24.05.2008

Ma vie 09

Avec Dora, ma nouvelle relation, nous nous étions promis de nous revoir et depuis ce jour-là elle vint m'attendre , chaque soir, à la sortie de mon travail.

Je n'étais plus moi, je me sentais grandir, j'éprouvais des sensations nouvelles, lorsque j'étais prés d’elle je sentais monter en moi un désir irrépressible. Je voulais la prendre dans mes bras, la posséder. Lorsque j'étais loin d'elle un sentiment nouveau, très doux envahissait mon être.
Plus rien, pour moi, n'avait d'importance, les restrictions, la guerre, la famille, tout cela était bien loin de mon esprit. Une seule pensée dominait tout mon être : dora, mon premier amour.

Ce soir là, comme chaque soir après être sortis en ville, je la reconduisis jusqu'à la porte de sa chambre, comme chaque soir la ville était plongée dans la nuit la plus totale, en application des décisions de la défense passive à fin de ne pas donner d'indications à l'aviation allemande qui survolait la France à la recherche des objectifs militaires.

Nous restions là, enlacés, appuyés contre le mur de son jardin et je sentis monter en moi un désir complètement fou, je voulus la posséder là, tout de suite, dehors, dans cette rue déserte et noire, je mis les mains sur ses hanches, je remontais sa robe et je commençais à descendre sa petite culotte lorsqu'elle me prit les deux mains et me dit d'une voix qui se voulait douce mais qui tremblait de surprise, je t'en prie, pas dans la rue, pas comme les chiens. Subitement dégrisé, je sentis le rouge de la honte me monter au visage, dans la nuit elle ne le vit pas, et je me jurais de ne jamais plus me comporter ainsi.

Le lendemain soir, contre toute attente elle m'ouvrit la porte de sa chambre.

Je m'en croyais pas mes yeux, je ne m'étais pas préparé à cette situation surtout après ce qui s'était passé la veille. Je la suivis, ému et tremblant, elle referma la porte derrière elle et souriante me fit signe de me mettre à l'aise.

Je n'oublierai jamais cette chambre elle est si pleine de nos souvenirs, de notre jeunesse, de notre amour, j'en étais maintenant convaincu, de nos amitiés, de nos rires et de nos peines.

La chambre était spacieuse, indépendante, construite dans le prolongement de la maison du propriétaire.

Dora,, me demanda d'être discret et de ne pas faire de bruit.Elle me dit qu'il lui fallait être prudente en raison de sa situation actuelle de réfugiée israélite.
Mais notre amour reprit bien vite le dessus, ce fut une douce bataille et bientôt elle était nue dans mes bras, je la couvrais de baisers et après avoir longtemps résisté je m'abandonnais totalement en elle.

J'étais heureux et j'étais amoureux, et la femme que j'aimais se trouvait là à mes côtés sa tête sur mon épaule et je la supposais aussi heureuse que moi.

Mais Dora sanglotait doucement, inquiet je pris sa tête entre mes mains, je la forçai à me regarder, je vis alors le long de son visage deux grosses larmes qui coulaient doucement.

Triste de la voir ainsi pleurer je lui en demandais la raison, elle hésita un instant, tu n'as pris aucune précaution me dit-elle d'une petite voix plaintive.

Ne comprenant pas ce qu'elle voulait me dire, je lui répondis que c'était comme ça en France.

Elle sourit à nouveau, doucement j'essuyais ses larmes, elle se blottit à nouveau dans mes bras j'étais perplexe et je me suis dit que j'avais encore, en amour, beaucoup de choses à apprendre.

Cette nuit passée près de Dora bouleversa complètement ma vie, je prenais mon repas de midi en famille et le reste du temps je le passais auprès de Dora. Elle me fit connaître ses amis, sa soeur Frieda, jeune femme mariée à un juif allemand qui se trouvait prisonnier en Allemagne. Dora et ses amis décidèrent de m'appeler Eddie.

La vie nous semblait douce nous étions amoureux, je ne regardais plus les filles, je ne cachais pas cet amour, tous mes amis, mes collègues, et certaines de mes clientes constataient cette métamorphose et souriaient sur notre passage.

L'une de mes clientes, une femme de quarante-cinq ans environ, mariée à un colonel de l'armée française, montrait beaucoup d'indulgence à notre égard et comme elle habitait sur notre parcours nous bavardions parfois lorsque nous la trouvions sur le seuil de sa porte.

Les semaines se succédaient et notre amour grandissait, je faisais des projets d'avenir, je voulais vivre avec Dora, mais lorsque je lui parlais de mariage, elle souriait et me rappelait la dure réalité du moment : la guerre, les incertitudes qui pesaient sur le peuple juif dont elle faisait partie.

Ce soir là, je venais de quitter mon travail et je devais retrouver Dora dans sa chambre, le coeur léger je me hâtais, la femme du colonel était sur le devant de sa porte, je m'arrêtais quelques instants pour la saluer. Je n'aimais pas cette femme, manifestement elle me faisait du charme, je restais poli, c'était une cliente. Cette rencontre fit tomber ma bonne humeur et c'est un peu angoissé que je retrouvais Dora.

La tristesse se lisait sur son visage pâle, inquiet je m'approchais d'elle pour l'embrasser, elle se jeta à mon cou et fondit en larmes.
Impossible de la consoler, je voulais savoir, mais plus je la pressais de questions plus les sanglots redoublaient.

C'était la première fois que je la sentais malheureuse et je ne pouvais rien pour la calmer, pour adoucir sa peine.

Enfin elle reprit son souffle, se moucha, se blottit contre moi et d'une petite voix laissa tomber le verdict, je suis enceinte dit-elle et ses larmes se remirent à couler.

Je restais là, immobile, incapable de faire le moindre mouvement, je me sentais responsable, je me souvenais de la remarque qu'elle m'avait faite après la première fois et je mesurais soudain la gravité de la situation, je me rendais compte du bouleversement que cela allait apporter dans notre vie, ou allais-je trouver la force de faire face à cette situation, et pour la première fois je regrettais la disparition de ma maman, elle aurait su me conseiller, m’apporter le réconfort dont j’avais besoin.

Rien cependant ne changea dans nos habitudes, nous nous retrouvions chaque soir comme si de rien n'était mais la présence de ce bébé dans le ventre de sa mère était l'objet principal de nos discussions.

Je voulais garder le bébé et régulariser la situation, Dora évoquant sans cesse l'instabilité politique et l'absence de lisibilité de l'avenir, voulait avorter dans les plus brefs délais.

Après bien des discussions je me rangeais à son avis mais il fallait faire vite et être d'une prudence extrême, à cette époque l'avortement étant passible de prison.

J'avais entendu dire que certaines personnes que l'on désignait sous le manteau, effectuaient des avortements et malgré la honte que je n'arrivais pas à dissimuler, j'entrepris de rencontrer certaines de celles qu’on appelait les faiseuses d’anges et d’essayer de les convaincre, sans succès, à intervenir, hélas j'étais trop jeune et je n'inspirais pas confiance.

Et le temps passait et nous ne savions que faire.

Ce soir-là lorsque j'arrivai près de l'appartement de Dora je vis plusieurs personnes sortir de sa chambre, Frieda qui faisait partie du groupe vint vers moi, me dit qu'elle avait trouvé sa soeur inanimée, elle m'apprit que celle-ci avait avalé un nombre impressionnant de comprimés de quinine.

J'entrais dans la chambre, Dora était couchée quasi inconsciente, sur les conseils du docteur je la veillais toute la nuit, Dora avait une forte constitution, elle supportât le choc mais lorsqu'elle fut remise sur pied, elle me dit avoir essayé d’avorter, mais elle avait toujours son bébé.

Les jours s'écoulaient inexorablement et le problème était toujours présent. Dora prit alors celui-ci à bras-le-corps, se fit volontairement une infection vaginale, fut admise à l'hôpital en urgence, on lui fit, sans l'anesthésier, un curetage, huit jours après elle était de retour à la maison mais, cette fois, sans son bébé.

J'avais appris beaucoup de choses au cours de cette crise, je savais maintenant ce que voulait dire se protéger, je savais comment faire, notre amour semblait-il, avait pris une profondeur insoupçonnée, il me semblait que maintenant Dora était vraiment devenue ma femme.

La vie poursuivit son chemin et nous reprîmes nos petites habitudes. Nous vivions ensemble, mais de temps à autre, Dora prêtait sa chambre à Frieda, ces nuits-là nous dormions à l'extérieur, mais trouver une chambre dans un hôtel c'était très risqué, je n'étais pas encore majeur. Nous avions fini par trouver un petit hôtel de passe, il était situé dans une rue qui se trouvait à l'abri de toute circulation.

Dans la journée les chambres étaient louées aux couples irréguliers mais dans la nuit l'hôtel était fermé. Cet hôtel était tenu par deux femmes assez âgées qui nous prirent en amitié et parce que nous étions jeunes avaient accepté de mettre pour la nuit une chambre à notre disposition. Nous avions appelé cette chambre : la résidence.

Et malgré la guerre et les soucis du moment nous vivions pleinement notre amour qui nous rapprochait chaque jour davantage, rien, semblait-il, ne pouvait nous séparer.

Commentaires

J'ai eu beaucoup de plaisir à lire cette 1ère partie , vraiment .
Mais je trouve que la ponctuation mériterait peut-être quelques corrections .
Et donc , quel fut le dénouement de cet amour avec Dora ? ............

Bien à vous ,
Jocelyne

Ps: Remerciez votre fils/fille de nous permettre de vous lire grâce au fil de france2.

Ecrit par : jocelyne Audren | 25.05.2008

Les commentaires sont fermés.