porte d'Orléans.
Elle était sortie de bon matin, Mahdi, son petit-fils Julien s'était annoncé, elle venait de faire ses courses, pensez donc, ça mange un petit-fils d'un mètre quatre-vingt-trois, disait-elle à ses voisines.
Elle était heureuse Mahdi, elle avançait rapidement, aussi rapidement que ses jambes de soixante-huit ans le lui permettaient. Elle se pressait et à petits pas se glissait entre les passants, tirant derrière elle sa valise sur roulettes, comme on en voit dans les gares et les aéroports et dont elle se servait comme sac à provisions.
Il ne fallait pas qu'il arrivât avant elle, que dirait-il en trouvant la jeune femme qu'elle hébergeait, pensait-elle, cela la fit sourire, elle s'imaginait le tête-à-tête avec cette inconnue, qui sait, se disait-elle, ça pourrait, peut-être, finir par un mariage.
Elle était têtue, Mahdi, elle avait entrepris une véritable croisade, elle voulait le marier ce petit-fils et chaque fois qu'une jeune femme l'approchait, il suffisait qu'elle soit célibataire pour que tout un cinéma se fasse dans sa tête.
Elle arriva devant sa porte, donna un tour de clé, referma la porte derrière elle, prêta l'oreille, n'entendit aucun bruit, vit au fond du vestibule la porte de la chambre fermée, elle dort encore se dit-elle, la pauvre petite elle était si fatiguée, mais que faisait-elle sur les routes, je le lui demanderai se promit-elle.
Rassurée elle entreprit de ranger ses provisions tout en se demandant ce qu'elle pourrait bien faire pour le repas de midi, il aurait dû lui dire l'heure de son arrivée.
A ce moment précis, la sonnette de la porte d'entrée tintinnabula, deux coups secs, le voilà se dit-elle en se précipitant, elle n'eut pas le temps d'ouvrir la porte, un coup violent la projeta à terre tandis qu’un énergumène se précipitait dans l'appartement en vociférant. Où est-elle, je la veux, où se cache-t-elle, furieux, gesticulant, il ouvrait toutes les portes, fouillait toutes les pièces, bardé de cuir, casque de motard sur la tête, l'individu paraissait redoutable, déchaîné, prêt à toutes les extrémités, se ruant littéralement sur Mahdi restée au sol, la souleva comme une plume, la précipita sur une chaise dans la cuisine, la prit par les cheveux, lui tira violemment la tête en arrière, tu vas parler, lui disait-il en la secouant, tu vas me dire où elle se trouve. Je ne sais pas balbutiait Mahdi, elle est dans sa chambre. Elle reçut un coup si violent sur la tête que son appareil auditif, son sonotone fut projeté sur le sol.
Elle avait mal, terriblement mal, sentait le sang couler sur son visage, tout se brouillait dans sa tête, elle ne savait plus, ne comprenait plus, se dit qu'elle allait mourir, qu'elle ne verrait plus son petit-fils, se sentit partir, perdit connaissance et inerte, glissa sur le sol.
Décontenancé, furieux de son échec, l'individu se pencha sur le corps inerte, hésita quelques instants, il n'avait qu'un regret, celui de ne pas avoir réussi, il se ravisa, remplit d'eau froide un grand pichet qui se trouvait sur la table, jeta brutalement son contenu sur la tête de la vieille femme. Elle ouvrit les yeux, l'effroi se lisait sur son visage tuméfié, sans entendre les mots que l'individu lui criait au visage, sans comprendre, l'instinct de survie lui fit murmurer un mot, un seul mot : Royan, qu'elle répéta comme un leitmotiv. L'individu lâcha prise, discrètement il quitta les lieux, enfourcha sa moto et pris la direction du sud.
Le magasin de jouets venait de fermer ses portes, il était dix-neuf heures, les deux vendeuses étaient déjà parties, Marilyn arrêtait les comptes de la journée, tandis que Félix baissait la grille métallique protégeant le magasin des intrus pendant sa fermeture.
Chaque soir, après avoir armé les alarmes, établi la connexion avec le commissariat central, allumé l'éclairage de nuit des devantures, les époux Ballard montèrent dans leur appartement situé au-dessus de leur magasin.
C'était un bel appartement, 150m carrés dont les fenêtres s'ouvraient à l'est sur la rue piétonne la plus commerçante de Dijon, et à l'ouest sur un magnifique jardin, clos de murs, planté d'arbres fruitiers et de fleurs.
Cependant, pour autant qu'il soit confortable et très bien situé, cet appartement n'en était pas moins beaucoup trop grand maintenant qu'ils n'étaient plus que tous les deux.
Ce soir là, comme chaque soir, ils éprouvaient le besoin de décompresser, se détendre un peu, les journées étaient très dures surtout à la proximité des fêtes de Noël, la permanence de leur présence au magasin exerçait, sur eux, à l'approche de la cinquantaine, une pression qu'ils avaient de plus en plus de mal à supporter.
Félix s'approcha de la chaîne stéréo, tourna l'interrupteur, dans l'instant une musique douce, mélancolique, l'adagio d'Albinoni, enveloppa la pièce. Félix laissa échapper un profond soupir, une larme brilla, comme une perle, dans les yeux de Marilyn. Ils écoutaient pour la 100e fois peut-être, en silence, le disque préféré de Linda l'enfant, leur enfant unique, qui avait fait leur bonheur avant que de les détruire mais dont ils ne pouvaient effacer le souvenir.
Machinalement comme d'habitude ils s'installèrent dans les deux fauteuils se faisant vis-à-vis, sans dire un mot, sans se regarder, ils repassaient sans cesse, dans leur tête, le film de leur vie.
La vie, leur vraie vie, avait commencé pour ce jeune couple à la naissance de leur fille Linda, elle était arrivée comme un bonheur tombé du ciel, alors qu'ils ne l'attendaient plus, Marilyn ayant subi une grave intervention chirurgicale.
Les premières années de cette jeune vie, avaient été pour ce jeune couple un émerveillement, un enchantement, une découverte, un amour merveilleux. À l'école maternelle ils n'eurent que des satisfactions, des compliments, cette petite était active, intelligente et sociable, laissant augurer une excellente scolarité.
En primaire, elle avait été le parfait bonheur de leur vie, toujours première dans toutes les matières, enjouée, obéissante, serviable, toutes ces qualités avaient peut-être quelque peu endormi leur vigilance et puis ils travaillaient beaucoup, pour elle, pour lui préparer un avenir confortable, ils s'étaient endormis, pleinement heureux.
C'était en troisième, au collège, que tout avait basculé, elle se mit à sécher les cours, à leur mentir, à prendre des attitudes agressives, à leur répondre, à ne plus les écouter.
Beaucoup trop absorbés par ce commerce qui les dévorait, ils avaient laissé inconsciemment la situation se dégrader. Ils avaient été obligés de sévir, d'interdire, de punir sans effet. Convoqués par le proviseur du collège, ils avaient appris qu'elle entretenait une relation sentimentale avec un élève de seconde dont la réputation n'était pas exemplaire.
Une nuit, réveillés par des bruits insolites, ils l'avaient surprise faisant le mur, pour se rendre où, jamais ils ne le surent.
Ce fut la consternation, le coup de grâce, lorsqu'ils apprirent qu'elle était enceinte. Ils étaient bouleversés, dépassés par les événements, ne sachant que faire, comment régler ce problème, catholiques pratiquants, ils ne pouvaient se faire à l'idée de lui demander d'avorter, commerçants honorablement connus, ils étaient trop sensibles au qu'en-dira-t-on, ne pouvaient admettre que leur fille puisse avoir à élever un enfant sans père. Il n'y avait donc qu'une solution, pensaient-ils, le mariage.
L'affrontement avait été terrible, ils n'étaient pas prêts d'en oublier le déroulement, l'entretien qu'ils avaient eu avec les parents du jeune homme les avait humiliés, profondément blessés dans ce qu'ils avaient de plus cher, leur honneur, ils crurent mourir de honte lorsqu'on leur fit entendre que leur fille n'était qu'une petite traînée qui s'offrait au premier venu.
Sous le torrent des reproches que lui firent ses parents, Linda quitta, sans qu’ils ne la retiennent, le domicile familial, pour ne plus y revenir.
11.08.2008
Et si le bonheur....03
Dès qu'il eut quitté l'avenue du Maine, le 4 x 4 prit rapidement la direction de la porte d'Orléans et s'engagea, à vive allure, sur l'autoroute du sud, en direction d'Orléans. La route était glissante, la pluie fine qui tombait, il y avait quelques instants, s'était transformée en violente pluie d'orage, les essuie-glace réglés au maximum de leur puissance, balayaient imparfaitement le pare-brise, laissant des zones floues, les voitures qui doublaient en projetant des trombes d'eau, ajoutaient à l'inconfort de la conduite.
Le conducteur, manifestement ne semblait pas vouloir forcer l'allure, un homme jeune, la trentaine, athlétique, le teint basané, le visage long, aux pommettes saillantes, le front large, recouvert d'une épaisse tignasse d'un noir de jais coiffée en pétard, les yeux aussi noirs que les cheveux, enfoncés profondément dans les orbites, lui donnaient un air peu engageant.
La femme à ses côtés avait le type parfait de l'hôtesse de quelque chose, mince, à la limite de l'anorexie, blonde, les cheveux retombant sur les épaules, les yeux clairs, sûre d'elle, le sourire au coin des lèvres, l'air conquérant, ne laissaient pas présager un intellect très développé, et là sur la banquette arrière, un siège de bébé était occupé par un petit enfant qui dormait, ses petits poings fermés.
Soudain, le portable, négligemment posé sur la planche de bord, se mit à sonner, la femme décrocha, mit le haut-parleur,
- salut, elle reconnut la voix,
- salut, répondit-elle,
- tout s'est passé normalement ? Interrogea la voix,
- oui
- vous avez les consignes, vous poursuivez, rendez-vous dans deux heures.
Elle reposa le portable, ne dit pas un mot, le conducteur hocha de la tête pour faire comprendre qu'il avait entendu et la voiture poursuivit son voyage.
La pluie s'était arrêtée de tomber mais la route restait encore glissante, ils avaient dépassé la sortie en direction d'Orléans
- Putain, dit le conducteur en ralentissant, qu'est-ce que ce bordel ?
A la sortie d'un virage, on apercevait au loin un rétrécissement de chaussée qu'annonçait une succession de triangles lumineux, la police de l'autoroute était sur place.
- Passe-moi les papiers, là, dans la boîte à gants.
La passagère s'exécuta, lui tendit les papiers, il arrêta la voiture alors qu'il arrivait à la hauteur du gendarme préposé à la circulation.
Ce dernier fit lentement le tour de la voiture, demanda poliment les papiers, examina longuement les passagers puis le bébé qui dormait à l'arrière, eut un moment d'hésitation, il n'est pas vieux dit-il en souriant, rendit les papiers au conducteur.
- Soyez prudents, la chaussée est glissante, dit-il tout en leur faisant signe de dégager.
Le conducteur lança son moteur, avança lentement, un poids lourd se trouvait en travers de l'autoroute, la cabine à cheval sur le rail de sécurité, une voiture de tourisme à demi encastrée à l'arrière, un amas de ferraille, deux corps étendus à même le sol, sur le bas-côté, et le personnel médical qui s'affairait autour.
Une grimace d'horreur se figea sur le visage de la passagère, le conducteur poussa un long soupir, comme pour dire qu'il en avait vu d'autres.
La voiture reprit une allure de croisière, le conducteur alluma une cigarette, la passagère choisit un CD de Georges Brassens, le glissa dans le lecteur. Tout allait pour le mieux, la vie était belle.
Le couple qui voyageait ainsi n'avait que peu de choses à se dire, ils s'étaient rencontrés, il y avait peu de temps, dans une discothèque des environs d'Aix en Provence. José sévissait chaque soir en qualité de videur, Hélène était une habituée bénéficiant du statut d'entraîneuse, au même titre que trois autres jeunes femmes rémunérées à la bouteille.
Hélène ne sympathisait pas beaucoup avec José, ils se voyaient chaque soir, elle le trouvait trop sûr de lui et conservait, à son égard, une distance bien établie.
Cependant, ils avaient décidé de faire équipe lorsque le client, principal actionnaire de la discothèque, leur avait proposé, moyennant une coquette somme à se partager, d'exécuter une mission, dont les risques n'étaient pas exclus. Cela ne les avait pas effrayés, habitués qu'ils étaient de vivre en marge de la société.
C'est ainsi qu'il se trouvaient là, aujourd'hui, tous les deux, conduisant cet enfant chez ses grands-parents, leur avait-on précisé, les raisons, ils s'en foutaient, ils gagnaient leur vie, un point c'est tout.
La voiture quitta l'autoroute en empruntant la sortie de Vierzon, traversa la ville pour prendre la direction de Bourges, à mi-distance elle laissa la nationale, prit une route secondaire, puis sur sa droite un chemin de traverse, une impasse qui conduisait à l'entrée d'une petite propriété, invisible du chemin, totalement enfouie dans un océan de verdure, un vieux portail en fer forgé totalement rouillé en interdisait l'accès.
José arrêta la voiture, sans couper le moteur, Hélène descendit rapidement, ouvrit le portail qui n'était pas fermé à clef.
Quelques instants plus tard, le bébé, qui dormait encore, fut remis entre les mains d'un couple d'un certain âge, qui laissait à penser qu'ils pouvaient être les grands-parents. Le portable resté dans la voiture fit entendre sa sonnerie, José se précipita, on aurait pu l'entendre dire que la marchandise était arrivée à bon port.
Sans plus attendre, les deux couples se séparèrent, manifestement ils ne se connaissaient pas.
10.08.2008
Et si le bonheur....02
Mady, un sac d'ordures à la main, ouvrait la porte de son immeuble au moment même où la jeune femme s'affaissait lourdement sur le sol, la vieille dame n'entendit pas le cri, elle n'avait pas branché son Sonotone, comprit, sans savoir pourquoi, qu'il s'agissait d'un malaise, se pencha sur le corps inanimé, lui parla doucement tout en lui tapotant les joues.
Faut pas nous faire peur, disait-elle, c'est pas bien de rester ici, allons, venez avec moi, je vais vous faire un bon café. L'inconnue ouvrit les yeux, souleva la tête, regarda étonnée autour d'elle, hébétée, comme si elle sortait d'un mauvais cauchemar, aperçut sa valise, fondit en larmes, mon bébé, murmurait-elle, mon bébé, je veux mon bébé, allons venez dit la vieille dame tout en l'aidant à se relever, elle prit la valise d'une main et tout en passant le bras resté libre autour de la taille de l'inconnue, disparut dans l'immeuble dont la porte était restée entrouverte.
Un observateur averti, aurait pu voir, à l'écart, sur le même trottoir, un jeune couple regardant la scène et lorsque les deux femmes disparurent de leur vue, s'engouffrer dans un véhicule tout-terrain, stationné en double file, démarrer rapidement et se fondre dans la circulation qui devenait, à cette heure matinale, de plus en plus dense.
Paris s'éveillait, sortait de sa torpeur, l'atmosphère était lourde et pesante, les hommes et les femmes, comme des automates, disparaissaient dans les bouches de métro, comme aspirés par une machine invisible, le soleil ne parvenait pas à transpercer la couche d'air sale qui plombait la capitale. C'était un jour triste, un jour comme tant d'autres, une rafale de vent fit frissonner les feuilles des arbres qui commençaient à se couvrir de leur manteau d'automne et la pluie se mit à tomber.
Mady referma la porte de son appartement, à petits pas, tout en la soutenant, elle conduisit l'inconnue dans sa chambre et doucement la fit se coucher sur son lit, là, vous serez bien dit-elle, je m'appelle Mahdi, poursuivit-elle comme si elle se parlait à elle-même, et vous comment vous appelez-vous ?
L'inconnue ferma les yeux, devait-elle donner son nom, son vrai nom, elle était peut-être recherchée, elle avait tout fait pour laisser le moins de traces possibles, je ne connais pas cette femme se disait-elle, une voix intérieure lui demandait de se méfier mais Mahdi restait debout, attendant une réponse, après un long silence, l'inconnue murmura je m'appelle Linda.
Mahdi sortit de la chambre, se dirigea vers la cuisine. Blottie dans la douce chaleur du lit, Linda reprenait ses esprits, elle souleva légèrement la tête, des yeux fit le tour de la chambre cherchant son bébé, la seule vérité, l'affreuse vérité lui sauta au visage et elle se souvint : on m'a prit mon bébé et ne put retenir ses sanglots, elle voulut se lever, il fallait retrouver ce bébé, faire quelque chose, porter plainte, mais contre qui, elle ne le savait pas, contre ses parents, l'ami qu'elle avait quitté, le père biologique, des inconnus ? Elle ne pouvait répondre à cette lancinante question. Epuisée, totalement brisée, incapable de réfléchir, elle retomba lourdement sur le lit, sombra dans un profond sommeil.
Mahdi revint quelques instants plus tard portant dans ses mains jointes un grand bol de café fumant, elle s'immobilisa, sourit, souleva les épaules, déposa le bol sur la table de chevet, fit demi-tour, et sans faire de bruit, à petits pas, regagna sa cuisine en refermant la porte derrière elle.
Elle prit une chaise, s’assit quelques instants, voilà qu’elle avait charge d’âme, elle s’interrogeait, se demandait combien de temps cette inconnue qui lui tombait du ciel allait rester auprès d’elle, non pas que ça lui déplaise mais ça bouleversait son quotidien, les courses, les repas, elle se contentait de peu de si peu de chose. La grande pendule à balancier qui lui venait de sa mère et qu’elle avait toujours vue dans la famille, se mit à sonner, mentalement elle compta dix coups, se leva vivement, déjà dix heures dit-elle, levant les bras au ciel, il faut que je m’active, j’ai tant de choses à faire.
09.08.2008
Et si le bonheur....01

Voici le début de la publication de mon dernier roman :
Et si le bonheur c'était pour demain
Il n'eut même pas la courtoisie, la moindre délicatesse de l'aider à descendre sa valise, une énorme valise qui contenait toute sa richesse, elle tenait son tout jeune fils par la main, il les avait déposés entre deux voitures en stationnement avenue du Maine, dans ce Paris qui lui faisait si peur.
Ils avaient roulé toute la nuit, elle était fourbue, cassée, la tête brinquebalante, ils étaient là, sur le bord du trottoir, son petit bonhomme dormant debout, sa petite main accrochée à la valise, comme un petit chien à son os. Qu'allaient-ils devenir perdus dans ce Paris immense, seuls au milieu de cette grande ville, il lui fallait se rendre à la gare d'Austerlitz, c'était écrit sur le papier qu'elle tenait à la main, elle ne savait comment s'y rendre, quelques euros seulement en poche lui interdisaient de prendre un taxi.
Elle ne prit pas garde à la voiture qui s'arrêta près d'elle, elle vit, sans le remarquer, l'homme se pencher à la portière, lui adresser la parole. Elle s'avança, écouta poliment les questions, non elle n'était pas du quartier, non elle ne savait pas où se trouvait le commissariat, l'homme se redressa, excédé, mis les mains sur le volant, accéléra et la voiture partit en trombe, elle la regarda s'éloigner, haussa les épaules.
Elle allait se retourner mais son regard fut attiré, pendant quelques instants, par le manège d'une petite fille poussant de grands cris, et tapant du pied sur le sol, refusant de suivre la jeune femme qui l'accompagnait, conflit de génération pensa-t-elle en souriant.
Soudain son sourire se figea, un souffle d'air froid la saisit tout à coup, avertissement ou prémonition ? Elle n'eut pas le temps de répondre, d'instinct elle se retourna, n'en crut pas ses yeux, non, c'était un cauchemar, elle allait se réveiller, elle porta les mains à sa poitrine, son bébé n'était plus là, la valise était seule sur le trottoir, les yeux hagards, comme un automate, les gestes saccadés, inutiles, elle se mit à le chercher autour de la valise, sous les voitures en stationnement, d'un regard de plus en plus anxieux balaya tout le trottoir, entra affolée dans toutes les boutiques du secteur, invisible, son bébé était invisible, personne ne l'avait vu.
Elle se mit à courir en tous sens, à arrêter les passants, j'ai perdu mon bébé, disait-elle affolée, l'avez-vous vu, personne ne répondait, elle voyait bien qu'on la prenait pour une folle, on la repoussait, ou on soulevait les épaules comme pour dire qu'on l'excusait.
Elle chercha longtemps mais comprit soudain qu'il n'y avait plus d'espoir, vaincue, la mort dans l'âme, elle revint lentement près de sa valise, aspira à pleins poumons, comme pour prendre son élan, laissa échapper du plus profond de son être; un cri déchirant, comme celui d'une bête blessée, hurlant à la mort.
Terrassée par la fatigue et l'angoisse, elle tomba sur les genoux comme si elle avait voulu implorer le ciel puis, s'affaissa lourdement sur le sol, sans connaissance.
05.08.2008
Avertissement
Nous voici en pleine période de vacances.
Il se trouve que je viens de terminer l'histoire de ma vie.
J’ai été conduit pour des raisons diverses à écrire cinq ou six romans que je me propose de mettre sur mon nouveau blog à partir d'aujourd'hui. En voici l'adresse/lien vous permettant d'y accéder
Roman2.blog.fr
Le premier roman disponible s'intitule : Ma nuit
Je souhaite vivement que la lecture de celui-ci vous apporte quelques heures de détente.
Merci de votre fidélité.
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Ma vie71
Maintenant. Tout se précipitait. L'organisation de la vente des objets et du mobilier dont on estimait ne plus avoir besoin. La préparation de la vente aux enchères de ces objets. Les visites de la propriété à la demande des acheteurs éventuels. Le nettoyage des locaux. Tout allait très vite.
Parmi tous les appels téléphoniques nous avions retenu l'un d'eux qui nous semblait être plus sérieux que tous les autres. À plusieurs reprises ce couple et leurs trois enfants dont l'un en bas âge était venu visiter notre propriété. L'emballement et la satisfaction se lisaient sur leurs visages. Nous étions ravis de les entendre faire des projets d'aménagement voire de transformation et nous étions heureux de penser qu'ils aimeraient cette maison comme nous l'aimions nous-mêmes. Le chef de famille employé à Paris à la bourse des valeurs nous avait précisé qu'il avait déjà déposé un dossier auprès de sa banque et qu'il était tout à fait d'accord pour signer le compromis de vente chez notre notaire.
La signature eut lieu quelques jours après. L'acheteur devait déposer entre les mains du notaire 10 % du montant de la vente. Mais celui-ci ayant oublié de prendre avec lui son carnet de chèques le notaire accepta que l'intéressé lui envoie par la poste le chèque promis.
Le chèque n'étant toujours pas parvenu quelques jours plus tard et malgré les sommations d'usage je fis une enquête discrète et j'appris que ce couple était couvert de dettes, d'impayés de toutes sortes et qu'il n'avait aucune capacité à acquérir notre propriété.
J’obtiens aussitôt l'annulation de la promesse de vente.
Tout était à refaire et le temps passait trop vite. En définitive j'avais cherché bien loin l'acquéreur qui se trouvait à notre portée. Ayant appris que nous avions décidé de quitter la région notre médecin de famille se porta acquéreur, lui au moins avait la capacité de réaliser un emprunt.
La vente aux enchères des biens que nous ne désirions pas emporter eu lieu au courant du mois d'août.
Marie n'eut pas la force d'assister à cette vente. Trop de souvenirs étaient attachés à chacun des objets proposés au public. Je restais donc seul à surveiller ces enchères. La publicité faite autour de cette manifestation avait attiré un très nombreux public. Une femme élégante commissaires-priseurs dirigeait les opérations. Astucieusement elle décrivait les objets et avec précision elles les mettaient en valeur et les enchères montaient alentours. Cette vente commencée vers 14 heures se termina à 19 heures. Tout ce que nous avions proposé avait été vendus. Il ne restait autour de nous que ce que nous avions jugé utile à meubler notre nouvelle maison.
Le lendemain lorsque Marie revint elle refoula les pensées nostalgiques qui se bousculaient dans sa tête.
La signature de l'acte de vente avait été fixée au 9 septembre. Il nous restait 2 semaines pour terminer les préparatifs du déménagement.
Sur les conseils de ma fille Geneviève je décidais de vendre ma voiture et d'acheter un 4 x 4 indispensable, disait-elle, à la circulation en Corse.
Je trouvais rapidement un superbe Toyota d'occasion.
Le 1er septembre, je conduisais Benjamin et Marjolaine à l'aéroport d'Orly. Benjamin était chargé d'accompagner sa soeur afin que cette dernière soit bien à Ajaccio pour la rentrée des classes, lui-même étant également chargé de recevoir et de stocker tout ce qui composait notre déménagement.
Le 6 septembre au petit matin les camions ont de la société de déménagement que nous avions choisi se présentaient devant la maison que nous allions quitter. Marie et moi étions dans un état d'excitation extrême. La journée fut longue et pénible et le soir nous nous retrouvions dans une maison totalement vide à l'exception d'un canapé acheté le jour de la vente par le nouveau propriétaire. Nous avons passé la nuit sur ce canapé et la tristesse commencée à gagner nos cœurs.
Le lendemain matin nous avons signé l'acte de vente et acceptée de fixer la remise des clés et notre départ au matin du 9 septembre.
Le 9 septembre à notre réveil nous eûmes la mauvaise surprise de trouver dans notre propriété le nouveau propriétaire accompagné de plusieurs amis qui pressé de prendre possession des lieux faisait visiter les bâtiments à des amis de leurs connaissances. Nous avons eu alors un sentiment fort de dépossession, comme si nous avions été expulsés avant l'heure Ce manque de délicatesse nous affecta profondément et notre départ eu lieu dans les minutes suivantes. Les adieux furent polis mais froids et le chagrin nous envahit tout à coup.
Je suis monté en voiture Marie auprès de moi après avoir chargé les derniers objets jugés indispensables. Marie s'est installée près de moi. J'ai mis le moteur en marche, et nous avons jeté un dernier regard sur cette maison qui avait vu naître notre amour et dans laquelle nous avions passé de si bonne et heureuse année.
Longtemps encore les larmes coulèrent sûres nos joues. Nous étions sur le chemin de l'exil. Avions-nous raison de quitter ce nid douillet qui avait abrité toute une partie de notre vie.
La route fut longue jusqu'à Marseille. Nous n'avons pas voulu quitter le continent sens s’être arrêter, tout au long de notre voyage, dans des endroits heureux que nous avions connus ou que je voulais faire connaître à Marie.
L'embarquement sur le Napoléon eu lieu vers 19 heures. Confortablement installé dans une cabine avec hublot donnant sur la mer, le voyage fut sans histoire et dura toute la nuit. Au petit matin nous sommes montées sur le pont supérieur côte à côte Marie et moi les mains fixées sur la rambarde nous avons vu se profiler les contours de la Corse. Nous sommes passés à côté des îles sanguinaires et sommes entrées dans le port d'Ajaccio.
J'avais prêt de 75 ans et malgré mon âge il me semblait que j'allais ainsi à la conquête d'un nouveau monde. Je me sentais fort. J'ai pris la main de Marie nous nous sommes regardés nous nous sommes souris et d'un pas décidé nous avons foulé le sol de Corse confiants dans notre destin.
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30.07.2008
Ma vie 70
Nous avons longuement évalué les aspects positifs et négatifs de chacune des régions choisies.
Rester en Normandie, cela ne nous emballait pas, trop de dépenses de chauffage. Notre budget étant limité il nous fallait faire très attention aux dépenses futures.
Devait on se rapprochait des enfants ? Ils se trouvaient tous dans la région parisienne or, Paris et sa banlieue, nous y avions exercé une activité professionnelle et lorsque nous en étions partis nous nous étions jurés que nous n'y retournerions jamais.
Limoges, Aix-en-Provence, nos régions d'origine ? Pas très enthousiasmant, nous les avions quittés depuis bien trop longtemps pour renouer facilement des relations avec les quelques très rares amis qui s'y trouvaient encore.
Le temps passait. J'avais très mal dormi cette nuit-là imaginant sans cesse notre installation dans les régions les plus inimaginables. Cependant une évidence s'était imposée à mon esprit. Près de moi Marie s'éveillait. Je me tournai vers elle. J'ai beaucoup réfléchi cette nuit lui disais-je, j'ai une proposition à te faire. Toi aussi me dit-elle en souriant il semblerait que la nuit t’ait porté conseil.
Elle poursuivit : pourquoi ne nous installerions- nous pas en Corse ? J'éclatais de rire : elle venait de me voler mon idée.
Rassuré sur notre parfaite identité de vues je téléphonais immédiatement à Geneviève pour lui annoncer notre décision et lui préciser notre arrivée dans les prochains jours.
Le temps de mettre au point notre voyage, de régler quelques petits problèmes domestiques, nous débarquions à Ajaccio. Le soleil était radieux, sans doute un bon présage et sans attendre on se mit à la recherche d'une maison libre et dans la limite de nos possibilités financières.
La recherche fut laborieuse. Nous nous étions fixés un périmètre de 20 km autour d'Ajaccio. Sans succès. Dépité, nous devions quitter la Corse le lendemain lorsqu’une amie de ma fille nous indiqua une maison inoccupée depuis plusieurs mois. À nouveau un fol espoir nous habita.
Niché au centre d'un petit village typiquement Corse, à 19 km d'Ajaccio sur la route de Bonifacio, cette maison visitée le soir même répondait parfaitement à tous nos désirs. Ni trop grande, ni trop petite, elle était construite sur un grand jardin de près de 2000 m² plantés d'arbres fruitiers les plus divers: noisetiers, figuier, cerisiers, avocatiers, prunier, abricotier, kiwis, kakis, poiriers, sans oublier cinq orangers magnifiques aux rangées couverts de fruits astucieusement répartis autour de la maison.
Ce fut pour Marie et pour moi le véritable coup de foudre. Nous n'eûmes pas le temps de signer le moindre papier, le moindre engagement. À la Corse le propriétaire et moi nous nous sommes tapés dans la main et nous sommes repartis le coeur plus léger.
Le temps passait. Il fallait faire vite maintenant. On était au mois de juin, l'année scolaire s'achevait déjà.
Annonce dans la presse immobilière, interventions auprès des agences spécialisées. Rendez-vous avec un établissement financier pour obtenir un crédit relais dans l'hypothèse où notre maison normande serait vendue avec retard. Préparer le déménagement et faire le tri des meubles et objets que nous désirions mettre en vente avant notre départ. Toutes ces démarches se télescopaient et ne nous laissaient aucun repos. Il fallait faire vite.
Nous voulions remercier les instituteurs qui avaient eu Marjolaine dans leur classe, l’avaient suivie et lui avaient prodigué leur savoir. Nous les avons invités, eux et leurs familles, à un pique-nique organisé dans notre jardin.
Ce pique-nique fut vraiment le repas de l'amitié mais aussi celui de l'au revoir.
quelques photos de la maison et du jardin en Corse.



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29.07.2008
Ma vie 69
On dit que le bonheur n'a pas d'histoire. Dix années se sont écoulées au rythme nostalgique des saisons. Dix ans de grandes joies et de petites peines, dix ans d'une vie de famille normale comme il en existe des millions de par le monde.
Le travail important et régulier fourni par les grandes maisons d'édition ajouté à ma retraite nous assuraient des rentrées financières importantes et régulières. De plus Marie étant propriétaire de sa maison cela nous mettait à l'abri des coups durs.
Le temps passait. Marjolaine prit le chemin de la maternelle. Je l’accompagnais matin et soir et je nouais des relations avec les parents du quartier.
Le temps passait. Les enfants quittèrent l'un après l'autre le nid familial. Nous n’eûmes pas trop de peine à les voir quitter la maison, Emmanuel n'avait-il pas montré le chemin ? Et puis nous les avions préparés à s'assumer lorsqu'ils auraient décidé de prendre leur envol le moment venu.
Le temps passait et la famille s'amenuisait. Après un séjour de quelques mois dans une fac parisienne Benjamin avait décidé de faire un stage à la FNAC.
Judith elle avait décidé de faire des études supérieures dans une faculté du Havre.
Laurent portant plus d'intérêt au développement de ses relations amoureuses avec une fille de son collège qu’aux études, décida d'arrêter ses études. Il devait partir dans quelques mois au service militaire, Marie, surchargée de travail, lui proposa de le prendre dans son entreprise et de lui donner une formation en matière de P.A.O.
Le temps passait. Laurent fut appelé sous les drapeaux. Plusieurs fois il vint le temps d’une permission. Il avait fière allure dans sa tenue de l'armée de l'air.
En 1994 nous n'étions plus que trois dans cette grande maison. Marjolaine avait 10 ans, elle se sentait un peu seule mais il lui restait cependant une grande amie, sa chienne, avec laquelle elle organisait des parties endiablées autour des arbres du jardin.
Pour faire disparaître le sentiment de solitude qui pouvait habiter Marjolaine nous avons décidé Marie et moi de nous investir davantage dans les activités de notre fille. Pique-nique, visite de la région, réception des enfants de nos amis, séjour sur les plages de la région, découverte d'Étretat, de Honfleur, visite du Futuroscope, séjour à Royan, inscription au poney club, leçons de piano, cinéma et, concession suprême, nous avons décidé de nous remettre au vélo autant pour accompagner Marjolaine dans de superbes randonnées que pour faire à notre tour un peu de sport. Et nous avons vite pris l'habitude de l'effort. Nous avons sillonné toute la région dans un rayon de 30 km.
Le travail était devenu plus rare, les ballades furent plus longues.
Le temps passait. J'appris au cours de mes prospections que les plus gros éditeurs confiaient leurs travaux à des entreprises installées dans des pays francophones. Ils bénéficiaient ainsi d'une tarification particulièrement avantageuse, vis-à-vis de laquelle nous ne pouvions absolument pas lutter.
C'est alors que d'accord avec Marie nous avons pris la décision d'arrêter notre activité avant qu'il ne soit trop tard. Nous devions cependant terminer les travaux en cours ce qui nous permit de fixer la cessation de toute activité dès le début de 1996.
Une autre idée germa dans mon esprit. Marjolaine portait mon nom, pas Marie. Nous vivions ensemble en concubinage depuis 1983. Rien ni personne ne nous empêchait de convoler en justes noces. Nous avions maintenant le temps de réaliser les démarches nécessaires.
Nous étions amis avec l'adjoint du maire, je lui en parlais, il accepta de présider la cérémonie.
Celle-ci eu lieu le 22 décembre à 20 heures en vertu d'une dérogation spéciale de Mme le maire.
Grande comme un mouchoir de poche la salle des mariages de la mairie avait du mal à recevoir nos invités qui n'étaient autres que nos enfants à l'exception d'un seul,
Emmanuel. Je savais cependant qu'à force de volonté il s'était sorti de ses galères et avait courageusement entrepris de remonter la pente. C'était en ce jour de liesse pour Marie et pour moi un précieux réconfort.
La cérémonie fut très émouvante. Le discours de l'adjoint, vivant lui-même en concubinage, un véritable festival d’évocations et de sous-entendu. Le tout sur une musique de Georges Brassens : La non demande en mariage. J'observais les enfants souriants mais émus et je songeai à tout le chemin que j'avais parcouru. Je bénissais cette petite annonce qui m'avait fait découvrir Marie et l'amour. Je regrettais tout ce temps perdu passé dans la frénésie de l'action, le miroir aux alouettes en somme que j'avais pensé être l'essentiel de la vie.
Les témoins furent invités à signer le registre d'état civil et Marjolaine toute tremblante fut autorisée à apposer sa signature à côté de celle des témoins.
Il était tard un verre de champagne absorbé dans la joie et c'est ainsi que Marie devint officiellement ma femme.
Les enfants partis, la cessation définitive de notre activité professionnelle nous laissa beaucoup de temps pour réfléchir.
En effet que devions-nous faire maintenant ? Plus de ressources professionnelles, nous devions vivre uniquement sur ma retraite. Marie n'avait que 52 ans, aucune allocation ne lui serait versée. Il lui faudrait attendre plusieurs années avant de bénéficier à son tour d’une modeste retraite. Bien sûr Marie était propriétaire de sa maison et bien qu’il n’y eut pas de loyer à payer, il n'en restait pas moins à faire de lourdes dépenses pour maintenir les bâtiments en bon état.
De plus cette propriété composée de plusieurs bâtiments était devenue bien trop grande pour notre usage personnel.
Après avoir envisagé toutes sortes de solutions, location partielle, vente d'une partie de la propriété, apparut comme une évidence l'impérieuse nécessité de vendre cette maison pour en racheter une plus conforme à nos besoins actuels et futurs.
À partir de ce moment se posa le problème du choix de la région.
La maison que nous nous proposions de vendre
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28.07.2008
Ma vie 68
Une demi-heure plus tard nous arrivions à la clinique.
Ce fut la prise en charge, l'examen approfondi, la péridurale, l'attente dans la sérénité et le calme de la salle de travail, une longue attente, les contractions espacées au début puis de plus en plus rapprochées, une main qui s'accroche, la sueur qui perle sur le front et qu'on essuie avec tendresse et un petit minois tout étonné, lisse comme un bouton de rose, qui apparaît dans un grand cri, aux portes de la vie, c'était le 23 janvier 1984 à 8 heures.
Eh bien voilà, il était là ce bébé tant désiré, il était bien la cet enfant de l'amour. Quelques heures s'étaient écoulées depuis l'accouchement Marie couchée dans le lit de cette cliniques se reposait Marjolaine endormie dans ses bras. La petite fille était sage la maman rayonnante de joie un peu plus excitée.
J'étais assis près du lit tenant dans ma main la main libre de la maman que je portais à mes lèvres et perdues de reconnaissance. Il était si beau notre enfant. J'observais ce tableaux offerts à ma vue, la nativité dans toute sa splendeur et je n'osais pas croire à mon bonheur.
Dans la vie il est des moments où le bonheur ne peut pas être écrit ni même expliqué. Ils vous submergent et vous engloutit dans une sorte de bien-être dont on ne voudrait jamais sortir. C'était l'un de ces moments que nous vivions accrochés l'un à l'autre par nos mains enlacées.
Ce fut aussi un jour heureux le retour de Marie à la maison. J'avais sorti l'Estafette achetée d'occasion quelques semaines auparavant en prévision des déplacements familiaux, il nous fallait maintenant de la place, nous étions sept, seul un petit car pouvait satisfaire nos besoins. J’étais venu chercher Marie et notre fille et comme il était l'heure de la sortie du collège j'en avais profité pour prendre les enfants et ramener tout ce petit monde à la maison.
La vie reprit un cours normal, enfin presque, rythmé par les biberons, les couches et pour les plus grands, par les vacances scolaires et les visites régulières à leur autre parent.
Tous les quinze jours à la sortie du collège le samedi matin je conduisait les quatre grands à la gare de Vernon, ils allaient passer le weekend dans leur autre famille, nous étions très attachés au maintien du lien familial. Je les reprenais le dimanche soir à leur retour.
Si, a priori, tout se passait bien, Emmanuel nous donnait quelques soucis, chaque quinzaine, à son retour, on le trouvait agressif, rebelle, même irrespectueux, et nous avions beaucoup de mal à redresser la situation, cette attitude nous peinait beaucoup et nous posait un réel problème, d'autant plus qu'à la suite de ces quelques jours de reprise en main, il apparaissait comme un garçon heureux plein de prévenances et d'emtrain.
Cinq enfants à la maison c'est dur, difficile à gérer, maintenir l'égalité dans le traitement et les rapports, c'est difficile et dangereux surtout dans la période de l'adolescence.
Ce jour-là je passais, à la dégauchisseuse, de superbes planches de chêne que j'avais spécialement choisies pour me réaliser un bureau. La dégauchisseuse ronronnait, j'avais terminé, je me redressais, la coupe était parfaite et les planches prêtes à être assemblées, j'étais content de mon travail. D'un pas décidé, j'allais couper le courant pour stopper la machine, lorsque passant à côté, je trébuchais et voulant me rattraper, je posais ma main, malencontreusement, sur le tablier, je ressentis une violente douleur, regardai ma main, c'était la main droite, la lame de la machine avait sectionné l'articulation de mon index.
Conduit à l'hôpital, aux urgences, je fus opéré le jour même, six jours après, je ressortais avec des broches plein la main, le chirurgien avait sauvé mon index, du moins en apparence, mais j'avais perdu à tout jamais la mobilité de ce doigt.
Mais la vie n'est pas un long fleuve tranquille, elle peut prendre aussi l'aspect d'un calme ruisseau, dont le cours vient se briser, parfois, sur des roches saillantes.
A l'instar du ruisseau, notre vie devint plus chaotique, Marie se relevait très mal de ses couches récentes, elle souffrait d'une méchante sciatique, rebelle à tous les traitements médicaux et paramédicaux, l'obligeant à porter, pendant de longues semaines, un corset de plâtre qui réduisait sensiblement sa mobilité.
A la bourse des valeurs, je ne valait guère mieux, l'immobilisation de ma main droite perdurait, rejetant aux calendes grecques le début de ma rééducation et, à mon grand désespoir, le travail du bois, la maîtrise des machines, devenaient, au fur et à mesure que le temps s'écoulait, un lointain mais charmant souvenir, j'avais arrêté mon activité, je savais que c'était définitif.
Enfin, pour compléter le tableau, Emmanuel nous posait de plus en plus de problèmes, sa maman, contre notre gré, lui avait offert une mobylette, les ennuis commencèrent, sorties prolongées, au-delà des heures normales, kit de la machine, suspicion de vol d'essence, de pièces détachées, intégration dans une bande d'adolescents vivant en marge de la société donc peu recommandables, bien d'autres choses encore, que nous apprîmes souvent beaucoup plus tard.
son attitude rebelle à l'égard de certains de ses professeurs nous avaient valu, d'être à plusieurs reprises, convoqués par le directeur du collège, le dialogue devenait de plus en plus difficile, voire impossible, il était révolté, nous échappait insidieusement, cette attitude montait progressivement en puissance, jusqu'à son départ de la maison, encouragée par sa maman qui, juridiquement, en avait toujours la garde, il n'avait pas encore 18 ans.
Le calme revint à la maison, si tant est qu'on puisse parler de calme dans une famille de quatre enfants, dont trois adolescents..
Marjolaine avait deux ans, c'était une petite bonne femme qui avait deux passions, je dirais plutôt deux souffre douleur, sa chienne, un superbe berger allemand, et ses frères et sœur, heureux de jouer ce rôle.
Benjamin avait une scolarité sans histoire plutôt décontractée, Judith et Laurent avaient célébré leur première communion.
Judith poursuivait une scolarité exemplaire, c'était une bûcheuse, consciencieuse, elle s'enfermait le soir, dans sa chambre, à son bureau et sans histoire, elle travaillait sérieusement, ses résultats étaient excellents et réguliers. Pour Laurent c'était plus problématique, mais il était encore jeune.
Nos finances n'étaient pas particulièrement florissantes, je recherchais une activité nouvelle qui nous permettrait d'améliorer l'intendance.
C'était à la suite d'une conversation que nous avions eue avec l'une de nos amies, qu'une idée germa dans mon esprit. La micro informatique amorçait ses premiers pas, je pressentais qu'elle allait connaître un développement rapide et fantastique dans le monde de l'édition, il fallait prendre le train au départ, ne pas attendre, s'équiper, se former aux méthodes modernes, j'en parlai longuement avec Marie qui partageait ma vision de l'avenir.
On fit, sans plus attendre, l'acquisition d'un micro ordinateur, d'occasion, de 128 k,
de logiciels de démarrage.
Dans le même temps nous constituâmes notre structure juridique, Marie s'inscrivit à la chambre des métiers, comme artisan en PAO, (publication assistée par ordinateur).
Quelques jours après un travail acharné, jour et nuit, la technique était à acquérir, nous sortions notre premier livre. Ce fut un succès, une rémunération substantielle, 40 000,00 francs.
Une fois de plus, nous avions surmonté les difficultés, c'était reparti, Marie avait accepté la technique, la réalisation pratique, la recherche de la clientèle, les déplacements et les contacts avec les éditeurs m'étaient réservés.
Cette nouvelle activité, très lucrative devait durer dix années, assurer le développement de notre famille et la formation de deux de nos enfants aux métiers de l’informatique.
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26.07.2008
Ma vie 67
Au milieu du mois de novembre, à la suite d'une alerte sans gravité, Marie entrait en clinique pour un examen de contrôle, rien d'important, avait précisé le gynécologue mais par mesure de précaution, elle fut hospitalisée et ne fut autorisée à rentrer au domicile que quelques jours avant les fêtes de Noël, avec la recommandation de conserver la chambre, la fatigue et les efforts lui étant interdits.
L'absence prolongée de Marie modifia sensiblement la répartition des tâches, je n'avais aucune inquiétude, les enfants assumaient déjà les petites corvées ménagères, mettre la table, desservir, laver et essuyer la vaisselle, évacuer les ordures ménagères, le reste, c'était mon affaire, un seul bémol cependant, la cuisine.
Il faut dire que lorsque nous avions décidé de vivre en commun et de prendre à notre charge l'éducation de nos enfants, j'avais dit à Marie : Je ferai pour toi tout ce que tu désireras, à l'exception d'une seule chose, la cuisine, je n'ai pour cela aucun don, aucune envie et voilà qu'il me fallait maintenant sans préparation aucune, nourrir cinq bouches dont quatre particulièrement voraces.
C'est avec application, mais sans grand enthousiasme, que je pris des cours auprès de Marie à qui je rendais visite chaque jour, ainsi que dans le merveilleux bouquin de Françoise Bernard.
Maintenant que je suis devenu, dit-on dans le voisinage, un cuisinier averti, je les remercie toutes les deux, elles m'ont vraiment appris la cuisine, les tours de main, c'est devenu, au fil des jours, une véritable passion.
L'absence prolongée de Marie se faisait durement sentir. Les enfants avaient besoin de tendresse. Chaque soir avant de s'endormir ils venaient auprès de moi quémander quelques câlins. C'était un moment privilégié mais je voyais bien au fond de leurs yeux qu'il leur manquait la présence d'une maman.
Le temps passait, rythmé par le tic-tac monotone de la pendule installée dans la grande salle près de la cheminée. Bientôt ce serait Noël.
Avec les enfants, nous avions installé un lit dans la salle de séjour. Ainsi, si cette situation devait se poursuivre, les fêtes de Noël qui approchaient à grands pas pourraient être célébrées au milieu de toute la famille, réunie pour la première fois, autour du sapin et près de la cheminée qui tenait, dans notre vie, une place si importante.
Les enfants avaient décoré la salle avec des guirlandes réalisées par eux, dans des rouleaux de papier crépon, multicolores, la crèche garnie d'une multitude de santons entourés de mousse ramassée dans le jardin, avait une allure qui faisait l'admiration de tout le voisinage, le sapin illuminé dont le sommet flirtait avec le plafond brillait de mille feux.
Comme prévu Marie quitta la clinique et rentra à la maison quelques jours avant Noël. Le ventre bien arrondi, l'événement était attendu pour les prochains jours, le soleil plein les yeux, sans pouvoir en détacher le regard, elle admirait les décorations mises en place par les enfants heureux d'avoir mené à bien cette tâche.
Sans plus attendre Marie s'installa dans le lit qui lui avait été préparé au milieu de la famille.
J'appréciais pleinement ce bonheur retrouvé, cette agitation fébrile, ces rires, ces chahuts, plus personne ne croyait au père Noël, il y avait du reste bien longtemps, mais la joie était grande et l'excitation à son comble, précipitant Emmanuel, à notre grande surprise, dans les bras de Marie, merci, oh merci, lui dit-il dans un grand élan de tendresse, c'est le plus beau Noël de ma vie.
Il avait, je le crois, résumé la pensée de tous les enfants mais aussi celle des parents, c’était pour nous le premier des nombreux Noël qui suivirent.
Le 23 janvier en pleine nuit, trois semaines en avance sur les prévisions, Marie perdit les eaux, me tirant sans ménagement de mon sommeil. Il y avait urgence, très vite je pris la voiture et après avoir prévenu les enfants assez grands pour se suffire à eux-mêmes pendant notre absence, nous partîmes à destination de la clinique. Le voyage, main dans la main, se fit dans le silence, émus à la pensée que dans quelques heures nous tiendrions notre bébé, notre fille, dans nos bras.
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25.07.2008
Ma vie 66
Au décollage, nous regardions par le hublot cette île perdue au milieu de cette immensité toute bleue qui s'éloignait mais que nous ne pourrions jamais oublier, tant l'émotion de notre retour à une vie normale avait été émouvante sur ce rocher. Nous volions main dans la main vers notre nouveau destin.
Nous savions qu'à notre retour tout serait à construire, nous voulions former une vraie famille, exercer une activité professionnelle et mettre au point une répartition des tâches aussi attractive que possible.
Il nous fallait préparer la venue des enfants, Judith était avec nous depuis notre retour, Benjamin, Emmanuel et Laurent devaient arriver dès le début des grandes vacances.
Marie avait obtenu dès le début la garde de ses deux enfants, pour moi il n'en était pas de même, mon divorce ayant été engagé alors que je me trouvais en prison, la garde de mes deux enfants avait été confiée à Maryvonne, laquelle pour des raisons, en grande partie d'ordre professionnel, ne pouvant assumer cette charge, nous avait demandé de prendre le relais.
La maison était grande, mais elle n'était pas conçue pour loger, confortablement, une famille de quatre enfants, bientôt cinq, Marie m'ayant fait part de cette heureuse nouvelle.
Il nous fallait aménager le grenier, lambrisser, le plafond, aménager une salle de bains assez grandes pour une famille nombreuse, préparer la chambre du futur bébé.
Les travaux furent rapidement réalisés, avec le concours des enfants qui les prirent pour un jeu et, qui ainsi, peu à peu, se sont soudés tout en faisant l'apprentissage de leur nouvelle famille.
Les vacances passèrent très vite, dans un climat de réelle bonne humeur, sans drames apparents, sans conflits majeurs, nous étions heureux de ce bon début, sans inquiétude pour l'avenir.
La rentrée des classes s'annonçait déjà, Benjamin et Emmanuel étaient âgés de quatorze ans, Judith de douze ans et Laurent de onze ans et, tout ce petit monde partit, en car scolaire, à destination du collège deVernon.
Marie ma petite Marie était enceinte, elle en avait eu confirmation au cours du mois d'août, c'était une fille, la naissance était prévue pour le milieu du mois de février, nous étions pleinement heureux et nous formions de nombreux projets d'avenir, mais l'horizon n'était pas aussi dégagé que nous le pensions.
La grossesse de Marie, en raison de son âge, 39 ans, était considérée comme une grossesse à risques, elle fit une amniocentèse, qui nous apprit que nous attendions un cariotype de type féminin, et nous vîmes apparaître une équipe de cinéastes, chargés par l'INSERM d’effectuer un reportage sur l’amniocentèse. Nous avions été choisis par le corps médical.
Le tournage fut un réel moment de détente, un amusement, la découverte du monde du cinéma. Jouant les grands rôles, nous avons été installés dans un canapé, poussé contre la cheminée, dans laquelle brûlait un grand feu de bois, c'était pour le décor, ensuite, dans la grange, travaillant une pièce de bois, les copeaux volants dans la salle, pour l'ambiance, une véritable toile de la nativité, Marie et Joseph le charpentier.
Ce film documentaire se trouve dans les archives à la cité des sciences de la Villette.
J'avais repris mon activité d'ébéniste, trois commandes étaient en cours d'exécution, un vaisselier de petite taille, à disposer dans une entrée, une table de toilette de style campagnard, une panière à pain dont une sculpture moderne devait orner le couvercle.
Nous nous demandions, au cours de nos longues soirées d'automne, langoureusement installés dans les fauteuils, devant la cheminée, comment il avait pu se faire que nous soyons, l'un et l'autre, aussi passionnés dans l'exercice de cette activité, nous étions plutôt des intellectuels, très peu manuels mais le travail du bois comblait tout nos désirs.
Sans jamais avoir appris le métier, sauf sur le tas, dans les ouvrages spécialisés, et après avoir observé pendant des heures entières, dans les ateliers du faubourg Saint Antoine, les ouvriers professionnels de haut niveau, peut-être aussi parce que j'avais quelque gène qui me guidait dans cette voie, mon grand-père, sabotier de son état, y était sans doute pour quelque chose.
Chose étonnante encore, Marie se montrait particulièrement douée dans la sculpture sur bois, pleine d'imagination, elle réalisait de superbe motifs dans des styles bien différents, je me souviens d'avoir contemplé, avec admiration et une pointe d'envie, le motif qu'elle avait réalisé sur le couvercle de la panière à pain, dont je parlais il y a quelques instants.
Que de joies ineffables nous étaient offertes, dessiner un meuble à la demande du client, choisir les planches de bois, les débiter, les travailler, les raboter, les dégauchir, les assembler, réaliser les tenons et les mortaises, effectuer le montage à l'ancienne, lustrer, patiner ou vernir, contemplé enfin sa réalisation et lire sur le visage du client l'émotion non dissimulée à la découverte d'une pièce unique.
Comment avais-je pu vivre autrement, je découvrais, pour la première fois, le bonheur d'une vie simple, je travaillais à la maison auprès d'une femme que j'aimais et qui comblait tous mes désirs, au seuil d'une maternité désirée, des enfants dont j'entendais les cris et les rires, que j'avais plaisir à retrouver le soir autour de la table familiale, exubérants, en bonne santé, impatients de voir apparaître cette petite sœur en devenir, que c'était bon, oui vraiment c'était bon, comment avais-je pu ignorer tout cela. Et pendant si longtemps ?
Cependant, il restait bien quelques points noirs, j'avais été libéré, mais j'étais susceptible d'être convoqué un jour, devant le tribunal correctionnel, mes avocats se montraient confiants, il n'y avait toujours rien dans mon dossier, mais je n'étais pas aussi confiant dans la clairvoyance de leur jugement, avec un dossier vide, j'avais purgé une peine préventive, de près de 6 mois, je n'étais pas rassuré du tout et cela maintenait un certain trouble dans mon esprit.
Le temps s'écoulait, calmement, lentement, comme la Seine, dont le lit, à la naissance des boucles de ce grand fleuve, traversait notre petit village, l'activité se poursuivait dans le bruit intermittent et plaintif des machines et Marie, dont le ventre s'arrondissait généreusement, poursuivait sa grossesse avec beaucoup de courage et de détermination.
Voici quelques-unes de nos réalisations et quelques que sculptures


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24.07.2008
Ma vie 65
Voici l'impressionnante correspondance échangée avec Marie pendant ma captivité.

Nous n'avons pas dormi la première nuit. Nous avions trop de souvenirs à partager, trop d'émotion à retrouver. La seconde nuit terrassés par la fatigue nous avons dormi en pointillé. Lentement je reprenais conscience.
J'ouvris les yeux doutant que l'aube soit réelle, de joyeux compagnons sifflaient sur leurs échelles, les métiers bourdonnaient, la vie nous attendait. Non, je ne rêvais pas, c'était bien les bruits de la vie qui parvenaient à mes oreilles.
Marie s'était levée, de la fenêtre de la chambre je l'apercevais, coupant des branches de lilas, tableau charmant, s'il en était, contraste étonnant, même insoutenable avec les images des dernières semaines restées gravées dans ma mémoire. Pourrais-je un jour m'en délivrer? Pourraient-elles faire place à ces nouvelles images empreintes de douceur ? Devrais-je réapprendre à vivre ?
Mon amour avait compris ce que serait, à mon retour, mon état d'âme, n'avait-elle pas souffert les mêmes attentes, les mêmes peurs, les mêmes angoisses. Elle savais que nous aurions besoin de repos, de soleil et de ciel bleu.
Elle avait retenu des places à destination de la Corse, ayant mis au point, avec Geneviève ma fille aînée, un séjour d'une quinzaine de jours, sur l'île de beauté, je l'en remerciais, j'étais heureux, elle avait elle aussi besoin d'un grand repos, d'une décompression, de préparer le retour à une vie nouvelle.
Le voyage fut sans histoire. Assi côte à côte nous nous tenions par la main comme deux enfants ne voulant pas se perdre. Toutes nos émotions passaient par ses deux mains amoureusement enlacées.
Geneviève nous attendait à l'aéroport, les retrouvailles furent chaleureuses, je ne l'avais pas revu depuis son mariage. Sept longues années c'étaient écoulées. Je la trouvais superbe.
Elle nous conduisit dans un appartement qu'elle avait loué pour elle mais qu'elle n'avait décidé d'occuper qu'au début des grandes vacances.
Situé en bord de mer, sur la route des Sanguinaires, avec une vue sur la totalité du golfe d'Ajaccio, nous fûmes gratifiés, dès le premier jour, d'un coucher de soleil d'une rare beauté, disparaissant progressivement derrière les îles, le soleil embrasait tout le littoral, dispersant sur la mer, des langues de feu, un spectacle de fin du monde, de notre monde qui nous laissait espérer la naissance d'une aube nouvelle.
Geneviève vivait en Corse depuis son mariage, professeur d'allemand dans un institut privé, elle avait deux enfants, Emmanuel et Laura, elle connaissait notre situation et savait que nous avions besoin de nous retrouver.
Elle avait mis sa voiture à notre disposition mais notre chambre dont la fenêtre donnait sur la mer était un petit paradis, nous aimions bien y faire de longues siestes et ce fut là dans cette chambre, éperdus d'amour, les yeux plongeant dans le bleu de la mer, que s'accomplit le miracle de la vie, celui de notre vie.
Nous avions déjà décidé de l’appeler Marjolaine.
Nous n'avons pas beaucoup voyagé, nous n'avons pas visité la Corse, nous avions tellement de choses à nous dire, tellement de temps à rattraper, tellement d'avenir à préparer, tout devenait facile sous ce ciel bleu, sous ce soleil radieux, que le temps s'est écoulé, comme le sable entre nos doigts, sans que nous puissions en retenir ne serait-ce qu'une parcelle.
Et puis il fallut penser au retour. Geneviève nous accompagna à l'aéroport, nous fit promettre de revenir plus souvent.
Nous n'eûmes aucun mal a lui faire cette promesse, trop de souvenirs étaient maintenant attachés à cette région.
Au décollage, nous regardions par le hublot cette île perdue au milieu de cette immensité toute bleue qui s'éloignait mais que nous ne pourrions jamais oublier, tant l'émotion de notre retour à une vie normale avait été émouvante sur ce rocher.
Nous volions main dans la main vers notre nouveau destin.
Nous savions qu'à notre retour tout serait à construire, nous voulions former une vraie famille, exercer une activité professionnelle et mettre au point une répartition des tâches aussi attractive que possible.
Il nous fallait préparer la venue des enfants, Judith était avec nous depuis notre retour, Benjamin, Emmanuel et Laurent devaient arriver dès le début des grandes vacances.
Voilà que se destinaient les contours d'une nouvelle vie. J'avais 61 ans. Je devenais le responsable d'une famille nombreuse qui allait prochainement s'agrandir. Marie avait 39 ans nous nous sentions jeune et nous n'avions pas peur d'affronter ce nouvel avenir. Mais, comme les jeunes, étions-nous un peu fous.
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23.07.2008
Ma vie 64
Elle était là, de l'autre côté de la rue, debout, près de sa Charleston, femme fidèle près de sa fidèle voiture, elle était vraiment là, superbement belle, amoureusement désirable, j'étais ébloui par les couleurs vives de la rue qui forçaient mon regard, m'obligeant à ciller des yeux, alors que j'aurais tant voulu les garder grands ouverts sur ce bonheur qui commençait aujourd'hui.
Mais près de six mois passés dans l'obscurité d'une cellule, sans apercevoir un peu de ciel bleu, le moutonnement des nuages poussés par le vent, une fleur aux couleurs tendres, une parcelle d'herbe verte, le contraste était trop fort, trop violent, j'hésitai un instant, je vis qu'elle souriait, en s'élançant vers moi, elle se réfugia dans mes bras, je la tenais serrée contre moi, je n'osais croire à mon bonheur, je la couvrais de baisers, nos larmes, nos larmes de joie, coulaient lentement sur nos visages.
Je la retins un long moment tout contre moi. La chaleur de son corps redonnait vie à mes pauvres membres endoloris par cet enfermement prolongé. Doucement elle desserrât mon étreinte.
Elle me prit par la main, m'entraîna vers la voiture, comme si elle avait voulu me soustraire à un nouveau péril, peur que les portes de cette prison maudite ne s’ouvrent une nouvelle fois, pour nous engloutir à tout jamais.
Elle me fit monter rapidement dans sa voiture, referma vivement la portière, rapidement mis le contact, très vite traversa la ville et pris l'autoroute, autoroute de la liberté.
Elle conduisait, je posais ma main sur sa cuisse, au travers de la robe je sentais une douce chaleur qui me donnait l'envie de la serrer dans mes bras, je l'observais, enfin je pouvais la regarder tout à loisir, la toucher, lui parler, mais j'étais trop ému, je n'arrivais pas à formuler la moindre phrase, j'observais le paysage, c'était une découverte, une renaissance, la nature était si belle, le printemps disposait ça et là ses verts tendres, je regardai, intensément, cette nature qui m'avait tant manquée.
Le trajet me parut bien court. Je savourais chaque minute passée sur cette route me demandant si tout était bien réel s’il s'agissait bien d'une véritable libération. Une évasion, j'en étais certain, ne m’aurait pas procuré plus de joie mais sans doute un peu plus de stress.
L'arrivée au village fut un véritable festival de joie, dès qu'elle emprunta la rue principale qui conduisait à notre maison, Marie se mit à klaxonner, elle avait promis de le faire aux amis qui habitaient cette rue, pour annoncer mon retour, je vis alors les amis sortir sur le pas de leur porte, faire, en souriant, des signes amicaux. C'était chaleureux, réconfortant, plein de promesses pour l'avenir.
Je redécouvrais cette maison, nous fîmes le tour du propriétaire, les dépendances, avec la petite maison, l'atelier avec nos outils, la grange qui abritait le matériel et les machines à bois, je les retrouvais telles que je les avais laissées un jour de novembre, les copeaux de bois de mes derniers travaux jonchaient encore le sol et l'odeur de bois entrait en moi par tout les pores de ma peau. Nous avons fait le tour du jardin, j'ai refait connaissance avec le figuier, les cerisiers, le grand marronnier, l'immense saule pleureur. Mon Dieu que c'était beau, que c'était bon cette nature, ce calme retrouvé, ces chants d'oiseaux et ce crépuscule qui commençait à envahir le jardin, enveloppant nos étreintes d'un voile de tendresse infinie.
Après un frugal repas, nous sommes montés dans notre chambre, nous avons refermé la porte, tiré les rideaux, nous avions tant de choses à nous dire, tant de gestes à rattraper, tant de manques à combler, tant d'amour à nous donner, que longtemps, longtemps, jusqu'au début de l'après-midi du lendemain, ces rideaux sont restés tirés. Vous comprendrez certainement pourquoi.
Avant de reprendre conscience de la nouvelle réalité dans laquelle je me trouvais plongé, je décidais d'ouvrir l'enveloppe glissée au moment de mon départ dans mes affaires personnelles par mes compagnons d'infortune.
Voici ce que j'ai trouvé.
Au recto d'un carton A4 un superbe dessin me représentant la nuit dans ma cellule.
Au verso quelques mots qui m’ont fait sourire mais sur lesquels j'ai versé quelques larmes.
Je dirai tout simplement merci mes amis. Courage on finit toujours par sortir un jour de cette galère.


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22.07.2008
Ma vie 63
Le mercredi j'avais droit à une heure de parloir, attribuée une fois par mois, la récompense si on avait été sage, bien sûr. Marie m'avait fait part de son intervention, du résultat positif de celle-ci, je ne croyais pas que cela puisse avoir une influence quelconque sur ma durée d'incarcération, mais, me disais-je sans oser le laisser paraître, sans doute par superstition, pourquoi ne pas y croire ?
De retour dans ma cellule, j'avais gardé le silence toujours pour la même raison, de peur que cela ne se réalise pas.
Cependant dès le lendemain un vent léger de liberté flottait dans la prison, aux abords de notre cellule. Il en était toujours ainsi, lorsqu’une libération se préparait, les matons se montraient plus aimables, plus pressés à satisfaire nos désirs, à faciliter nos échanges, il nous parlaient de la vie à l'extérieur, des nouvelles récentes, comme s'ils avaient voulu effacer, dans nos esprits, le mauvais souvenir de notre incarcération.
Il y avait moins de dureté dans les regards, je priai le ciel pour que ces signes me soient destinés.
La journée fut longue, très longue, beaucoup trop longue, il me semblait qu'elle ne finirait jamais, j'étais anxieux, fébrile, je n'osais pas me mettre à écrire.
La nuit qui suivit fut peuplée de rêves étranges, des lieux inconnus, où des portes immenses tenaient une place prépondérante s'écroulant sur moi lorsque je les ouvrais.
Enfin, surgit le matin dans les bruits éparses, brutaux et trop connus de la prison, j'étais brisé, étonné de me retrouver encore dans cette cellule, un voile de tristesse tomba sur mes yeux, mais peut-être était-ce quelques larmes qui voilaient mon regard, cela ne finira donc jamais pensais-je avec amertume.
Nous revenions des douches lorsque la nouvelle tomba, fracassante, comme un coup de tonnerre, la porte, dans son tintamarre habituel, venait de s'ouvrir, le gardien annonça, d'une voix forte, qui raisonna longtemps à mes oreilles, préparez-vous, préparez vos affaires, vous êtes libéré, on viendra vous chercher tout à l'heure. Déjà il avait refermé la porte, je n'en croyais pas mes oreilles, je regardai mes compagnons, comme pour savoir s'ils avaient entendu la même chose que moi, j'avais bien compris, ils s’approchèrent de moi, ils étaient heureux, disaient -ils, de me savoir libéré, mais je voyais bien qu'au fond de leurs yeux, il y avait beaucoup de tristesse. Il en était ainsi chaque fois qu'un compagnon sortait, la tristesse et la joie régnaient dans la cellule.
Enfin, ce jour tant attendu était arrivé, soudain je n'avais plus de force, mes jambes se dérobaient sous moi, l'émotion était trop forte, je m'asseyais quelques instants, incapable de réunir toutes les affaires que j'avais accumulées ces derniers mois, ce sont mes compagnons qui préparèrent mes affaires et le moment arriva, il fallut se quitter, moment émouvant, il me semble me souvenir que tous les trois nous étions en larmes.
Jean-Pierre glissa dans mes bagages une enveloppe, tiens me dit-il, tu l'ouvriras lorsque tu seras bien au chaud chez toi. J'avais les bras chargés de mes lettres, de mes objets personnels et de mes vêtements, j'arrivai à peine à porter le tout dans mes bras, Jean-Pierre, comme à son habitude, exigea de m'accompagner jusqu'à la sortie, le maton refusa puis accepta, il avait senti qu'il risquait de provoquer une bagarre, face à la détermination de Jean-Pierre qui avait bloqué la porte avec son pied.
Je fus conduit jusqu'au bureau administratif, on me remit les objets confisqués lors de mon arrivée, portefeuille, carte grise de ma voiture abandonnée à Versailles, le certificat de séjour en prison, que j'ai bien longtemps conservé précieusement, les quelques francs dont je disposais sur mon livret interne.
Puis, la grande porte, celle par où j'étais entré, s'ouvrit lentement. Enfin j'allais sortir. Marie, ma tendre Marie serait-elle la ?
Ci-dessous voici l'un de mes poèmes écrit en prison pour les deux êtres qui ont marqué ma vie.
Ma maman et mon amour.
Le souvenir de toi, maman, je le porte dans mon cœur
Comme on porte une croix les jours de pénitence
Comme un fardeau trop lourd sur des épaules fleurs
Un remords infini sans une délivrance.
Toi si bonne et si douce, je rêvais ton visage
Souriant, amaigri, sur ces lits de douleur
Ces petits lits tout blancs, pour des enfants trop sages
Où tu restais couchée, nimbée dans ta pâleur.
Tu savais, toi maman, qu’une vie éphémère
C'était ta destinée, que jamais tes enfants
Ne pourraient se blottir sur le cœur d’une mère
Pour apaiser leur peine quand ils seraient plus grands.
Je me revois encore, le matin du Grand Jour
Une dernière fois, t’embrasser et partir
Sans douter un instant qu’à l’heure de mon retour
Tu t’en serais allée dans un dernier soupir.
Tout au long de mes jours, j’entendrai ta prière
Me disant sois bien sage, tu es grand maintenant
Ecoute bien mamie, aime ton petit frère
Moi je ne savais pas, je n’avais que treize ans.
Plus tard, je t’ai cherchée, comme on cherche son ombre
T’ai appelée sans cesse, sans entendre ta voix
Je t’ai parlé souvent, recueilli sur ta tombe
Espérant un soupir, un signe, je ne sais quoi.
Ma vie s’est accomplie comme on tourne une page
Cent fois je t’ai trouvée, cent fois je t’ai perdue
Cent fois dans un visage j’ai cru voir ton image
Ce n’était pas tes yeux et je n’y croyais plus.
Se peut-il que les yeux d’une mère se ferment
Se ferment à tout jamais sur les fruits de l’amour
S’effacent de ce monde sans que jamais reviennent
N’apparaissent jamais tout au long de ces jours.
Non tu ne pouvais pas ne pas me faire un signe
Sans doute n’avais-je pas pris le temps de chercher
Sans doute n’avais-je pas chanté le chant du cygne
N’avais-je pas souffert assez pour pouvoir te trouver.
Il a fallu maman, que les yeux d’une femme
S’attardent un peu de temps sur ma peine du jour
Pour que dans leur douceur je retrouve la trame
De ton sourire, maman, et de tout ton amour.
Je ne sais plus maman qui de toi ou qui d’elle
Se penche nuit et jour et veille sans faiblir
Sur ton enfant, maman, et le prend sous son aile
Comme ces oisillons que la mère vient nourrir.
Oui, je t’ai retrouvée dans cette âme profonde
Dans ce cœur frissonnant et d’amour et de joie
Je ne peux me tromper et tout me le démontre
Et je me berce d’elle et me nourrit de toi.
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21.07.2008
Ma vie 62
Plus le temps passait, plus la juge demeurait muette, plus Marie piaffait d'impatience, elle ne comprenait pas, elle avait exercé la profession d'avocat. Il faut faire une action d'éclat, me disait-elle, pour contraindre la justice à prendre ses responsabilités.
Marie avait conservé, de l'époque où nous étions éditeurs, des relations amicales avec la presse et la télévision. Je la savais capable d'amorcer une révolte, de faire un scandale, de décider une grève de la faim dans les locaux du tribunal, que sais-je encore, je la savais capable de tout.
Je m'efforçai de la tempérer, je lui demandai d'attendre mais c'était très dur pour elle, la maison à tenir, les migraines déprimantes, les voyages incessants, sa fille Judith confiée à une voisine pendant ses absences, le stress de cette enfant, bousculée par ces événements, révoltée comme sa maman, n'avait-elle pas eu, avec son professeur, l'idée de faire signer une pétition aux professeurs et élèves de son collège pour exiger ma libération immédiate ?
Décidément il fallait que ça cesse, mais moi, peut-être égoïstement, je voulais encore que la justice reconnaisse son erreur, naturellement, sans vagues, sortir par la grande porte, disais-je.
Ce vendredi là, en fin d'après-midi, prise dans les embouteillages, à la sortie de Paris, Marie, tout en conduisant, songeait à la visite qu'elle venait de me faire, m'avait trouvé triste, déprimé, irritable. Il faut que je fasse quelque chose, que j'intervienne, se disait-elle, tout en freinant légèrement pour laisser passer une voiture qui la doublait dangereusement.
Brusquement elle se frappa le front, une idée venait de surgir, pourquoi n'y avait-elle pas songé plus tôt ?
Impatiente de la mettre à exécution elle avait hâte d'arriver chez elle. Elle ne prit pas le temps de garer sa voiture, ni même celui d'aller chercher Judith, elle se précipita dans la pièce où elle rangeait ses archives, fouilla fébrilement, trouva enfin ce petit carnet qui contenait toutes les adresses utiles de sa jeunesse.
Elle en était sûre, maintenant elle allait faire bouger les choses. Au cours de ses études de droit, elle avait entretenu des relations amicales et professionnelles avec un magistrat devenu président de la Cour de cassation, elle allait lui téléphoner, espérait qu'il se souviendrait d'elle et pourrait lui prodiguer un conseil.
Elle avait deux numéros de téléphone, celui de son appartement et celui de sa résidence secondaire, elle opta pour ce dernier.
On était vendredi. Vraisemblablement il devait être en week-end, elle avait vu juste, ce fut sa femme qui répondit. Marie se présenta et fut heureusement surprise qu'après dix-huit ans de silence, la conversation soit si amicale, bien sûr qu'ils se souvenaient d'elle et disait-elle, mon mari sera heureux de parler avec toi. Marie était émue, un peu anxieuse, et prit son courage à deux mains et lorsqu'elle l'entendit au bout du fil, lui exposa la situation. Il l'écouta sans l'interrompre, lui demanda certains détails, se montra fort prudent, réticent même, elle sentait qu'il ne prenait pas les propos qu'elle lui tenait pour parole d'évangile, il avait une trop haute estime de la justice pour, d'entrée de jeu, la mettre en cause, il lui dit cependant qu'il s'efforcerait de se renseigner, la rappellerait un jour prochain.
Elle n'était pas certaine qu'il la rappellerait mais, si elle n'avait plus confiance dans la justice elle avait confiance dans la parole de cet homme qu'elle savait intègre.
Il la rappela le lundi soir, elle comprit de suite qu'elle avait gagné, il était outré, très en colère, avait eu un entretien avec le procureur du tribunal chargé de mon dossier, ne croyait pas en cette justice-là, il lui confirma que mon dossier était toujours vide, aucune charge contre moi, il avait l'assurance que je serai libéré dans les tous prochains jours.
Marie raccrocha, respira, à pleins poumons, l'air frais qui lui venait du jardin, chargé d'odeurs vivifiantes, un grand bonheur la submergeait, elle eut envie de pleurer mais retint ses larmes, enfin notre cauchemar allait prendre fin, l'avenir s'annonçait plein d'espoir, ce n'était pas le moment de flancher.
Elle aurais tellement voulu Marie prendre le téléphone est m'annoncer dans l'immédiat cette heureuse nouvelle. Pourraient-elles attendre la prochaine visite ? Son coeur battait à tout rompre. Elle m’imaginait au fond de ma cellule attendant sans y croire vraiment à un prochain dénouement.
Marie ne se trompait pas. J'étais bien la dans la cellule à attendre qu'il se passe quelque chose. Je profitai d'une heure de solitude mes deux compagnons assistant à la séance de promenade. J'en profitais pour faire le point sur mon séjour prolongé dans cette prison de Meaux.
Une certitude s'imposait à mon esprit je n'avais pas pu me faire à cette vie végétative. Pas plus qu'à la promiscuité qui m'avait été imposée. J'avais très mal supporté l'éloignement des être qui m’étaient chers. J'aurais pu faire une longue, très longue listes de tous les points négatif mais ce rappel n’auraient servi qu'à augmenter considérablement la rancœur que j'éprouvais à l'égard de la justice.
Mais le séjour en prison présentait malgré tout un côté positif. J'avais pu pendant ces longues semaines faire un important retour sur moi-même grandement facilité par l'échange de correspondance avec Marie. J'avais analysé tous les états de ma vie passée. Appréciée le nombre d'amis sincères qui n'avaient pas détourné leur regard à la suite de mon incarcération. Et surtout l'amour que je portais à Marie s'était confortée j'avais découvert la profondeur de ses sentiments, sa fidélité, son ouverture d'esprit sur le monde actuel et sa volonté inébranlable. Willy Marie était bien la femme que j'attendais, que je cherchais de pluie des décennies sans le savoir. Je n'avais peut-être donc pas tout perdu dans l'expérience de la non-vie qui m'avait été imposée. Cela me donnait un courage immense pour affronter un nouvel avenir.
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20.07.2008
Ma vie 61
Pierre avait tendance à me prendre pour un écrivain public. À plusieurs reprises il m'avait demandé de rédiger des lettres d'amour destiné à sa femme. Une demande de mise en liberté était la demande de ce jour. Je l'avais rédigé, sans grande conviction, étant donné d'une part le manque de réussite de mes propres demandes et, d'autres part les lourdes charges, qui pesaient sur lui : Vole de chèques et de pièces d'identité, chèques sans provision, usurpation d'identité, etc., la liste était longue et sérieuse.
A la stupéfaction général cette demande avait été acceptée er Pierre venait d'être remis en liberté provisoire en attendant son procès. une certaines solidarité nous avait uni, celle qui se manifestait dans le malheur, nous étions tous des êtres humains et, quels que soient les raisons de notre présence ici, nous partagions la même vie, les mêmes souffrances, les mêmes angoisses. Pierre venait de partir est déjà il nous manquait. Il avait été notre compagnon de misère et bien q’un sentiment éphémère de jalousie se soit insidieusement logé au fond de notre cœur, nous étions heureux de le savoir libre.
Très vite, un nouveau compagnon était venus partager notre cellule, il était jeune, vingt ans, tout au plus, originaires d'une cité sensible, il avait désiré et provoqué cette incarcération, cela le poserait auprès de ses camarades, lui permettrait, disait-il, d'être respecté, de devenir un caïd dans son milieu social.
A chacun son idéal, ce n'était ni le mien, ni celui de Jean-Pierre, arrêté par accident, à la suite d'une méprise, il s'était mis dans la tête de remettre ce jeune dans le droit chemin.
Mission impossible, pensais-je mais qui sait, en l'occurrence, l'âge oblige, j'étais l'arbitre de discussions qui n'en finissaient pas et qui apparemment semblait ne mener nulle part.
Loin de toutes ces discussions, toujours par lettre, Marie et moi, vivions nos balades hors du temps et de l'espace, nous parlions des réalités de notre après, de notre folle envie d'avoir une fille, moi, j'étais sur que ce serait une fille, Marie un peu moins, de réunir nos jeunes enfants en une grande et belle famille.
Nos avions des rêves plein la tête, nous nous sentions capables de les réaliser, cet enfermement m'avait donné une folle et irrésistible envie de vivre une vie nouvelle, un recommencement.
Marie avait consulté son gynécologue, il l'avait rassurée, elle pouvait avoir un enfant, en ce qui me concernait, avait-il précisé, l'âge ne présentait, sur le plan génétique, aucune contre indication, cela m'avait fait sourire, Marie, en prévision de ma libération, que nous espérions toujours prochaine, avait mis un terme à la méthode anticonceptionnelle qu'elle utilisait jusqu'à ce jour.
Le temps n'en finissaient pas d'aligner ses jours et ces nuits, tous plus inutiles les uns que les autres, l'instructions de monde affaire était toujours au point mort, aucune discussion avec la juge totalement muette, le 5e mois venait de se terminer j'en étais toujours comme aux premier jour,au point de départ.
Non, j'avais pu juger de l'inutilité et de la nocivité de la prison préventive, c'était l’école du vice, de la magouille, de la combine, du mensonge, mêmes du crime.
Tout est interdit dans la prison mais on peut tout se procurer de la drogue aux armes, il suffit d'avoir un peu d'argent, rien n'est impossible, tout se sait en prison, les ragots vont bon train, se propagent à toute vitesse, je percevais chaque mois ma retraite, j'en reversais le montant à mon avocat chargé de la remettre à ma famille.
Toute la prison était au courant de ce mouvement de fonds, mais pour le directeur qui s’imaginait que je versais des honoraires, j'étais stupide de payer un avocat si cher, pour des résultats aussi maigres. Pour les détenus c'était une preuve de mes trafics avec la maffia et mon prestige augmenté à vue d'oeil.
J'étais donc un escroc à qui le directeur avait proposé d'assumer les fonctions de comptable dans son établissement. Allez comprendre.
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19.07.2008
Ma vie 60
Deux ans auparavant Jean-Pierre avait purgé une peine de prison de quelques mois, pour un délit mineur, de chèques sans provision, il avait donc l'habitude des coutumes carcérales. dès son arrivée, il exigea qu'on lui apporte tout le matériel et les produits nécessaires pour un nettoyage en profondeur de notre cellule, qu'il jugeait dégueulasse. On lui apporta ce qu'il avait demandé, les matons sont là, pour ça, disait-il, si vous ne demandez pas, vous n'obtiendrez rien, encore fallait-il le savoir lui dis-je, en souriant.
La cellule fut nettoyée, les sanitaires astiqués, les murs à l'exception des barreaux furent repeints dans une couleur claire. Malgré l'interdiction il obtint l'autorisation d'épingler aux murs des photos exclusivement familiales.
J’avais choisi de fixer les photos de Marie et de mes enfants sur la partie de murs située entre mon lit et celui du dessus. C'était un endroit discrets qui me permettait d'être au près de ceux que j'aimais, lorsque je m'étendais sur ma couche. C'était mon coin de ciel bleu dans ce noir ténébreux.
Avec Jean-Pierre j'appris le système D appliqué à la prison et à la barbe des matons, j'appris à fabriquer un réchaud électrique suffisant pour faire cuire deux œufs sur le plat, à réchauffé les liquides, le lait, par exemple, a réalisé des dessins à l'encre de Chine et à la plume, sans plume, elles étaient interdites, mais avec des allumettes taillées en pointe.
J'appris également à cantiner intelligemment privilégiant les légumes et les fruits se conservant le mieux. La vie était devenue un peu plus supportable.
Ce n'était certes pas le grand confort, rien à voir avec le Sofitel où le Hilton, mais lorsque vous évoluez dans un endroit exigu il vaut encore mieux que tout soit propre, les objets bien à leur place et, si vous vous nourrissez correctement, si votre ventre ne vous tourmente pas, ne crie pas famine, votre tonus s'en trouve conforté, l'existence devient un peu plus supportable.
La couleur claire des murs, m'apporttait un besoin de réflexion, une incitation à la méditation, un climat propice à l'écriture et Dieu sait si pendant cette période j'en ai écrit des pages et des pages, c'était, comme je l'ai déjà dit, mon évasion, une sorte de thérapie dont Marie en étaient la psychologue la psychothérapeute aussi. 1600 pages d'une écriture fine, recto et verso, sont arrivés jusqu'à Marie, en réponse j'en reçu tout autant des lettres merveilleusement écrites, pleines de joie future, de bonheur entrevu, ce fut, pour moi, un retour sur moi-même, une source de réflexion une analyse de ma vie passée, une projection dans l'avenir.
Ces lettres, témoins d'une partie importante de notre vie, nous les avons précieusement conservées, espérant avoir le courage de les relire un jour, aujourd'hui, en écrivant ces lignes, je les entrouvre un peu, n'osant pas encore toutes les parcourir, tant le traumatisme, engendré pendant cette période est encore, malgré le temps, tellement présents dans ma mémoire.
Au travers de ses lettres, écrites pour Marie, je l'ai prise par la main, je l'ai baladé dans toute ma jeunesse, dans toutes les parties de ma vie la plus intime, dans mes joies, dans mes peines, dans mes regrets, mes espoirs, dans mes rêves, les plus insensés, les plus fous, les plus délirants, une soif de renouveau nous emportait au-delà de la vie, Marie me suivait, me préçédait souvent, nous étions toujours à l'unisson, dans une forme de vie nouvelle qui, insensiblement, mais inexorablement, prenait l'allure d'un projet d'avenir.
Qu'avais-je fait de ma vie ? J'arrivai au seuil de la retraite, il était peut-être encore temps d'en faire le bilan, j'avais connu une jeunesse difficile, dans une période chaotique, la guerre, un amour déçu, deux mariages, le premier à la hussarde, le miroir aux alouettes, le second par résignation, deux engagements professionnels différents, conduisant cependant, pour les mêmes raisons, le mépris de l'argent, à deux échecs dont le second s'achevait par un séjour en prison.
J'avais beaucoup voyagé parcouru l'Europe, j'avais exercé le pouvoir sur les hommes, pas toujours sur les événements. Était-ce cela l'essentiel ? Qu'elle avait été ma vie de famille ? Quasiment nulle, je n'avais pas vu grandir mes enfants, je n'ai suivi que de très loin leur évolution me privant sans doute de joies ineffables les, privant aussi de la présence indispensable d'un père. Etait-il trop tard ?
Non, il n'était pas trop tard, je me sentais encore jeune, on me donnait quinze ans de moins que mon âge, certes, je ne pouvais pas faire machine arrière, rattraper le temps perdu, mais je pouvais construire à nouveau un avenir, une vie différente, choisir pour une fois la direction que j'entendais donner à ma vie, choisir ma partenaire, je pouvais et je voulais vivre différemment, profiter de ces expériences passsées, ne pas commettre les mêmes erreurs.
L'emprisonnement m'avait inculqué une envie de vivre irrésistible. Dans mes lettres je m'en ouvrait à Marie et nous élaborions ensemble les bases d'une vie totalement nouvelle. toujour par lettre nous nous étions entretenus de la possibilité d'avoir ensemble un enfant, une fille, précisais-je, Marie était de mon avis.
D'un commun accord avec Maryvonne nous avions déposé une demande en divorce, nous devions nous présenter devant le tribunal de Nanterre, j'avais obtenu, de l'autorité judiciaire, l'autorisation de m'y présenter, à la date indiquée.
J'y fus conduit dans une voiture de la gendarmerie nationale, menoté, encadré par deux gendarmes, avec les recommandations d'usage : si tentative d'évasion, tir à vue. J'avais l'habitude.
Cela faisait quatre mois que je n'avais pas revu Maryvonne, je la trouvai assez décontractée, loin de la situation présente, elle était en stage de formation, n'avait pu garder les enfants près d'elle, ils étaient placés en pension chez une amie, je me jurais qu'à ma sortie, je les prendrai à ma charge.
Que nous étions loin, maintenant, l'un de l'autre, Maryvonne et moi, nous n'avions rien à nous dire, dix-huit ans de vie commune, mais avions-nous seulement vécu ensemble, allait s'achever là, dans quelques minutes, dans le bureau de ce juge, qui nous avait fixé rendez-vous. Maryvonne était lointaine, moi, rouge de honte assis sur l'une des banquettes de la salle des pas perdus du tribunal, menotté, encadré de mes deux anges gardiens bien difficile de passer inaperçu.
Anéanti, j'avais le coeur gros, les larmes au bord des yeux, mais, les gendarmes ayant appris par mon avocat les raisons ambiguës de ma détention s'excusèrent. Ils ne faisaient qu'appliquer le règlement, ils me retirèrent les menottes.
Quelques minutes devant le juge, une femme, la confirmation de notre désir de mettre un termes à notre vie commune, ainsi prenait fin le bout de chemin que nous avions parcouru ensemble, et je regardai Maryvonne s'éloigner, je remontai, avec mes anges gardiens, dans leur voiture, ils s'excusèrent de me remettre les menottes, en compensation ils me firent traverser Paris en me nommant tous les endroits traversés comme s'ils avaient été chargé de me faire visiter la capitale.
Tard, dans la soirée, je réintégrais ma cellule, une page de ma vie venez d'être tournée.
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18.07.2008
Ma vie 59
Autre sujet d'angoisse, les kilomètres parcourus par Marie tous les jours de visite, je ne savais si le voyage s'était bien passé qu'à l'instant où je la voyais dans le parloir, lorsqu'elle repartait c'était différent, je n'avais aucune nouvelle, ne savais jamais si elle était bien rentrée chez elle. Je n'arrivais pas à discipliner ces angoisses, les battements de mon coeur devenaient plus rapide, se répercutaient dans tout mon être, c'était la panique permanente. Cela dura près de trois mois au cours desquels je développais une hypertension artérielle qui avec le temps devint chronique.
Marie à force de persévérance et de persuasion, avait réussi à obtenir l'accord du directeur qui l'avait autorisée à lui téléphoner dès qu'elle serait rentrée chez elle et s'était engagé à me prévenir de ce coup de téléphone. C'était une réelle amélioration, mais ça n'était pas parfait, il suffisait que le gardien, chargé de me prévenir, oublie de le faire et l'angoisse était encore plus grande, je pensais alors que si Marie n'avait pas téléphoné c'est qu'il lui était arrivé un accident. Il fallait donc faire avec, mais les idées noires n'en finissaient jamais de tourner dans ma tête.
J''avais un certain nombre de préoccupations, en premier lieu mes enfants, Geneviève et Françoise étaient majeures, je les avais prévenues par lettre, j'avais expliqué ma situation présente. Geneviève avait parfaitement compris, n'avait aucun doute sur ma conduite, sur mon honnêteté. De Françoise, j'avais reçu une lettre cinglante, malgré la peine immense qu'elle me fit, je décidai de mettre cette lettre de côté et d'en oublier quelque peu les termes. Les relations avec elle avaient été toujours difficiles, et je n'en savais pas très exactement les raisons. Elle était manifestement plus proche de sa mère et, sa mère développait, sans que le temps n’en atténue les effets, un sentiment de rancune peu justifiable, on verrait plus tard.
Emmanuel et Laurent étaient beaucoup plus jeunes, au tout début de l'adolescence, ils vivaient chez leur mère Maryvonne qui s'était montré assez lointaine de mes difficultés et du climat dans lequel je me débattais, n'aimait pas faire la queue devant la prison, était très sensible, semblait-il au qu'en dira-t-on. Je lui avais demandé de mettre les enfants au courant de ma situation, je ne voulais pas qu'ils l'apprennent, ni par des camarades, ni par des membres de la famille. Maryvonne n'en fit rien, elle décida de dire aux enfants que j'étais en traitement dans un hôpital lointain, trop loin pour me rendre visite, ce qui me chagrinait beaucoup.
J'étais assez connu dans la région, je craignais les interprétations de la presse locale, mais soit qu'elle n'ait pas été informée, soit que l’information soit passée inaperçue, aucun article ne parut. Enfin il y avait aussi le travail en cours, les meubles en fabrication, les clients à satisfaire, Marie s'était chargée d'informer la clientèle de la situation.
Les jours s'ajoutaient aux jours, lamentablement, rythmés par les visites de Marie et de mes avocats qui ne comprenaient plus rien au déroulement de l'instruction, à l'attitude du juge.
A vrai dire, aucune instruction n'avait lieu, c'était comme si on m'avait oublié au fond de ma cellule, j'avais supplié, par lettre, la juge de me recevoir, j'étais prêt, lui disais-je, à lui fournir toutes les explications qu'elle pourrait me demander, Marie lui avait écrit plusieurs lettres, jamais elle n'avait répondu, elle avait été très dure avec mes avocats, ils s'étaient retirés de ma défense me conseillant de confier mon dossier à un pénaliste de la région dans laquelle je me trouvais incarcéré. Ce que je fis.
La juge considéré que le fait d'être défendu par des avocats de Paris étai grandement suspect. Cela dénotait pour le moins une situation financière anormalement élevée, en rapport direct avec le dépôt de bilan de mes sociétés. Son attitude laissait supposer qu'elle y voyait la un lien de cause à effet.
J'acceptais donc le désistement de ceux-ci, mais étant des amis personnels de Marie ils promirent de rester en contact avec elle pour suivre, dans l'ombre, le déroulement de la procédure.
Les soirs tous feux éteints cherchant vainement le sommeil je réfléchissais longuement à ce qu'avait été ma vie, au sens profond de passage sur cette terre. Je me trouvai aucune réponse susceptible de me satisfaire et je sombrais dans le plus profond désespoir. J'attendais le moment où mes réflexion me conduirait à nouveau près de Marie. Elle m'apportait tellement de chaleur humaines tellement d'amour sincère, profond et véritable que je plongeais dans un état de béatitude qui me conduisait tout naturellement vers l'endormissement mais je savais qu'en sombrant dans les songes, toute la nuit elle habiterait tous mes rêves.
Pendant cette période d'inaction totale, plusieurs prévenus avaient occupé successivement la place de François, ce fut un violeur, un voleur de voitures, un kidnappeur, tous des jeunes, mal dans leur peau, en marge de la société.
La vie en cellule dans un espace aussi restreint conduit les êtres humains à se comporter parfois comme de véritables bêtes sauvages. Pierre et moi étions restés pendant un certain temps sans autre compagnon. Si cela nous apportait un peu plus de confort, l'absence du troisième compagnon nous privait d'un arbitre en cas de conflit.
Pierre était lourd, très lourd à supporter, il avait très peu de visiteurs, il savait que sa femme le trompait sans pudeur et, ce qu'il supportait très mal, c'était de savoir que celle-ci vivait sa vie de femme seule avec l'un de ses voisins, un musulman. Si elle avait choisi un homme normal disait-il, je l'aurais mieux comprise.
Il supportait très mal les visites de Marie. Je sentais qu'il développait un sentiment de jalousie qu’il n'exprimait que par des gestes d'impatience. Mais ce qui devait arriver arriva, il voulut semer le doute dans mon esprit en proférant à l’égard de Marie des propos que je ne pus supporter. Je lui demandai de retirer les propos qu'il venait de tenir. Il refusa me précisant que toutes les femmes étaient des salopes, quand le chat n'est pas là les souris dansent. Je sentais monter en moi une colère froide qui très vite se transforma en une rage véritable. Je sautai sur lui, le pris à la gorge, je levai le poing, décidé à le lui écraser sur le visage. Il gesticulait, je resserrais mon étreinte. J'allai frapper mais brusquement ma colère tomba. Ce n'est pas la peur qui me fit arrêter le combat c'est tout simplement que dans un éclair de lucidité j'avais vu Pierre tomber, se fracasser la tête sur la partie en fer du lit, sa mort, le tribunal et le restant de ma vie passée dans cette cellule infecte.
Il s'excusa, je lui pardonnai mais à partir de ce jour le peu d'amitié qu’il y avait entre nous céda la place à l'indifférence.
Lorsque Jean-Pierre atterrit un soir dans notre cellule, j'étais surpris, je le connaissais ce jeune garçon, je connaissais sa jeune femme et ses beaux-parents, le temps de se rappeler dans quelles circonstances nous nous étions rencontrés, et sous son impulsion soudain tout changea dans notre cellule, je supportais mieux la présence de Pierre, ses confidences, ses craintes de perdre sa femme dont les lettres et les visites se faisaient de plus en plus rares.
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17.07.2008
Ma vie 58
François fut libéré le jeudi matin, Je restais seul avec Pierre. Nous disposions ainsi d'un peu plus de place, j'avais reçu du courrier de Marie, l'avais trouvée présente au parloir à la première visite, du mercredi ma demande de liberté provisoire avait été déposée auprès de la juge d'instruction, elle disposait d'un délai de six jours pour accepter ou refuser cette demande, sans arrêt, sans trêve, ni repos, j'écrivais à Marie, j'étais plus que jamais confiant, j'allais sortir très vite, je ne savais pas que ma demande serait refusée, ni que je resterais, dans cette cellule, cent-soixante-deux jours, 3 938 heures, sans jamais savoir ni comprendre pour quelles raisons j'étais là.
Pendant ce séjour forcé, j'ai tout vu, j'ai tout connu de cette misère carcérale, de cet isolement dramatique conduisant, parfois, jusqu'au suicide, de cette absurdité, de l'inutilité de la prison.
Je suis passé par des moments d'espoir intense, notamment lorsqu'une demande de libération était déposée, suivie hélas, d’une longue période de découragement lorsque j'apprenais que cette demande avait été refusée. A quatre reprises j'ai douloureusement vécu cette situation, quatre fois de suite, cette demande fut refusée sans motivation autre que, pour les besoins de l'enquête, précisait la juge. C'était d'autant plus désespérant que je savais par mes défenseurs qui il n'y avait pas d'enquête en cours.
Je savais aussi que la déception et l'angoisse qui suivaient étaient partagées par Marie qui, pour me soutenir moralement, peut-être aussi par ce qu'elle pensait qu’en se faisant remarquer par la juge celle-ci finirait par nous recevoir et nous écouter.
Elle attendait cette décision pendant six jours dans les couloirs du palais de justice à proximité du bureau de la juge mais la juge pendant ces six jours passait et repassait devant Marie, sans un regard, hautaine, presque provocante, diigne représentante de la justice implacable.
J'avais mal pour elle, qui reprenait la route porteuse de cette mauvaise nouvelle, peur que la douleur soit trop forte et que trop fatiguée par cette vaine et interminable attente elle soit victime d'une défaillance et pourquoi pas d'un accident.
Que pourrais-je faire alors, si cela se produisait, si l'un de mes proches était victime d'un accident, d'une maladie grave, c'était là aussi une des raisons de mes angoisses, j'étais prisonnier, privé de liberté, privé de téléphone, dans l'incapacité d'agir. Cette pensée m'était intolérable, je la repoussai de toutes mes forces, mais sans cesse elle s'imposait à moi, comme une évidence et dans ces moments-là je me réfugiais dans l'écriture, toujours l'écriture, c'était ma drogue, ma morphine, mon anesthésique, c'était ma façon de quitter ces lieux misérables et de me retrouver là où j'aurais aimé être.
La nuit était aussi une source permanente d'angoisse, l'extinction des lumières à heure fixe, l'impossibilité d'allumer quelque source de lumière que ce soit, à l'exception d'un briquet, et surtout les cris inhumains qui perçaient subitement les ténèbres sans en connaître les raisons, savoir qu'en cas de malaise les secours n'interviendraient que tardivement, une peur panique me prenait chaque soir à la gorge malgré les somnifères largement distribués.
Pour que les secours interviennent la nuit, il fallait tout d'abord, alerter le gardien, en frappant violemment, à coups de tabouret dans la porte de la cellule action reprise, à l'unisson, par les autres cellules, on appelait ça, la symphonie du nouveau monde, le gardien, sans pénétrer dans la cellule, devait juger de la gravité ou non de la situation, puis, éventuellement, avertir le directeur lequel après s'être habillé et avoir écouté le malade devait juger s'il devait faire intervenir le médecin de la prison ou le service des urgences.
Chacun, à sa manière, invoquait le ciel pour que la nuit soit calme.
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16.07.2008
Ma vie 57
Le bruit fait par la vérification de l'état des barreaux de la cellule me sorti de ma rêverie et me ramena à la dure réalité du moment, il était dix-huit heure, j'étais certain qu'elle était arrivée et se trouvait maintenant bien au chaud à la maison. Je pouvais donc m'arrêté décrire.
La soirée toujours aussi terne, et la nuit toujours aussi angoissante, s'écoulèrent malgré tout. Je passai toute la journée du mardi assis devant la table de la cellule à rédiger une longue très longue lettre à Marie. L'attitude de mes compagnons était à mon égard exemplaire.
Installés confortablement sur le lit du troisième étage ils poursuivaient des parties de cartes endiablées mais les exclamations et les jurons n’arrivaient pas à me sortir de la concentration qui m'habitait.
Le lendemain au réveil, mes compagnons me rappelèrent que nous avions douche. A l'heure dite, la porte de notre cellule fut ouverte, par un gardien, et nous nous retrouvâmes en pyjama, Marie ayant eu l’'heureuse initiative de me faire passer, du moins ceux qui était autorisé, mes vêtements de nuit ainsi que mes objet de toilette.
Serviette et savon dans la main, dans le couloir, nous attendions que les autres cellules soient ouvertes et vidées de leurs occupants, pour être conduits, en groupe, à cette séance de douches, la première pour moi.
Difficile, incroyablement difficile, d'oublier cette séance, la réunion, dans ce local exigu, rempli de vapeur d'eau produite par les usagers précédents, difficile d'oublier cette vingtaine de bonhommes, entièrement nus, se disputant les cabines ouvertes à tout vent, les invectives, les bousculades, les quolibets, les tentatives d'attouchements, de viol même, des masturbations devant les autres détenus, sous l'oeil goguenard des surveillants qui faisaient mine de ne rien voire.
Ceci dit, je goûtai malgré tout, cette eau chaude qui coulait sur mon corps, ce frisson de bien être qui m'envahissait tout entier, cette douce caresse, c'était un bien fait extrême, une purification, une véritable renaissance, j'aurais tellement aimé que ces sensations puissent se prolonger mais, un rappel à l'ordre des gardiens, nous fit rapidement quitter les lieux, pour regagner notre cellule.
A la suite de la douche, bienfaisante, malgré le climat dans lequel elles s'étaient déroulée, j'eus la joie de recevoir la première lettre de Marie, c'est avec émotion que je pris possession de cette précieuse missive, et avec ferveur que j'ai pris connaissance de son contenu.
J'ai lu cette lettre, je l'ai relue encore et encore, avec mes yeux, mes fantasmes, mon imagination délirante, avec toute ma tendresse je l'ai pressée sur mon coeur, comme si c'était mon amour que je tenais dans mes bras.
Cette lettre me parlait de liberté, de tendresse, de courage, de l'organisation qu'elle s mettait en place pour pouvoir être présente tous les jours de visite.
Elle était folle, Marie, totalement inconsciente, elle ne se rendait pas compte qu'elle aurait à parcourir, 300 km tous les deux jours pour me voir, sans pouvoir me parler, au travers d'une vitre, une malheureuse petite demi-heure seulement, les risques d'accidents, le temps passé sur la route, ce temps pendant lequel elle ne pourrait pas s'occuper activement de sa fille Judith, qui vivait avec elle, à la maison.
Non, décidément, elle ne se rendait pas compte ou, alors, elle était certaine que ma libération était prochaine, c'était un beau message d'amour et de courage qui me donnait la force de supporter, d'être patient, de plus mes avocats, disait encore cette lettre, ont déposé une demande de libération provisoire, qui ne pouvait être refusée, mon dossier étant toujours vide de charges.
Et je songeais, étendu sur mon lit, sa lettre entre mes mains, des images plein les yeux, que, dans quelques heures seulement j'allai revoir Marie, et le coeur rempli de joie, je me relevai, m'installai devant la petite table et, je me remis à écrire. Une fois encore, je m'évadais, par la pensée, de cette prison que je n'aurais jamais du connaître.
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15.07.2008
Ma vie 56
Je restais de longues minutes immobile, je voulais garder, dans mes pensées, la vision de ce visage tellement aimé, je désirais m'exclure de tous les bruits de cette prison, de tous ces bavardages inutiles et stériles, je voulais ne penser qu'à elle, prolonger cette visite. Je gardais les yeux fermés, l'esprit plongé dans son parfum et dans la chaleur de son corps. Dieu que c'était bon mais quelle souffrance que de ne pas pouvoir la tenir entre mes bras.
C'est alors qu'une idée impérieuse, une évidence même, me vint à l'esprit, je ne pouvais pas l'approcher, lui parler, mais je pouvais lui écrire, prolonger cette visite par une lettre, elle venait de me quitter, était seule sur la route, il me fallait la soutenir, lui faire sentir que j'étais près d'elle, à ses côtés, au moins pendant les 2 h 30 qu'elle passerait sur les routes pour son retour à la maison.
Dans la cellule, la table était libre, mes compagnons, respectant mon silence, jouaient aux cartes, perchés et installés sur le troisième lit, près du plafond.
D'un bond, je me levai, leur demandai de me prêter un bloc et un stylo bille, ce qu'ils firent de bonne grâce.
Je m'installais devant une page blanche, bien vite les mots s'ajoutèrent aux mots, les phrases aux phrases, les pages aux pages. Je lui parlais de mon amour, de ma tendresse, de ma souffrance, l'enfer que je vivais de me trouver loin d'elle.
Plus j'écrivais, plus je me sentais près d'elle et je croyais fermement à la transmission de la pensée, j'étais certain qu'elle me sentait auprès d'elle sur la route, percevait ma présence, moi, j'avais totalement occulté tout ce qui n'était pas elle, je ne voyais plus les murs, la cellule, la prison, je n'entendais plus les bruits, je me sentais libre, c'était comme une évasion, je compris, ce jour, que si la durée de mon incarcération se prolongeait j'avais découvert que je pouvais m'évader, être libre par la pensée, et je compris que cela jamais personne ne pourrait me l'interdire.
Absorbé par l'écriture, par le besoin d'être près d'elle, j'avais l'impression qu'elle percevait aussi cette présence et que nous étions enfin réunis, envers et contre tous, c'était un peu de bonheur dans ce malheur qui nous brisait.
J'écrivais, totalement immergé dans le flot de mes pensées mais la plume allait moins vite que l'esprit. Cela m'exaspérait. J'avais tant de choses à lui dire, tant d'amour à offrir. Je savais qu'elle prendrait tous les mots que j'alignais sur cette page à pleine brassée comme on porte des fleurs. Je savais qu'elle lirait tout haut cette lettre comme pour mieux en sentir la puissance évocatrice et cette douce musique qui sortirait de ses douces lèvres raisonnerait dans toute la maison. Ce serait pour elle comme un jour de fête.
Je laissai couler ce torrent de mots au risque de me perdre. Fais gaffe à la censure de la prison et à l’interprétation du juge, m'avait prévenu l'un de mes compagnons. Mais loin de me calmer ignorant que j'étais des règles applicables, je me noyais dans une véritable orgie d'écriture.
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14.07.2008
Ma vie 55
Il est des moments dans la vie qu'on ne peut oublier, des moments qui vous marquent pour toujours de leur empreinte indélébile, des moments heureux ou malheureux et, c'est l'un de ces moments que j'ai vécu intensément et cela d'autant plus qu'il était imprévisible.
Je suivais mon gardien depuis déjà quelques minutes, nous avions longé des couloirs, ouvert et refermé des portes, il s'arrêta plus longuement devant l'une d'entre elles, il l'ouvrit, me fit signe d'entrer.
Avant même d'avoir compris ce qui m'arrivait, d'avoir même visualisé les lieux, je l'aperçus, toute petite, toute menue, toute pâle dans son boxe, au milieu d'autres visiteurs, je m'approchai, je ne pouvais le croire, elle était là. Marie, c'était bien elle, une joie immense envahit tout mon être, je n'étais plus seul, comment avait-elle pu obtenir un permis de visite elle qui n'était pas ma femme, je me laissai tomber sur la chaise, je la regardais intensément sans pouvoir retenir mes larmes, elle aussi ne pouvait cacher son émotion, je lui tendais les mains, comme pour la prendre dans mes bras mais je ne trouvai, devant moi, que la vitre qui nous séparait, je posais mes mains sur cette vitre, elle en fit de même, nous nous regardions, nous ne pouvions pas parler, il aurait fallu crier pour dominer le bruit de tous ces détenus et de leurs vis-à-vis qui partageaient notre situation.
Cette première visite ne dura qu'une petite demi-heure, incapable d'articuler un mot, impossible de se comprendre, elle me fit signe qu'elle m'écrirait. J'eus le temps de lui murmurer je t’aime, elle ne l'entendit pas et disparut comme elle était venue, comme une apparition.
Je regagnai ma cellule, je m'allongeai sur mon lit et me demandai si au fond je n'avais pas rêvé.
Au fur et à mesure que les minutes s'écoulaient je sentais monter en moi une douce chaleur. Je lui avais dit que je l'aimais, le front rouge de plaisir et d'audace je pensais que c'était la première fois que je prononçai ces mots.
J'avais connu pourtant bien des femmes, trop peut-être, mais à aucune d'entre elles je ne m'étais aventuré à leur parler d’amour.
C'était donc du désir, simplement du désir que j'avais dû éprouver mais pas ce sentiment merveilleux qui venait de se révéler dans la douleur de l'instant présent et je le découvrais seulement aujourd'hui. J'étais ébloui et j'avais peur à la fois, peur des conséquences qui allaient découler d’une telle découverte.
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13.07.2008
Avis au lecteur
Avis à mes lecteurs.
À plusieurs époques de ma vie j'ai écrit plusieurs romans aux titres suivants :
Ma nuit.
La maison d’en haut.
La porte de Westphalie.
Et si le bonheur c'était pour demain.
Seriez-vous intéressés par la publication sur mon blog de ces romans.
Merci de me donner votre avis.
Amicalement.
09:37 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
Ma vie 54
La torpeur de la fin de nuit faisait place au remue-ménage de la prison, un nouveau jour s'annonçait, une nouvelle semaine aussi, la première de mon enfermement. J'avais le coeur plus léger, convaincu, que j'étais que ce serait au cours de celle-ci que je verrai ma libération.
La nuit avait été particulièrement pénible, j'avais été réveillé en sursaut par des cris horribles, je devrais dire par des hurlements inhumains, à vous glacer le sang, des appels au secours, des coups, frappés en cadence, sur les portes des cellules, tous ces bruits, devenus insoutenables, se mélangeaient, s'amplifiaient, prenaient, dans l'ignorance de leurs origines, une ampleur considérable, démesurée, dans l'obscurité totale de la cellule, mon coeur battait la chamade, je me demandais ce qui se passait, mes deux compagnons d'infortune tentèrent de me rassurer, c'est vraisemblablement une tentative de suicide, me dirent-ils d'une seule voix.
Enfin, après de longues minutes qui me semblèrent une éternité, j'entendis le bruit caractéristique des clefs dans les serrures, qui pour la première fois prenait l'image d'une délivrance tant ce bruie avait semblé donner le signal du calme revenant dans la prison.
J'appris dans la matinée qu'il y avait bien eu tentative de suicide et que le blessé avait été transporté à l'hôpital. Nous n’apprîmes rien de plus. Il ne fallait pas faire de vagues à partir de ces sortes d’événements.
Dans la matinée, pour faire passer le temps, j'avais accepté d'accompagner mes compagnons à la promenade, celle-ci durait une heure, sous la surveillance d'un maton, nous étions parqués, par groupe de 15, dans des cours triangulaires de faible superficie.
Nous étions isolés par des murs de 4 m de hauteur, recouverts par un filet anti hélicoptères.
Marchant et tournant en rond dans ces trous à rats, c'était là dans ce lieu de désolation que se nouaient les relations, que s'échangeaient les idées, que se propageaient les ragots de la prison.
Il ne m'avait pas échappé que je faisais l'objet d'une grande curiosité auprès des détenus que je ne connaissais pas, à tour de rôle ils venaient marcher quelques instants à côté de moi, me racontaient leurs exploits, m'indiquaient les raisons de leur incarcération, je les sentais respectueux, attitude sans doute due à mon âge qui les impressionnait, ils étaient jeunes, pour la plupart et auraient pu être mes enfants.
En fait, on avait parlé de moi dans cette prison, je passais pour un escroc, on parlait de 40 millions de francs détournés à mon profit et, chapeau bas, je forçais l'admiration et le respect.
J'étais rentré de la promenade, le courrier avait été distribuait, je n'avais aucune lettre, du reste je n'en attendais pas, peut-être même que Marie n'avait toujours pas été prévenue.
Le repas terminé, je m'étendais sur mon lit, François devait passer le lendemain devant le tribunal et je savais qu'il se préparait mentalement et qu'il ne fallait pas le distraire, Pierre attendait la visite de sa femme, il était anxieux, déjà elle n'était pas venu lors de la précédente visite, il était jaloux et cette jalousie occupait toutes ses pensées.
Soudain, lorsque la clé tourna dans la serrure, d'un bond Pierre avait sauté au bas de son lit, prêt à se rendre au parloir mais bien vite il changea de mine, c'était mon nom qui venait d'être appelé.
Je respirais profondément, je n'étais plus seul, mes avocats avaient dû être prévenus et, j'allais obtenir un changement de situation, c'est dans cet esprit que je suivais le maton venu me chercher.
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12.07.2008
Ma vie 53
En prison, la hantise c'est le mitard et, pour l'éviter, il faut bien connaître le règlement affiché, paraît-il, dans les couloirs, mais, comme vous ne sortez jamais de votre cellule, sauf sous bonne escorte, vous n'avez pas l'occasion de le lire alors, c'est le bouche à oreilles qui fonctionne, entre les détenus.
J'avais appris que :
A la première sonnerie du matin, il fallait sauter du lit, faire sa toilette, s'habiller, et faire son lit.
Les douches étaient obligatoires, le mardi et le vendredi.
Le courrier devait être remis chaque jour avant 16 heures, sauf les samedis et les dimanches.
Les promenades, dans la cour de la prison, en groupe, étaient autorisées deux fois par jour.
Les visites, pour ceux qui en avaient le droit, avaient lieu, le lundi, mercredi et vendredi, à partir de 14 heures.
Les commandes, pour la cantine, devaient être passées le mercredi avant 10 heures, pour être livrés le vendredi matin.
Tous les gardiens devaient être appelés chefs et traités avec déférence.
Les bagarres entre détenus étaient rigoureusement interdites, de même pour tout acte ou tentative d'acte sexuel.
Les cellules devaient être tenues propres, balayées chaque jour, aucune affiche ou photo ne devait être apposée sur les murs.
J'écoutais mais, j'étais persuadé que je n'avais pas à connaître tout cela, que dès le début de la semaine, mes avocats m'auraient fait libérer, et je plaignais tout ceux, qui, innocents ou coupables, étaient obligés de vivre dans cet environnement que je jugeais absurde.
Le samedi et le dimanche furent deux jours interminables malgré la gentillesse de mes deux codétenus, je ne pouvais pas accepter cette promiscuité dégradante, cette inaction permanente, les heures passées à réfléchir, à se demander pourquoi, à se dire que peut-être, si j'étais là c'était que j'avais commis des actes qui tombaient sous le coup de la loi et que je n'avais pas su discerner. Mais peut-être, la prison fabriquait-elle des coupables comme une fleur fabrique un fruit.
J'étais littéralement déchiré, une partie de moi-même repoussait cette idée de culpabilité, et l'autre, me laissait entrevoir une éventuelle est longue peine de prison.
Mes nuits étaient peuplées de cauchemars, je voyais autour de moi des barreaux qui m'emprisonnaient et j'entendais le bruit des clés dans les serrures, je me réveillais en nage, tremblant de tous mes membres et j'avais affreusement peur.
Et je n'avais toujours pas de nouvelles, je ne savais toujours pas si Marie avait été tenue au courant de mon incarcération, je m'inquiétais du travail d'ébénisterie qui était en cours et que je ne pouvais pas terminer, j'avais tant de questions et pas de réponses.
Je me demandais comment ma situation, entre Marie et Maryvonne, serait perçue par le juge et cela ajoutait encore à mon anxiété.
Lorsque je voyais mes deux compagnons occupés à lire ou à commencer une partie de cartes, je m'installai sur une chaise dans le coin de mon lit. Je fermai les yeux. Ma vie défilait alors comme dans un kaléidoscope. Mais qu'ai-je donc fait de ma vie me disais-je, tout était si récent, si imprévu que mes souvenirs se bousculaient sans pouvoir établir dans mon cerveau un ordre cohérent. Je n'osais pas penser à mon avenir, je savais qu'un ma sortie de prison plus rien ne serait comme avant et les battements de mon coeur s'accéléraient douloureusement.
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11.07.2008
Ma vie 52
Le dîner nous fut servi dans la foulée. Potages au vermicelle, raviolis et portion de fromage composaient le menu. Je n'avais pas faim, j'avais la nausée, je réussissais en me forçant, pour ne pas rester l'estomac vide, à avaler le boulions et le fromage, par contre, les raviolis jugées infectes, prirent toutes les trois, le chemin de la cuvette des W.C. Je compris, ce jour là, le rôle que pouvait jou le er cette pièce maîtresse de la cellule.
Tout y passait, les déjections, la nourriture jugée infecte, les ordures de la cellule, les vieux journaux, c'était le circuit habituel de tout à ce dont on voulait se débarasser, le vide ordures général, c'était aussi ma première leçon de vie carcérale.
Petit à petit, dans la prison, le silence s'installait, il y eut une dernière vague de bruits, le service des médicaments, un gardien s'arrêtait à la porte de chacune des cellules, les bénéficiaires, devaient avaler, devant le gardien, les potions ou les comprimés qui leur avaient été prescrits par le médecin de la prison. Cela n'empêchait pas la triche. J'appris plus tard que certains détenus voulant se constituer un stock de médicaments pour diverses raisons, simulaient la déglutition est récupéré le comprimé ou la pilule, dès que le gardien avait tourné les talons. Impossible de pratiquer cette opération avec un médicament liquide
Mes deux compagnons se mirent en pyjama, à tour de rôle ils se lavèrent les dents, se soulagèrent, sans gêne apparente, avant de s'étendre sur leur lit respectif, Pierre, retira ses lunettes, se retourna sur le côté du mur, en position de repos pour la nuit, François, dont le lit se trouvait en haut à proximité de la faible lumière qui diffusait une faible clarté, lisait une revue que j'avais vu traîner sur la table.
Je restais seul avec mes pensées, je n'avais pas de pyjama, pas de brosse à dents, encore moins de dentifrice, j'avais une envie pressante à satisfaire mais je n'arrivais pas à me libérer de ma pudeur naturelle, cependant, je fus bien obligé de franchir le pas, je constatai alors, que personne ne s'occupait de moi.
Je finissais par m'étendre à mon tour sur mon lit, je me calai dans ma zone d'ombre, lorsque les lumières s'étégnirent pour la nuit, mes larmes se remirent à couler doucement, sans bruit, je pensais à Marie à ma douce vie, à la longueur des jours, à l'horreur des nuits, j'avais froid, j'avais peur d'être oublié, peur de ne plus retrouvé ma liberté, peur d'être malade, de faire une crise cardiaque, de mourir, en quelque sort, seul, loin de chez moie,
Je finissais par trouver le sommeil, mais presqu'aussitôt, je fus réveillé, toutes les heures, par la ronde, effectuée par le gardien qui soulevait l'œilleton de la cellule et allumait brusquement la lumière, pour voir si tout se passait normalement, sans cris, sans bagarres, sans gestes désespérés, en somme pour être sur que le calme régnait dans la cellule.
Comme elle a été atroce cette première nuit, je me trouvai dans un environnement auquel je ne pouvais pas m'habituer, aux ronflements sonores de mes compagnons, à ces rondes répétées, impossibles, qui n'en finissaient pas. J'avais envie de crier, j'avais deux jours à vivre sans nouvelles, samedi et dimanche, c'&tait intolérable.
Lorsque j'entendis les bruits renaître dans la prison à partir de cette heure le lendemain matin j'avais une envie folle de dormir pour ne plus penser.
Mais il fallait se lever, faire sa toilette, refaire son lit, se préparer à vivre une autre journée aussi inutile que la précédente, à végéter, à attendre ce qui ne pouvait se produire, il fallait que les heures pasent.
Malgré mon désespoir, ma fureur, mon ennui, pendant les deux jours qui suivirent, j'appris beaucoup de choses sur la prison, sur ses règles, son organisation, mes deux compagnons étaient des habitués, ils me parlèrent longuement de ce qui m'attendait et de la lenteur de l'administration judiciaire, rien pour me rassurer, mais le temps passait.
08:53 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
10.07.2008
Ma vie 51
La surprise atténuée, l'émotion retombée, chacun se présenta. Pierre était en préventive, accusé de vol de chèques et d'émission de ceux-ci sans provision.
François attendait sa comparution devant le tribunal des flagrants délits, pour des vols mineurs.
Je leur précisais que je ne savais pas pourquoi j'étais ici, ils échangèrent un regard furtif, chargé de sous entendus, je précisais que c'était la conséquence d'un dépôt de bilan, la situation semblait les dépasser, en tout cas ça les laissait totalement indifférents, on ne partage pas ses propres misères, même en prison.
François me précisa qu'il me laissait son lit, le plus proche du sol, je suis plus jeune que toi, me dit-il, je prendrai le lit supérieur.
Puis, sans plus s'occuper de moi, je les vis s'installer à chaque extrémité de la petite table et, reprendre une partie de cartes que mon arrivée intempestive avait dû interrompre.
J'installais mon sac de couchage et mes couvertures et m'étendais sur le lit, le cerveau vide, les nerfs à fleur de peau.
Je refoulais mes larmes toujours prêtes à couler, j'observais cette cellule crasseuse et je m'efforçais de penser que j'allais devoir vivre dans ce milieu pour un temps que j'espérais, au fond de moi, très court.
Je pensais à Marie, avait-elle été prévenue, à mes enfants, quelle serait leur attitude quand ils apprendraient que leur père était en prison, quelle serait l'attitude des amis et des gens qui me connaissaient, non, je ne pouvais pas rester ici, dans ce trou à rats, il fallait que je me batte, je me sentais démuni, j'allais devoir communiquer maintenant par avocats interposés.
Je repris conscience de la réalité, lorsque j'entendis la clé tourner dans la serrure, la porte s'ouvrit, deux gardiens se présentèrent, l'un restant à l'entrée pour prévenir toute tentative d'évasion, l'autre, portant une échelle, pénétrait dans la cellule, il l'appuya contre le mur, grimpa les deux premiers barreaux et, avec la matraque qu'il tenait dans la main droite, il sonda tous les barreaux du vasistas seule fenêtre de la cellule. Rassurés sur l'état des barreaux, ils repartirent, comme ils étaient venus dans le bruit de la clé dans la serrure de la porte. Je ne savais pas encore que jamais, non jamais, je n’oublierais ce bruit là.
La vérification des barreaux se poursuivit longtemps dans les autres cellules. Les bruits si caractéristiques de ce contrôle diminua d'intensité au furent et à mesure que celui-ci progressait dans la prison.
Je ne pouvais m'empêcher d'observer l'espace clos de cette cage parfaitement hermétique à toute vie extérieure. Je sentais monter en moi comme un affolement incontrôlable, une pressions douloureuse de toutes mes artères. Une fois de plus je retenais mes larmes et repoussées l'idée de me frapper la tête contre les murs, ils étaient bien trop épais pour y faire une brèche.
09:50 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
09.07.2008
Ma vie 50
En fin d'après-midi je me retrouvais, toujours encadré de mes deux inspecteurs, dans la salle d'attente du cabinet du juge d'instruction au palais de justice de Meaux.
J'étais anéanti, totalement à bout de forces, incapable de réagir, l'esprit vide de toute pensée. Je me laissai conduire comme un chien fidèle, les yeux grands ouverts sur un monde que je ne reconnaissais pas.
Après une longue attente, destinée, sans doute, à éprouver mes nerfs, je fus introduit dans le cabinet du juge d'instruction et mes deux inspecteurs, après avoir livré leur marchandise s'éclipsèrent.
Je restais seul en face de cette femme, le juge était une femme, moins de trente ans, les yeux baissés sur son dossier, pas un regard dans ma direction, manifestement pressée d'en finir, elle me dit que je pouvais être assisté d'un avocat mais lorsque je lui dis que mes avocats étaient à Paris, elle précisa qu'elle n'avait pas le temps d'attendre, qu'elle pouvait me désigner un avocat d'office.
Dépité, fatigué, sentant que la partie était perdue d'avance, j'acceptais cette proposition. Elle appela l'avocat de service qui devait traîner dans les salles du palais, une jeune femme, avocat stagiaire.
Dix minutes nous avait été accordées pour notre défense, mais que pouvions-nous faire en dix minutes ? Rien. Je sentis monter en moi une onde de désespoir, je ne pouvais pas croire que la partie puisse s'annoncer aussi mal.
La juge précisa à mon avocat qu'elle me plaçait en détention provisoire. Mon avocat tenta de lui faire valoir mon âge, j'avais soixante ans, ma fatigue, mon attitude exemplaire, la juge pressée, c'était le début du Week-end et pas question pour elle d'en perdre la moindre parcelle répliqua d'un ton courroucé,: Vous n'êtes pas, Maître, en train de faire une plaidoirie, gardez vos arguments, nous verrons plus tard.
Tout était dit, je fus pris en charge par deux agents de police, menoté,et affront suprème, conduit à pied, au vu des gens que je croisais à la maison d'arrêt située en face du palais de justice.
J'arrivai devant la porte de la prison, je jetai un dernier regard sur tous les gens qui m'observaient, il faisait nuit sur la ville et dans mon coeur.
La porte s'ouvrit, je pénétrais dans un univers inconnu, je n'en avait qu'une idée cinématographique ou télévisuelle, je ne savais pas ce qui m'attendait derrière ces murs.
J'avançais comme un automate. On me demanda de vider mes poches, je vidais mes poches, on me demanda de me déshabiller, je me déshabillais, on me demanda de me baisser, je me baissais, on pénétra dans mon intimité pour la fouille à corps, comme un automate je me laissais faire sans rien dire, on me demanda de me réhabiller et je me rhabillais, on me remit un paquetage de draps et couvertures, je pris docilement le paquetage, je suivis un gardien qui, ouvrant et fermant dans un bruit infernal les portes de fer multiples qui se présentaient sur notre passage, me conduisit devant la porte d'une cellule.
En deux tours de clé le gardien ouvrit la porte et je fus littéralement projeté dans cet espace qui devenait, par la seule décision d'une fonctionnaire de justice, mon nouveau lieu de vie.
Je découvrais, au bord des larmes, cette pièce de quelques mètres carrés seulement, 3 lits superposés, trois chaises, une petite table, trois casiers fixés au mur, un lavabo et un WC, composaient le mobilier, ne laissant que peu de place pour la circulation.
Deux individus se précipitèrent sur moi m'interrogeant, me demandant pourquoi j'étais là, je ne savais que répondre, je sentais l'angoisse me gagner, je ne pus retenir mes larmes et je m'effondrais en sanglots sur l'une des chaises disponibles.
Mais dans une prison, tout être qui pleure à droit au respect et au silence, on détourne les yeux et on le laisse exhaler sa peine,se vider de sa souffrance.
Mes deux nouveaux compagnons me laissèrent un peu de répit, et voyant mon émoi s’apaiser, , ils vinrent auprès de moi. Il y avait un vieil homme, Pierre et un jeune Gitan François, ils savaient, pour l’avoir vécu eux même, que les familles ne sont que tardivement prévenues de la mise en détention, ils me pressèrent d’écrire un mot pour informer ceux que j’aimais. Nous étions vendredi soir et il n’y avait pas de courrier le week-end, je n’avais rien, ils me donnèrent papier enveloppe et timbre, François appela un gardien et ma lettre à Marie pu partir le jour même.
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08.07.2008
Ma vie 49
L'inspecteur semblait plus arrogant qu’il ne l’avait été la veille, je ne sais pas, me dit-il, si la nuit vous a porté conseil, mais vous ne semblez pas avoir beaucoup souffert de cette situation. Je ne répondis pas, je haussais légèrement les épaules comme pour lui signifier que je me foutais pas mal de son interprétation.
L'interrogatoire reprit de plus belle, ils étaient deux, ce matin, à poser des questions, à argumenter, à sauter du coq à l'âne, ils étaient durs dans leurs propos, hostiles, ils voulaient me déstabiliser, manifestement ils ne connaissaient pas l'histoire, moi, et moi seul, je la connaissais, je leur tenais tête, et dans l'exaspération, je l'avoue, j'ai eu envie de prendre cette machine à écrire, dont le cliquetis m’exaspérait et la jeter au travers de la fenêtre du bureau.
Le supplice dura jusqu'à la fin du jour où il me fut notifié que ma garde à vue était prolongée de vingt-quatre heure et que je passerais une seconde nuit au poste.
Il m'avait été annoncé que le lendemain, je serai confronté avec le directeur local des sociétés hollandaises qui avait été également convoqué.
La nuit fut plus calme, peut-être parce que j'en avais pris l'habitude, peut-être aussi parce que j'étais fatigué, je n'avais fait aucune toilette depuis deux jours, je me sentais mal à l'aise j'espérai que cette situation allait se terminer aujourd'hui même, nous étions vendredi.
Dans la matinée le directeur attendu arriva, il n'y eut aucune confrontation, mais on me notifia que j'allais être présenté à un juge d'instruction qui déciderait de ma libération ou de mon incarcération.
Je rejetais, au fond de moi, cette seconde possibilité, je n'avais rien fait d'illégal, j'avais respecté la loi, aucune plainte n'avait été déposée à mon encontre. Il ne pouvait rien m'arriver et je me confortais dans cette idée.
Je fus conduit au service anthropologique de la police judiciaire, moment délicat, humiliant, difficile à accepter, on me prit mes empreintes digitales de la totalité des doigts de la main droite, puis de la main gauche, je restais un long moment, debout dans cette pièce, jusqu'à ce qu'un fonctionnaire me tende un chiffon pour m'essuyer les doigts.
Je passai à la photo traditionnelle, de face et de profil, un frisson me parcourut l'échine, je savais, qu'à partir de ce moment-là, je me trouvai dans le fichier central de la police judiciaire.
Et voilà, comment on fait son entrée dans le monde du grand banditisme.
En début d'après-midi on me fit monter dans une voiture banalisée.
Encadré de deux inspecteurs en civil, qui me précisèrent que, dans le cas d'une tentative d'évasion, ils seraient dans l'obligation, après sommation, de tirer à vue sur moi.
Toutes portières fermées, de Versailles je fus dirigé sur Meaux, pour y être présenté à un juge d'instruction.
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07.07.2008
Ma vie 48
J'arrivai au siège de la police, déposai ma voiture à proximité et me présentai au planton en lui précisant que j'étais convoqué, il me fit entrer et me demanda d'attendre, qu'on viendrait me chercher.
L'attente dura près d'une heure puis un homme jeune se présenta comme inspecteur de police, il me dit son nom, que je n'ai pas retenu et me demanda de le suivre jusqu'à son bureau. Je m'exécutai.
C'était un petit local au rez-de-chaussée d'un grand bâtiment. Au centre de la pièce se trouvaient deux bureaux métalliques, se faisant face, une armoire métallique et une machine à écrire, le tout composait, avec quatre chaises, l'ensemble du mobilier.
On me désigna une chaise et l'un des inspecteurs me précisa les points sur lesquels je serais interrogé, il s'agissait de fournir des renseignements, d'ordre financier et juridique, sur les sociétés dont j'avais été le président directeur général ou le conseil de gestion.
Je n'avais aucune crainte, j'avais constitué ces sociétés, les avais vérifiées, un commissaire aux comptes les avait suivis et un administrateur judiciaire avait été nommé, de plus mes avocats avaient effectué le dépôt de bilan dans les délais légaux, je pouvais donc parfaitement bien répondre à toutes les questions qui me seraient posées.
L'entretien dura jusqu'à 18 heures, mais à partir de ce moment-là, la situation changea totalement, l'inspecteur me précisa qu'il me plaçait en garde à vue, l'interrogatoire devant se poursuivre le lendemain.
Je lui faisais remarquer que je pouvais rentrer dormir chez moi, je pouvais très bien me retrouver, à son bureau, le lendemain matin comme je l'avais fait ce matin même.
Il me précisa que ce n'était pas la procédure qu'il avait choisie, et me signifia qu'il maintenait ma mise en garde à vue. J'étais effondré, je lui demandais de prévenir Marie, il me répondit qu'il le ferait en temps utile, s'il le jugeait nécessaire, il ajouta qu'il ne croyait pas un seul mot des déclarations que je lui avais faites et qu'une nuit, passée au trou, me ferait réfléchir.
Et je fus conduit au bloc, on me retira mes lunettes, ma cravate, mes lacets, ma ceinture, on me demanda de vider mes poches et l'on me conduisit dans une cellule.
Celle-ci faisait partie d'un groupe de quatre cellules disposées côte à côte, le devant, grillagé, permettant une surveillance permanente par un fonctionnaire de police, assis derrière un bureau, disposé près de la porte d'entrée de ce local.
La cellule où l'on m'avait jeté était vide, une chance, pensais-je. Le sol en ciment était relativement propre, pourtant une odeur nauséabonde régnait dans ces lieux, une odeur de vinasse et de sueur mêlée, difficilement supportable.
J'avais aperçu que sur le mur du fond, était fixé un banc de bois, je pensai, sans attendre, ni réfléchir, que je pourrais m'allonger pour la nuit.
Je songeai à Marie qui n'avait certainement pas été prévenue de ma retenue en garde à vue et qui devait me croire sur la route et craindre l'accident. Je ne pouvais rien faire, simplement subir mais, au fond de moi la révolte grondait. Je ne pouvais pas croire que je me trouvai là dans ce local minable traité comme un coupable de droit commun. La révolte physique étant impossible à mettre en œuvre, je décidai de m'allonger sur le bat-flanc souhaitant que le sommeil me plonge dans l'oubli.
La République nourrit, mal, il est vrai, les hommes et les femmes qui sont en prison, mais elle ne semble pas nourrir ceux qui sont en garde à vue. Plus tard, réveillé par le bruit des cellules voisines, on me proposa un casse croûte, mais il me fallut le payer.
Enfin, au prix d'un effort sur moi-même, je m'allongeai à nouveau sur le bat-flanc et je m'endormis.
La nuit passa, tant bien que mal, plutôt mal que bien, je fus, à plusieurs reprises, sorti de mon sommeil, par des cris des clochards et des prostituées ramenés au poste pendant la nuit.
Au petit matin j'eus la joie de voir arriver dans ma cellule, un homme, ivre mort, qui puait la sueur et l'alcool. J'avais peur de le voir vomir à mes pieds, en bredouillant, il voulut engager la conversation, mais je me retournai sur mon bas flanc et le sommeil me gagna à nouveau.
La matinée, plus calme que la nuit passée en pointillé, était bien avancée, lorsque l'inspecteur de la veille vint me rechercher.
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06.07.2008
Ma vie 47
La vie reprit son cours, sans événements notoires, sans visites amicales. Toutes ces années de vie trépidante, de réunions, de prises de décisions n'étaient plus que souvenir, le calme s'était installé autour de moi. On aurait dit un arrêt sur images. Il m'était bien difficile de supporter de bonne grâce ce silence, cet forme insidieuse de retraite.
Je ne pouvais pas rester plus longtemps inactif, il me fallait faire quelque chose, trouver une occupation et assurer un nouveau départ. Je ne voulais pas rester sur un échec mais je voulais rester près de Marie.
C'est ainsi que tout naturellement qu'avec elle nous poursuivîmes en la développant la fabrication des meubles, nous avions trouvé tout un matériel professionnel, une raboteuse, une dégauchisseuse, une toupie, matériel datant de l'année de ma naissance, 1922, en parfait état et que nous avons appris à faire fonctionner et à entretenir.
Les commandes se multipliaient et nous étions sur le point d'en faire notre nouvelle profession, en nous inscrivant comme artisans.
Mais les jours suivants nous ramenaient à la dure réalité.
Ce jour-là, je ne l'oublierai jamais, c'était le 3 novembre, le téléphone se manifestait dans le silence du petit matin, il devait être sept heures trente environ, étonné, je n'avais pas l'habitude de recevoir des appels à cette heure-là, je décrochais, à l'autre bout du fil une voix, que je ne connaissais pas, me demandait personnellement, cela m'étonnait d'autant plus que je n'étais pas chez moi, mais que je me trouvai chez Marie en Normandie.
L'étonnement fut de courte durée lorsque j'appris que j'étais convoqué, dans les plus brefs délais, à la section financière de la police judiciaire de Versailles, je devais m'y rendre séance tenante.
Mais prenez votre temps, m'avait on dit avec une pointe d'humour, nous vous attendrons.
Avec Marie nous nous étions demandé qu'elles puissent être les raisons de cette convocation, j'avais bien essayé d'obtenir une précision, mais mon interlocuteur était resté très évasif.
Rapidement je me préparais, montais en voiture, et je m'apprêtai à effectuer les 150 km qui me séparaient de Versailles. J'avais ironisé en quittant Marie, c'est dire que je n'avais aucune inquiétude.
Tout en conduisant je passais en revue dans ma tête les raisons qui avaient pu générer cette convocation
: le non-respect des règles de licenciement ? Impossible, j'avais l'accord du patron de l'UNEDIC.
Le dépôt de bilan ? Impensable, j'avais respecté toutes les règles légales. De plus mes avocats à titre de confirmation, m'avait précisé que nous avions fait un atterrissage en douceur.
Je ne voyais rien qui puisse justifier une telle convocation.
Je chassais loin de moi ces angoisses naissantes. On verra bien me dis-je en approchant de Versailles.
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05.07.2008
Ma vie 46
Marie prépara le dossier et nous partîmes un matin en direction de Cahors, c'était au mois de juillet, il faisait un temps magnifique, le soleil était chaud, il y avait peu de circulation, C'était une vraie balade, un peu de calme dans la tourmente que nous traversions, un peu d'oubli, de bonheur, c'était comme si nous étions de jeunes mariés en lune de miel, on ne parlait pas de nos ennuis, on observait la nature, on s'émerveillait à la vue des paysages au fur et à mesure que nous traversions la France.
Conformément au rendez-vous que nous avions pris au préalable, nous arrivâmes un peu en avance. Nous nous sommes assis près du comptoir.
Nous vîmes arriver un petit homme, tout en rondeurs, marchant à petits pas, s'appuyant de tout son poids sur le sol. Il vint à nous, souriant comme s'il nous avait toujours connus et sans façon, sans qu'il en soit prié il s'installa auprès de nous.
Je dévisageai cet homme à la dérobée, je le trouvai un peu différent de son image télévisuelle. Il avait le visage moins lissé, sans doute pensais-je, l'absence de maquillage.
Par contre sa façon d'être naturel et, sa voix était la même que celle que nous connaissions et à laquelle notre oreille était habituée.
Ainsi, nous avions devant nous, à notre table, le secrétaire général du syndicat force ouvrière et le patron des organismes sociaux, j'en avais presque oublié la raison pour laquelle nous nous trouvions en sa présence.
C'est Marie qui avait remis de l'ordre dans la conversation et qui avait exposé notre dossier, nous avons été surpris, il connaissait parfaitement bien la loi qui s'appliquait à notre problème, il nous précisa qu'il était d'accord avec notre interprétation, nous demandait de lui remettre notre dossier et nous assura que, dès son retour à Paris, il réglerait ce problème.
Le dîner s'acheva dans la bonne humeur et immédiatement après, nous avons repris la route.
Nous étions libérés, un peu euphoriques, le bon vin, sans doute, mais aussi la joie d'avoir réussi et de rapporter à nos cadres une heureuse nouvelle.
Nous avions décidé de profiter de ce retour, je voulais montrer à Marie une région, la Dordogne, et notamment le lieu-dit où je passais mes vacances d'adolescent, c'était, en quelque sorte, pour moi, un véritable pèlerinage, je voulais montrer des endroits de ma jeunesse ou j'avais été heureux.
Belvès, petite ville de Dordogne, à l'échelle humaine, que j'étais heureux de te retrouver, près de cinquante ans s'étaient écoulés depuis ma dernière visite, j'étais plein de souvenirs que je voulais partager avec Marie, lui montrer les endroits où j'avais traîné mon adolescence.
J'étais ému, nous avons demandé notre route et après avoir traversé une forêt de châtaigniers nous sommes arrivés devant la seule maison encore debout de ce lieu-dit, ancien petit village de 7 feux, comme on disait jadis, pour désigner les familles qui habitaient ce lieu.
C'était très émouvant de retrouver les endroits identiques à ceux restés gravés dan ma mémoire, j'aurais tant voulu avoir vécu avec Marie cette époque de ma jeunesse.
Marie semblait tout aussi émue que moi, la maison donnait l'impression d'être fermée, j'entraînais Marie vers le jardin, je m'attendais à voir surgir, au détour du chemin, les amis de mes parents qui m'avaient si souvent et si gentiment accueilli, je revoyais Gabriele et François, Polo et Andrée, leurs enfants de mon âge, je revoyais Monsieur Robert, ancien colonial, propriétaire des lieux.
Et puis, un couple était arrivé surpris de nous voir visiter la propriété, je leur expliquais les raisons de notre présence, amusés ils nous firent entrer.
Pour moi ce fut un choc, rien n'avait changé à l'intérieur de cette maison, à l'exception d'une cloison qui avait était légèrement déplacée, sur l'évier en pierre il y avait toujours la pompe à main qui distribuait l'eau du puits, l'escalier qui accédait aux chambres du premier étage, la grande cheminée dans laquelle un chaudron restait pendu en permanence à la crémaillère, combien d'heures j'avais passées devant cette cheminée à préparer les cerneaux de noix qui, un peu plus tard, feraient de l'huile, combien d'histoires avais-je entendues raconter par les anciens, c'était bon de se retrouver dans son passé.
Marie écoutait ces évocations, parfois, curieuse elle posait quelques questions, je sentais qu'elle vivait ces moments, qu'elle aurait aimé les partager avec moi.
Je lui avais fait visiter le hangar ou séchaient les feuilles de tabac, principale culture de cette petite exploitation, parcourant les lieux, j'avais retrouvé parmi les ruines, le four à pain, intact, où sur des clayettes, on faisait sécher les pruneaux et les figues et qui servait encore, à cuire le pain.
Nous sommes restés longtemps sous le charme des souvenirs évoqués et c'est avec quelques regrets au coeur que nous avons repris le chemin du retour.
Nous avons roulé longtemps sans dire un mot, chacun perdu dans ses pensées. Mais en amour les silences ne sont-ils pas plus éloquents que les paroles ?
Ci-dessous la maison de Dordogne avec la famille au complet qui me recevait pendant les vacances.

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04.07.2008
Ma vie 45
Au cours de ma première séance de travail avec le liquidateur judiciaire nommé par le tribunal, je lui avait remis les livres des assemblées et des conseils d'administration, les contrats passés avec les fournisseurs, les clients, les assurances, les carnets de chèques et je me voyais un peu comme les bourgeois de Calais, en train de remettre les clefs de la ville aux anglais, je souriais mais je savais que c'était grave.
L'administrateur prit en mains la direction des entreprises pendant une durée de trois mois. Nous étions en rapport permanent et il trouva un repreneur pour l'ensemble des sociétés du groupe hollandais mais il ne trouva aucun repreneur pour ma société d'informatique de diffusion et d'édition.
Le dépôt de bilan était donc devenu inévitable et un syndic de faillite de la région fut désigné par le tribunal.
C'est ainsi que commença une longue période de liquidation des affaires courantes ainsi que des actifs de la société. J'étais donc le seul au courant de toutes les affaires et c'est en collaboration étroite avec le syndic que j'assistais sans pouvoir m'y opposer à la dilapidation de tout ce qui, en période de marche normale faisait la valeur intrinsèque de l'entreprise. F Tout fut bradé, liquidé, je fus mis dans l'obligation de quitter la maison qui était au nom de la société et je me repliai dans la maison du bord de la route qui était encore ma propriété.
Marie avait suivi le déroulement de toutes ces opérations, elle m'avait été d'un précieux secours, elle m'avait apporté ses connaissances juridiques, elle avait exercée jadis la profession d'avocat et c'est, sans aucun doute, grâce à elle que j'ai pu tenir physiquement et moralement. Cette période nous avait rapproché mais nous n'avions toujours pas évoquer la possibilité de vivre ensemble. Peut-être cherchions-nous à éviter tous les remous qu'aurait pu provoquer un divorce dans cette période.
Dans ma vie, une fois de plus, je me retrouvais totalement à sec, je n'avais plus de revenus mensuels, plus de traitement, et plus d'argent à la banque, j'avais tout mis dans le capital de ma société et tout ça était, je le savais, totalement perdu. De plus j'avais une dette fiscale personnelle de 40.000 francs environ. C'était énorme, j'avais toujours eu de très mauvais rapports avec l'argent et j'aurais bien voulu savoir quelles en étaient les raisons mais en l'occurrence j'avais été très imprudent de laisser à Maryvonne la gestion de nos finances personnelles. Elle avait laissé s'accumuler les impôts impayés.
Le syndic me précisa qu'il ne réglerait pas les indemnités de licenciement dues à certains cadres supérieurs, les ASSEDIC et l'UNEDIC, considérant que ces intéressés exerçaient des fonctions de direction, devaient être écartées du bénéfice de la loi.
Ce n'était pas mon avis, ni celui de Marie, ni celui de nos avocats, et nous envisagions de porter l'affaire devant les tribunaux. Nous hésitions, la lenteur de la justice et les besoins urgents de nos cadres demandaient une décision rapide, c'est alors que j'appris que le patron de l'UNEDIC, Monsieur Bergeron, lui-même, se trouvait en vacances à Cahors et qu'il déjeunait presque tous les jours, dans le restaurant de l'une de nos amies.
Je décidais alors de me rendre à Cahors pour le rencontrer et lui expliquer notre situation.
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03.07.2008
Ma vie 44
Les besoins en trésorerie devenaient de plus en plus importants, car dans la profession il était habituel que les diffuseurs consentent des avances à leurs clients éditeurs. Ce que nous dûmes faire pour conserver notre clientèle.
Sur le plan financier, les hollandais avaient pris des engagements à l'égard de notre société, mais il semblait, depuis quelque temps, que ceux-ci avaient des difficultés à les tenir. Je constatai la même tendance à l'égard des autres sociétés de leur groupe. Cela m'étonnait mais je les savais capable de surmonter toutes les difficultés éventuelles.
C'est alors que je fus convoqué à Amsterdam avec le directeur local, j'étais très confiant et je pensais que la situation allait se débloquer.
Nous avons été reçus par le comité de direction qui nous
fit part des difficultés qui les avaient conduit à l'adoption de mesures énergiques devant aboutir, à terme, à la sauvegarde de la société.
Le comité nous fit part, ensuite, des mesures draconiennes qui s'établissaient comme suit : le licenciement de 25/100 des effectifs hollandais, démission des dirigeants actuels, arrêt immédiat de tous les financements accordés à leurs succursales externes, qui devraient subvenir, elles-mêmes, à leur propre fonctionnement, au remboursement de toutes les avances consenties à nos sociétés.
Il nous fut précisé que ces mesures étaient immédiatement applicables et, que notre sort était, maintenant, entre nos mains.
Le retour fut morose, nous n'avons pas beaucoup parlé, nous savions que nous ne pourrions pas faire fonctionner nos entreprises pendant bien longtemps si nous devions assurer la trésorerie courante et, en plus, rembourser les avances qui nous avaient été faites par les hollandais.
Dès notre retour le directeur local et moi-même, nous nous étions réunis pour étudier toutes les conséquences que les décisions hollandaises pourraient avoir sur l'avenir de nos sociétés.
Nous étions très engagés auprès des banques et nous savions que le retrait des garanties hollandaises n'inciterait pas, celles-ci, à s'engager davantage dans nos sociétés.
J'étudiais les besoins nécessaires et je décidais de le soumettre à nos deux principales banques.
Elles nous firent connaître leur décision, elle était négative.
Nous n'avions aucune alternative, une seule solution s'imposait le, dépôt de bilan.
Je ne pouvais pas me résoudre à prendre cette décision, je songeai à tout ce gâchis s'en suivre, je pensais à mes collaborateurs qui allaient se retrouver sur le marché du travail et je me demandai qu'elle était ma part de responsabilité.
Je savais aussi que je ne disposais que de quinze jours après le premier incident de paiement pour procéder légalement au dépôt du bilan.
Cette période fut pour moi, l'une des plus pénibles de toute mon existence. Je ne savais pas que la période la plus éprouvante et la plus dure était encore avenir.
Je décidais alors de prendre du recul. je montais dans ma voiture et la sans trop savoir pourquoi
je roulais en direction du sud.
J'étais seul. Le ronronnement du moteur agissait sur mes pensées comme un calmant agi sur la douleur. J'aurais voulu fermer les yeux, me laisser emporter par la vitesse.
À Orléans je décidais de me rendre à Royan.
J'arrivai en fin de soirée à destination, je trouvais une chambre dans un petit hôtel ouvert hors saison. Je m'installai et couché au travers de mon lit je me demandais pourquoi j'avais choisi Royan.
Je ne le savais pas moi-même. Peut-être parce que mes souvenirs d'enfant avaient fait de cet endroit un lieu privilégié où rien ne pouvait vous arriver, ou tout incitait au retour sur soi-même, à la réflexion.
Par la fenêtre j'apercevais l'océan qui recouvrait la plage, il était tard, les gens se à des sur le front de mer. Bientôt la ville allait s'endormir. J'avais envie d'en faire autant. Nous étions en avril 1981. Pour moi l'hiver ne faisait que commencer.
Je restais deux jours et deux nuits a réfléchi hors du monde et du temps. Je m'efforçai d'envisager toutes les conséquences des actions que j'allai entreprendre.
Ce la situation n'était pas brillant. Le dépôt de bilan s'imposait définitivement à mes yeux. J'allais tout perdre dans cette aventure, le peu d'argent que je possédais je l'avais mis dans la société. Je savais que la maison que j'habitais allait être vendue. Mais cela ne m'affectait pas. L'argent pour moi n'avait qu'une valeur toute relative. Je pensais surtout aux 200 personnes qui seraient licenciées et aux nombreux drames que cette situation allait forcément déclencher.
Je rentrai au bureau fort de la décision que j'avais prise. Il n'y avait plus de temps à perdre J'eu une longue conversation avec Marie sur l'incidence de cette situation nouvelle sur notre relation et nous avions décidé de vivre cette épreuve côte à côte et de la partager.
J'avais compris qu'elle m'apportait son soutien inconditionnel et que je pouvais m'appuyer sur son amour.
Je ne savais pas alors combien le chemin serait long et difficile.
Je réunissais ensuite mes collaborateurs et les conseils d'administration de chacune des sociétés du groupe, j'exposais la gravité de la situation dont les hollandais étaient les seuls responsables et, devant les participants incrédules, je précisais qu'une seule voie était possible : le dépôt de bilan j'imaginai à la gravité de leurs visages la tempête qui devait se dérouler dans leurs pensées,
Et j'avais mal pour eux.
Un des moments le plus difficile et le plus fort en émotion, ce fut la réunion avec les délégués du personnel, c'était leur avenir qui se jouait, c'était eux et ceux qu'ils représentaient qui se trouvaient en première ligne, qu'allaient-ils devenir ? Qu’elles actions de défense légitimes allaient-ils entreprendre ? ils ne pouvaient pas admettre que les entreprises soient définitivement arrêtées simplement à cause de difficultés financières et je les comprenais bien, mais hélas, je n'avais aucune solution a leur proposer, j'avais effectué toutes les démarches possibles et je savais, que dans ce domaine, il n'y avait pas de miracle, je leur avais demandé d'être raisonnable, j'avais l'intention de proposer, en accord avec mes avocats, la désignation d'un administrateur judiciaire qui pourrait prendre la décision, s'il le jugeait utile, de poursuivre l'exploitation des sociétés jusqu'à ce qu'il trouve un éventuel repreneur.
Le tribunal accepta ma demande et désigna un administrateur judiciaire, un expert très connu et très compétant, la passation des pouvoirs avait été, dans mon esprit, un geste symbolique très fort.
15:55 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
02.07.2008
Ma vie 43
Avant de poursuivre mon histoire, il me paraît très intéressant de mettre sur la toile les photos des principaux livres huit on produits par ma société.
Si certains d'entre eux vous donnent l'envie de les posséder, je vous précise que vous les trouverez en majorité sur le site suivant :
www.priceminister.com







11:45 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
30.06.2008
Ma vie 42
De retour au bureau la vie reprit ses droits, j'avais une activité professionnelle, encore une fois, très mouvementée, par contre je voyageais beaucoup moins à l'extérieur de l'hexagone, j'avais de nombreux entretiens avec les éditeurs que nous représentions et, en vertu du contrat que j'avais signé avec les hollandais, j'assurai toujours la surveillance étroite de leurs sociétés françaises, j'avais été amené à licencier la maîtresse du directeur pour essayer de remettre de l'ordre dans la direction.
Mais le conflit, entre le directeur et sa femme, avait pris une telle ampleur que l'ordre ne semblait pas prêt de revenir.
Et ma société d'édition avait trouvé sa vitesse de croisière, nous étions connus honorablement et nous entretenions d'excellents rapports avec la plupart des grands éditeurs.
L'ouverture de notre bureau parisien nous avait conforté dans notre notoriété, l’édition avait ses exigences, pour être reconnus il fallait avoir un bureau de référence dans le quartier des éditeurs.
Notre activité d'éditeur allait entrer dans sa 6e année, nous commencions à disposer d'un fonds de livres très intéressant, il y avez dix BD de la collection de la vie des hommes, six anthologies poétiques, quatre ouvrages pratiques, deux ouvrages, dans la collection Les beaux livres, celui de Mady de la Giraudière et un recueil de photos sur la tauromachie réalisé par un photographe de la région de Toulouse.
La production de cassettes avait été aussi importante, il y avait, dans ce domaine, notamment une très belle réalisation de contes pour enfants.Et oui, nous étions les précurseurs de Marlène Jobert.
Notre studio d’enregistrement, avec Marie et notre ingénieur du son

Notre activité de diffuseur, pour le compte des autres éditeurs, donnait d'excellents résultats et procurait, à notre entreprise, des revenus substantiels.
Tout semblait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Mais c’était ignorer que l’orage succède souvent au plus beau des soleils. Tout à mon activité je n’avais pas aperçu les gros nuages noirs qui s’amoncelaient à l’horizon.
14:30 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
29.06.2008
Ma vie 41

Certains d’entre vous connaissent ce tableau, reproduit ci-après, l’UNICEF l’ayant sélectionné comme carte de vœux il y a un certain nombre d’années.
Une carte de vœux de L’UNICEF représentant l’une des 9 toiles


Cette grande artiste était très connue dans le milieu de la télévision, elle nous avait mis en relation avec Jacques Chancel, Armand Jamot, et José Arthur.
Nous avions également présenté nos livres au salon de la BD à Angoulême.
Puis, ce fut le salon du livre qui se tenait, cette année là, à Nice. Nous y avions installé un très beau stand ouvert à tous les publics et mis en valeur par les visites fréquentes de Jacques Chancel.
Cette manifestation m'avait permis de joindre l'utile à l'agréable, l'utile était sur le plan publicitaire de faire connaître notre maison d'édition et José Arthur qui disposait de deux heures d'antenne, chaque soir, nous avait accordé une interview et nous avions pu parler largement de notre maison.
L'agréable, c'était, avant tout, la présence de Marie à mes côtés pendant les huit jours de cette manifestation, un vrai bonheur, se retrouver là, tous les deux, en dehors de toute contingence, c'était, sans aucun doute, un vrai bonheur.
En soirée lorsque nous n'étions pas prêts de rentrer à l'hôtel, nous allions jouer quelques jetons au casino en compagnie de Jacques Chancel et de José Arthur, c'est dans ces moments où on a le plus de possibilité de connaître un peu mieux les gens.
Au cours de cette semaine, nous avions effectué, par avion, un voyage à Toulouse où Marie devait passer à la télévision régionale, elle devait être interviewée sur la production de nos BD, je l'avais accompagnée et nous avions retrouvé la femme du directeur de Couilly, au cours d'un repas amical, superbe repas à bord d'une péniche amarrée sur la Garonne.
En rentrant de Nice à Couilly, Marie avait pris le volant, j'adorais lorsqu'elle conduisait, sa douceur naturelle se retrouvait dans sa façon de conduire, je m'abandonnai, souvent nous discutions ensemble, parfois je m'assoupissais, je me souviens que nous nous étions arrêtés à Montélimar, nous avions acheté des produits régionaux, du nougat, notamment, dont j'étais friand.
Ce voyage de retour avait été merveilleux. Je n’avais jamais connu cette douceur de vivre. Les femmes n’étaient donc pas toutes semblables ? Avais-je donc perdu tout ce temps ? Etait-il déjà trop tard pour vivre un nouveau bonheur ? Je remettais à plus tard la réponse à ces questions . Je profitais simplement de ces instants bénis, le temps d’un voyage.
Notre stand au salon de Nice
Voir photo en tête de cette note
20:45 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
28.06.2008
Ma vie 40
Malheureusement le budget publicité de la branche édition de ma jeune société ne me permettait pas d’engager une forte action télévisuelle. Je disposais d’une attachée de presse, chargée de faire le siège des media. Ce n’était déjà pas si mal. Et puis il y avait les manifestations littéraires.
La première à laquelle j'avais participé était organisée par H.E.C. au siège même de cette école.
Nous y avions présenté nos premières productions littéraires, les quatre premières BD, dont vous avez vu précédemment les photos, une anthologie poétique sur la mère et l'enfant.
Ci-après la photo de notre stand tenu par Marie et par votre serviteur, fournissant des explications à une jeune étudiante.

Nous avions également présenté un très beau livre sur le peintre primitif Mady de la Giraudière, Un si long chemin en était le titre, outre la biographie du peintre, il comportait une vision poétique du chemin de croix que le peintre avait transposé dans son village natal des Pyrénées.
Ce livre numéroté en édition spéciale avait fait l'objet de plusieurs signatures dont la plus importante avait eu lieu au Drugstore des Champs Elysée.
A noter que ce livre édité en 1980 par nos soins sous la marque La Pibole est toujours en vente sur le site Mady de la giraudière.
Le livre,

Mady à notre stand.

19:50 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
27.06.2008
Ma vie 39
Mais l’’édition d’un ouvrage ou d’un support vocal constitue toujours une réelle aventure. Rien ne permet de dire à l’avance si la mise sur le marché sera couronnée de succès.
Une histoire vécue à titre d’exemple.
J'avais reçu, dans mon courrier, un cahier d'écolier décoré, par des motifs de couleurs vives, comme savent le faire les enfants. Il y avait un titre : Poèmes.
J'ouvrais ce cahier et je lisais les premières lignes
« Je m'appelle Marie,
Je suis fille du Nord
Si les marques du temps
Ont épargné mon corps
Mon coeur est je le sais au fond de ma poitrine
Noir comme la fumée qui s'échappe des mines.
Intrigué, je lisais la suite écrite d’une main malhabile et plus je lisais, plus je découvrais une forme de poésie populaire. C'était la vie d'une femme, d'une ouvrière du nord qui se déroulait sous mes yeux. Tout mais vraiment tout y était, la vie, le travail en usine, les transports, les grèves, la solidarité, la mort.
La lecture de ces poèmes m'avait profondément ému. Je décidai de rencontrer cette femme, je lui fixais un rendez-vous dans mes bureaux.
Je restais tout un après-midi à parler avec elle, c'était une jeune femme de trente-cinq ans environ, pas très grande, un peu enveloppée, un joli visage, des cheveux blonds coupés court, modestement vêtue, sans maquillage. Elle semblait bien dans sa peau et dans son siècle.
Elle avait six enfants, tous, me précisa-t-elle un peu provocante, de pères différents, elle travaillait comme emballeuse à La Redoute et passait ses loisirs à écrire des poèmes, elle avait obtenu des premiers prix dans des manifestations locales.
Son rêve était de se faire connaître davantage, et qui sait, peut-être, un jour, pouvoir vivre de ses publications.
Je lui précisai que j'allais réunir mon comité de direction afin d'étudier un projet d'édition.
Je réunissais quelques jours après ce comité composé du directeur commercial, de la directrice des éditions musicales, de la directrice des éditions générales, de l'attachée de presse, l'ensemble sous ma direction.
Nous avons longuement étudié tous les paramètres en sorte de mettre toutes les chances de notre côté, nous ne voulions rien négliger, nous avions décidé d'éditer une cassette comportant les poèmes enregistrés, par des voix connues, celles de Jean Valmont et de Françoise Dorner, sur un fonds musical composé par un artiste renommé. Par l'intermédiaire de notre attachée de presse, nous avions contacté les médias tels que le Pèlerin, Elle, les journaux locaux et Paris-Match, nous voulions que cette cassette sorte un peu avant les fêtes de Noël.
Nous avions eu un long entretien avec le directeur commercial de La Redoute qui avait accepté que le service d'expédition, dont cette jeune femme faisait partie, glisse dans tous les colis un document publicitaire annonçant la sortie de cette cassette.
Confiant dans le succès de ce lancement, La Redoute avait passé commande de 5000 cassettes.
Paris-Match était allé interviewer cette jeune femme, l’avait invitée au restaurant. Elle avait raconté sa vie, ses projets et son rêve : acheter une maison avec ses droits d’auteur.
Les articles dans les médias présentèrent à leurs lecteurs, cette histoire comme un véritable conte de Noël.
Nous estimions ne rien avoir négligé et à la date prévue cette cassette, très réussie, était mise en vente.
Quelques semaines après, le verdict tombait dans toute sa sécheresse, nous avions vendu en totalité trente cinq cassettes, c'était un fiasco total, il fallut reprendre les invendus, et si la situation pour nous, n'était pas tragique, il n'en fut pas de même pour l'auteur, cette jeune femme vit disparaître tous ses rêves, ne supporta pas cette situation, je l'apprenais plus tard, elle s'alitait pour de longues semaines, victime d’une grave dépression.
J’avais appris, malheureusement aux dépens de cette jeune femme, qu’il ne suffit pas d’avoir de bons produits mais qu’il est nécessaire de disposer d’un solide réseau de distribution appuyé par une forte campagne de publicité.
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26.06.2008
Ma vie 38
J'avais régulièrement des nouvelles des patrons hollandais, ils se plaignaient du climat qui régnait dans les sociétés françaises, climat dû à l'antagonisme créé entre le directeur local et sa femme. Au sein du personnel des clans s'étaient formés empoisonnant gravement la situation et se traduisant par de mauvais résultats financiers.
J'avais reçu, quelque temps après le directeur général de la firme hollandaise, qui m'exposait la situation, et m'avait demandé si j'accepterais de revenir faire le ménage dans ses sociétés.
Le Président de la firme hollandaise me demanda de reprendre du service, vous seul, me dit-il, connaissez bien toutes les sociétés du groupe pour pouvoir les remettre en ordre de marche
Je lui précisais que dans l'état actuel de mes activités, il m'était impossible de lui donner satisfaction, je n'en avais pas le temps.
Il se fit alors plus persuasif. Nous disposons au siège d’un très vaste terrain, ajouta-t-il, vous pourriez vous y installer, pourriez regrouper vos bureaux, agrandir vos surfaces de stockage. Je lui fis remarquer que ceci entraînerait un financement complémentaire que dans l'état actuel je ne pouvais pas assurer.
Il me précisa que la holding était prête, en contrepartie de mon accord, à financer toutes les conséquences de cette décision.
Cela me parut bien surprenant, cette insistance flattait mon ego mais je demandai à réfléchir.
J'avais payé pour apprendre, la mainmise des groupes financiers sur ma première société ne m'incitait pas beaucoup à accepter. Je réfléchissais dans le silence de mon bureau, convoquais pour le lendemain le CA et les cadres de ma société.
J’exposais les raisons de mon hésitation. Mon exposé ne paru pas convaincre les participants. Je mis au vote la résolution, je fus battu et contraint d’accepter la prise de participation des hollandais dans le capital de la S.I.G.
J'attendais quelques jours, mais pressé par les événements, je finissais par donner mon accord.
Quelques semaines plus tard, le déménagement eu lieu. Dans le même temps j'avais conforté le bureau commercial de Paris et toute l'administration était regroupée dans les locaux de la société hollandaise.
Et notre développement est reparti de plus belle, avec en plus, la gestion des tentatives de redressement des sociétés du groupe.
Une fois de plus je me jetais à corps perdu dans le travail, fortement assisté par Marie qui menait de main de maître la branche édition.
Je me passionnais pour cette activité nouvelle, participais aux réunions éditoriales, lisais tous les manuscrits.
Marie avait lancé la production de nouvelles BD dans la collection la vie des hommes qui commençait à être connue et appréciée.
Suite des albums édités.


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25.06.2008
Compléments
Au fur et à mesure que se déroulent, dans mon esprit, les événements que je dicte à mon ordi, j’observe que ce n’est pas si facile d’écrire une vie entière.Le soir, étendu sur le lit, seul avec moi-même, je relève la quantité d’informations oubliées. Elles remontent à la surface, m’obsèdent et je repousse violemment les sentiments de tristesse et de découragement qui m’envahissent le cœur.
Aussi avant de poursuivre mon récit, je vais vous transmettre quelques photos oubliées pour illustrer le passé.
1 - Marie, avocate reçue au Barreau de Paris

2 - La maison de Marie à Port-Mort


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24.06.2008
Ma vie 37
J'avais les instruments, on m'avait offert une opportunité dans l'édition, il me fallait simplement trouver les hommes.
Mais avant toute chose je devais restructurer financièrement la SIG et je ne voulais pas commettre les erreurs d'antan, faire appel aux groupes financiers. J'apportai à ma société, sous la forme d’une augmentation de capital, l'intégralité du montant de la vente de mon terrain. Ainsi, pensai-je, je serai le seul maître à bord.
J'avais réuni les personnes qui me semblaient intéressées par mon projet et qui étaient prêtes à collaborer à sa réussite.
Parmi celles-ci il y avait entre autres Marie. Elle m’apportait un projet d’édition sous forme de B D qui me sembla très intéressant. C'est au cours de cette réunion que j'apprenais la nouvelle suivante.
Concernant les deux jeunes femmes homosexuelles que j'avais connues au cours de mon séjour à Louviers, Tessa et Claude.
Appliquant les principes de vie qu'elle s'était imposée, elles eurent un seul et même amant en la personne d'un médecin très connu à Louviers.
L'une fut enceinte, Tessa, l'autre pas.
Mais Tessa était tombée follement amoureuse de son médecin qui ne voulut pas reconnaître son bébé, elle fit un véritable scandale, elle fut inquiétée par la police, et un jour, à bout de force, elle disparut de la ville.
Deux semaines plus tard, on retrouva son corps affreusement mutilé dans l'une des forêts alentour, elle était enveloppée de son sac de couchage et s'était laissée mourir de désespoir.
Presque toutes les personnes présentes les connaissaient, il y eut un grand moment de silence, comme pour laisser à chacun le temps de dire une prière.
Claude avait quitté la ville, elle avait pu adopter l'enfant.
Mais revenons à notre réunion.
Au cours de celle-ci, nous avions défini les orientations de la façon suivante :
- Installation d'un studio d'enregistrement dans le sous-sol de la maison du bord de la route dont Maryvonne assurerait la mise en place.
- La branche édition serait lancée et Marie en assurerait la direction.
Dans le même temps, j'avais embauché comme directeur commercial, l'ancien directeur des éditions Robert Laffont, il m'apportait sa connaissance du métier, ses relations et une partie de son équipe de représentants.
J'entretenais, toujours avec Marie, des relations amoureuses, passionnées mais secrètes.
Pendant les trois derniers mois elle avait compris que jamais la situation, avec son mari, ne se normaliserait, à la suite d'une dispute, qui s'était terminée par des voies de fait, elle avait décidé de quitter le domicile conjugal avec les enfants et demander le divorce.
Ne sachant où aller je lui avais proposé de venir habiter la maison du bord de la route, pendant qu'elle chercherait un appartement.
Elle le trouva trois mois plus tard à Paris.
Elle était libre, moi je ne l'étais pas, mais de toute façon nous n'avions pas envisagé de vivre ensemble, par contre mon amour exclusif m'avait conduit à envisager différemment ma vie sentimentale, j'avais interrompu toutes mes relations extraconjugales, les unes après les autres et si je n'étais pas libre physiquement, je l'étais dans mon coeur.
Le studio d'enregistrement débuta rapidement, nous avions des commandes directes à satisfaire. Dans ce domaine, notre premier client fut le groupe hollandais qui commanda, pour distribuer dans ses boutiques de vente, une cassette très astucieuse disant comment effectuer la découpe du mouton.
Une autre partie de la clientèle était représentée par des artistes, la plupart du temps inconnus qui désiraient réaliser une maquette de leurs compositions musicales pour la présenter aux seniors.
Enfin, nous avions pour notre compte une production d'éditeurs en matière d'enregistrement de romans, d'histoires pour les enfants.
Nous avions compris que l'avenir était dans toutes les formes de communication, la cassette en était à ses débuts mais en très forte expansion. Nous avions raison, l'avenir nous l'a rapidement démontré.
Nous recherchions, grâce à une publicité régionale, de nouveaux talents. Pour obtenir une production de qualité nous avions un ingénieur du son et nous avions traité les enregistrements des romans et des histoires avec des artistes connus notamment Jean Valmont, Françoise Dorner, etc.
Nous avions débuté notre production de livres par la mise en route d'une BD que nous avions intitulée Histoire de la vie des hommes. Marie en assumait l'entière direction, elle proposait des titres, les périodes couvertes, elle recrutait les auteurs, les dessinateurs, les imprimeurs.
Nous sortions les albums par deux titres à la fois, les premiers titres furent Le drakkar perdu et Le Moulin de Blandford. Ces BD visaient l’aménagement du tiers temps dans les écoles, astucieusement construites, elles comportaient trois parties, une histoire située à l’époque choisie, un dossier pour réfléchir, une série d’images en rapport avec l’époque qui pouvaient être découpées, sans la permission des parents, pour illustrer les exposés à l’école.
Ces productions ont été faites sous le sigles suivants, pour les cassettes : la Pie K7, et pour les albums et les livres : la Pibole.
Nous avions décidé, je dirai nous, chaque fois que la décision sera collective, nous avions décidé dis-je de distribuer nous-mêmes nos productions sur toute la France.
Cela nécessitait un très gros budget et il nous fallait entretenir une équipe de représentants. Pour en atténuer la charge, nous avons créé une activité complémentaire, nous sommes devenus distributeurs pour le compte des éditeurs, et ils étaient nombreux, qui n'avaient pas encore de contrat auprès des grandes maisons de distribution.
Bien vite nous eûmes à assurer la distribution de la production d'une vingtaine d'éditeurs, j'avais installé le stockage de leurs livres dans l'ancienne gare de chemins de fer du village, c'était un entrepôt construit sur un quai, dans lequel j'avais installé le système de contrôle informatique, quatre manutentionnaires réceptionnaient les livres, recevaient les bons de commande des libraires, préparaient les expéditions, et comptabilisaient les retours.
Il est intéressant de préciser, que dans cette profession, les invendus sont repris par les éditeurs et ceci se traduit par des opérations comptables nombreuses, qui ne pouvaient être menées à bien que grâce à leur informatisation.
Les équipes tournaient bien, nous couvrions toute la France ; nos clients, les éditeurs, étaient satisfaits et nous avions une excellente publicité, nous avions le vent en poupe, j'assurai, avec passion la direction, j'avais auprès de moi Marie qui, en plus de sa fonction de directrice de l'édition, assurait également la surveillance de mon secrétariat.
C'était un délice de travailler avec elle, nous partagions les joies que nous procurait cette profession, il y avait la joie de la création, de la lecture des manuscrits, la recherche des auteurs, mais aussi il y avait les déceptions et les soucis qu'elle engendrait.
Nous avions très souvent des réunions avec nos éditeurs, réunions qui se terminaient toujours par un repas, j'aurai beaucoup de choses, beaucoup d'incidents, beaucoup d'histoires, de faits divers à raconter, je n'en choisirai que quelques-unes au hasard de mon récit.
Nous étions devenus, en quelques mois seulement, une grande entreprise.
Ci-après 4 des albums publiés par nos soins





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23.06.2008
Ma vie 36
J'avais connu, dans cette même période, une recrudescence de mon activité, les hollandais avaient décidé de s'agrandir et d'acquérir deux nouvelles sociétés dont l'une se trouvait à Toulouse et cela confortait leur pôle d'attractivité avec Albi et Castres.
J'étais absorbé au maximum de mes disponibilités, cela me laissait peu de temps pour m'occuper de mes affaires personnelles et sentimentales, pourtant je pensais à Marie, à cette voix qui m'avait envoûté, à cette femme que j'avais rencontrée et à laquelle je m'efforçai de téléphoner dès que je le pouvais, c'était bien peu souvent.
Entre deux voyages, nous avions décidé de nous retrouver dans un hôtel de Paris le Suffren, il fallait que nous sachions si nos corps connaîtraient le même emballement que nos cœurs.
Je me demandais si c'était bien raisonnable de laisser grandir cet amour naissant. Elle avait 30 ans j'en avais 52. Mais le coeur a ses raisons que la raison ignore.
Et ce fut encore une révélation, plus forte encore que dans nos rêves les plus fous, nous nous sommes découverts, complètement, totalement, dans une douceur infinie, nous n'avions connu, ni l'un ni l'autre, une telle passion, une telle illumination, nous étions restés longtemps, très longtemps, l'un contre l'autre, éperdus de bonheur et nous aurions voulu que notre vie s'arrêta là et pourtant dès que nous nous étions quittés nous n'avions qu'un désir, que nous connaissions des lendemains aussi flamboyants.
Nous étions partis, chacun de nôtre côté, elle avait rejoint son foyer, j'étais retourné à ma vie professionnelle, nous nous aimions, cela ne faisait aucun doute et elle, comme moi, désirions malgré tout à conforter notre foyer, elle cherchait une maison, en dehors de Paris, j'en faisais de même.
Nous n'avions formé aucun projet de vie commune, elle avait, comme moi, deux enfants que nous voulions protéger, nous avions simplement formé le projet de nous retrouver, aussi souvent que nous le pourrions et de vivre cachés un amour merveilleux.
Les semaines qui suivirent ne nous permirent pas de nous retrouver et même les conversations téléphoniques furent peu nombreuses, elle avait trouvé la maison de ses rêves, en dehors de Paris dans un petit village, à Port -Mort, sur les bords de la Seine, j'avais trouvé la mienne en Seine-et-Marne, à Guérard, dans la vallée du grand Morin.
J'avais cinquante-trois ans, il me semblait que j'avais le droit de réduire mon activité professionnelle et de consacrer un peu plus de temps à ma vie personnelle et à mes enfants encore bien jeunes.
Les hollandais avaient accepté que je reporte toute mon activité sur ma société d'informatique à la condition que je reste leur contrôleur de gestion. J'avais accepté sachant que j'aurai beaucoup moins de déplacements à faire, je quittai mon bureau du siège et j'installais ma société d'informatique, la SIG, dans ma nouvelle propriété.
Ma propriété nouvelle comportait un terrain d'un hectare environ bordé au nord par la route de Crécy et au sud par la rivière le Morin, à l'ouest et à l'est, par des propriétés de grandes surfaces.
Deux bâtiments y étaient implantés le premier au centre du terrain était la maison principale aux toits pentus, recouverts de petites tuiles du pays, ouvert sur l'extérieur par de larges baies vitrées doté d'une tour abritant l'escalier qui desservait le premier étage, une maison secondaire qui avait du être, jadis, ne l'habitation du gardien de cette propriété, elle se trouvait en bordure de la route si l'on y ajoute le tennis, la source et les bois, c'était une très belle propriété.
La maison principale était mon habitation, le garage recevait l'informatique et le siège social de la SIG avait été installé dans la maison en bordure de route.
La maison principale avait une histoire. Construite il y avait quelques de dizaines d'années par son ancien propriétaire décorateur attitré de Sacha Guitry. Elle a servi de décor dans un film passant régulièrement à la télévision, dont le titre est : 1er avril, Bourvil ayant été l'acteur principal.
J’étais à nouveau fin prêt à lancer un nouveau développement de ma société.
Je ne voulais plus me disperser, j'avais ralenti mon activité auprès du groupe hollandais, je voulais reporter tous mes efforts sur ma société d'informatique.
J'avais perdu la clientèle du cabinet comptable et je savais que j'allais perdre, progressivement, les travaux du groupe. En effet, le développement de la micro informatique, allait apporter un changement radical dans les méthodes de travail.
D'après les études de marché que j'avais pu réaliser, je pensais que l'avenir de ma société était dans la diffusion et la distribution s'appuyant sur un service informatique performant
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22.06.2008
Ma vie 35
Oui, un simple coup de fil bouleversa ma vie.
Je formais le numéro, presque aussitôt une voix de femme répondait, ce fut un véritable choc, mon coeur se mit à battre plus vite, je ne comprenais pas, dès les premiers mots j'étais tombé sous le charme; la douceur, la mélodie qui s'en dégageaient troublaient mon esprit, paralysaient mes lèvres, je restais interdit, ne sachant que répondre, c'était trop fort, la première fois qu'une telle émotion me submergeait. Néanmoins j'arrivais à me dominer et la conversation s'engageait le ton était calme, posé, le verbe châtié, sans prétention manifestement une femme intelligente et cultivée, cette conversation qui se voulait quasi professionnelle, pris vite un tour agréable et charmant et, je n'avais de cesse que de trouver un prétexte pour la faire se prolonger.
Je le trouvais ce prétexte, j'avais fait une contre-proposition et je lui donnais un mois de réflexion, je pourrai pendant ce mois, pensais je lui téléphoner tout à loisir.
Nous avions raccroché, je restais songeur, interdit, étonné, je me demandais pourquoi ce trouble, pourquoi cet émoi, je ne comprenais pas, j'avais pourtant l'habitude de parler aux femmes, je savais les intéresser, les amuser, les faire rire, je ne comprenais pas, tout ce que je savais c'était que, dès que j'avais raccroché, j'avais encore envie de l'avoir, à nouveau, au téléphone, d'entendre sa voix et de lui parler, tout connaître d'elle, prolonger ces moments de bonheur.
Mais que m'arrivait-il, comment une voix de femme pouvait-elle me troubler à ce point ? il me fallait vite réagir, avais-je besoin de conquérir une autre femme, il y en avait bien assez autour de moi, des femmes disponibles, toujours prêtes à calmer mes ardeurs physiques.
Je pensais à Michèle, à Isabelle, à Brigitte, à Béatrice, à Claudine, à bien d'autres encore dont je ne connaissais même pas le prénom ou dont je ne m'en souvenais déjà plus.
Et ces pensées hantaient mes jours et mes nuits, quel était ce besoin qui me conduisait toujours à rechercher des émotions nouvelles et sur le moment je sentais que je ne pouvais y répondre.
Pendant un mois, plusieurs fois par jour, de longues heures durant, nous nous étions téléphoné, avions appris à nous connaître, nous avions parlé de notre vie, de nos espoirs déçus, avions parlé de nos enfants, de nos compagnon et compagne, je sentais monter en moi un désir profond de la connaître mais j'avais peur, elle aussi je crois, des conséquences d'une rencontre.
Le mois écoulé, je n'eus même pas la force d'aller chez elle chercher ce matériel, j'avais envoyé un employé de la société, j'avais peur de la voir, peur que cette rencontre anéantisse tous les rêves qui m'avaient habité.
Des que je fus en possession de sa machine à écrire, je lui donnai régulièrement des nouvelles de celle-ci c'était un prétexte pour lui parler et garder le contact, je n'étais pas dupe, elle non plus, nous éprouvions un réel plaisir à nous confier l'un à l'autre. Elle avait de sérieux problèmes avec son mari et j'avais moi-même de grandes difficultés dans mon ménage. Nous avions chacun deux enfants du même âge, elle s'appelait Marie-Chantal, Mari Chan pour la famille et les amis de coeur, mais, m'avait-elle dit, j'aimerais tellement qu'on m'appelle simplement Marie. Je lui jurai qu'entre nous il en serait toujours ainsi. Et si parfois j'ai été parjure, ce fut bien involontaire et je la prie de me pardonner.
Ce n'est qu'après plusieurs semaines que nous avions décidé de nous rencontrer, on s'était donné rendez-vous sur une place de Courbevoie au pied de l'immeuble qu'elle habitait.
C'était un instant nous le savions qui serait inoubliable. Nous sommes allés l'un vers l'autre. Elle était souriante, j'étais très ému. Et sans nous connaître nous nous sommes reconnus.
Elle était et simplement habillée, ses cheveux d'or flamboyaient au soleil. Je n'ai pas eu la curiosité de détailler son physique, je connaissais tous les secrets de son âme et cela suffisait à nourrir mon amour.
Je l'ai prise par la main, l'ai conduite à ma voiture, elle est montée et nous sommes partis comme ça devant à l'aventure, nous avons parlé, nous nous sommes enlacés, nous nous sommes embrassés, c'était un moment merveilleux, avec un peu de soleil dans le ciel et beaucoup de bonheur dans le coeur.
Je l'ai reconduite près de chez elle, désespérés de devoir se séparer, nous nous sommes longuement enlacés. C'était si bon de la sentir près de moi, d'entendre battre son coeur à l'unisson du mien. Je le savais c'était bien les prémisses de l'amour.
Je ne le savais pas encore, mais ce fut le début de ma plus belle et plus longue histoire d'amour.
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21.06.2008
Ma vie 34
Au demeurant ma présence à Albert n'était pas indispensable, j'avais un directeur qui était à la tête du cabinet comptable. Épaulé par 10 spécialistes, il connaissait bien la clientèle et celle-ci avait totalement confiance en lui, il était natif d'Albert.
A l'informatique, qui traitait, non seulement les dossiers des clients du cabinet, mais aussi toute les activités du groupe hollandais il y avait deux programmeurs, Maryvonne et Chris.
Ces deux dernières exerçaient leur talent sur les perforatrices, les trieuses, et les calculatrices. L'informatique en était à ses débuts. Elles travaillaient sur les cartes perforées qui servaient de support. Elles introduisaient sur les cartes au moyen de perforations les informations qu'on voulait exploiter, elles triaient ensuite ces cartes perforées et enfin les passaient dans une tabulatrice couplée à une imprimante qui sortait les documents désirés.
Une certaine compétition s'était établie entre les deux femmes, qui se transforma à l'issue de quelques semaines en une véritable amitié passionnelle.
J’étais un peu surpris de l'équipe qu'elles formaient toutes les deux. J'étais souvent absent mais lorsque je venais passer quelques jours dans mon foyer, Chris, à plusieurs reprises, m'avait fait entendre, sans équivoque, que je les dérangeais dans l'expression de leur amitié.
De plus Chris vivait à la maison.
Je ne connaissais rien de Chris, sinon qu'elle rentrait d'Israël ou elle avait passé quelques années dans un kibboutz.
Et je me demandais si Maryvonne n'était pas en train de virer sa cuti. Ce la auraient pu expliquer les refus souvent réitérés que je rencontrais depuis longtemps chez Maryvonne.
Ma fille Geneviève avait obtenu sa licence d'allemand et cherchait une entreprise qui pourrait lui procurer une activité, j'en parlais à la direction hollandaise qui lui offrit un poste à Couilly, ainsi, nous pourrions travailler dans la même entreprise. Tout naturellement, elle vint s’installer avec moi, j’étais heureux, j’allais pouvoir, pour une fois, m’occuper d’elle.
Elle était arrivée un soir dans sa 2 CV, cette voiture de couleur pastel, dont elle était si fière, et je songeais en la voyant sourire, que j’allais peut-être apprendre à jouer mon rôle de père.
Mais, n’était-ce pas trop tard ?
Cette année-là fut fertile en incidents de toute sorte, incidents qui pesèrent lourdement sur l'orientation de mon existence, je ne pourrais pas les décrire dans l'ordre de leur manifestation tant ils étaient imbriqués les uns dans les autres.
Les hollandais avaient mis à la tête de leur groupe en France, un jeune fils d'agriculteurs de la Creuse, celui-ci avait effectué un stage de formation en Hollande, parlait couramment le hollandais, et s'était marié à une hollandaise.
Celle-ci était devenue, sur le plan professionnel, sa collaboratrice privilégiée.
Je savais, que depuis quelque temps le ménage connaissait des difficultés, le mari avait eu des relations intimes avec sa secrétaire et sa femme l'avait appris et s'était montrée publiquement agressive à l'égard de son mari et de sa maîtresse. Il s'ensuivit des dysfonctionnements sérieux dans la direction du groupe.
Nous étions à la veille de la fête de Pâques en 1975, le temps était superbe et le soleil commençait à réchauffer la terre. J'avais quatre jours de liberté, Geneviève était partie retrouver son copain, j'étais seul et j'avais demandé à Maryvonne de venir me retrouver sur le terrain avec les enfants.
Elle arriva le samedi matin en compagnie de l'irremplaçable indispensable Chris et de la jeune fille, Manon, baby-sitter officielle d'Emmanuel et de Laurent.
La caravane était spacieuse et pouvait recevoir tout ce petit monde sans difficultés.
J'avais projeté d'acheter deux vélos, je voulais faire quelques ballades, peut-être aussi, retrouver mes souvenirs de jeunesse.
Et les vélos furent livrés sur le terrain.
Le lendemain, dans l'après-midi, j'étais parti insouciant avec Maryvonne pour essayer ces machines, il faisait très chaud et après avoir parcouru quelques kilomètres, nous décidions de rentrer. La route qui aboutissait à notre terrain était longue, en pente douce, bordée par deux larges bandes de terre herbeuse. Je roulais devant, Maryvonne suivait, j'arrivai le premier au niveau du terrain, j'apercevais les enfants qui jouaient avec les filles, je me retournais et ne vis personne sur la route.
Incrédule, tout en scrutant l'horizon, lentement je déposais mon vélo sur le sol, il me semblait apercevoir, au loin, sur le bas-côté, une forme sombre, je me dis, tout en souriant, elle a dû prendre une bonne bûche, mais la forme au loin ne bougeait toujours pas.
Le sourire qui s'était formé sur mes lèvres disparut rapidement, je sentais l'angoisse monter en moi, je me mis à avancer, puis à courir en direction de cette forme qui ne remuait toujours pas.
J'arrivais près d'elle, de loin je l'avais reconnue, c'était bien elle qui gisait sur le bas côté, inconsciente. J'étais paralysé, ne sachant que faire, la route était déserte, je réussissais cependant à arrêter une voiture, Maryvonne fut hospitalisée à Coulommiers. Quelques minutes plus tard je savais que c'était un traumatisme crânien.
Tard je quittais l'hôpital pour rejoindre les enfants, Maryvonne était dans le coma, je ne pouvais rien faire. Dans la nuit, son état s'étant aggravé elle fut évacuée sur Paris à l'hôpital de Lariboisière.
Les enfants étaient rentrés à Albert, Annick les avait pris en charge.
J'arrivais très difficilement à assumer toutes mes obligations professionnelles et notamment les déplacements entre Couilly, Paris et Albert.
Maryvonne avait repris conscience et elle avait été transférée à Senlis, en observation, pour une convalescence de longue durée, avaient précisé les médecins.
Je visitais Maryvonne tous les jours, souvent elle tenait des propos incohérents, me demandais qui j'étais, je pensai que son état était grave, mais en discutant avec le personnel médical j'eus bien vite la conviction qu'elle se créait un nouveau personnage, qu'elle rejetait son passé, tout en s'appuyant sur son état présent qui lui servait de prétexte.
Senlis était situé sur la route d'Albert, cela me facilitait un peu mes déplacements, mais l'avenir devenait incertain et il me fallait repenser toute mon organisation.
Je ne savais pas si à la suite de sa convalescence, ma femme pourrait reprendre une vie normale et surtout professionnelle, il fallait que je regroupe ma famille et que je me rapproche du lieu de travail qui me prenait le plus de temps.
Je décidais de louer un plus grand appartement à Couilly et d'y installer toute ma famille, je mis en vente mon cabinet et ma maison d'Albert et transférai l'informatique dans les bureaux que j'occupais au sein du groupe à Couilly.
Je n'avais plus le temps, ni l'envie de faire construire, je mis mon terrain en vente et je contactai les agences pour trouver une maison à acheter.
J'avais rapidement trouvé un acquéreur pour mon cabinet de comptabilité et il en avait été de même pour ma maison d'Albert.
L'informatique était confortablement installée dans les locaux du groupe et dans l'attente du retour éventuel de Maryvonne, j'en avais confié le fonctionnement à Chris.
Enfin, Maryvonne physiquement rétablie se trouvait moralement déprimée, en voulait à la terre entière de ce qui lui était arrivé.
Elle avait repris son activité, après que le chef de service de Lariboisière, au cours d'une séance mémorable, lui ait fait admettre qu'il y avait une forte dose de comédie dans son refus à accepter la réalité.
Elle s'était remise au travail, de mauvaise grâce, son caractère s'était altéré, elle ne voulait voir personne, elle devenait impossible à vivre, à un tel point qu'il y eût une dispute violente avec son amie très chère, Chris qui, sur le champ, demanda son compte et disparut à jamais.
On dit souvent que la vie ne tient qu'à un fil, je ne savais pas que la mienne tiendrait autant à un coup de fil.
Ce matin-là j'étais à mon bureau, je recherchais, dans les annonces de la Centrale des particuliers une machine à écrire d'occasion pour l'une des sociétés du groupe.
Mon regard s'était arrêté sur une petite annonce proposant une machine Olivetti dont le prix et les caractéristiques semblaient correspondre à ma recherche.
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20.06.2008
Ma vie 33
Au cours de ma première visite à ce nouveau client je constatais que Le retard dans la passation des écritures était très important, j'entreprenais de mettre rapidement, avec le personnel, et d'arrache-pied, les comptes à jour.
Cela nécessita une quinzaine de jours d'un travail intense. Je restai sur place, invité par le président dont l'appartement était dans le prolongement des bureaux.
Notre seule détente, c'était de temps à autre d'observer, par la fenêtre, le va-et-vient des putains de la rue et tout en riant, de chronométrer les performances de certains de leurs clients.
Les filles, très jeunes, très belles, très dévêtues, à la limite de l’indécence stationnaient, par groupe de deux ou trois, devant la porte des hôtels de passes, très nombreux dans cette rue, c’était très divertissant d’observer le manège des hommes. Ils passaient devant les filles, effectuaient deux ou trois pas, s’arrêtaient et, brusquement faisaient demi tour, comme s’ils avaient oublié quelque chose et s’engouffraient, dans l’escalier de l’hôtel, avec la fille choisie visuellement lors du premier passage.
C’est à partir de ce moment que débutait notre stupide mais amusant chronométrage, les passes étaient rapides, 12 à 15 minutes en général, quelque fois plus, sans doute lorsque il s’agissait d’un habitué, le record constaté fut de 6 minutes.
En dehors de cette plaisanterie, les filles, on les rencontrait souvent dans la rue, elles se laissaient aller à quelques confidences, leur vie n’était pas simple ni facile elles méritaient le respect.
Et mon activité professionnelle repris de plus belle, les déplacements devenaient plus fréquents, et l'implantation, en France, de la firme hollandaise me prenait de plus en plus de temps.
Il m'avait été demandé de repenser l'organigramme du groupe et de proposer la constitution d'un groupe cohérent de sociétés, à la tête duquel serait créé une holding couvrant la totalité de l'activité financière en France.
Cela me prie deux ans, de réunions, de démarches, de contacts avec les experts et les représentants du ministère des finances.
Pendant cette même période j'avais réussi trois opérations qui me tenaient à coeur : réaliser l'installation des bureaux dans la maison que je venais d'acquérir, procéder à l'installation du personnel dans les nouveaux bureaux. Enfin, modernisé mon cabinet comptable, je l'avais informatisé.
J'avais réussi à réunir mon habitation, mes bureaux, et l'informatique dont j'avais confié l'exploitation à Maryvonne ayant manifesté le désir de ne plus être une femme au foyer.
L'exercice de cette nouvelle activité nécessitait, pour elle, l'acquisition d'un savoir nouveau. Avec son accord, je l'avais inscrite à un stage de formation, organisé à Paris j'avais profité de l'un de mes déplacements en pour l'accompagner et la présenté au responsable du stage. Le soir lorsque je revins la chercher elle avait disparu, sans prévenir, je me demandais où elle était passée, j'étais inquiet, je me demandais ce qui lui était peut-être arrivée.
Ce n'est que dans la nuit que j'apprenais qu'elle avait quitté le cours, sans prévenir, elle était rentrée à Albert, elle estimait que le stage, qui devait durer huit jours, était sans valeur pédagogique.
Elle était vraiment imprévisible et je me demander une fois de plus qu'elle était cette femme que j'avais épousé.
La connaissais-je vraiment ?
Un autre petit bonhomme vint au monde, Laurent, je reconnais que je ne m'étais pratiquement pas aperçue une de la grossesse de ma femme. Quelques mois auparavant elle m'avait bien fait par de son état mais, prit par la spirale infernale des affaires j'avais pensé sur l'instant que c'était une fausse alerte.
Eh bien non, c'était bien réel. L'accouchement eut lieu dans une clinique d’Amiens. J'étais heureux, je me disais que le ciel devait être de mon côté. Deux enfants en si peu de temps, deux garçons surtout. Cette naissance me laissa entrevoir que je devrais travailler encore plus pour assurer un avenir à mes enfants.
De retour à la maison avec son bébé Maryvonne fut très entouré elle avait une femme de ménage qui s'occupait de la maison, des repas, et des courses, de plus, sa soeur Annick et son mari vivaient à la maison.
Toujours, pour aider Maryvonne j'avais embauché une jeune fille, Christiane, qu'on appelait, par commodité; Chris?
Sans plus attendre je reprise d'activité.
Le groupe que j'avais organisé, possédait deux établissements situés, l'un à Albi, l'autre à Castres. J'assurai le contrôle fiscal et financier de ces établissements et supervisais la centralisation des écritures comptables.
Lorsque je me rendais à Albi et à Castres, Nicole m'accompagnait toujours, elle traitait la partie comptable, me réservant la partie financière et fiscale.
C'était aussi, l'occasion rêvée, de se retrouver ensemble et de joindre ainsi l'utile à l'agréable.
Quand je me trouvais à Albert, je recevais mes clients qui, la plupart du temps, étaient des clientes car c'était elles qui tenaient la comptabilité de leur mari commerçant, il m'était bien difficile de résister à leurs charmes et souvent à leurs avances, et à nouveau je m'étais constitué toute une Cour de jeunes femmes.
Cela se passait toujours dans le calme et le secret de mon bureau, dans les fauteuils confortables, toujours prêts à entendre les confidences et les soupirs de leurs occupantes.
Nicole bénéficiait d'un traitement de faveur, dès que j'en avais la possibilité, je l'invitais au restaurant et nous passions le reste de la soirée en tête à tête, si je peux m'exprimer ainsi.
Entre-temps, elle s'était mariée avec un charmant garçon et cela n'a pas mis fin à ses ardeurs, bien au contraire.
C'est ainsi que malgré toutes les promesses que je m'étais fait de ne plus accepter de responsabilité de haut niveau, je me retrouvais, dans seconde fois dans une situation quasiment identique à celle que j'avais connu.
Je n'étais pas plus riche l'argent pour moi avaient toujours aussi peu de valeur finalement ce qui m'intéressait le plus c'étaient le pouvoir, la liberté d'agir, le travail jusqu'à l'overdose, et les femmes.
Cela dura plusieurs années, pendant lesquelles j'avais connu bien des plaisirs, la possession de voitures exceptionnelles, Jaguar, MG, Maserati, Mercedes, Citroën SM et bien d'autres encore.
Je fréquentais les boîtes de nuit et les restaurants les plus connus de la capitale dans lesquels je recevais mes clients étrangers et j'avais à ma disposition pour les grands parcours ou les longs voyages, un avion de tourisme.
Bref c'était, pourrait-on dire, la grande vie, je rencontrais des femmes étranges, pour le moins curieuses, la plupart mariées à de grands chefs d'industrie qui cherchaient à noyer leur solitude dans une certaine débauche corporelle.
Etant de plus en plus occupés à l'extérieur je me rendais de moins en mois à Albert, l'activité de la holding était situé dans la banlieue parisienne à Couilly Pont aux Dames, le siège de la rue saint Denis avait été abandonné, une fois de plus mes clients voulaient que je m'installe dans leur région, pour ne pas avoir à subir les conséquences de mes retards, compte tenu du temps que je passai sur les routes. Je ne voulais pas quitter Albert mais pour que ce soit plus commode, j'avais loué à Couilly un studio de trois pièces-cuisine.
J'avais également acheté un terrain dans la vallée du grand Morin, peut-être, avais-je pensé, pour faire construire, plus tard, lorsque je serai à la retraite pour y développer une activité qui me tentait : être antiquaire.
J'avais installé sur ce terrain une caravane qui me permettait d'y prendre, avec ma famille, un week-end, lorsque j'étais disponible.
Les hollandais m'avait donné plus de responsabilités j'avais été nommé président directeur général de deux de leurs filiales et je rentrais, de moins en moins souvent à Albert et je restais dans le studio que j'avais loué à Couilly
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19.06.2008
Ma vie 32
Le déménagement fut mené tambour battant. Nous n'avions pas accumulé beaucoup de meubles pendant notre séjour à Louviers. Je m'installais donc à Albert, j'avais le sentiment diffus d'avoir fait une erreur, n'avais-je pas quitté la proie pour l'ombre ? Une fois de plus je me demandais si j'avais fait le bon choix, je n'en étais pas sûr, il me semblait que, sous des aspects différents, une existence semblable à la précédente était en train de se jouer.
La ville, sous un ciel de printemps, malgré le soleil qui dardait ses rayons, n'arrivait pas à donner le signal du renouveau de la nature, seule la vierge, qui trônait dans son manteau d'or, dans le ciel au-dessus de la flèche de la basilique, brillait de mille feux.
Les maisons en briques rouges et les nombreux cimetières militaires, parsemés dans la campagne, véritable océan de croix blanches, donnaient à ce pays un air de mélancolie infinie, voire de tristesse.
Fort heureusement la maison était spacieuse, terriblement confortable, comme la plupart des maisons du nord, le jardin était plein de promesses de légumes, de fruits et de fleurs, entièrement clos de murs. Il était, pour moi, mon havre de paix et mon eldorado tout à la fois. J'aimais m'y réfugier à la fin d'une journée fatigante. Loin du monde et du bruit de la cité, je me livrais à de longues séances de méditation.
J'aurais pu me satisfaire de cette vie ronronnante, entrecoupée d'invitations amicales, mais j'avais besoin d'activité. J'avais besoin de m'évader, la vie familiale ne me suffisait pas, je voulais de vastes horizons, j'étouffais dans un cadre de vie trop restreint, et c'est dans cet état d'esprit que mon fils Emmanuel vit le jour à Albert, Maryvonne ayant accouché à la Clinique du Parc.
La naissance de ce petit bonhomme fut une réelle joie. C'était mon premier fils, un garçon, j'en avais toujours rêvé. Je le regardais dans les bras de sa maman et déjà je l'imaginais auprès de moi 20 ans plus tard. Cette projection dans l'avenir me donnait encore plus de force pour réussir sur le plan professionnel.
Chaque semaine, j'allais passer une journée dans le Vexin pour suivre l'évolution comptable de mes clients marchands de bestiaux, ils avaient une situation financière difficile, je constatai que l'un de leurs clients, une coopérative de Fontainebleau, ne réglait plus, depuis un certain temps, les factures qui lui étaient adressées.
Je provoquais alors une réunion dans les bureaux de cette société à Fontainebleau pour examiner la situation financière de cette coopérative.
Je fus mandaté pour établir un audit avant cette réunion.
La réunion eu lieu, tous les créanciers étaient présents, j'exposai le résultat de mon audit, et les différentes solutions qui se résumaient à deux possibilités : une augmentation de capital, réalisée par les créanciers, ou le dépôt de bilan.
À l'issue de cette réunion je fus abordé par l'un des créanciers, une importante société coopérative néerlandaise, il se présenta, c'était le directeur général de la succursale de Paris, il me félicita pour mon exposé et me demanda si j'accepterais de superviser la comptabilité et les opérations juridiques de son groupe en France.
J’acceptai de rencontrer, à Paris, les responsables néerlandais.
Je sentais que les événements se précipitaient et que mon désir d'évasion allait se concrétiser.
Quelques jours plus tard, les hollandais que j'avais rencontrés, m'avaient confié la surveillance de leurs opérations comptables et juridiques en France.
Une nouvelle fois je modifiais mon emploi du temps, une journée dans le Vexin, une journée à Paris, quatre jours à Albert, et le week-end auprès de ma famille.
Cet emploi du temps, idyllique, ne fut appliqué que quelques semaines, jusqu'au jour où le patron de la firme hollandaise vint me voir à Albert.
Nous voulons absorber une société française d'abattage et de commerce de viande situé dans la banlieue parisienne et nous avons besoin que vous établissiez un rapport de reprise de cette entreprise, c'est urgent, je voudrais présenter cette étude à mon conseil qui se tiendra à Amsterdam, dans quinze jours, nous ne discuterons pas de vos honoraires, votre prix sera le nôtre. Il n'y avait rien à dire il fallait exécuter.
Je réalisai l'étude qui m'avait été demandée, dans le délai imparti et je fus convoqué pour assister, à Amsterdam, à la réunion du conseil.
L'acquisition de la firme française avait était acceptée et j'avais été mandaté pour préparer le dossier administratif, financier, comptable, et juridique de cette absorption et de présenter au ministère des finances, la demande d'autorisation de réalisation de cette opération en France.
Une fois de plus ma vie familiale s'inscrivit au second plan de mes préoccupations. Je faisais de moins en moins d'apparition à Albert. Le bureau fonctionnait bien, sous l'impulsion de Nicole, de nombreux clients étaient revenus.
Juste à côté de mon bureau j'apercevais, derrière le mur d'enceinte, une maison dont les volets fermés laissaient supposer une maison abandonnée.
Chaque fois que je rentrais ou que je sortais, mes yeux se portaient, tout naturellement, sur cette bâtisse et je rêvais qu'elle deviendrait peut-être, un jour, ma propriété.
Discrètement, je me renseignais sur le nom et la profession de son propriétaire et j'avais appris tout à fait par hasard qu'elle venait d'être mise en vente chez le notaire d'Albert.
J'avais pris rendez-vous et j'avais visité cette propriété, ce fut un véritable coup de coeur.
Dans sa conception, cette maison était assez semblable à celle que nous habitions, le jardin était plus petit mais il y avait deux autres bâtiments qui pouvaient facilement être affectés aux bureaux, le prix n'était pas du tout élevé, je n'avais pas l'argent nécessaire mais je savais que je pouvais obtenir sans difficulté un prêt bancaire, j'insistais auprès du notaire pour que cette opération puisse se faire dans les meilleurs délais. Mais il me précisa que le propriétaire était actuellement en croisière, son retour n'étant prévu que dans deux mois, il me fallait donc attendre. Je n'aimais pas ces atermoiements. Pour moi une transaction réussie devait s'opérer sans délai. Enfin...
La mise au point du dossier de reprise, par les hollandais de la société française, m'avait pris beaucoup de temps et j'avais dépensé beaucoup d'énergie, avec d'incessants voyages entre Albert, Paris et Amsterdam, les dossiers étaient terminés, l'autorisation du ministère des finances avait été obtenu, je pouvais donc souffler un peu.
Depuis un certain temps, je me sentais fatigué, l'abdomen douloureux. Je décidais de profiter de cette accalmie pour entrer à la clinique d'Albert pour examen, le chirurgien patron de la clinique me dit avoir la quasi-certitude que je devais être opéré de la vésicule biliaire, je décidai de ne pas sortir de la clinique et de me faire immédiatement opérer.
J'étais confiant, un peu trop peut-être, je fus opéré le jour même et j'ai bien cru que je ne m'en sortirais jamais. L'opération s'était bien passée, une des sœurs de Maryvonne, Colette, infirmière dans un CHU, assistait à l'opération.
Deux jours plus tard, au réveil, me sentant fatigué, j'appelais l'infirmière, ma tension était brusquement tombée très bas, ce fut la panique générale, je vis arriver dans ma chambre les trois médecins de la clinique et deux infirmières, qui en voulant mettre un flacon de sang en perfusion, le fit tomber, il éclata se répandant sur le sol et sur les murs de la chambre, je faisais une hémorragie interne.
Je restais un mois et demi à la clinique, on me fit plusieurs lavages d'estomac, je conservais longtemps les perfusions, lorsque je suis sorti, j'avais perdu près de 20 kg et les malaises qui m'avaient conduit à cette opération ont repris dès ma sortie, ce qui m'a fait dire au chirurgien qui était l'un de mes amis, je reviens te voir pour que tu me rendes ma vésicule biliaire, il n'a pas apprécié mais nous sommes quand même restés des amis.
Pendant cette hospitalisation, j'avais reçu beaucoup de visites, on croyait que je développais un cancer et que je ne devais pas en avoir pour longtemps, les hollandais étaient venus se renseigner, Maryvonne et sa sœur, pour me remonter le moral sans doute, m'avaient offert un livre intitulé la Crève, ironie ou bien mauvaise humeur, je ne le saurai jamais.
Pendant mon absence, c'était la période des déclarations fiscales, Françoise, mon amie fidèle, était venu spontanément s'occuper du cabinet, il n'y eut donc pas de perturbations majeures mais je n'eus pas de temps pour une convalescence, je repris du service sans plus attendre.
Je confortais ma position sur Albert en absorbant un cabinet comptable concurrent et je fis, de son directeur, mon directeur adjoint. Je profitais de la circonstance pour créer une société anonyme la SECGA dont j'étais le président-directeur général. Cette société avait pour objet l'exploitation du cabinet comptable.
Quelque temps après le propriétaire est temps de retour de croisière, je signai l'acquisition de la maison de mes rêves et je préparais l'aménagement de celle-ci.
J'effectuai ma première visite auprès de la firme hollandaise dont le siège parisien était situé dans la fameuse rue Saint-Denis, au 3e étage d'un immeuble de six étages.
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18.06.2008
Ma vie 31
Enfin je découvrais sur un journal professionnel la mise en vente, ou plus exactement la présentation d'une clientèle de cabinet comptable dans la Somme à Albert plus précisément.
Je décidais alors de m’y rendre. Je fis le voyage, seul, en 2CV, 160 km environ à l’aller comme au retour. Je me souviendrai longtemps de ce voyage. J'avais totalement oublié que nous étions en mai 1968. Les étudiants se battaient sur les barricades, la majorité des usines était en grève. La chienlit était partout en France.
Je fus souvent arrêté par les piquets de grève qui s'était formés sur les trottoirs devant les usines à l'arrêt. J'étais bloqué mais dans la plupart des cas ma 2CV, voiture de prolétaire s'il en était, représentait pour moi un excellent laissez-passer .
Je n'étais pas très satisfait de ce premier voyage à Albert, la ville m'avait paru très peu engageante et je me demandai quel avenir me serait réservé si je devenais propriétaire de ce cabinet.
Le calme était revenu en France. Le général de Gaulle rentrait de son voyage éclair auprès du général Massu. Gaulliste dans l’âme et au fond du coeur je participais à la grande manifestation organisée sur les Champs-Élysées. Pour la seconde fois je me rendais à Albert pour rencontrer le personnel et prendre connaissance des dossiers en cours.
Dès que je la vis, je sus qu'il se passerait quelque chose entre nous, parmi les six personnes présentes qui s'étaient levées pour me saluer, mes yeux se portèrent immédiatement sur elle, elle planta son regard dans le mien, elle était provocante, très belle, je me sentis pris au piège de ses charmes comme un gardon à l'hameçon.
Elle prit la parole, se présenta, elle s'appelait Nicole, présenta le personnel, bien qu'étant la plus jeune elle était la plus ancienne du groupe, elle devait avoir vingt-deux ans environ.
Je l'ai laissée parler, elle s'exprimait bien, avec un léger accent Picard qui ajoutait un je ne sais quoi à ses charmes.
Je m'installai dans la pièce qui pourrait être, plus tard, mon bureau et Nicole me présenta les dossiers des clients, ils n'étaient pas très nombreux, Nicole me précisa qu'un certain nombre de ceux-ci avait quitté le cabinet à la suite du décès de mon prédécesseur.
Elle me présenta une liste de clients potentiels qu'elle connaissait bien et qui seraient susceptibles, disait-elle, de venir ou de revenir au cabinet.
Je la regardais, elle avait un réel pouvoir de séduction mais également de persuasion, je voyais d'une façon plus optimiste la reprise de cette affaire.
Nicole avait bien préparé son intervention, manifestement elle voulait un nouveau patron, elle avait convoqué quelques clients qui s'efforcèrent de me persuader de venir m'installer à Albert. Tout au long du parcours de retour je réfléchissais et lorsque j'arrivais à Louviers j'étais décidé à reprendre ce cabinet, Nicole était sûrement pour une grande part dans ma décision.
Dans quelle aventure allais-je m'engager. J'avais formé le projet de ne plus jamais prendre de responsabilité et voilà que je me décidais à devenir à nouveau un chef d'entreprise. Ô bien sûr le personnel n'était pas très nombreux mais je savais au fond de moi que j'allais prendre à bras-le-corps ce cabinet et le développer, jusqu'où, l'avenir le dirait. Une fois de plus je sentais monter en moi la prise en main de ce pouvoir, ce pouvoir dont le souvenir ne m'avait jamais quitté. À nouveau je voulais me fondre dans l'action, boire ce bonheur jusqu'à l'ivresse.
Je donnai mon accord au fils de l'ancien propriétaire et, malgré ma répugnance à spéculer sur la mort d'autrui, j'acceptai le viager au profit de sa mère, je n'eus à payer qu'un seul trimestre, la bénéficiaire étant décédée quelques semaines plus tard. Une fois de plus je constatais que dans ce type de vente il y avait toujours un perdant et cela me mettait mal à l'aise.
La prise d'effet de l'acte de vente avait été fixée au 2 janvier 1969, j'avais deux mois pour préparer mon installation.
Maryvonne m'annonça sa grossesse, elle voulait un fils.
Je ne voulais pas quitter Louviers, je voulais mener de front mes deux affaires, j'avais décidé de passer quatre jours à Albert et le week-end à Louviers.
Dès le 2 janvier je mis en pratique ce système. J'avais demandé à Robert de me prêter Françoise, il accepta.
Françoise était une fille très compétente, méthodique et ordonnée, elle connaissait parfaitement, dans tous ses détails, les applications comptables.
Elle resta deux semaines avec moi, nous partions le lundi matin et nous rentrions pour le week-end, le voyage était agréable, nous nous sentions bien ensemble.
Elle procéda à la réorganisation du cabinet et à la formation du personnel aux méthodes modernes. Dans le même temps je visitais tous mes clients et le bouche à oreille commença de fonctionner.
J'étais jeune, dynamique, la personne à qui je succédais était âgée et cela plu d'entrée de jeu aux clients qui me firent une énorme publicité.
L'hiver fut très rigoureux cette année-la dans la Somme mais j'avais l'habitude de la conduite sur la neige.
Un soir de la dernière semaine du mois de janvier, je devais déposer un dossier chez l'un de mes clients dans la campagne à 15 km d’Albert. Nicole connaissait bien ce client, je lui demandai de m'accompagner, la neige était abondamment tombée, un épais manteau blanc recouvrait le sol, la route était verglacée et dans les phares de la voiture le paysage était féérique, nous fûmes reçus dans cette famille chaleureusement comme savent le faire les gens du nord nous dûmes accepter de partager leur dîner ce que nous fîmes avec joie.
Il était bien tard dans la nuit lorsque nous avons rejoint le bureau et la nuit était si belle que nous avons décidé, tout naturellement de la prolonger. J'avais une chambre à l'hôtel, Nicole accepta de me suivre et de me réchauffer, en tout bien tout honneur.
Ce fut le début d'une grande amitié partagée, qui durera longtemps, mais qui resta secrète aux yeux de tous.
Après quelques semaines de présence, j'avais repris en main tous mes clients et je comptai déjà parmi ceux-ci de véritables amis, j'appris à les découvrir ces gens du nord qui ont dans le coeur le soleil qu'ils n'ont pas dehors comme le dit si bien la chanson.
Une famille de marbriers me prit en affection et ne voulant pas me savoir sur la route se mit dans la tête de me trouver un appartement à Albert. Je n'en savais rien et vous imaginez qu'elle fût ma surprise lorsque je reçus un appel téléphonique d'une parfaite inconnue qui me donnait rendez-vous le lendemain.
A l'heure dite je vis arriver une femme d'un certain âge qui me demanda de la suivre pour visiter une maison, je pensais tout d'abord qu'il s'agissait d'une nouvelle cliente, nous sortîmes du bureau pour pénétrer dans son immeuble situé à 50 m dans la même rue.
C'est en franchissant la porte d'entrée que je connus les détails du complot. Je visitais la maison, elle était spacieuse, quatre pièces au rez-de-chaussée, quatre pièces à l'étage, un immense grenier, une très grande cave, et surtout un superbe jardin potager et verger, le rêve.
C’était à louer, l'emplacement était idéal, à 50 m de mon bureau et le prix, ce qui était surprenant, était abordable.
Je demandai à réfléchir, je n'avais pas l'intention de m'installer à Albert, si j'acceptais cela allait bouleverser tous mes plans mais la beauté et le confort de cette maison excitaient ma convoitise. Il me fallait le temps de la réflexion.
Je rentrais à Louviers et je réunissais un véritable conseil de guerre, Robert, Françoise, et Maryvonne assistaient à cette réunion.
Il fut décidé que j'irais m'installer à Albert, j'allais avoir un enfant et la nouvelle maison serait plus accueillante, ma clientèle comptable de Louviers serait reprise par Françoise qui s'installerait à son compte, sous la tutelle de Robert, l'activité de location d'intérimaires serait assurée par Annick la sœur de Maryvonne, enfin, je conserverais un dossier important celui des frères D..., marchands de bestiaux dans le Vexin, que je gèrerais à partir d'Albert.
Le départ de Louviers fut très pénible, très nostalgique, je verrais longtemps encore le groupe de clients venus spontanément pour nous aider à déménager, assis par terre, autour du téléphone, dans ce bureau vide évoquant les bons moments que nous avions passé ensemble, ils étaient tristes de nous voir partir, néanmoins ils savaient qu'ils pouvaient compter sur Françoise, appuyée par Robert, ce n'était pas des inconnus puisqu'ils étaient à Louviers depuis bien plus longtemps que moi.
Avec ce départ, je tournais une page qui m'avait permis de repartir dans la vie.
Le général de Gaulle

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17.06.2008
Ma vie 30
Pendant cette période de vacances ou le travail était peu intense je passais de longues heures à bavarder avec Françoise. J'appris qu'elle était mariée, ce la ne modifia pas mes ardeurs.
Je compris vite cependant qu'elle n'était pas une femme facile. C'était une romantique. Je modifiais alors mon approche et ma drague devint tout aussi romantique. Nous parlions de la vie, des potins quotidiens, de littérature et de poèmes. Je voulais à tout prix arriver à mes fins, et pour cela lui offrit le livre qui je le croyais lui ferais un réel plaisir et ferait tomber les barrières. Le petit Prince de Saint-Exupéry n’eut pas ce pouvoir. Elle fut profondément touchée mais elle n'en conserva pas moins ses distances. Je compris alors qu'une amitié profonde et sincère était en train de naître entre nous mais que jamais cela n'irait plus loin. Cette amitié ne s’est jamais démentie, aujourd'hui elle est toujours aussi vivante.
Les deux années qui suivirent me firent oublier les moments difficiles que j'avais dû surmonter. Bien qu’ayant créé la société de travail intérimaire, le personnel qui composait la petite société était encore restreint. Il y avait Annick la sœur de Maryvonne et deux autres jeunes filles intérimaires.
Pour ma part je poursuivais toujours le suivi des dossiers que me confiait Robert. Je me déplaçais sur la région. Mais le travail ne représentait plus pour moi l'essentiel de la vie. Je m'étais octroyé deux journées de repos par semaine et j'entendais bien en profiter pleinement.
C'était alors pour moi une vie nouvelle. Faire autre chose que travailler c'était vraiment une conception nouvelle. Je me demandais comment pendant de si longues années j'avais pu méconnaître ce nouvel équilibre qui m’était offert aujourd'hui. Comme c'était agréable. Souvent nous partions à la découverte de la région avec des amis. Les pique-niques auprès de la Seine m’avait laissé de si bons souvenirs.
Financièrement j'avais pu rembourser les trois quarts de mes dettes et j'avais renoué des relations de proximité avec mes filles Geneviève et Françoise.
Tout allait bien, aussi bien que possible. J'appréciais pleinement cette nouvelle façon de vivre. Sans beaucoup d'argent, juste ce qu'il fallait, sans excès, mais avec plein d'amis, hommes et femmes. Avec la certitude d'être apprécié pour soi-même et je me le jurais : plus jamais je ne chercherais à changer de vie.
Cependant une ombre noire planait sur cette situation. Les clients que m'avait confiés Robert, satisfaits de mes services, manifestaient leur désir de ne traiter qu'avec moi, c'était vouloir à terme, se retirer du cabinet tenu par Robert.
Je ne voulais à aucun prix entrer dans ce jeu qui au final aurait fait du tort à mon ami Robert. J’en parlais avec lui et lui fit part de mon intention de rechercher, dans une région voisine, à acquérir une clientèle de cabinet comptable.
Je me mis donc, sans me presser outre mesure, à rechercher l'oiseau rare. Les clientèles disponibles ne courraient pas les rues.
De temps à autre je vivais ma vie d'homme célibataire. Michael, Suzanne, Michel et bien d'autres encore se succédèrent durant cette période.
Je n'avais pas eu les moyens de m'acheter une nouvelle voiture, même d’occasion.. déjà pour meubler mon appartement j'avais du demander à mon ami Michel de cautionner les traites que j'avais acceptées. Alors une voiture, ce n'était pas pour aujourd'hui.
La voiture de Maryvonne, une deux chevaux charleston,
était devenu la voiture comme une.
Un soir, je rentrais d'une visite de clientèle.
je trouvais Maryvonne soucieuse, assise dans le séjour. Je lui demandai la raison de cette anxiété.
Chaque fois dit-elle d'un air furieux que je rencontre dans le couloir la patronne de la droguerie occupant le rez-de-chaussée de l'immeuble, celle-ci, ostensiblement moqueuse, ne cesse de me lancer des : bonjour Mademoiselle, comment allez-vous Mademoiselle tout en insistant à loisir sur le Mademoiselle. Elle se mit à pleurer. Je ne peux plus supporter ces vexations, dit-elle, je voudrais régulariser notre situation.
Voici soudain un problème nouveau qui se posai. Comment avais-je pu oublié jusqu'à sa présence à mes côtés. Je la rassurais et lui promit de réfléchir.
Je n'étais pas du tout prêt à un second mariage. Mon divorce avait bien été prononcé. J'étais donc libre aux yeux de la loi. Dans mon esprit il n'en était pas de même. Vivre en union libre de me gênait pas, je trouvais plutôt cette situation pratique. Aurais-je donc autant de liberté si j'étais marié ? Ma première expérience avait été très décevante. Étais-je près à renouveler l'expérience ? Maryvonne n'avait rien de l'idéal féminin que je portais en moi. Plusieurs très marquants de son caractère me laissaient entrevoir des difficultés dans l'avenir. J'aurais aimé plus d'enthousiasme de sa part lors de nos rapports intimes.
Mais avais-je le droit de repousser sa demande, légitime en sorte, n'avait-elle pas été pour moi une bonne collaboratrice, n'avait-elle pas partagé les difficultés ? Et puis somme toute avais-je trouvé auprès des nombreuses femmes que j'avais fréquentées, une seule d'entre elles susceptibles de satisfaire tous mes désirs. Enfin moi-même j'étais bien loin de la perfection que je désirait trouver chez ma partenaire
Après bien des hésitations j'acceptais que notre liaison soit régularisée et nous fixâmes une date pour le mariage.
La 2 CV Charleston

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16.06.2008
Ma vie 29
1965, je me souviens bien de cette époque. Pour la première fois le président de la république était élueau suffrage universel. Charme de Gaulle était se président.
J'étais profondément gaulliste. Je n'avais pourtant pas entendu sur les ondes l'appel du 18 juin. Ce n'est que plus tard au chantier de la jeunesse que les positions du général avaient fait son chemin dans mon esprit. Il avait redonné l'espoir à la France, et pour moi, la, était l'essentiel.
À la suite de ces quelques mois passés à Louviers, j'avais réussi à obtenir la location d'un studio dans une construction neuve, en bordure de la route de Rouen, j'aurais voulu être le seul locataire mais le propriétaire demanda une caution, ce fut Maryvonne qui la fournit et bien entendu, elle vint habiter avec moi. Voilà sans l'avoir vraiment désiré, une vie de couple qui s'amorçait.
Lorsque j'avais accepté le divorce, j'avais pris à ma charge tous les emprunts en cours et souscrits par notre couple, j'étais donc fortement endetté, je voulais tenir mes engagements de remboursement sans créer d'autres problèmes à mon ex-épouse.
Il me fallait donc travailler plus pour gagner plus.
J'en parlais à Robert, il avait toute une série de dossiers dont il n'avait pas le temps de s'occuper, c'était en effet des dossiers difficiles, il me suggéra de les prendre en charge étant rémunéré au black.
J'avais accepté car cela répondait à deux de mes désirs, gagner plus d'argent et bénéficier d'une plus franche liberté vis-à-vis de Maryvonne.
Ma vie semblait se remettre tout doucement sur les rails, cependant elle prenait l'allure d'une double vie, j'avais deux centres d'intérêt, le travail et les femmes. Il me faut préciser que nous, Maryvonne et moi n'avions pris aucun engagement y compris de fidélité.
Le travail, j'étais totalement satisfait, dans la journée j'avais un poste fixe et en dehors des heures normales de travail, je me déplaçais pour traiter les dossiers que m'avait confié Robert.
Je voyais très peu Maryvonne et cela me convenait bien, je pouvais mener ma vie amoureuse comme j'en avais envie et sans difficultés, j'avais le succès facile, je savais parler aux femmes.
Ce soir-là j'avais décidé de regarder la télévision dans la salle de détente de la maison de la jeune fille, la salle était éclairée par le seul écran de télévision, une dizaine de jeunes filles étaient assises en demi-cercle, le film était commencé, je pris une chaise et je m'installais au milieu du groupe, Maryvonne s'était assise à ma droite, à ma gauche, en se levant à plusieurs reprises une jeune fille s'était peu à peu rapprochée sensiblement de moi, je la regardai à la dérobée et elle comprit que j'avais remarqué son manège, elle avait souri, alors que ma main pendait le long de mon corps, je sentis une main qui se glissait dans la mienne, je sentis mon coeur battre un peu plus vite mais je ne voulais pas attirer l’attention, la main se retira aussitôt mais elle laissa dans la mienne un petit billet plié en quatre que je mis secrètement dans ma poche.
Je quittais la salle à la fin du film, nos regards se croisèrent, je lui souris pour lui faire comprendre que j'étais complice, elle se leva, quitta la salle en même temps mais alors que je prenais la direction de la sortie, je la vis monter l'escalier en direction des chambres, manifestement elle allait dormir.
Alors que Maryvonne allait chercher la voiture je dépliais ce billet et je lisais ces quelques mots : demain face à la poste à 20 heures et sous ces quelques lignes il y avait la signature, elle s'appelait Reine.
Ce ne fut pas le début d’un grand amour mais de toute une série d'aventures sans lendemain et sans histoire, les unes à la suite des autres et quelquefois en même temps, j'étais pris d'une véritable frénésie, je dévorais la vie à pleines dents,
Je m'étais forgé une réputation de séducteur et cette réputation favorisait encore plus mes conquêtes.
Je disais à qui voulait l'entendre que les femmes des copains c'était sacré, il fallait qu'elles y passent, j'avais remarqué que si je voulais avoir à chaque instant une femme à ma disposition il fallait que j'en fréquente au moins six en même temps.
Très souvent, Maryvonne partait passer le week-end dans sa famille, je disposais alors du studio et cela me facilitait bien mes ébats amoureux alors que dans la semaine ceux-ci se passaient en voiture dans les bois environnants.
Sans qu'elle ne me le dise jamais, j'ai toujours pensé que Maryvonne était au courant de mes liaisons, souvent elle les favorisait en demandant à l'une de ses amies de venir dormir au studio pour me tenir compagnie quand elle était absente.
Jamais à son retour elle m’avait demandé ce qui avait pu se passer pendant son absence, il me semblait qu’elle s’en souciait peu, ça la laissait de glace, du reste elle n’était pas très portée sur la chose.
L'ancien maire de Louviers, avocat à la cour, que j'avais chargé de mes dossiers personnels me demanda si je voulais reprendre en location son ancien appartement situé au centre de la ville.
C'était un superbe trois pièces cuisine, au premier étage de l'un des immeubles modernes entourant la place du marché.
J'acceptais avec enthousiasme et je déménageais aussitôt.
Maryvonne m'avez suivi, à bien réfléchir je n'avais pas de raison de rompre avec elle, je n'avais pas rencontré l'âme soeur auprès des jeunes femmes que j'avais fréquentées, et alors, me disais-je pourquoi pas elle.
Et c'est comme ça que naissent les habitudes.
Je gagnais, à nouveau, très bien ma vie et j'avais plein d'idées que je voulais mettre à exécution.
Tout d'abord reprendre contact avec mes deux filles et les inviter à venir nous voir pendant les vacances scolaires.
Ouvrir un bureau de travail temporaire, la demande était importante et il n'y avait pas à Louviers de bureau de ce genre.
L'appartement s'y prêtait bien, et j'embauchais le personnel nécessaire au lancement de cette activité.
Ce fut immédiatement un véritable succès, nous n'avions pas besoin de faire de publicité, le bouche à oreille suffisait, de telle sorte que je dû quitter l'emploi de comptable qui m'avait permis de démarrer ma nouvelle vie.
Je recommençais à être connu, Robert, satisfait de mes services, me confiait de plus en plus d'affaires délicates mais rémunératrices. Pendant ces absences il me demande des de passer à son bureau pour surveiller son personnel et lui faire des compte-rendu par téléphone.
C'est au cours de l'une de ces absences que je rencontrais Françoise jeune fille de 24 ans employée au cabinet. C'était une jolie femme, blonde, au visage fin et agréable, souriante, toujours de bonne humeur. Dès que je la vie, je me posais la questions, sans oser le lui demander : était-elle mariée ou encore célibataire ? Je l'aurais bien ajoutée à toutes celles qui composaient ce que j'appelais, toute vantarddise mise à part : mon harem.
Je fus sollicité pour prendre la présidence du club de canoë-kayak et j'acceptais, c'était un club dynamique qui quelques années auparavant, avait donné à la
France une médaille d'or aux jeux olympiques.
Mon activité professionnelle redevenait prioritaire, ce qui calmait quelque peu, oh mais très peu, mes ardeurs amoureuses. Reine avait su se maintenir, elle venait régulièrement à l'appartement, je savais qu'elle avait eu avec Maryvonne une explication, elle lui avait dit qu'elle voulait que je lui fasse un enfant et Maryvonne lui aurait répondu que ce n'était pas son problème mais le mien.
On en était restés là. Peut-être, pour s'excuser, ou pour établir un nouveau climat Reine nous avait invités à passer un week-end chez ses parents à Strasbourg.
Nous partîmes en voiture un vendredi en début d'après midi, nous étions quatre, Reine, Maryvonne et moi, et Michèle, une collègue de Maryvonne qu'elle avait invitée.
Michèle avait fréquenté assidûment le studio, souvent invitée par Maryvonne à me tenir compagnie pendant ses absences.
Nous étions tous les quatre, en quelque sorte, de la même famille.
Nous fûmes chaleureusement accueillis par les parents de Reine. Ils étaient heureux de rencontrer des amis de leur fille, c'était la fête, ils nous avaient préparé toutes les spécialités culinaires possibles de l'Alsace.
Il nous avait installé deux chambres dans leur grenier, ces chambres n'étaient pas chauffées et nous étions en hiver et nous avions si froid malgré l'épaisseur de l'édredon que Maryvonne est allé chercher Michèle qui se trouvait dans la seconde chambre et l'a invitée à se réfugier dans notre lit.
Au petit matin Maryvonne ayant entendu du bruit dans la maison était descendue retrouver les parents de Reine me laissant seul au lit avec Michèle.
La maman de Reine étant montée au grenier, nous avait aperçus, Michèle et moi dans le même lit, elle avait été offusquée et ne s'est pas privée de faire la morale à Maryvonne en lui précisant qu'il lui fallait se méfier des hommes et ne jamais les laisser seul avec une amie. Je me suis demandé si elle n'avait pas pensé que sa fille à notre contact n'avait pas des moeurs un peu spéciales.
J'avais gardé un souvenir pénible de ce voyage.
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15.06.2008
Ma vie 28
1965, l'année des illusions perdues. Aurais-je la force de reconstruire ma vie ?
J'avais perdu mon entreprise, cet enfant que j'avais porté en moi comme une femme enceinte. Cette enfant qui m'avait donné tant de peines mais qui m'avait procuré tant de joies. J'avais tout perdu parce que j'avais perdu le pouvoir celui de diriger de commander, de décider, d'exiger même. J'en avais usé, abusé sans doute, de ce pouvoir qui m'avait porté au sommet d'une pyramide, jusqu'au vertige.
En une fraction de seconde tout s'était écroulé.
Enfin, une lueur d'espoir brilla à l'horizon. J'avais obtenu la réunion prochaine d'un conseil d'administration. J'allais peut-être reprendre la main.
Le conseil eut lieu et ma situation personnelle évoquée, le reproche permanent c'était toujours le développement trop rapide de ma société et ma réponse était toujours la même : Messieurs vous étiez au courant puisque vous aviez accepté les différents développements.
Finalement après discussion le conseil reconnaissait le bien-fondé de ma demande d'indemnisation.
J'étais satisfait mais bien vite je déchantais, lorsque je reçus la copie du procès-verbal de la réunion je constatai que tout ce qui m'avait été promis n'y figurait pas, le tort que j'avais eu c'était de ne pas avoir exigé que ce compte-rendu soit rédigé le jour même sur place et en ma présence, une fois de plus j'en étais pour mes frais.
Le vieil adage à mes yeux, prenait toute sa valeur : le pot de terre ne peut pas lutter contre le pot de fer.
Cet adage se confirma lorsque je reçus, quelques jours plus tard, une fin de non-recevoir pour mon départ au Cambodge.
J'ai appris plus tard, à titre confidentiel, par la secrétaire du nouveau patron avec laquelle j'avais conservé d'excellentes relations, qu'elle avait entendu une communication téléphonique de son patron qui donnait de mauvais renseignements sur moi, ces renseignements, donnés par téléphone, ne me permettaient pas de porter plainte pour entrave à la recherche d'un emploi.
Une fois de plus je retournais à la case départ.
Je ne pouvais pas rester indéfiniment dans ma famille, j'avais des nouvelles de Maryvonne qui s'était installée en Normandie et qui avait trouvé un emploi, assez facilement, dans une usine de fabrication d'encres de couleur, elle m'invitait à venir passer quelques jours et j'ai décidé d'accepter cette invitation.
J'arrivais à Louviers, je retrouvais Maryvonne qui habitait chez sa sœur Annick, employée chez un médecin comme secrétaire médicale.
Tout naturellement je restais chez Annick, il y avait un lit de disponible, celui de Maryvonne, je le partageais.
N'ayant pas beaucoup de ressources, nous avons été acceptés à la Maison de la jeune fille pour prendre nos repas de midi et du soir.
Cette maison était un centre social qui accueillait tous les jeunes garçons et filles dotés d'un emploi, il y avait des chambres, salle de restaurant et salle de détente avec télévision.
Il me fallait absolument trouver du travail mais je m'étais juré que jamais plus n'accepterais des fonctions de direction, je ne voulais plus de responsabilités, je voulais trouver un emploi qui me permettrait de jouir de la vie.
Je trouvais rapidement un poste de comptable dans une entreprise qui fabriquait des équipements électriques.
Grâce à cet emploi, je fis la connaissance de l'expert comptable de cette société, lequel, ayant appris que j'avais moi-même mes diplômes d'expert, m'invita à plusieurs reprises et nous devînmes des amis.
Il s'appelait Robert.
C'est ainsi que commença ma nouvelle vie, au bas de l'échelle sociale, sans contrainte, sans stress, très heureux de vivre simplement, de sortir, de retrouver des amis, de réaliser des pique-niques.
Je me fis rapidement quelques amis, il y avait Michel et Nicole, instituteurs, il y avait Tessa et Claude, deux jeunes femmes homosexuelles, la première était kinésithérapeute et la seconde professeur de français au collège.
Nous prenions nos repas à la Maison de la jeune fille, il y régnait une ambiance de franche camaraderie. Les soirs, avec cette jeunesse, nous restions, dans la salle de détente, regarder la télévision.
Que la vie me semblait belle et facile, une seule ombre au tableau, Maryvonne, elle m'accompagnait partout, déjà nous passions pour un couple, je n'avais aucune raison de la repousser mais je trouvais qu'elle s'insinuait un peu trop dans ma vie.
Moi, j'avais envie de vivre, je trouvais toutes les femmes superbes, j'aurais voulu les fréquenter toutes à la fois, j'avais un besoin énorme d'affection et de tendresse.
Annick avait été contrainte de quitter son appartement, nous laissant, Maryvonne et moi, sans possibilités de logement, mais, fort heureusement nos amies Tessa et Claude qui disposaient d'une chambre d'amis, nous invitèrent à séjourner chez elles pendant que nous rechercherions nous-mêmes un logement.
Nos affaires furent vite déménagées, nous n'avions chacun qu'une valise remplie de nos effets personnels.
Je vivais donc avec trois femmes, ce n'était pas pour me déplaire, bien vite des liens particuliers s'étaient créés entre la kinésithérapeute et moi, j'allais souvent la voir à son cabinet et assez vite elle en vint à me proposer des douches suivies de massage suivis de douches, elle avait des doigts agiles, une main ferme mais douce, je m'abandonnais et ses massages prirent rapidement une allure thaïlandaise, mais pas moyen de prendre l'initiative des opérations, c'était elle qui prenait les décisions. Elle était dominatrice, je jouais le rôle de la femme et ce n'était pas pour me déplaire, j'aurais voulu ne jamais la quitter, je me demandais comment elle vivait son homosexualité.
Au cours de l'une de nos longues conversations je lui posais la question.
Elle avait connu Claude au cours de son adolescence et très vite s'était rendue compte de l'attrait que Claude exerçait sur elle et au cours de jeux innocents, elles avaient découvert, ensemble, leur homosexualité et elles avaient décidé de la vivre pleinement et dès qu'elles le purent elles habitèrent ensemble.
Mais la bisexualité n'avait pas été exclue de leur vie de couple.
Pour l'harmonie du ménage, elles avaient décidé de ne s'intéresser aux hommes que si elles montraient toutes les deux le même intérêt pour le même homme.
Elles s’étaient fixé une règle : pas de relations sexuelles séparées et si plus tard, l'une d'entre elles désirait avoir un enfant, elles choisiraient un géniteur et si possible accepteraient volontiers d'avoir chacune un enfant du même homme, comme ça, disaient-elles nous vivrions notre grossesse ensemble et nous pourrions nous soutenir dans cette épreuve.
Et comme je m'étonnais de l'unilatéralité des relations que j'avais avec elle, Tessa me dit qu'à l'heure présente elle vivait une crise de couple, elle trouvait que Claude avait moins de désir et d'appétit sexuels.
Elles avaient consulté leur gynécologue et celui-ci les avait rassurées, ce n'était que momentané, en conséquence elle comblait le vide actuel par des relations extraconjugales.
Nous avions décidé de tenir nos relations secrètes. Claude était jalouse et Maryvonne n'avait pas à être tenue au courant, notre liaison dura trois mois.
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14.06.2008
Ma vie 27
Je prenais enfin conscience que ce qui m'avait motivé, pendant toute la première partie de ma vie, c'était le pouvoir, ce pouvoir qui agissait sur moi comme une drogue. La période que je traversais, était un véritable calvaire, c'était probablement ma cure de désintoxication. Et ça faisait mal, très mal.
Pour le moment je cherchais à goûter pleinement les joies de la campagne, je me promenais beaucoup, je faisais un peu de sport, pas trop, la cicatrisation de mon appendicectomie me faisait encore souffrir et s'ajoutait à cette souffrance morale qui me broyait le coeur.
Les jours se succédaient un peu trop semblables les uns aux autres. En tous cas je me sentais toujours tristement seul malgré la présence de Maryvonne que je sentais s'insinuer dans ma vie un peu trop à mon gré. Mais pouvais-je lui en vouloir ? N’était-elle pas aussi victime de la situation, ne payait elle pas le prix de son dévouement à la société plus qu'à moi-même ? De plus je ne trouvais pas auprès d'elle l'épanouissement physique qui m'était nécessaire. Je n'étais pas bien du tout dans mes baskets. Je me demandais si je n'étais pas en passe de renouveler l'erreur que j'avais commise lors du choix de la femme qui avait partagé la première partie de ma vie.
Je rêvais de connaître la femme qui partagerait mes émotions, avec laquelle je serai en osmose dans le domaine de la sexualité. Mais cette femme existait-elle ? J’avais fait bien des rencontres, assouvi bien des désirs.
Mais ces actes accomplis dans une quasi clandestinité pour la plupart me laissaient un vague à l’âme indéfinissable, une sorte de dégout amer, la certitude d’une parodie d’amour.
Trois semaines s'étaient écoulées depuis mon départ de la société, je n'avais toujours pas d'argent, j'avais été hébergé gratuitement pendant cette période, je décidai de réagir et dans un premier temps de me rendre dans ma famille à Limoges.
Je retrouvais ma grand-mère et ma tante dans un nouveau logement plus confortable que celui que j'avais quitté à vingt ans. Et puis il y avait mon frère qui s'était marié et travaillait toujours dans une entreprise de porcelaine.
C'était bon de retrouver sa famille, retrouver les sorties du dimanche, la pêche et le bord de l’eau, les plaisirs et l'absence de stress.
Je prenais conscience que, pris dans le tourbillon de la vie et des affaires, j'avais probablement négligé beaucoup de belles choses, mes enfants je ne les avait pas vues grandir et j'admirai le calme et la paix qui régnait dans la famille de mon frère.
Je ne pouvais pas continuer à être à la charge de ma famille, il me fallait prendre une décision, trouver du travail et je me mis à consulter les petites annonces dans la presse spécialisée.
J'avais également pris la décision de vendre tous les meubles que j'avais accumulé dans ma propriété près de Bourges.
J'y allai en train, Maryvonne de son côté conservant sa voiture voulait s'installer en Normandie auprès de l'une de ses sœurs.
Nous partîmes chacun de notre côté, sachant que c'était peut-être la fin de notre histoire, nous nous étions mutuellement réconfortés et c'était bien ainsi.
J'arrivais à Bourges par le train, Annick la sœur de Maryvonne m'attendait à la gare, elle avait accepté de me prêter sa voiture pendant la durée de mon séjour.
Elle me fit les recommandations d'usage du type : fais bien attention, ne la pousse pas, n'oublie surtout pas de mettre de l'huile etc.
Je pris le volant et je partis en direction de mon chez moi, recroquevillé dans cette petite voiture, c'était une Fiat 500, on ne risquait pas de me reconnaître moi qui avais l'habitude de rouler dans des grosses cylindrées.
C'est avec beaucoup d'émotion que je retrouvais ma maison, mon havre de paix, l'endroit où j'avais été le plus heureux du monde pendant de longues semaines.
Je visitai toutes les pièces, je détaillai le mobilier comme un expert peut le faire pour une assurance, je savais que j'allai me séparer de tout ce qui m'était cher et je voulais conserver dans ma mémoire le moindre des détails de cette maison.
J'avais donné rendez-vous sur place à un acheteur potentiel, il était à l'heure, nous discutâmes âprement le prix des choses et finalement nous nous mîmes d'accord pour une somme de 10.000 francs.
Nous avons convenu qu'il enlèverait tout le mobilier et tous les objets de cette maison, trois jours plus tard. Il me restait trois jours encore à vivre dans ce décor, trois jours de solitude, je ne sais pourquoi subitement mes yeux se portèrent sur les traces des balles laissées dans les poutres du plafond et subitement j'ai eu peur, peur de rester seul.
Je pensai à Irène, cette jeune fille qui avait imprégné cette maison de sa jeunesse, où était-elle en ce moment, avec qui vivait-elle, subitement je voulus la revoir, lui demander de venir passer ces trois jours près de moi mais je ne savais comment la joindre.
Je pensais aux autres femmes que j'avais rencontrées et qui m'avaient accordé quelques faveurs et je me disais que je ne devais plus représenter grand chose pour elles, je ne me faisais pas d'illusions, si elles avaient été intéressées quelques instants c'était plus pour ce que je représentais, le pouvoir, la voiture, les restaurants chics, que pour ce que j'étais réellement.
J'étais parti à la recherche d'Irène et j'avais rencontré Claudine, je l'avais employée quelque temps comme réceptionniste, après son départ nous nous étions croisés plusieurs fois et il nous était arrivé de flirter sans plus, pourtant je sentais que tout aurait pu être possible, c'était une jeune femme très belle mais insupportable comme le sont, en général les femmes qui sont sûres de leur beauté.
Elle était avec une copine, il était tard et je leur proposais de venir prendre un verre chez moi, elles acceptèrent.
J'allumai un feu de bois, nous nous assîmes à même le sol sur le tapis devant la cheminée, et nous avons parlé, parlé, nous avons refait le monde, j'avais mis un disque de Sidney Bechet, il faisait bon, il faisait chaud, et nous avons passé la nuit.
Au petit matin je ramenais les filles chez elle et à nouveau je refaisais en sens inverse le trajet du retour, je sentais la fraîcheur du matin, le soleil pointait à l'horizon, malgré la précarité de ma situation je trouvais que la vie était belle, je roulais à moyenne vitesse, lorsque je perdis le contrôle de la voiture et je percutai un poteau télégraphique, fort heureusement en bois.
Malgré la faible vitesse le choc fut violent, j'avais dû m'endormir un instant, ma tête avait violemment heurté le volant, j'avais deux dents cassées, et mes lèvres saignaient beaucoup.
Je n'étais pas beau à voir et la voiture l'était encore moins que moi, c'était une véritable catastrophe et je me demandai si Annick était bien assurée, la voiture fut enlevée par le garage chargé de la réparation, ma maison fut vidée de ses meubles et je repartais par le train, dans la famille à Limoges avec mes 10.000 francs en poche.
Je retrouvai ma famille, ce voyage m'avait sonné mais il m'avait redynamisé, je voulais à tout prix retrouver une activité et j'avais observé dans le Figaro une annonce d'une société qui recherchait un directeur financier pour sa succursale au Cambodge.
Mes diplômes et mes compétences attirèrent l'attention et je fus convoqué à Paris à la direction générale, le poste était très intéressant, le salaire et les avantages aussi, j'avais été accepté sous réserve du résultat de l'enquête de moralité qui allait être diligentée.
Je rentrais à Limoges heureux et confiant dans l'avenir.
Je n'arrivais pas à digérer la façon dont mon départ de ma société s'était effectué, j'avais été démis de mes fonctions de président directeur général mais j'étais toujours administrateur et propriétaire de quelques actions.
Nous étions en 1965, j’avais 43 ans.
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Avertissement
Mes chers amis.J'ai manqué à toutes mes obligations de transparence, pour employer une expression actuellement en vogue.
J'ai omis de vous préciser que je suis mal voyant.
Vous comprendrez ainsi aisément que me servant d'un logiciel ne dictée, celui-ci fasse de nombreuses erreurs notamment d'ordre grammatical ainsi que phonétique.
Pardon, 1000 fois pardon, soyez indulgents. Merci.
09:55 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
13.06.2008
Ma vie 26
Les efforts que j'avais déployés et que je continuais à soutenir avait permis à ma société nouvelle de se développer au maximum de sa capacité. Mais relations s'étendaient chaque jour davantage et mes déplacements à l'étranger et surtout en Allemagne devinrent de plus en plus nombreux.
Comme je l'ai déjà relaté, mes visite en Allemagne se traduisait en général par des soirées joyeuses et très arrosées. Parfois aussi je rencontrai quelques surprises.
Ainsi, ce jour où j'avais rendez-vous avec un industriel de Cologne pour la signature d'un contrat de transport entre l'Allemagne et le centre de la France.
J'étais accompagné de mon directeur commercial la nous avions atterri sur l'aéroport de Cologne, loué une voiture et parcourut le matin très tôt les 100 km qui nous séparaient du lieu de rendez-vous.
Arrivé à l'heure convenue nous eûmes une longue séance de travail qui se termina vers midi. L'industriel qui nous avait reçu se leva, s'excusa de quitter la séance, il devait se rendre à Francfort en début d'après-midi.
Avant de partir il appela sa secrétaire et lui demanda de terminer en notre présence la mise au point des documents officiels. Nous devions également prendre note repas avec ladite secrétaire. Elle s'appelait Elke.
Vers 17 heures le travail étant terminé je proposais pour la remercier, à elle que de venir avec nous prendre un pot. Elle accepta. La conversation fut joyeuse et agréable, elle parlait parfaitement le français. Nous étions jeunes, je lui proposai de prolonger la soirée en notre compagnie et pour qu’elle ne se sente pas trop seules. Ou peut-être parce que je voulais rétablir l'équilibre avec mon directeur commercial je lui demandai d'inviter l'une de ses amis à se joindre à nous.
Elle accepta de servir d'intermédiaire mais
apprenant que nous étions français refusa cette invitation. Que voulez-vous notre réputation de baratineur nous suit partout.
Dépité nous allions quitter le bar lorsqu'une jeune femme se présenta à la porte. Elle nous aperçut, reconnaissant Elke, elle vint à notre table. Les présentations furent faites, c'était la femme de l'industrielle qui s'était absentée.
Cette femme était une réelle beauté. Sosie de Zizi Jammaire elle avait été la reine de beauté de la région. Parlant moitié allemand moitié français matinée de quelques mots d'anglais la discussion devint vite un peu osée, pleine de sous-entendu. Ce n'était pas pour me déplaire
Les apéritifs et dans, nous fûmes invités à terminer la soirée chez cette réelle beauté. La soirée prenait un tour fort intéressant pour ne pas dire très excitant.
Dès notre installation dans le salon Gretta, elle s'appelait ainsi, diminua les lumières, posa un disque sur une platine et je fus surpris d'entendre Alain barrière chanter ma vie. Aux ans toutes les audaces, bousculant toutes les conventions, Gretta me prit par la taille et sur cette musique douce m'entraîna dans une dans ce langoureuse.
La mâtine avait une idée en tête, tout enchaloupant elle m'entraîna dans une pièce, en d'un tour de main elle entrouvrit la porte. J'étais aux anges, jaser sans doute connaître le grand frisson, cette femme que je tenais dans les bras étais bien vivante, sensuelles a souhait, je sentis monter en moi un plaisir peu ordinaire. Un parfum d'exotisme remplit tout mon être.
Je pense que j'aurais pu aller très loin dans la recherche du plaisir ses cette beauté n'avait eu l'idée d'allumer la lumière. Brusquement, brutalement peut-être je stoppais net la danse. Nous étions dans le bureau de son mari, je n'en croyais pas mes yeux. Pourtant mes yeux de se trompaient pas. Sur le mur, derrière le bureau se trouvait un immense drapeau nazi, rouge, croix gammée noire sur lequel se trouvait plaqué une grande photographie d'Adolf Hitler. Les insignes des SS se trouvaient fixés à droite et à gauche du drapeau. J'étais fasciné et dégoûté, cet homme que je prenais pour un fervent démocrate n'étais qu'un vulgaire nazi vivant encore dans les idées de la grande Allemagne.
Je ne fis pas l'amour ce soir-là, la surprise avait anéanti tous mes désirs. J'ai quitté les lieux à la grande surprise de la superbe beauté que je laissais derrière moi sans avoir pu la soumettre à mes envies.
Nous sommes ensuite rentrés en France et il ne fut difficile d'oublier ces moments.
Le directeur commercial de la SNCF m'avait mis en rapport avec le propriétaire de l'entreprise de messagerie du département, celui-ci âgé voulait céder son activité il avait accepté la proposition de reprise que je lui avais faite, s'étaient une véritable opportunité, mais sur le plan financier je devais procéder à une augmentation de capital et il me fallait obtenir l'accord de mon conseil d'administration.
J'avais lancé les convocations, le conseil devait se réunir quatre semaines plus tard.
J'avais du temps devant moi, mais depuis quelques semaines je me sentais fatigué, un matin, en me levant, j'avais eu un malaise, je décidais alors de consulter, le médecin me dit que mon emploi du temps, surchargé, m'avait conduit tout droit à une dépression nerveuse, il me prescrivit des antidépresseurs.
En fait, la fatigue accumulée s'était traduite par une forte augmentation de la tension oculaire, quelques gouttes de pilocarpine dans les yeux et en quelques jours je retrouvais mon tonus habituel.
J'en profitais pour prendre quelques jours de repos dans la charmante demeure que j'occupais à la campagne. Cette demeure était non havre de paix, mon paradis retrouvé, j'y recevais mes amis, parfois mes clients, en dehors de mes enfants et de leurs copains et copines, seulement deux personnes de mon entourage y étaient admises, ma secrétaire et une jeune fille de dix-sept ans que sa mère m'avait demandé de prendre en charge.
Je considérais la jeune fille qui vivait auprès de moi, un peu comme ma propre fille, elle travaillait comme aide comptable dans mon entreprise, quand je l'avais embauchée, sa mère m'avait demandé de prendre soin de sa fille et j'avais accepté.
Les jours se succédaient, je préparais ce conseil avec beaucoup de soins, il me fallait obtenir cette augmentation de capital, j'en avais besoin pour le développement de l'entreprise.
J'avais la sensation, sans pouvoir la définir, que j'allais connaître des difficultés, on avait vu, m'avait-on dit, le représentant au Conseil de la société gaz et eau qui sortait d'une banque privée qui assurait une partie de nos découverts bancaires.
Le conseil devait se tenir à Paris dans les locaux de notre principal actionnaire, c'était l'habitude, une réunion à Bourges, une réunion à Paris, et pour cette fois elle se tenait à Paris.
J'arrivais dix minutes en avance. Immédiatement introduit dans les bureaux, je fus désagréablement surpris de trouver tous les membres du conseil, comme si une réunion préliminaire avait déjà eu lieu.
Je remis à chacun des membres un rapport circonstancié sur l'ordre du jour de la réunion. Le directeur financier de gaz et eau prit la parole, il précisa tout d'abord qu'il parlait au nom de l'ensemble du conseil, je compris, sans rien dire, qu'il y avait bien eu une réunion en dehors de ma présence, il précisa que son groupe n'accepterait de participer à l'augmentation de capital que s'il y avait un changement profond dans la direction de la société.
Personne n'éleva de protestations, il est vrai qu'il n'y avait pas grand-chose à dire ou à proposer, la majorité étant entre les mains de ce groupe financier très puissant, il ajouta que le développement avait été trop rapide, que cela pouvait constituer une faute de gestion.
Je lui fis remarquer qu'il avait lui-même approuvé toutes les décisions prises. Je précisais que l'absence d'une augmentation de capital mettrait la société en difficulté, d'un geste de la main il balaya mes objections et, s'adressant à tous les membres, il ajouta : Messieurs vous n'avez que deux alternatives, déposer le bilan avec les conséquences que cela comporte, ou bien, accepter le changement de direction et, pour cela, nous avons un repreneur.
Maintenant je savais que tout avait été préparé dans le secret le plus total mais je n'avais aucune solution de rechange, et je savais aussi que les autres membres du conseil, simples particuliers ne disposaient pas, pas plus que moi, de la trésorerie nécessaire à couvrir cette augmentation.
Je sentais que la partie était perdue d'avance.
Les deux alternatives furent mises aux voix et c'est ainsi, qu'en moins d'une heure j'ai été débarqué de la société que j'avais fondée, développée et dirigée pendant cinq ans.
Le représentant du groupe financier, instigateurs de ce que je considérais comme un complot, se dirigea vers une porte et fit entrer deux personnes, je vous présente dit-il les repreneurs de la SOTRAC.
Je n'en croyais pas mes yeux, j'avais devant moi le propriétaire et son neveu de la plus importante société de car du département,
C’est bien joué, me dis-je furieux et totalement dégoûté.
Les nouveaux dirigeants me fixèrent alors rendez-vous pour le lendemain matin à 9 heures, dans les bureaux de la SOTRAC pour la passation des pouvoirs.
À la sortie du conseil mes amis, enfin ceux que j'avais considéré comme tels, se groupèrent autour de moi en essayant de me réconforter par des paroles du style : vous êtes très fort nous savons bien que vous surmonterez cette épreuve, ils m'invitèrent à prendre un verre, je refusais et je rentrais à Bourges.
À la gare je trouvai une délégation d'une dizaine de personnes, secrétaire, employés et chauffeurs, ils étaient venus prendre des nouvelles, eux, au moins, ils étaient sincères, nous sommes allés dans un petit bar de routiers, ils avaient peur pour leur situation, je les rassurais, je leur annonçais mon départ, je voyez qu'ils avaient autant de peine que moi, c'était réconfortant, mais pas de grand secours, il voulaient que je me battes mais ils ignoraient que je n’en n’avait déjà plus le courage..
Maryvonne ma secrétaire et Irène la jeune fille que j'hébergeais ne voulurent pas me laisser seul rentrer chez moi, personne ne voulait dormir, j’allumais un feu de bois dans la grande cheminée et tous les trois nous nous installâmes à même le sol sur le tapis, près de la flamme, nous avons parlé presque toute la nuit, cherchant à démonter le mécanisme dont je n'avais pas su prévoir le déroulement et surtout la conclusion.
J'avais été totalement ébloui par la réussite, qu'allais-je faire maintenant, j'avais quarante-quatre ans, je devais continuer à vivre, mes idée se brouillaient, je n'y voyais pas clair, les émotions avaient été trop fortes et la journée trop fatigante, demain serait un autre jour mais que serait l'avenir ?
J'étais allé prendre un peu de repos et je laissais les deux filles devant le feu de bois, elles pouvaient passer la nuit mais moi, demain, dans quelques heures, j'avais un rendez-vous terriblement pénible.
Je me réveillais de bonne heure, j'avais peu dormi, lorsque je suis parti, les filles dormaient encore et je ne voulus pas les réveiller, j'avais mal, comme si mon corps avait été passé au rouleau compresseur.
J'appréhendais ce rendez-vous, n’était-ce pas ma reddition qu'on attendait ce matin, l'abdication de tous mes pouvoirs, je n'osais imaginer que j'allais me retrouver totalement dépouillé, tout en conduisant je m'efforçais de chasser ces images qui se déroulaient devant mes yeux, comme un film d'épouvante.
Lorsque j'arrivai au bureau les deux nouveaux patrons m'attendaient, ils avaient déjà investi mon bureau et, sans doute pour bien me faire comprendre qu'ils étaient les nouveaux maîtres, l'un d'eux, le nouveau directeur sans doute, était assis à ma place, déjà ils manifestaient symboliquement leur prise de position.
L'entrevue fut courte mais très humiliante, on me demanda de remettre les bilans, les contrats, les carnets de chèques et comme ma voiture était financée par la société, on me pria de déposer les clés de celle-ci sur le bureau.
Je m'exécutais et je quittais les lieux aussi dignement que possible tout en essayant de dissimuler mes sentiments, mais j'étais littéralement anéanti l'un de mes amis me déposa au centre de la ville, j'appelais ma secrétaire qui vint me chercher et me conduisis dans ma demeure.
Au cours du voyage elle m’apprit que, reçue à ma suite par la nouvelle direction, celle-ci l'avait licenciée et lui avait demandé de ne pas effectuer son préavis.
Elle me déposa, reparti chez elle, je restais seul avec mon angoisse. Je me demandais si la vie valait la peine d'être vécue, si les grands moments de bonheur étaient toujours suivi par des peine immenses, je fus pris d'un découragement extrême, je me levais, allais chercher mon revolver, un 7,65, dans le tiroir de la table de nuit, je le chargeais et revint m'asseoir dans la salle de séjour, je revoyais défiler les étapes de ma vie, décidément ça n'en valait pas la peine. J'armais mon arme, je montais la main à hauteur de la tête, j'appuyais sur la détente, le coup partit dans un bruit assourdissant, mais l'instinct de survie avait été le plus fort; la balle s'était perdue dans les poutres du plafond.
Longtemps après le bruit résonna dans mes oreilles, j'étais complètement dégrisé, j'eus soudain une envie profonde de dormir, dormir pour oublier, pour m'évader, pour ne plus penser, épuisé je me couchais.
Je fus réveillé au début de la nuit par une violente douleur intestinale, je me tordais et mes gémissements réveillèrent la je ne fille que j'hébergeais et que je n'avais pas entendu rentrer, elle appela les urgences, je rentrais en clinique pour une appendicite aiguë, je fus opéré dans la nuit même.
De nombreuses connaissances et amis étaient venus me rendre visite pendant mon séjour à la clinique, ils étaient curieux, ne comprenaient pas ce qu'il m'arrivait, voulaient s'assurer que mon départ était définitif.
Je quittais la clinique, j'étais complètement démunis, je n'avais pas d'argent personnel, j'avais l'habitude de remettre mon salaire chaque fin de mois à ma femme, je vivais uniquement sur mes frais de déplacement et ceux qui m'étaient dus ne me seraient probablement pas réglés.
Je désirais prendre du repos, je voulais essayer de me reprendre en mains, main de mes amis avaient mis à ma disposition la maison de campagne qu'il possédait dans la Creuse.
Avant de quitter la région j'avais décidé de voir ma femme et de lui expliqué la situation, mais elle était au courant, tout Bourges en parle me dit-elle et elle ajouta je te précise que j'ai introduit auprès du tribunal une demande de divorce.
Ainsi la boucle était bouclée. Ma secrétaire Maryvonne qui était libre me proposa de me conduire dans la Creuse, j'acceptais, elle avait une Charleston le voyage fut long mais sans histoire.
Nous fûmes accueilli par un couple de gardiens fort sympathique de la maison était située à la sortie du village de Felletin, elle était spacieuse et confortable.
C'est une maison qui appartenait à mon ancien président de, il en avait fait don à la loge maçonnique à laquelle il appartenait à la condition que cette maison soit réservée aux frères qui voudraient prendre du repos
Je n'appartenais pas à une loge, mais j'avais beaucoup d'amis sympathisants et c'est à ce titre que cette maison m'avait été prêtée.
Maryvonne avait décidé d'attaquer les nouveaux dirigeants devant les prud'hommes pour licenciement abusif, je n'avais pas cette possibilité de président et révocable à tout moment et n'est pas considéré, aux termes de la loi, comme un salarié et je pensais aux énormes plus-values que j'avais permis à ma société de réaliser, sur le terrain notamment acheté 50 centimes le mètre carré sa valeur actuelle était fixée dans la zone industrielle à 150 frs le mètre carré, ce qui représentait une plus-value de près de 6 millions de francs.
Je n'enverrai certainement pas la couleur il est vrai que l'argent n'était pas la principale de mes préoccupations, il en fallait un peu pour vivre mais après tout on pouvait aussi s'en passer.
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11.06.2008
Ma vie 25
Le climat familial ne s'était pas amélioré. J'en étais arrivé à neuf faire que de courte apparition au domicile conjugal.
Au cours de l'un de mes séjours à la maison ma femme m'a pris que ses parents avaient partagé le parc familial entre Jaques, son frère, et elle-même. Ce partage permettait à ma femme de faire construire une maison d'habitation sur le terrain qui lui était dévolu.
Il lui fallait mon accord, je le lui accordais pensant que cette nouvelle étape que représentait notre installation en dehors de tout élément professionnel, nous permettrait peut-être de nous retrouver.
La construction fut menée tambour battant. Les travaux terminés nous emménagions dans une confortable maison.
Loin de nous rapprocher, les soucis inhérents à la construction et surtout à nouveau la proximité de mes beaux-parents ne firent qu'accentuer nos différents. Quelques jours après notre installation nous prîmes la décision de faire chambre à part.
Le climat se détériorerait de plus en plus, les enfants souffraient manifestement de cette situation surtout Geneviève notre fille aînée laquelle, au coure d'une discussion me fit prendre conscience qu'il valait peut-être mieux quitter la maison. Nous savons que tu nous aimes dit-elle, le climat sera certainement meilleur si vous êtes réellement séparés.
Je trouvais les conseils de ma fille très pertinents et d'une grande sagesse et je quittais définitivement la maison.
Dans le même temps le maire de la ville m'avait fait comprendre qu'il m'était difficile de gérer une société d'économie mixte et une société de droit commun, il avait peur disait-il des critiques de la Cour des comptes. Je décidais alors de céder l'entreprise d'enlèvement des ordures ménagères à la société Saint-Gobain qui voulait expérimenter un nouveau procédé de destruction des ordures.
Grâce à l'un de mes amis, propriétaire terrien habitants un château dans le département de l'Indre, je trouvais une maisons entourées d'un terrain, disponible, à rénover.
Située à 60 km de Bourges, dans un tout petit village, cette vieille maison, une ancienne laiterie avait touché mon coeur. J'avais immédiatement compris ce que je pourrais en faire.
Pour la première fois de ma vie je m'étais découvert des talents de bricoleurs, je dessinais toute une série de meubles fonctionnels, j'achetais le bois nécessaire et je décorais à mon goût entièrement cette nouvelle demeure.
Ce fut quels que années de bonheur j'avais retrouvé la paix et c'est avec une joie profonde que je recevais mes deux enfants tous les week-ends et pendant les vacances, je prenais un grand plaisir à remplir mes fonctions de père.
Je poursuivais inlassablement mes voyages de prospection en Allemagne, j'en ai conservé quelques souvenirs émouvants et souvent amusants.
Un industriel, dont je tairai le nom et celui de sa firme décida de venir en France pour visiter mes installations. Or, pendant la guerre il avait séjourné pendant plusieurs mois dans une famille de la région de Bordeaux . alors que nous discutions ensemble, il me fit part de son envie de faire une visite à la famille qui l'avait hébergé, ces gens-là disait-il avec beaucoup d'émotion dans la voix m'ont si bien reçu que j'aimerais les revoir pour les remercier.
Je l'encourageais dans sa démarche, j'appris beaucoup plus tard qu'on lui avait présentée, là-bas, un jeune garçon de dix-huit ans, c'était son fils, il ne le savait pas.
Cet industriel était immensément riche, marié, n'ayant pu avoir d'enfant parce que gravement blessé à la fin de la guerre, il avait été émasculé.
Il adopta son fils, la guerre; parfois, ne fait pas que des victimes.
Les allemands savaient être au si, comme les français, de bon vivants, combien de fois, en Allemagne, nous sommes nous retrouvés le soir au restaurant après la signature d'un contrat pour fêter l'événement c’était alors la grande fraternité des peuples il n'y avait plus de frontières c'était, avec l'aide de la bière et du schnaps, des rires et des chansons.
Mon entreprise se développait mais je n'avais pas compris qu'elle suscitait des critiques et faisait des envieux.
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10.06.2008
Ma vie 24
Ma nouvelle société était en formation, je réunis l'Assemblée constituante le conseil d'administration fut nommé et je fus désigné tout naturellement président directeur général et investi des pouvoirs les plus étendus.
J'avais embauché comme secrétaire de cette nouvelle société une jeune fille de dix-huit ans présentés par sa mère.
Elle était brune, les cheveux coupés à la garçonne, le visage ovale dont la base était presque totalement occupé par une bouche charnue. Elle n'était pas très grande, elle marchait comme une danseuse, la pointe des pieds ouverte vers l'extérieur elle aurait pu passer pour un garçon si l'attention, à priori, n'avait pas été attirée par une forte poitrine.
Très vite elle se montra fort intéressée par les projets en cours et, de ce fait devint une collaboratrice avec laquelle je travaillais de nombreuses heures et comme elle était célibataire, il n'y avait, ni dimanche ni fête. D’origine bretonne, elle s’appelait Maryvonne.
J’avais demandé à l'un de mes amis, stagiaire chez un architecte, de me mettre au point les croquis que j'avais établi, le dossier fus rapidement réalisé et le permis de construire obtenu sans difficulté, notre réalisation, la première dans cette nouvelle zone industrielle, constituait, pour la ville, une véritable vitrine.
L'infrastructure, toujours réalisée par mes propres ouvriers fut rondement menée et les bâtiments sortirent rapidement de terre.
Ils étaient organisés autour de trois plate-forme, à l'entrée, la plate-forme administrative comprenait quatre bâtiments sans étage, disposer autour d'un parc de stationnement, les bureaux, le logement du concierge, les bureaux de réunion et les bureaux en location destinés aux clients.
La plateformes d'entretien comprenait un bâtiment destiné à l'entretien des véhicules.
La plate-forme la plus importante était constituée de deux imposants bâtiments de stockage montés sur quai et reliés à un embranchement ferroviaire.
Pendant deux longues années je dirigeai les travaux, mais je dirigeais aussi la société des ordures ménagères et lorsque j'y réfléchis maintenant, je me demande encore comment j'ai pu m'organiser et concilier mon emploi du temps, je devais également menée une action commerciale étendus pour faire connaître mes entrepôts est bien entendu susciter, auprès des industriels un intérêt certain.
J'étais très fier de cette réalisation, je la considérais comme mon enfant, et le jour de l'inauguration, quand je vis les premiers clients investir les locaux, à ma fierté se substitua soudain un sentiment de dépossession.
J'avais consacré deux années de ma vie. Je n'avais pas vu le temps s'écouler, je pris soudain conscience, avec l'année nouvelle que j'allais avoir trente-six ans, je n'avais plus de vie familiale, le quelques aventures discrètes me permettaient de maintenir un bon équilibre.
Un incident avait eu lieu, je ne savais pas qu'il serait à l'origine d'une modification de mon comportementainsi que sur ma vie future .
C'était un dimanche, j’étais au bureau avec ma secrétaire, nous fit mission de mettre à jour un dossier urgent qui devait être déposé le lendemain à l'administration des impôts.
Ma femme qui partait, le jour même, à Paris, avec l'une de ses cousines, était venue me remettre les clefs de notre appartement. Elle s'était montrée surprise de voir que je n'étais pas seul, mais elle n'avait fait, sur l’instant, aucune observation, il n’y avait du reste aucune raison d’en faire.
Ce n'est que beaucoup plus tard qu'elle me rappela cet incident en insistant sur le fait que cette secrétaire devait fatalement être ma maîtresse, or ce n'était pas le cas, mais à force d'être accusé à tort, pourquoi ne pas être accusé à juste raison, l'opprobre est la même mais le plaisir est en plus.
Et c'est ainsi que le plus discrètement du monde, ma secrétaire devint l'une de mes amies. Très proches
Je dormais quatre heures par nuit, le reste du temps, je voyageais en France en Allemagne et en Italie, C'étaient le début du marché commun et je nouais des relations avec des industriels étrangers qui désiraient s'implanter dans notre pays et la mise en stockage de leurs produits, au centre de la France, présentait, pour eux et pour ma société un intérêt convergent.
C'étaient l'euphorie, je traitais avec les plus importantes sociétés, Michelin pour un stockage stratégique, Codec, Simons, Pernod-Ricard, ESSO et de bien d'autres encore pour la distribution ont de leurs produits.
Le clou du stockage fut atteint lorsque la société MASSAY-FERGUSSON signa un contrat de stockage et d'expédition de 500 tracteurs à proximité de notre embranchement ferroviaire.
L'ensemble avait une sacrée gueule., nombreux étaient les visiteurs surpris de la rapidité avec laquelle les batiments étaient ssortis de terre. Bientôt de nombreux industriels s'installèrent autour de notre réalisation donnant à la zone industrielle nouvelle son aspect définitif. J'étais très fier d'avoir donné cette impulsion.
J'ouvris un bureau de dédouanement.
J'avais la cote, levant en poupe, porté par les événements j'avais été admis au Rotary Club, mes amis maçonnique me sollicitaient, le bureau international du travail avez réalisé une étude sur l'organisation que j'avais mise en place, je disposais alors de trente camions semie remorque de gros tonnage et une trentaine de véhicules de tonnage inférieur, j'avais passé des accords de transport avec les coopératives agricoles du département pour la distribution des engrais et le ramassage des céréales.
J'employais alors plus de 100 personnes.
Les échos, le journal économique avait publié une page entière sur ma société et sur moi-même.J'étais devenu une vedette, très en vue, mais ne dit-on pas que pour être heureux, il faut vivre caché ?
J'allais bien vite constater, à mes dépens, l'exactitude de cette maxime.

Au cours des années qui suivirent je vivais dans l'euphorie la plus totale. Les clients étaient de plus en plus nombreux. Les entrepôts tournaient au maximum de leurs capacités. Le trafic SNCF de plus en plus important. Tout fonctionnait pour le mieux.
J'avais procédé à plusieurs augmentations de capital à fin de réaliser pleinement le programme d'investissement. Afin de faire face à ces augmentations, n'ayant à titre personnel aucun capital, sachant pertinemment qu'une sollicitation auprès de ma femme serait repoussée sans discussion possible, je contractais plusieurs emprunts à titre personnel.
Enfin sous la pression des demandes internationale je constituai une société nouvelle destinée à la commercialisation des produits étrangers sur notre sol. J'en confiais la direction générale Alain de mes amis Jacques F.
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09.06.2008
Ma vie 23
La constitution de la nouvelle société fut pour moi le début d'une ère nouvelle. Je me trouvais à la tête de deux entreprises, l'une dont le fonctionnement et le développement avaient pris, sous mon impulsion, une allure de routine. Il n'en était pas de même pour la société nouvellement constituée.
Tout, vraiment tout était à faire, la recherche d'un terrain, l'implantation, l'aménagement, les constructions, la publicité et bien entendu l'inauguration. Je me fixais un délai de 2 années pour mener à bien cette aventure.
J’eus beaucoup de chance, j'avais noué de réelles et de profondes amitiés au sein de l'équipe dirigeante de l'asile de Bourges. Or, le directeur des services techniques mettait précisément au point un projet d'implantation de la première zone industrielle, il me proposa d'acquérir le terrain qui m'était nécessaire, à un prix préférentiel de 0,50 F le mètre carré. Je saisis l'occasion et je me portais acquéreur de 40 000 m².
Le travail sérieux pouvait commencer. Je réalisais avec un spécialiste du bâtiment les plans des futurs constructions. Les travaux de terrassement pouvaient alors débuter.
Les bulldozers entrèrent en action pour modeler le terrain, je me constituai mon propre entrepreneur. J’embauchais deux ouvriers du bâtiment et un contremaître. Le terrain étant à l'état brut il me fallut le viabiliser, construction du circuit d'évacuation des eaux, route d'accès, embranchement SNCF.
Tous ces travaux furent menés tambour battant. Je surveillais leur réalisation, prenais sur l'instant les décisions qui s'imposaient. Je vivais mon rêve, j'étais pleinement heureux, j'étais dans l'action, totalement immergé dans le travail et, surtout, j'exerçais à pleines mains le pouvoir, celui de réaliser une grande entreprise, la naissance d'une nouvelle activité.
Au cours de ces dernières années j'avais noué des relations amicales avec trois autres chefs d'entreprise de mon âge. Il s'agissait de Jean, Jacques et Georges, ce dernier étant le fils du banquier de mon entreprise.
Nous avions pris l'habitude de nous retrouver plusieurs fois par semaine, à la fin de la journée, dans un petit restaurant de la place Gordaine. Nous prenions l'apéritif, joué au 421, dinions ensemble et nous retrouvions souvent, pour finir la soirée, dans l'une des 3 boîtes de Bourges : le Canari.
Pendant cette période d'intense activité, je délaissais quelque peu ces réunions mais cela ne m'empêchait par parfois de penser à Nicole et je me demandais si elle était heureuse dans son nouveau job.
Ce jour-là, ma secrétaire venait de déposer le courrier sur mon bureau, mon attention fut attirée par une enveloppe à mon nom, je ne connaissais pas cette écriture.
Intrigué, je décachetais cette lettre, au fur et à mesure que je prenais connaissance du contenu je sentais le sang qui me montait au visage, alors que de doux souvenirs défilaient dans ma tête.
Comment a-t-elle pu se procurer mon adresse me dis-je courroucé mais heureux au fond de moi.
C'était une lettre de Nicole, elle me disait que la place qu'on lui avait proposée était bidon, qu'elle avait décidé de se rapprocher, qu'elle avait trouvé du travail à Orléans, qu'elle ne voulait pas être pour moi une charge, qu'elle recherchait un appartement et une nourrice pour garder son enfant et elle ajoutait que lorsqu'elle aurait réglé tous ces problèmes, elle me donnerait son adresse et elle m'inviterait, alors, à venir la retrouver. Pour l'instant je vis à l'hôtel me disait-elle, sans me donner son adresse.
Sans réfléchir je pris ma voiture et je fonçais en direction d'Orléans, je ne pouvais pas la laisser seule, elle avait sans doute besoin de moi, je me disais que cette lettre était sans doute un appel au secours, il me fallait la retrouver. Tout en conduisant, je me posais une foule de questions auxquelles, bien sur, je ne pouvais répondre.
Arrivé à destination, je parcourais, pendant l'après-midi, toutes les rues dans lesquelles pouvait se trouver un hôtel mais personne ne connaissait Nicole, j'aurais dû m'en douter, je m'en fis le reproche peut-être un peu trop tard et dépité je rentrais à Bourges.
Quelques semaines plus tard Nicole me fit savoir que je pouvais venir la voir, elle avait, disait-elle, réglé tous ses problèmes et elle me donnait l'adresse de son hôtel.
Je profitai d'une accalmie dans l'exercice de mes fonctions, je l'avais prévenue de l'heure de mon arrivée, elle m'attendait devant la porte de l'hôtel et elle m'entraîna dans un petit café, je veux te parler me dit-elle. Elle semblait heureuse de me revoir, me prenait les mains, m'embrassait, elle finit par me raconter tous les détails de son périple et puis après avoir dîné d'un casse-croûte, elle me dit je vais monter la première, je vais occuper le patron de l'hôtel, pendant ce temps tu pourras monter dans ma chambre, sans te faire voir c'est la vingt-deux au 2e étage.
J'acceptais sans rien dire mais je trouvais son attitude un peu curieuse.
La nuit fut aussi douce qu'elle pouvait l'être, nous étions pleinement heureux de nous retrouver, elle me raconta comment, pendant que je prenais son billet à Vierzon, elle avait trouvé dans la boîte à gants de la voiture, une carte de visite qui comportait mon nom et mon adresse. Nous avons peu dormi, lorsque j'ouvris les yeux, je la trouvais toute habillée, prête à sortir, je vais chercher des croissants me dit-elle, je reviens de suite.
Elle referma la porte, à moitié réveillé, je voulus prendre sur la table de nuit ma montre posée la veille et, sans le vouloir, je fis tomber à terre un objet que je ramassais aussitôt.
C'était un portefeuille d'ou dépassait une carte d'identité, la sienne, je n'en croyais pas mes yeux, seize ans et demi, elle avait seize ans et demi, je lui donnai vingt-deux ans je ne pouvais le croire, je pris subitement conscience du danger que me faisait courir cette situation, elle était mineure, tout devenait clair, j'en eu froid dans le dos. Lorsqu'elle revint insouciante je lui montrais sa carte, elle changea d'attitude et me supplia de comprendre les raisons de son silence.
Elle me demanda si je reviendrais la voir, un peu lâchement je le lui promis, c'est vrai, j'ai tenu ma promesse, je revins quelques fois en espaçant de plus en plus mes visites et puis, elle devint définitivement un très beau souvenir.
qjelques photos des travaux



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08.06.2008
Ma vie 22
Totalement brisé par la folle nuit que je venais de vivre, conduisant comme un somnambule, l'esprit en effervescence, cherchant à comprendre l'attitude de la femme que je venais de quitter, je poursuivais ma recherche. Ne trouvant pas j'arrêtais ma voiture, aperçus une silhouette qui stationnait sur le trottoir, je descendis, m'approchais. - Savez-vous où se trouve le magasin de vente de pièces détachées de l'avenue du Maine dis-je en m'adressant à la jeune femme qui se trouvait devant moi.
Je ne peux pas vous renseigner je ne suis pas du quartier me répondit-elle.
Surpris, je la regardais, elle avait un visage fatigué, comme quelqu'un qui vient de se réveiller, elle semblait totalement perdue, elle avait à ses pieds une grande valise à laquelle s'accrochait, comme un chien à son os, un petit garçon âgé de quelques mois.
Mais, après avoir échangé quelques mots, elle me raconta son histoire, ou au moins une partie de celle-ci qui me donna subitement l'envie de l'aider, tout en me demandant dans quelle galère j’allais encore me fourrer.
Jusqu'alors je n'avais pas eu beaucoup de chance avec les femmes. Dans un éclair de lucidité je songeais à Dora, Simone, et à toutes les autres qui leur avaient succédé mais, cela ne fut pas pour autant que je changais d'attitude. Je voulais sincèrement aider cette jeune femme.
Avec son fils elle venait de Dijon, avait voyagé en stop toute la nuit, devait se rendre à Royan et ne savait comment faire pour rejoindre la gare d'Austerlitz.
J'allai lui proposer de les conduire lorsqu'elle me dit que son enfant n'avait pas mangé depuis la veille.
Je lui proposais alors de la déposer à mon hôtel, elle prendrait une chambre, pourrait ainsi se reposer, faire une toilette, donner des biberons à son fils et comme je devais rentrer sur Bourges, je pouvais la déposer à la gare d'Orléans d'où elle prendrait le train pour sa destination, elle hésita, je compris que ses moyens ne lui permettaient pas de régler une chambre d'hôtel, je la rassurais d'un geste et elle finit par accepter.
Après les avoir déposés à l'hôtel, je retournai avenue du Maine, j'assistais ensuite à une réunion paritaire et, mes obligations ayant prit fin, à 16 heures je me retrouvai à l'hôtel.
La propriétaire que je connaissais bien me dit en souriant mais émue, j'ai préparé six biberons depuis ce matin pour le bébé. Il avait grand faim, il a tout avalé.
Nous quittâmes Paris, je pris l'autoroute, je roulais à une allure modérée, j'avais charge d'âmes, elle s'était assise près de moi et avait installé son bébé sur le siège arrière.
Le voyage de retour fut très agréable, elle était étudiante, fréquentait un ami en classe de terminale, s'était trouvée enceinte de son ami qui ne voulut pas reconnaître cet enfant. Elle avait décidé de ne pas avorter mais ses parents, commerçants à Dijon, l'avaient mise à la porte afin d'étouffer le scandale.
Elle se rendait sur la côte atlantique ou une personne de passage lui avait dit que propriétaire d'un restaurant l'embaucherait comme serveuse.
Elle était touchante dans sa crédulité, elle se retournait souvent pour regarder son fils et s'adressant à moi me disait avec beaucoup de tendresse dans la voix : n'est-ce pas qu'il est beau mon fils.
Il était déjà tard lorsque nous arrivâmes à Orléans, je m'arrêtais devant la gare, je voyais bien qu'elle n'avait pas envie de descendre, elle était vraiment redevenue la petite fille perdue que j'avais rencontrée ce matin même, elle me fit de la peine et sans réfléchir davantage, je lui proposais d'aller jusqu'à Vierzon d'où elle prendrait son train.
Le voyage se poursuivit toujours aussi agréable, à nouveau elle souriait manifestement heureuse de ne pas être descendue.
À Vierzon elle n'eut pas envie de descendre, et pour être honnête je crois que je n'en avais pas plus envie qu'elle.
Je me demandais ce que j'allais faire d'elle et de son fils je n'hésitais pas très longtemps, je connaissais sur la route à 15 km environ de Bourges, en pleine nature, un hôtel discret qui recevait les couples en rupture de ban, je décidais de les y conduire pour passer la nuit, demain on verrait ce qu'il conviendrait de faire.
L'hôtel était situé en retrait de la route, un chemin de traverse y conduisait; dans la nuit. L'endroit était sinistre, ce soir-là il n'y avait aucun client, seules la propriétaire et sa fille nous accueillirent.
Je connaissais bien ces deux femmes, charmantes au demeurant et discrètes par obligation. Je leur expliquais la situation et j'accompagnais Nicole et son fils, elle s'appelait ainsi, dans la chambre indiquée par la propriétaire, il fallait sortir, longer un couloir sur lequel s'ouvraient les six chambres de cet hôtel.
La nuit était noire, la lune cachée par les nuages donnait au décor un aspect lugubre, Nicole eut peur pour elle et pour son fils, elle me demanda de rester auprès d'elle pour la nuit.
Ne pas rentrer chez moi, cela ne me posait aucun problème, cela faisait pas mal de temps que j'étais libre de mes mouvements, j'acceptais mais lui dit que je devais impérativement faire un tour au bureau afin de prendre connaissance du courrier arrivé dans la journée. Le travail avant tout était pour moi prioritaire, depuis bien longtemps j'en avait fait ma règle de vie.
Un peu plus tard j'étais de retour à l'hôtel, je trouvais Nicole qui m'attendait dans la salle de restaurant, une table pour deux personnes avait été dressée comme pour un rendez-vous intime, fleurs sur la table, lumière tamisée et bougies près des assiettes, le grand jeu.
Le repas fut enchanteur, pendant mon absence Nicole avait préparé son fils, l'avait couché et il dormait maintenant, nous n'étions que tous les deux, j'observais à la dérobée la propriétaire restée au fond de la salle, prête à satisfaire nos moindres désirs, elle devait penser qu'un grand amour était en train de naître, je la vis glisser sur la platine un 33 tours de musique de slow. Je luttais de toutes mes forces pour ne pas tomber amoureux, je ne voulais pas que le désir que je sentais monter en moi, me fasse oublier que cette jeune fille se trouvait dans une situation pénible et je ne voulais pas abuser de sa jeunesse.
Elle me demanda de rester passer la nuit près d’elle. Nous nous sommes déshabillés avec beaucoup de pudeur, elle coupa la lumière, se pelotonna contre moi et malgré le feu qui me dévorait nous nous sommes endormis.
Elle devait partir le lendemain, elle resta huit jours, huit jours pendant lesquels je revins dormir chaque soir, et ne pouvant plus résister, nous laissâmes notre désir nous emporter.
Je n'étais pas convaincu du sérieux de la proposition d'embauche qui lui avait été faite, je le lui dis mais elle avait confiance disait-elle.
Le jour du départ était arrivé, je la conduisis à la gare de Vierzon, je la laissais quelques instants dans la voiture le temps de prendre son billet et nous nous séparâmes le coeur gros, les larmes au bord des yeux, sans espoir de nous revoir un jour.
Cette parenthèse dans ma vie qui ne s’ouvrait qu'au début de la nuit pour se refermer au petit jour, ne m'empêchait nullement de poursuivre mes activités professionnelles. J'avais formé le projet de créer une société de transport et d'entrepôts, type d'entreprise qui n'existait pas à Bourges. J'avais analysé les besoins dans ce domaine et ils m'étaient apparus énormes.
Je réalisai une étude que je soumis aux trois principaux actionnaires de ma société d'ordures ménagères, il s'agissait d'une société de travaux publics locale, du groupe gaz et eau, du groupe Luchaire. Ils acceptèrent, exigeant cependant de détenir la majorité du capital. Cela m'arrangeait bien, je ne disposais pas de capitaux et j'acceptais une participation faible, quasi symbolique.
Je constituai cette société nouvelle que je déclarai sous le nom de SOTRAC, société de transports auxiliaires du centre.
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07.06.2008
Ma vie 21
Les relations que j'avais avec ma femme et qui s'était maintenues tant bien que mal, se désintégrèrent un peu plus à la suite de trois incidents.
Ce fut son refus de financer sur l'argent du ménage l’achat d’une couronne pour le décès d’une de nos amis. Elle exigeait que cette dette soit prise en charge par la trésorerie de la société que je dirigeais. Cette attitude que je ne pouvais admettre se termina par une violente dispute.
Le second incident eut lieu à la suite d'un week-end passé en camping sur un terrain aménagé près de la Loire, WE au court duquel nous avions sympathisé avec un couple de notre âge. Nous avions échangé nos adresses et numéros de téléphone en formant le projet de nous retrouver quelques semaines plus tard au même endroit. Or, la jeune femme, pour des raisons que j'ignore, m’adressa une lettre de remerciement pour la journée que nous avions passée en famille mais dont les termes pouvaient prêter à confusion.
Étant donné le peu de relations que nous entretenions à juste titre, ma femme fut persuadée de détenir entre les mains la preuve formelle de mon infidélité. Cependant, je l’affirme, il n'en était rien. Malgré mes dénégations et les preuves que j'apportai, je compris que plus jamais nous ne pourrions nous entendre.
Enfin, j'avais formé le projet de recevoir à déjeuner les deux directeurs d’une importante société avec lesquels j'entretenais des relations amicales. Ma femme fit preuve de mauvaise humeur, posa au cours de ce repas des questions indiscrètes qui mirent mes invités mal à l'aise et qui me firent abréger ce repas. Je n'eus même pas le courage de faire des remontrances à ma femme. J'étais humilié.
Une fois de plus je me réfugiai dans le travail. Je venais de recevoir un appel téléphonique du président, il me demandait de réunir, pour le début de la semaine suivante, un conseil d'administration et il m'avait précisé de porter à l'ordre du jour : questions diverses.
Il arriva une heure avant la réunion et il me dit qu'il prendrait le premier la parole parce qu'il avait une importante communication à faire. J'ouvris la réunion en souhaitant la bienvenue aux membres du conseil et je passais immédiatement la parole au président.
Il y a bien longtemps dit-il, que je préside aux destinées de votre société, j'eus un grand plaisir à la voir se développer sous l'impulsion de notre directeur ici présent, il y a des moments importants dans la vie et nous vivons aujourd'hui l'un de ces moments.
Il s'arrêta un instant, il me semblait fatigué, mais bien vite il reprit : j'ai soixante-cinq ans et je crois avoir le droit de prendre ma retraite. Il y eut un murmure dans la salle, des protestations, mais il y mis fin d'un geste de la main et il poursuivit d'une voix qui se voulait plus ferme : je vous demande d'accepter ma démission et de nommer à ma place à la présidence de votre société notre directeur actuel ici présent.
Les membres du Conseil s'étaient levés, il y eut des murmures et des applaudissements, j'avais la trentaine et je me voyais porté à la tête de cette entreprise, seul maître à bord.
C'était pour moi la plus grande et la plus totale des surprises, le conseil approuva ma nomination et nous nous retrouvâmes au restaurant le plus en vogue de Bourges, le Jacques Coeur.
Le repas fut chaleureux, le maire de la ville avait fait une apparition pour le dessert.
De retour au bureau, celui que je considérais toujours comme mon président me précisa qu'il avait effectué le transfert à mon nom des actions qu'il possédait dans la société et qu'il m'en faisait cadeau. Je le remerciais et le raccompagnais à la gare, je suis fatigué me dit-il et il ajouta : j'ai dû laisser mon écharpe au bureau, je lui fis remarquer qu'elle était autour de son cou, sur ses épaules, il sourit, me dit au revoir, j'étais loin de me douter que c'était la dernière fois que je le voyais, j'appris deux jours plus tard qu'à la suite d'une attaque cérébrale, il était décédé.
Ses obsèques eurent lieu à Paris, il y avait une foule considérable, il était très connu et tous ses amis étaient là pour lui rendre un dernier hommage.
Je dois beaucoup à cet homme qui m'a formé, m'a permis de prendre confiance en moi, cet hommes intègre qui m'a servi d'exemple.
Sur le plan professionnel je me trouvais orphelin, je devais prendre mes décisions sans le secours de personne et pendant de longs mois inconsciemment je cherchais sa présence et me demandais avant de prendre une décision ce que cet homme aurait fait à ma place.
La vie reprit son cours et ma vie familiale son traintrain monotone, je crus cependant que son rythme allait changer lorsque ma femme m'a apprit qu'elle attendait un autre enfant. Ce fut la naissance de Françoise.
Mais cela ne changea guère ni mon attitude ni celle de ma femme.
Mes nouvelles fonctions généraient de fréquents déplacements à Paris, j'avais été désigné comme représentant patronal à la commission chargée, avec les représentants des principaux syndicats, de l'élaboration d'une nouvelle convention collective nationale.
J'étais souvent absent, je me déplaçai en voiture et il m'arrivait de prendre des auto-stoppeurs rencontrés sur le bord de la route.
Cet après-midi là je venais de quitter Bourges et je roulais en direction de Paris, c'était l'été, il faisait chaud lorsque je la vis, superbe dans sa robe claire, elle marchait sur le bas-côté, je ralentis, j'arrivais à sa hauteur, je me penchais à la portière, je vis son visage, elle me sourit et je lui demandai si elle désirait que je la dépose un peu plus loin. Elle accepta, s'installa près de moi, et entre nous s'engagea une aimable conversation.
Elle respirait la jeunesse, soudain la route me parut moins longue, déjà nous arrivions à Montargis, déposez-moi à la sortie de la ville, me dit-elle, je vais à Paris, je lui dis que j'y allais aussi, elle éclata de rire en se calant un peu plus confortablement dans son siège et elle ajouta, c’est bon, je reste.
Elle était infirmière à l'hôpital Bichat, nous eûmes le temps de faire connaissance, elle était souriante, très volubile, elle avait de grands yeux verts, une bouche adorable et deux petites fossettes de part et d'autre du menton, bref elle était très jolie, nous approchions de Paris et je n'avais pas envie mais pas du tout envie de la quitter et il me semblait qu'elle partageait le même sentiment.
Je lui proposais de finir ensemble la soirée, elle accepta joyeusement, elle me demanda de la déposer devant l'hôpital à l'intérieur duquel elle disposait d'une chambre, et elle me demanda de l'attendre pendant qu'elle allait se changer, je veux être belle me dit-elle pour sortir.
L'attente me parut bien longue, cela faisait une demi-heure qu'elle m'avait quitté et l'espoir de la revoir s'amenuisait à chaque seconde.
Je pensais alors qu'elle m'avait posé un beau lapin. Je m'apprêtais à repartir lorsque je vis sur le trottoir une superbe créature qui approchait de ma voiture, je pensais une de perdue dix de retrouvées, décidé à ne pas passer cette soirée en solitaire, j'allais aborder cet ange venu du ciel lorsqu'elle s'approcha de moi en souriant et me dit d'un air détaché : excusez-moi de vous avoir fait attendre.
Je n'en croyais pas mes yeux, c'était une autre femme qui se présentait devant moi, elle était élégante, savamment maquillée, robe longue, talons à aiguilles qui la grandissait à ma hauteur, dans un éclair je vis mon compte bancaire passer au rouge, ça va me coûter très cher cette soirée, me dis-je.
Je lui proposais d'aller prendre un verre, elle refusa, je lui proposais d'aller dîner, elle refusa, je lui proposais d'aller voir un film au cinéma, elle refusa. Déconcerté je lui demandais ce qu'elle avait envie de faire. Vous avez un appartement ou êtes-vous descendu à l'hôtel me demanda-t-elle, sur l'instant je ne sus que répondre mais elle enchaîna : je voudrais passer une soirée détendue avec vous, je serais sage et vous me raconterez des histoires, elle me regardait un peu provocatrice.
Je n'eus pas le temps de lui raconter des histoires, dès notre arrivée à l'hôtel nous entrâmes dans le vif du sujet si je peux m'exprimer ainsi.
La nuit fut chaude, très chaude, je dirais même trop chaude, exceptionnellement acrobatique, il fallait tenir la cadence, au milieu de la nuit je fis monter des sandwiches sans lesquels je ne serais peut-être pas là aujourd'hui pour vous raconter cette fameuse nuit.
Le lendemain matin elle fit une rapide toilette, je prends mon service à 8 heures me dit-elle et lorsque je lui demandai si nous pouvions nous revoir elle me dit en ouvrant la porte, je ne crois pas, je me marie à la fin de cette semaine, je te remercie de m'avoir permis d'enterrer avec toi ma vie de jeune fille et elle referma la porte de la chambre dans un grand éclat de rire.
Je restai longtemps abasourdi et je remis à plus tard les réflexions qui me venaient à l'esprit. Je m'habillais, je réglais ma note, j'avais rendez-vous deux heures plus tard avec l'un de mes clients avenue du Maine, je roulais doucement dans cette avenue, cherchant à repérer la devanture du magasin qu'il exploitait.
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06.06.2008
ma vie 20
Les jours qui suivirent apportèrent un changement radical dans ma vie. J'avais obtenu un salaire substantiel, un appartement moderne situé au premier étage du pavillon abritant les bureaux, et surtout le titre de directeur général. J'étais jeune, je n'avais pas encore 30 ans et j'étais grisé par l'idée d'exercer le pouvoir. Je ne me demandai pas si j'en aurais la capacité, n'avais-je pas été meneur de bande dans ma prime jeunesse, dans le cours de la cité des Coutures, n'avais-je pas exercé les fonctions de direction au chantier de la jeunesse. Décidément pensais-je avec un peu de suffisance, c'est mon destin.
J’avais trois priorités : emménager, ce qui fut fait rapidement, trouver une nouvelle voiture, embaucher le personnel nécessaire au fonctionnement de l'usine.
J'avais enfin réussi à couper le cordon ombilical avec la famille, ce qui ne semblait pas faire la joie de ma femme, tant pis pensais-je, elle s'en accommodera.
J'étais très absorbé par la mise en route de cette usine, c'était, en fait, une centrale qui en détruisant les ordures ménagères, produisait de l'énergie électrique. Je n'avais aucune connaissance technique et lorsque j'en avais fait part au président celui-ci m'avait rétorqué : j'ai besoin d'un gestionnaire, pas d'un technicien, je suis ingénieur et ça suffit.
Il avait tort, l'usine, bien que moderne, était difficile à gérer, je voulais en comprendre tous les mécanismes, je voulais pouvoir répondre aux questions que ne manqueraient pas de me poser les ouvriers.
Je décidai alors d'effectuer un stage d'apprentissage en occupant, pendant huit jours, chacun des postes de travail de cette usine.
Je commençais par le poste de pontonnier, il s'agissait de manœuvrer un pont roulant à partir d'une cabine vitrée, je dirigeais la benne en la laissant descendre ouverte dans la fosse de stockage des ordures, de la refermer, je remontai ensuite les ordures pour les distribuer au-dessus du système de chargement des fours d'incinération. Ce poste exigeait une grande dextérité et un coup d'oeil averti. L'ouvrier spécialisé qui occupait ce poste fut pour moi un excellent éducateur. Il s'appelait Pierre Fajardie. Malheureusement, quelques semaines plus tard, je reçus un coup de téléphone m'annonçant qu'il venait de perdre sa fille de deux ans et demi, la tête écrasée par un véhicule de 35 t, le chauffeur n'ayant pas vu la gamine qui jouait sous le camion arrêté devant chez elle. Annoncer cette nouvelle horrible fut pour moi l'un des moments les plus difficiles de toute ma vie.
Le second poste que j'occupai était celui de chauffeur. Le travail consistait à surveiller la combustion des ordures, à alimenter le foyer qui devait accuser une température constante de 1200°, je constatais la pénibilité de ce poste.
Ce fut ensuite la formation à la centrale électrique, une grande salle, toute vitrée, un immense panneau couvert de cadrans et, au sol, deux alternateurs de grande capacité. Il fallait surveiller la température et la pression des chaudières et lorsque celles-ci étaient aux normes, ouvrir les vannes, lancer les alternateurs et envoyer l'électricité produite sur le réseau EDF.
Le stage au service d'entretien ne me posa pas de problème particulier, il me suffit d'apprendre à effectuer les opérations essentielles, le remplacement des fusibles, la mise en marche des pompes, l'alimentation des chaudières, l'épuration de l'eau, la mise en route des différentes machines. L'entretien du matériel était confié à des entreprises externes.
Il restait un stage de manœuvre à effectuer, c'était le plus pénible, le plus ingrat, le plus dangereux. Il s'agissait, dans le sous-sol de l'usine, de recueillir, dans un wagonnet, les cendres pulvérulentes et brûlantes, qui se déposaient dans des trémies, tout au long du cheminement des gaz de combustion.
Les constatations que je fis, au cours de ce stage, me permirent de doter le personnel d'un masque à poussière et, plus tard, de recueillir automatiquement les cendres.
Je me sentais maintenant capable d'assumer pleinement la direction de la société.
Je recrutai une secrétaire puis je changeais de voiture mon choix s'étant porté sur une Dyna Panhard.
Je me suis beaucoup investi dans cette usine, je l'ai beaucoup transformée, je l'ai déjà dis c'était la plus moderne d'Europe et à ce titre j'ai reçu beaucoup de visiteurs étrangers surtout des parlementaires qui désiraient importer le même système de destruction des ordures ménagères que le nôtre.
Les années et les mois se succédaient entrecoupés des réunions du conseil, des assemblées générales, des contrôles de sécurité avec de nombreuses anecdotes.
La femme de ce banquier, dont je tairai le nom, venue rechercher le collier de perles d'une grande valeur jeté par inadvertance dans les ordures mais heureusement retrouvé à la suite d'une recherche frénétique de plusieurs heures. Le prothésiste dentaire recherchant le dentier de l'un de ses patients, que nous avons retrouvé sans que celui-ci apprenne qu'il avait mordu la poussière. Je passerai sous silence le pied d'homme découvert dans l'une des bennes de ramassage jeté par erreur, par une clinique, dans les ordures ménagères au lieu d'être incinéré.
Les ordures ménagères constituaient une véritable mine d'or pour le personnel qui doublait son salaire en revendant les objets ou les métaux trouvés chaque jour, le cuivre, l'argenterie, le plomb, et tant de choses encore totalement insolites.
J'entretenais d'excellents rapports avec le président et avec les représentants de la ville de Bourges, je commençais à être connu, je faisais partie des officiels invités par la ville, par la préfecture, à toutes les manifestations officielles.
Ma vie privée était toujours aussi terne, j'étais absorbé par la direction de ma société, ma femme, de son côté, allait passer tous les après-midi auprès de sa mère avec notre fille Geneviève, j'avais très peu de vie de famille, j'étais souvent invité à déjeuner ou à dîner pour des repas professionnels.
J'avais une secrétaire, une jeune fille très compétente que m'avait recommandée mon maître de stage, j'avais terminé mes études mais j'avais conservé d'étroites relations avec celui-ci, il était également professeur de comptabilité et à ce titre il m'envoyait chaque année en stage de formation l'une de ses élèves.
Cette année-la, une superbe jeune fille s'était présentée, grande, brune, les cheveux retombant sur ses épaules, son regard de braise, ne m'avait pas laissé indifférent et comme elle habitait loin de l'usine, j'avais pris l'habitude de la conduire chez elle tous les soirs.
Un soir, c'était en hiver, il faisait déjà nuit et je lui proposai de faire un détour par la campagne, nous pourrions discuter un peu plus longtemps, lui avais-je dit, et elle avait accepté, nous n'avons pas discuté mais nous nous sommes réchauffés.
Cette chaleur était si douce que nous en eûmes besoin tous les soirs. Je m'interrogeais, cette fille, très belle au demeurant, que représentait-elle pour moi ? Un amour naissant, je n'y croyais pas beaucoup, un désir physique ? Cela me paraissait plus probable et je sentais renaître ma libido.
Cette aventure aurait dû se terminer à la fin du stage, mais quelques semaines plus tard, elle me demanda de la recevoir et c'est alors qu'elle m'annonça qu'elle était enceinte, de qui lui demandais-je, mais de toi, me répondit-elle.
La tuile, c'était la tuile, je n'y croyais pas, je ne pouvais imaginer avoir été aussi maladroit et plus je réfléchissais, moins j'étais convaincu, mais dans le doute je décidai d'aider cette jeune fille qui ne demandait que cela et je demandais à mon médecin de la recevoir. Il confirma la grossesse, lui précisa qu'il ne pouvait rien faire pour elle mais il lui donna l'adresse d'une clinique en Suisse qui pourrait, sur sa recommandation, l'accueillir.
Je n'étais toujours pas convaincu de ma responsabilité et j'appris, pendant son absence, qu'elle fréquentait, depuis sa plus tendre enfance, un jeune homme de son quartier.
À son retour je la rencontrai et elle finit par m'avouer que le responsable était son ami mais que trop jeune pour assumer la situation, elle avait eu l'idée de s'adresser à moi et de monter cette histoire. Une fois de plus j'avais été odieusement trompé. Je décidais que jamais plus je ne me laisserai séduire par une femme, que dorénavant je les prendrai comme un grand repos du guerrier et que je les jetterai comme des Kleenex.

Réception à l'usine d'incinération de parlementaires belges.

Ma nouvelle voiture, la Dyna Panhard
un
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05.06.2008
Ma vie 19
Je me plaisais de plus en plus dans mes nouvelles fonctions, j'avais réussi à mettre de l'ordre dans la comptabilité de l'entreprise. J'étais très absorbé, je découvrais enfin la vie d'une société, le comportement des employés et des ouvriers. Parallèlement, je poursuivais mon stage d'experts-comptables.
Je restais parfois très tard au bureau, j'avais de moins en moins envie de rentrer à la maison, de retrouver cette atmosphère familiale oppressante, étouffante.
À plusieurs reprises mon patron, souffrant de graves crises de névralgie faciales, m'avait supplié de l’emmener, toutes affaires cessantes auprès de son spécialiste professeur de médecine à Paris et m'avait demandé de conduire sa voiture une superbe Citroën 11 chevaux traction avant, ce qui se faisait de mieux à cette époque et je n'étais pas peu fier.
De jour en jour je lui servit de chauffeur attitré , il avait une totale confiance en moi.
J'étais sur le point de terminer mon stage, je me rendais souvent à Paris où je m'étais inscrit à la faculté de droit. Je me passionnais pour le droit des sociétés, je voulais me perfectionner, devenir un spécialiste et puis, me rendre à Paris chaque semaine n'était pas fait pour me déplaire.
C'est au retour de l'un de mes déplacements que ma femme m'annonça la nouvelle, elle était enceinte. Cette nouvelle totalement imprévu me réjouit, j'étais heureux, peut-être que cette naissance allait modifier notre existence mais ma femme ne partagez pas tout à fait cette joie, je compris qu'elle avait peur, elle se souvenait de sa malheureuse première maternité dont la triste fin c'était sans doute à jamais graver dans sa mémoire.. Je m'efforçais de la rassurer mais je n'étais pas, moi-même, convaincu.
La grossesse se déroula sans incident mais elle du prendre de sérieuses précautions. Un superbe bébé vit le jour on l'appela Geneviève.
Ma femme avait désiré nourrir son enfant au sein, c'était un réel plaisir, une joie insoupçonnée d'observer cette petite bouche goulue cramponnée au sein de sa mère, sucer à petits coups saccadés et s'endormir doucement vers la fin du repas. Je ne me lassais pas de contempler ce spectacle, je songeais à ce que ma vie allait devenir, je pensais que beaucoup de choses allaient changer, nous ne pourrions pas rester dans cette famille, il nous faudrait trouver, malgré les difficultés d'après guerre, un logement où nous pourrions organiser vraiment notre vie.
Mais a-t-on vus souvent la réalité épouser les rêves ?
Une dizaine de jours après son accouchement ma femme fut prise d'une forte fièvre, elle allaitait toujours son bébé qui, lui-même ; quelques jours plus tard enregistraient également une fièvre comparable à celle de sa maman.
Les jours passaient la fièvre ne tombait toujours pas, ni chez l'une, ni chez l'autre, plusieurs médecins étaient à leur chevet, une polémique s'était engagée entre eux, les jours s'écoulaient et aucun diagnostic n'avait été posé.
Je connus des moments difficiles, ma femme alitée, incapable de faire quoi que ce soit, me trouvant seul pour essayer de faire tomber la fièvre du bébé donner à celui-ci, sur prescription médicale, des bains froids, tandis que ma belle mère, levant les bras au ciel, poussait de grands cris, me traitant d'assassin me disant que je voulais tuer mon enfant, c'est elle que j'aurais voulu tuer. Mais quel est le gendre qui, un jour ou l'autre, n'a pas voulu tuer sa belle mère ?
Une fois de plus ce fut mon maître de stage qui m'apporta la solution. Il fit appel à l'un de ses amis, médecin pédiatre, chef de service des hôpitaux d'Orléans et de Bourges, il vint à la maison, examina les deux malades, formula l'hypothèse qu'on pouvait se trouver en présence d'une fièvre typhoïde, Pour en avoir la confirmation il fallait dit-il faire une prise de sang au bébé en milieu hospitalier.
Cette prise devait se faire sur le crâne au niveau de la fontanelle, la sage-femme se montrait hostile, ainsi que les autres médecins. Ils ne me rassuraient guerre, vôtre enfant, disaient-ils, pourrait présenter des séquelles, c'est toujours dangereux de toucher au cerveau. Je me sentais affreusement seul mais je pris la décision de confier mon enfant à l'équipe hospitalière.
Je pris rendez-vous à l'hôpital et le soir même j'abandonnais mon enfant à l'équipe médicale du service de pédiatrie.
La prise de sang faite le soir même confirma le diagnostic, il s'agissait bien d'une fièvre typhoïde. Fort heureusement , un nouveau médicament venait de faire son apparition sur le marché, c'était une gélule qui me paraissait énorme, elle devait être avalée en l'état par le bébé et j'avais peur qu'elle ne s'étrangle.
Pendant huit jours je rendis visite à ma fille dont la fièvre était tombée. Elle était vive, bien éveillé, ne semblait nullement affectée du traitement qui lui avait été infligée, et c'était pour moi, un grand bonheur.
Lorsque l'infirmière signa sont bon de sortie, cette fille me dit-elle ce sera votre fille, elle n'oubliera jamais l'attitude de son papa.
Après une longue convalescence Ma femme quittât définitivement son emploi pour s'occuper de sa fille.
Je poursuivais l'examen des dossiers de la société; je me rendis compte que celle-ci perdait régulièrement de l'argent, j'en fit part au PDG mais celui-ci me précisa qu'il ne croyait pas à mon étude, faites m'en la démonstration mathématique me dit-il d’un air méprisant.
J'étais humilié, piqué à vif dans mon amour propre, je me mis au travail. Je réunis toutes les informations nécessaires, j'étudiais les courbes de variations économiques et une semaine plus tard j'avais mis au point ma démonstration mathématique.
Je la lui expédiais à Paris avec un commentaire. Pendant près d'un mois je ne reçu aucune réponse et cela m'inquiétait.
J'avais appris par mon directeur que le président devait venir à Bourges, je n'en connais pas la raison me dit-il.
Le samedi s'achever lorsque le président me fit appeler, j'ai lu votre rapport me dit-il et je reconnais que vous aviez raison, notre société est en perte et je vous demande rédiger un nouveau projet de contrat que nous soumettrons à la ville de Bourges.
Puis, il regarda le directeur esquissa un léger sourire, à nouveau il se tourna vers moi, vous venez de faire vos preuves dans la gestion d'une entreprise, me dit-il,
Je vais vous faire une proposition, ajouta-t-il, notre directeur, ici présent, désir prendre sa retraite, accepteriez-vous de prendre la direction de notre société?
La foudre serait tombée dans ce bureau que je n'aurais pas été plus sonné, je restais sans voix, incapable de faire le moindre geste, je savais pourtant qu'il me fallait dire quelques mots,, remercier, refuser, que sais-je, j'aurais voulu l'entendre à nouveau me faire sa proposition pour être certain que je ne rêvais pas.
Ce fut le directeur qui me vint en aide, on ne vous demande pas une réponse immédiate, nous vous offrons cette situation parce que nous pensons que vous êtes capable d'en assumer la charge et il ajouta nous reparlerons de tout cela et nous vous donnerons des détails dans les prochains jours.
Je n'avais plus rien à dire, l'entretien était clos.
Je me souviendrai longtemps de mon retour à la maison.
je rentrais à pied, c'était l'habitude, environ 3 km à travers la ville ça vous muscle un homme, il m' était arrivé souvent de musarder, de m'attarder, de regarder les vitrines des magasins, mais aujourd'hui j'étais pressé de rentrer, j'étais porteur d'une nouvelle inattendue j'allais être directeur d'une importante société, j'étais fier, imbu de moi-même, cette fois disais-je je l'ai ma promotion sociale, je ne savais pas encore quelles seraient les conditions financières de cette évolution de carrière, mais cela n'avait, pour l'instant, aucune importance, je portai cette nouvelle et je voulais retrouver ma femme pour la partager avec elle.
Enfin je franchissais la grille du parc, il faisait et nuit, la lumière brillai dans la cuisine, j'entrais, mon beau-père, assis devant la ta noble lisait, où faisait semblant de lire son journal, ma femme et ma belle-mère discutaient près de la cuisinière.
J'ai une grande nouvelle à vous apprendre dis-je d'une voix qui se voulait ferme, les regards se tournèrent vers moi, interrogateurs, Je poursuivis, le président m'a proposé la place de directeur général de la société, je vis le visage de ma belle-mère devenir cramoisi, ma femme se recula, prit une chaise, elle s'est assise, il y eut un grand silence qui me sembla durer une éternité et ma femme laissa tomber ces quelques mots : combien vas-tu gagner ?
Sur pris, je m'arrêtais tout net dans mes explications, je pensai qu'on allait fêter cette nouvelle, que j'allais apercevoir un peu de joie éclairer les visages, mon enthousiasme avait disparu, d'une voix neutre, je précisais que je ne savais rien encore, ni de mon salaire, ni des conditions dans lesquelles s'effectuerait la passation de pouvoir, ni enfin, des éventuels avantages en nature.
Ma femme me fit comprendre que ce n'était pas la peine de discuter puisque je ne savais rien.
Nous passâmes a table, une discussion s'engagea sur les récoltes à faire dès demain dans le jardin, je rongeais mon frein, une fois de plus, je me demandais ce que je faisais dans cette famille qui ne manifestait aucun enthousiasmes, pour la première fois je songeais au divorce, mais bien vite je chassais cette idée de mon esprit, j'avais un enfant, et puis non ça ne pouvait pas se faire, ce n'était pas le moment et je me remis à penser à autre chose.
La traction avant 11 cv

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04.06.2008
Ma vie 18
Le lendemain matin, sans attendre, la rage au coeur, auprès du directeur de l'usine de Romorantin, je déclinais l'offre qui m'avait été faite.
J'étais très remonté contre ma femme, je ne comprenais pas ses raisons, il me semblait que je la voyais sous un jour nouveau, que les déceptions prenaient le pas sur les satisfactions. J'avais peur de ne pas retrouver facilement une aussi bonne proposition l'année 1947, considéré par les historiens, l'année de tous les dangers. Sur le plan international c'était le début de la guerre froide. Sur le plan intérieur la situation n'était guère encourageante, la guerre venait de se terminer et le pays était ruiné. De nombreux conflits ouvriers avaient pris naissance créant dans le pays une atmosphère pesante. Enfin de nombreux problèmes été soulevé en Indochine, en Algérie, au Maroc. Bref la situation générale pesait lourdement sur le marché de l'emploi.
Je parlais de mes déboires à mon maître de stage, il m'écouta et me tint un langage de sagesse.
Pourquoi, me dit-il, cherches-tu un emploi à l'extérieur de la ville, tu as encore un peu plus d'un an de stage, si tu quitte la ville, il te sera difficile de trouver, là ou tu seras, un autre maître de stage, tu risques, ainsi, de ne pas terminer tes études et ce serait dommage.
Je connais me dit-il encore, une entreprise de mes clientes qui recherche un comptable, cela pourrait t'intéresser.
Il me précisa qu'il s'agissait de la société d'enlèvement des ordures ménagères de la ville de Bourges.
Cet emploi ne me paraissait pas très valorisant, travailler dans les ordures ménagères, cela me semblait répugnant, j'avais l’image d'impersonnelles mal vêtu courant derrière les bennes et je demandais quelques jours de réflexion.
Finalement j'acceptais, je me présentais, je fus embauché et je pris mes fonctions dès le lendemain.
À la maison, le climat ne s'était pas apaisé entre Jacques et ses parents, bien au contraire, les jours passaient et les discussions n'en n'étaient que plus vives, ma belle-mère avait chargé un détective privé de faire une enquête sur le passé de la jeune fille en cause, des voisins, sans vouloir se nommer, avaient précisé que pendant la guerre, cette jeune fille avait eu, semblait-il, peut-être, on le croyait, enfin, on le laissait entendre, des moeurs légères.
Mais Jacques avait la force des faibles, il était très entêté et le mariage finit par être célébré.
La cérémonie fut intime, seules les familles étaient présentes, et tout se serait bien passé si, au dessert la mariée n'avait chanté une chanson jugée trop frivole par la belle-mère qui,, en colère, déclencha un véritable scandale.
Les parents de la mariée quittèrent la table, on ne les revit pas, la mariée en pleurs s'enfuit dans le parc, les convives médusés ne bougeaient pas, je me levais allais la retrouver, elle se calma et partit, avec son mari, passer je ne sais où, sa nuit de noces.
Ma belle-mère était une femme imprévisible, son fonctionnement était impossible à comprendre, je l'observais souvent sans qu'elle s'en aperçoive et je craignais que ma femme finisse par lui ressembler, je priais le ciel de l'en préserver.
J'avais intégré depuis plusieurs semaines mon nouvel emploi.
J'aimais bien ce nouveau travail oh ! bien sûr, c'était très loin de ce qui m'avait été proposé, le service administratif ici, ne comprenait qu'une seule personne : moi.
Je découvrais l'entreprise, elle était organisée en deux activités :
Le ramassage des ordures qui comprenait 50 manoeuvres et ouvriers spécialisés,
L'incinération des ordures dans une usine moderne dont la construction venait de s'achever et la mise à feu pas encore réalisée. Chacune de ces activités était dirigée par un contremaître.
La direction de l'entreprise était assuré par le président directeur général ingénieur civil des mines, domicilié à Paris et sur place, par un directeur général.
Celui-ci était mon patron direct, la soixantaine bien avancée, bon vivant, le buste massif posé sur de courtes jambes, le visage figé par de fréquentes névralgies faciales.
C'était un brave homme, il me prit rapidement en sympathie, je l'accompagnais auprès des fournisseurs, des administrations, dans les réunions du conseil, bref, j'apprenais beaucoup de choses et je sentais qu'il était heureux de parfaire ma formation.
Cette année là, au cours du mois d'août, il était en cure à Vichy, il nous avait invité ma femme et moi à venir le retrouver pour un repas au restaurant. C'était,en quelque sorte, mon entrée dans le monde.
Enfin j'allai pourvois me servir de ma petite voiture qui, pour la première fois, allait réaliser un voyage de 300 km. C'était l'aventure, nous partîmes de bonne heure, la voiture ne faisant pas plus de 60 km à l'heure et encore dans les descentes, le voyage s'annonçait très long, ce n'était pas pour me déplaire.
Le début du voyage se passa fort bien, le ciel était d'un bleu d'azur et le soleil déjà chaud, j'avais ouvert la capote, nous avions parcouru la moitié est du chemin lorsque le moteur se mit à tousser et la voiture, après quelques sursauts, s'arrêta sur le bord de la route.
Il n'y eu pas de repas au restaurant, seulement un petit casse-croûte mangé sur le bord d'une table de bistro, mon patron étaient venus nous chercher, il nous conduisit à Vichy et nous rentrâmes à Bourges par le train du soir. J'envisageais sérieusement de changer de voiture.
PS. L'incident technique signalé précédemment ayant été réparé, j'ai pu intégrer normalement ce document
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