23.05.2008

Ma vie 08

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Limoges , la ville de mes premiers émois, de mon premier amour.Mais que m'arrivait-t-il, une nouvelle fois je me posais la question : serai-je encore tombé amoureux ? n'ont, ça ne pouvait pas être de l'amour, un emballement peut-être, un désir sûrement. Je remis à plus tard la réponse à cette angoissante question


Je venais d'avoir dix-huit ans, un de mes camarades, mobilisés dans l'aviation avait demandé une permission spéciale pour venir fêter avec moi cet événement.

Il m'avait invité dans un restaurant chicos, le Luc, situé place de la République, près des principaux cinémas, malgré la guerre, cette drôle de guerre, rien ne semblait avoir changé, il y avait toujours autant de monde dans les rues.

À la sortie du restaurant nous décidâmes d'aller faire un tour dans les maisons closes. C'était un lieu de rencontre, elles étaient toutes situées dans une petite rue, la rue Prèpapeau, au centre même de la ville.

J'allais enfin connaître ces lieux

Après avoir sonné à la porte massive surmontée d'une petite lanterne rouge et après avoir montré patte blanche, notre identité, on nous fit entrer dans la grande salle de réception.

C'était la première fois que je pénétrais dans une maison close et j'étais bien décidé à ne rien perdre du spectacle.

La salle était vaste, la lumière tamisée était fortement atténuée par la fumée des cigarettes, des banquettes de cuir contre les murs et entre les fenêtres habillées de plantes vertes, des tables de bistro, une musique douce sur les airs de Tino Rossi et de Jean Lumière.

A l'entrée de la salle, derrière un petit comptoir, se tenait une forte femme. La sous-maîtresse personne importante qui veillait à la bonne tenue de l'établissement et qui tenait la caisse.

Il y avait beaucoup de monde ce soir-là, nous eûmes beaucoup de difficultés pour trouver deux places vides. Il y avait une très bonne ambiance faite de rires et de chants, les pensionnaires de l'établissement, une dizaine de très jeunes femmes dont certaines étaient de réelles beautés, légèrement vêtues d'un déshabillé transparent laissant voir tous leurs charmes, circulaient entre les tables, s'asseyant à tour de rôle sur les genoux des clients, les excitant jusqu'à ce que l'un d'entre eux accepte de suivre la fille.

Alors s'accomplissait un véritable et immuable cérémonial.

La fille et son client se levaient, se présentaient à la caisse, la sous-maîtresse remettait à la fille une serviette et un savon, le client réglait la passe et tous les deux disparaissaient dans le couloir de l'hôtel.

Vingt minutes plus tard on les voyait redescendre la mine fatiguée, très souvent le client reprenait sa place ou parfois sortait directement dans la rue, heureux et satisfait.

Il arrivait aussi que le tableau se trouvant à côté de la caisse s'alluma, cela signifiait que le client de la chambre qui scintillait renouvelait son exploit, auquel cas il repassait à la caisse à sa descente.

C'était un véritable spectacle mais, je n'ai pas eu ni l'envie, ni le courage d'y participer.

Nous restâmes jusqu'à la fermeture et vers 5 heures du matin, il ne restait qu'une dizaine de réfractaires qui manifestement n'avait pas l'intention de monter, alors les filles, pour clore le spectacle proposèrent à chacun d'entre nous, de déposer sur la table une pièce de monnaie, en se faisant fortes de les ramasser avec leur sexe. Et ce qui fut dit fut fait.

Je ne suis jamais retourné dans une maison close. Je me suis souvent demandé si ces maisons était utiles, si elle ne symbolisée pas l'asservissement de la femme. La vision que j'avais conservée de notre descente dans ce lieu interlope m'avait laissé un indiscutable malaise. Je les trouvais pitoyables lorsqu'elle se rendait à la visite médicale deux fois par semaine. Elle se déplaçait en groupe avec à leur tête la sous maîtresse qui les accompagnait Également. Elle se déplaçait à pied de leur maison à l'hôpital près de l'hôtel de ville et ce n'était et sur leur passage que moquerie Sisley et quolibet.

Alors que la guerre se faisait oublier, l'Allemagne nazie lançait sur la France ses panzer division bousculant l'armée française, jetant sur les routes des milliers d'hommes et de femmes qui fuyaient en cohortes ininterrompues devant la barbarie.

Ce fut la consternation, la honte et la peur. Une véritable psychose avait pris possession des esprits. On voyait des espions partout, on parlait de la cinquième colonne, ont suspecté toute personne revêtue d'une soutane ou d'un vêtement de religieuses, ont supposé que ses vêtements pouvaient dissimuler des espions. Les rumeurs les plus folles, les plus alarmantes, couraient sur la ville. Il y eût de nombreux lynchage

Nous nous étions endormis et le réveil était brutal, la débâcle s'étalait sous nos yeux, on vit d'abord des groupes de soldats français, fuyant l'ennemi, fatigués, harassés, traînant la jambe. Elle était belle l'armée française.

De ma caisse je voyais sur la route la longue file des pauvres gens qui fuyaient devant la poussée allemande, c'était bouleversant, certains venaient de Lyon, ils avaient vu les Allemands entrer dans la ville, d'autre descendait de Paris, tous ils se dirigeaient vers le sud, quelques-uns quittaient la file et venaient nous demander un peu de ravitaillement mais nous ne pouvions rien faire et ils reprenaient leur chemin ne sachant pas quand ni où ils s'arrêteraient. C'était triste et désolant, les yeux hagards, le visage fatigué, les corps courbés sous la souffrance, les enfants agrippés aux jupes de leurs parents les familles poussant devant elles, qui une brouette, d'autre une charrette sur lesquels elles avaient chargé ce qu'ils avaient jugé de plus nécessaire. On était là à les voir passer me sachant que faire épaisse temps sur le gouvernement qui venait de quitter Paris pour décembre se réfugier à Bordeaux.

Je ne pouvais pas faire de grandes choses mais le soir à la tombée de la nuit je me rendais dans les gares proposer à quelques personne de venir passer une nuit à la maison, avec ma grand-mère nous avions dédoublé les lits et installé sur le sol les deux matelas. Nous avons pu accueillir chaque soir quatre personnes, mais c'était bien peu de chose.

La situation se stabilisa avec l'arrivée du maréchal Pétain au pouvoir et la vie, avec bien des difficultés, reprit son cours tant bien que mal.

La France était coupée en deux par la ligne de démarcation, la zone nord était occupée par les allemands, la zone sud de la France était, disait-on libre.
Et Limoges se trouvait en zone libre.

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