26.05.2008

Ma vie 10

Mais la vie réserve bien des surprises.

Ce jour-là, comme d'habitude je recevais mes clients lorsque je vis arriver Dora, essoufflée, elle me demanda de la rejoindre d'urgence au café tabac proche du magasin.

Insouciant je la rejoignis, elle m'attendait assise sur une banquette de cette salle où il n'y avait personne.

Je m'étais assis à côté d’elle, avais commandé deux consommations et je lui demandai pourquoi elle semblait si nerveuse, elle me prit la main et je vis deux grosses larmes perler dans ses yeux; je voulus l'attirer contre moi, attends me dit-elle, laisse-moi parler.

Elle serra ma main un peu plus fort, détourna son regard embué de larmes et les mots foudroyants sortirent de sa bouche, des mots que je n'aurais jamais voulu entendre.

Elle me dit, baissant un peu la voix, comme si elle avait voulu que je ne l’entende pas, je ne pensais pas que j'aurais un jour à te faire cette confession, écoute moi me dit-elle en se rapprochant de moi, je vais te faire une peine immense mais Eddy, nous ne devons plus nous voir, nous ne pouvons plus vivre ensemble, et comme je voulais protester ,elle posa sa main sur ma bouche, attends dit-elle, laisse-moi finir c'est si difficile.

Ce que tu ne sais pas, ce que je t’ai jamais avoué, c'est que je suis mariée et que mon mari prisonnier de guerre, vient d'être libéré, je viens de recevoir un avis, il arrive ce soir.

Je n'en croyais pas mes oreilles j'étais effondré, je demandais des précisions, des explications, il devait y avoir une méprise, une erreur, mais elle me montra la lettre officielle et elle me remit un petit sac dans lequel, me dit-elle, j'ai rassemblé tous tes effets personnels qui se trouvaient dans ma chambre.

La remise de ces petits objets quotidiens eurent sur moi, un effet plus fort que les paroles de séparation définitive qu'elle venait de prononcer.

C'était donc bien vrai, notre amour s'arrêtait la, dans le noir obscur de cette salle de ce petit café miteux.

Elle regarda sa montre, se leva et me dit encore, ne me juge pas, pardonne-moi, mon amour était sincère, ce n'est pas ma faute, c'est la faute de la guerre.

Je restais seul dans cette salle vide, ainsi tout était fini, tout cet amour se terminait dans ce bar triste décor pour la fin d’une passion, je détournais la tête comme si j’avais espéré la voir au comptoir acheter des cigarettes, le temps était à l'unisson, une pluie fine se mit à tomber je relevais le col de ma veste et je me mis à courir pour rejoindre mon poste de travail.

Je m'installais à ma caisse, les clientes se pressaient, je les recevais comme un automate, je ne pouvais m'empêcher de penser à mon amour perdu. je ne pouvais accepter l'idée de ne plus voir Dora, tout se mélangeait dans ma tête, je songeais que j'allais devoir retournée vivre dans l'appartement de ma grand-mère, cet appartement qui me donner la nausée.

L'après-midi de ce jour je le passais dans la douleur et quand vint le soir je n'avais pris aucune décision, tout simplement j'étais malheureux et ne savais que faire pour extirper ce poids qui pesait si lourd dans ma poitrine et qui m'interdisait de respirer.

A cette heure-ci, les autres soirs, pensais-je avec tristesse, je retrouvais Dora et me demandais ce qu'elle pouvait faire en ce moment ,elle devait être dans les bras de son mari et sa mettez intolérable.

Je marchais longtemps dans cette ville endormie et soudain je décidais d'aller passer la nuit à la résidence.

Les vieilles dames me reçurent gentiment, elles ne me posèrent aucune question mais virent qu'il se passait quelque chose.

Je gagnais ma chambre, sans même me déshabiller je me jetais sur le lit, ce lit qui avait été si souvent le témoin de nos ébats amoureux.

Je ne pouvais toujours pas comprendre ce qui m'arrivait, pourquoi ces mensonges, pourquoi ce rejet brutal après tout ce que nous avions vécu ensemble. Je me surpris à détester les femmes, jamais plus, pensais-je, je ne laisserai mon coeur donner libre cours à l'amour.

Accablé de fatigue enfin je m'endormis, je rêvais à Dora, nous étions à la campagne, elle me souriait et courrait se cacher, disparaissait derrière un buisson, je la cherchais, je ne la trouvais pas, et je sentais l'angoisse qui montait en moi, je l'entendis siffloter une chanson d'enfant que je connaissais bien.

Je me réveillais, déçu que ce ne soit qu'un rêve, pourtant j'avais toujours cette musique dans les oreilles, incrédule je me levais, j'allais à la fenêtre, je n'en croyais pas mes yeux, Dora, c'était bien elle, était là dans la rue, souriante et me faisant des signes de la main.

Rapidement je descendis ouvrir la porte, elle se jeta dans mes bras, ensemble nous remontâmes dans notre chambre.

Je passerai sous silence les deux heures de folie que nous avons vécues, pour ne retenir que ce qu'elle me dit : Eddy, je ne veux pas te quitter, je ne peux pas ne plus te voir, mais je ne peux pas quitter mon mari, il m’a suivie lorsque je me suis réfugiée en France, alors qu'il n'aurait pas eu à le faire, lui était Aryen.

Nous attendrons, me dit-elle encore, la fin de la guerre, je divorcerai, nous nous marierons et je veux avoir des enfants avec toi. Mon bonheur était total, je me demandais comment on pouvait si facilement passer du rire aux larmes.

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