27.05.2008

Ma vie 11

Ces paroles étaient bien douces à entendre, surtout dans la phase finale de nos étreintes, à l'instant même où, le corps fatigué mais au paroxysme de l'amour est disposé à toutes les entendre, à les recevoir, comme une manifestation nécessaire d'apaisement et de tendresse.

Mais, quelque chose en moi, une force inconnue, me criait : prudence, ne croit pas cette femme, elle t’a trompé, a bousculé ton coeur, elle n'est plus toute a toi, rien qu'avec toi, cette femme maintenant vie avec un autre homme et sans doute jamais tu ne retrouveras la place que tu pensais, avoir conquise auprès d'elle. Les promesses qu'elle te faitaujourd'hui comment pourrait-elle les tenir méfie-toi ce ne sont que des mensonges.

Une vague d'amertume alors me submergeait. Je pensais au fond de moi que cet amour que j'avais cru indissoluble, amorçait son déclin. Cela me faisait mal mais je cachais ma peine.

Cependant à partir de ce jour rien ou presque rien ne changeas dans notre vie, chaque jour elle venait faire ses courses au magasin où nous restions de longs moments à discuter en évitant d'aborder les sujets qui fâchent et plusieurs fois par semaine on se retrouvait dans notre nid dans notre résidence. On faisait l'amour, plusieurs fois. Entre chaque séance je ne pouvais pas m'empêcher d'observer cette femme pelotonnée entre mes bras. Je me demandais comment elle pouvait se partager entre deux hommes. J'étais bien jeune, trop jeunes sans doute, j'avais 20 ans à peine et jaser encore beaucoup de choses à apprendre.

Par contre, les dimanches et les jours fériés nous ne pouvions pas nous voir aussi je me remis à faire du sport et notamment de l'aviron.

Les semaines passaient je m'étais fait à cette vie nouvelle nais j'étais inquiet parce que le jour approchait où je devais quitter Limoges pour répond de re à la convocation des chantiers de la jeunesse, service civique qui remplaçait, en cette période de guerre, le service militaire.

La veille de mon départ Dora et moi avions convenu que nous nous écririons, mais je ne pouvais pas lui adresser directement mes lettres et je lui précisais que j'enverrais celles-ci dans une enveloppe au nom et à l'adresse de ma tante mais ces lettres comporteraient une croix sous le timbre ce qui permet très à Dora de passer chaque jour pour prendre le courrier qu'il lui serait destiné.

Le grand jour, celui du départ et de l’aventure était arrivé.

J'étais triste de quitter Dora, mais j'étais heureux de quitter Limoges et de partir loin de tous les mauvais souvenirs qui restaient bien présents dans ma mémoire. Heureux surtout de quitter l'appartement de ma grand-mère, avec l'espoir de ne plus y revenir. L'aventure m'ouvrait ses bras.

Créer en 1940 sous l'égide du maréchal Pétain, les chantiers de la jeunesse, installé essentiellement dans les milieux ruraux, en zone libre recevait les jeunes gens âgés de 20 ans pour une durée de six mois obligatoires. Ma feuille de route indiquée que je devais me rendre au groupement numéro un installé en forêt de Tronçais, aux confins des départements du du Cher et de l'Allier.

Un train spécial attendait les conscrits à la gare de Limoges, le trajet dura une journée, nous arrivâmes à Ur çay à la nuit tombée, nous fûmes pris en charge à la descente du train et conduits en groupe au camp de transit qui se trouvait sur les hauteurs.

Ce camp était composé de baraquements disposés en carré autour d'une cour au milieu de laquelle flottait un drapeau tricolore.

On ne nous fit pas de cadeau, parce que nous avions été quelque peu dissipés nous fûmes réveillés à 5 heures du matin et nous eûmes droit, à titre disciplinaire, à une séance d'hébertisme, dans la neige parce que la neige était tombée abondamment dans la nuit et, patauger dans la neige avec des chaussures de ville, c’était à la limite du supportable, nous avions faim, nous avions froid mais nous n’avions plus du tout envie de chahuter.

Ca commençait bien et nous ne savions pas encore ce qui nous attendait.

Dans la salle de réfectoire on nous servit un quart de café brûlant, une tablette de chocolat et un 6e de boule de pain en nous précisant bien que le pain était notre ration de la journée.

On nous format en colonne et on nous conduisit au centre d'incorporation qui se trouvait 12 km plus loin.

On traversa la magnifique forêt de Tronçais sous la neige et le givre, mais fatigués, nous n'avions guère le coeur à admirer le paysage.

La visite d'incorporation était organisée dans le centre de l'infirmerie hôpital du camp.

On nous fit mettre nus, nous grelottions de froid et les uns derrière les autres nous fûmes examinés par un aréopage de médecins, de radiologues et de dentiste.

Je fus déclaré bon pour le service et affecté au groupement du Rond du chevreuil.
Il nous fallut parcourir encore 5 Kms à pied et toujours dans la neige.

On nous servit au réfectoire une soupe de légumes et de pommes de terre, on nous conduisit dans une baraque en bois, on nous désigna nous lits et ce fut immédiatement après la sonnerie du couvre feu.

Dès le lendemain la vie quasi militaire pesât de tout son poids sur chacun d'entre nous. Nous étions organisés par groupes de dix, avec à sa tête un chef d'équipe.

Le programme de la journée était le suivant, il ne variait jamais :
Lever à 6 heures, une heure de dérouillage en sabots de bois dans la forêt, toilette au bord de la rivière dont il fallait casser la glace en période de gel. Et nous étions en hiver, hiver 1942 qui n'en finissait pas.

A 8 heures lever des couleurs au pied du drapeau et petit déjeuner habituel
De 9 heures à midi, travail en forêt, abattage des arbres et fabrication de charbon de bois.

A midi retour au camp pour déjeuner et quartier libre.

A14 heures, retour en forêt et poursuite du travail de la matinée.

A 17 heures retour au camp et corvées diverses.

A 18 heures descente des couleurs et poursuites des corvées.

A 19 heures repas du soir et quartier libre jusqu'à 22 heures fixées pour le couvre-feu.

Et les jours se sont succédés aussi monotones les uns que les autres.
Seule les lettres de Dora que je recevais régulièrement m'apportaient un peu de bonheur.

J'avais froid, j'avais faim, je détestais le travail que je faisais et je me demandais comment en sortir. De plus j'étais en conflit permanent avec le chef de mon équipe qui ne brillait pas par son intelligence.

Cette situation dura un mois, quatre longues semaines au cours desquelles j'écrivis à ma grand-mère pour la supplier de m'envoyer du pain, seulement du pain.. Il paraissait, nous répétait-on, que c'était les privations et la force de les surmonter qui formaient les hommes de demain.

C'est alors qu'il me vint à l'idée d'infecter volontairement les ampoules que le maniement de la hache avait fait fleurir dans mes mains de sédentaire. Pour cela, je m'injectais sous la peau de l'ampoule un peu de terre.

Le résultat ne se fit pas attendre, quelques jours plus tard, le docteur appelé d'urgence diagnostiquait un flegmon et me fit admettre immédiatement à l'infirmerie hôpital du camp.

J'étais enfin libéré de ce carcan de l'abattage en forêt et j’étais bien décidé de ne pas y revenir.

Le lendemain de mon admission, la direction de l'hôpital me demanda si j'étais volontaire pour effectuer des tâches administratives au secrétariat de l'hôpital.

C'était inespéré, je voyais dans cette proposition la possibilité de terminer en douceur les cinq mois qui me restaient à faire.

Mais j'avais la main droite totalement immobilisée par un énorme pansement, je ne pouvais pas écrire mais je la voulais cette place je la voulais tellement que je passais la nuit à apprendre à écrire de la main gauche. Le lendemain matin je prenais mon service dans le bureau du secrétariat de l'hôpital.

Je me rendis bien vite compte que les jeunes qui travaillaient au secrétariat n'avaient qu'une idée en tête : la quille. Je compris alors qu'il me fallait montrer plus de volonté que ceux-ci si je voulais rester en place.

Ce ne fut pas difficile, je me jetai à corps perdu dans le travail et je devins bien vite indispensable. De plus le médecin-chef ayant appris que j'étais de Limoges m'accorda une permission de huit jours à condition que je lui procure un service de table en porcelaine. Ça m'était facile non frère venait d'entrer en apprentissage dans la fabrique de porcelaine Raynaud et compagnies.
27bc9a7a9380692d497623e7ccdf8cce.jpg

Les commentaires sont fermés.