28.05.2008

Ma vie 12

J'acceptai avec joie, j'allais revoir Dora dont je ne recevais plus de lettres depuis une dizaine de jours. En étais-je étonné ? pas vraiment, je la croyais capable, profitant de mon éloignement, de mettre une fin définitive à notre ancienne relation. Je ne lui trouvais aucune excuse et, dans mes nuits de veille et de solitude j'en arrivée a conclure que toutes les femmes étaient perfides et qu'elles ne valaient pas qu'on développe à leur égard un quelconque sentiment. Elles devaient être le repos du guerrier, un point, c'est tout. Devenais-je misogyne ?

A Limoges je tombai en plein drame, la femme du colonel avait suivi Dora, elfe avait subtilisé des lettres que je lui envoyais et les avait remises au mari de Dora. J'imaginais la détresse de cet homme, étrangers dans notre pays, ayant subi les affres de l'enfermement pour découvrir au terme de son périple, l'infidélité de sa femme.

Tandis que les Allemands consolidaient leurs offensives à l'est, que les bombes tombaient sans discontinuer sur la Grande-Bretagne, que la propagande allemande avait envahi nos stations de radio, ce n'était, entre les hommes et les femmes de notre pays que suspicion, délation, jalousie et vengeance.

Je rencontrai Frieda qui me supplia de ne plus revoir Dora qui vivait dans la crainte d'une confrontation avec son mari.

Cette fois c'était bien fini. Les circonstances venaient de mettre un point final à mon premier amour.Une sourde colère contre ces femmes responsables de ce malheur fit place à mon étonnement. Une envie de vengeance envahit soudain tout mon être. Je me le jurai, oui, je l'aurais cette vengeance

Désespéré je rentrais à l'hôpital avec le service de table que je rapportais au médecin-chef.

A partir de ce jour je devins le protéger du médecin-chef qui me confia la direction des services administratifs de l'hôpital.

Je me jetais à corps perdu dans le travail, je voulais oublier Dora, je voulais me venger de cette femme qui avait brisé mon bonheur. Sa pensée m'obsédait, je voulais l'avoir à ma merci, comment pourrais-je arriver à ce résultat sinon par la séduction. Cela ne devait pas être impossible j'avais 21 ans, elle, le double de mon âge.

Je me mis à lui écrire en lui disant que je l'avais remarquée parmi mes clientes, qu'elle avait bien dû s'en apercevoir, qu'elle ne m'était pas indifférente etc. etc.

Elle mordit à l'hameçon et m'envoya à son tour des lettres enflammées, je reçus des mandats que je m'empressais d'utiliser avec mes copains qui flairaient la bonne affaire.

La gestion de l'hôpital qui reposait sur mes frêles épaules, était on ne peut plus prenante. L'ensemble comportait : 6 infirmières, 4 médecins dont le médecin-chef ayant le grade de colonel, 20 infirmiers, un dentiste, un pharmacien et six secrétaires choisit parmi les jeunes du contingent. Ce personnel exercé son activité dans l'huit Barak de grande capacité, 60 lits étaient disponibles pour les malades et six voiture sanitaires fonctionnant au charbon de bois assuraient le transport des malades.

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Un moment de détente à l’hôpital

J'exerçais une véritable emprise sur la gestion de cet hôpital, dans le même temps je suivais un maximum de formation, je passais avec succès les examens de manipulateur radio, d’infirmier, de secouriste, enfin de tout ce qui concernait le service médical, la nuit je servais de relais et je décidais si je le jugeais utile d'évacuer sur un hôpital plus important, celui de Saint-Amand-Monrond les malades ou les blessés dont les traumatismes nécessitaient une intervention chirurgicale ou des soins spécialisés.

Une nuit du mois de mai je fus réveillé par un appel téléphonique. C'était l'infirmier d'un camp situé à 25 Kms de notre base, il me signalait un malade, les explications que je provoquais me firent penser à une simple indigestion, au pire à une appendicite.

J'avais deux alternatives, laisser le malade sur place soigner son indigestion ou l'évacuer en vue d'une opération chirurgicale.

Mais les inquiétudes manifestées par l'infirmier me firent opter pour la seconde alternative. Je déclenchais alors le plan prévu à cet effet, mise en route de la voiture sanitaire, préparation du matériel d'urgence, mise en alerte de deux secouristes.

Je montais à bord et nous partîmes dans les quelques minutes qui suivirent l'appel. Nous étions sur la route, dans cette voiture poussive qui fonctionnait au charbon de bois lorsque l'orage éclata, un véritable ouragan, une pluie diluvienne que les ballets d'essuie-glace ne parvenaient pas à dissiper, les éclairs fulgurants, le vent une véritable tornade et les branches d'arbres qui tombaient sur la route créant les conditions d'un grave accident. C'était dantesque et ce fut sans accalmie pendant tout le trajet.

Je trouvais le malade allongé, je l’interrogeais, il se trouvait qu'il avait très mal à droite dans le bas du ventre et cela depuis plusieurs jours, il avait une température élevée et un ventre dur comme de la pierre, je jugeais alors qu'il s'agissait bien d'une appendicite.

Le malade fut pris en charge par les secouristes, allongé sur un brancard et embarqué dans la voiture sanitaire et nous partîmes en direction de l'hôpital de Saint-Amant-Montrond.

J'appris quelques jours plus tard que ce jeune malade avez développé une appendicite compliquée d'une péritonite, malheureusement il n'avait pas survécu à l'opération.

Le médecin-chef me félicita d'avoir su prendre la bonne décision, il me demanda de conduire le détachement désigné pour veiller ce camarade est assister à la levée de corps.

Le détachement composé de deux hommes et de moi-même fut déposé devant la porte de la morgue de l'hôpital. C'était une grande salle très chichement éclairée par quatre veilleuses fixées sur les murs de cette salle créant un climat lugubre, le sol en ciment était percée par des grilles d'écoulement, quatre corps étendu sur des brancards, recouverts d'un linceul blanc attendaient la mise en bière et participaient involontairement, à l’atmosphère angoissante de ce lieu.

C'était lugubre, la direction de l'hôpital nous désigna un brancard sur lequel se trouvait notre camarade, et nous commençâmes la veillée, nous ne restâmes pas seul très longtemps quatre femmes âgées, de forte corpulence, habillées de noir entrèrent dans la salle, c'était les pleureuses qui venaient traditionnellement assister aux veillées mortuaires, elle se mirent à pleurer, à prier et à parler de tout et de rien, du mort qu'elles ne connaissaient pas et puis elles partirent au milieu de la nuit.

Je n'oublierai jamais cette nuit-là, c'était la première fois que j'étais réellement confronté à la mort.

Quelques jours après je reçus une note officielle m'annonçant ma nomination au grade d'apprentis commis sanitaires. Ce qui correspondais, dans l'armée à celui de Sergent.

Le travail que j'effectuais était passionnant, de plus j'étais logé habillé, nourri et je percevais une solde non négligeable, tant et si bien que je souscrivit un engagement d'une durée indéterminée, ce qui voulait dire en bon français de l'époque : jusqu'à la fin de la guerre.

Je bénéficiais d'une permission de huit jours que je passais chez ma grand-mère, je ne vis pas Dora mais je rencontrais la femme du colonel avec laquelle j'entretenais plus que jamais des rapports épistolaires amoureux. Je désirais toujours me venger du mal qu'elle m'avait fait. Je la retrouvais dans une chambre d'hôtel que j'avais louée pour la circonstance.

Je lui fis l'amour avec rage, furieusement, je voulais lui faire du mal mais je sentais que je ne lui faisais que du bien, je m'en voulais alors je la traitais durement ridiculisant son âge, ironisant sur son corps, sur ses défauts, sur sa toilette mais je voyais bien qu'elle ne me croyait pas et j’&tais furieux. Sans doute l’heure de la vengeance n’avait-elle pas encore sonnée.

Elle prenait ça pour un jeu, elle riait, me déclarait son amour. J'étais en colère contre moi-même, je m'en voulais d'avoir eu des faiblesses avec cette femme et je remis à plus tard ma vengeance.

Ces moments m'auraient laissé un goût amer si je n'avais rencontrée, la veille de mon départ Camille une adorable ancienne cliente, 20 ans à peine, la joie de vivre se lisait sur son visage, de grands yeux clairs une bouche gourmande et des seins à faire damner un moine. Or, je n’étais pas un moine.

Manifestement nous étions heureux de nous revoir, je l'invitais à prendre un verre, elle accepta et nous nous retrouvâmes dans une chambre d'hôtel. Elle me raconta que son fiancé était prisonniers en Allemagne mais comme cette guerre n'en finissait pas elle avait décidé de vivre sa vie en parfait accord avec son fiancé m'a-t-elle précisé en me regardant d'un air mutin.

Je n'ai pas cherché à savoir si c'était vrai, j'avais tellement envie de planter mes dents de loup dans ce fruit éclatant qui s'offrait à ma gourmandise.

Je n'ais jamais revu Camille, souvent j'ai pensé à ce qu'elle m'avait dit lorsque nous nous sommes quittés : Je suis heureuse, pleinement heureuse mais si jamais je me retrouvais enceinte, je me tuerais.

Mais la vie c'est aussi bon nombre de question qui restent sans réponse.

Dans le train qui me ramenait à l'hôpital je réfléchissais à la direction que prenait ma vie.

Biens que les nouvelles ne soient pas bonnes, les allemands enregistraient de grands succès sur le front de l'est, la guerre finirait bien un jour.

J'avais tellement désiré partir de Limoges, c'était maintenant chose faite et l'essentiel pour moi c’était de ne pas y revenir, pour cela on verrait la guerre finie.

Sur le plan sentimental je me santé un peu trop solitaire, Dora, c'était fini, mais devais-je en avoir du regret ? L'avais-je seulement aimée ? N'était-ce pas la tendresse de ma mère absent que je recherchais auprès d'elle ?

Quelque chose en moi ne disait que plus tard je connaîtrais un grand, un très grand amour.

Je pensais aussi à Camille petites fleurs de printemps que j'avais cueillie au bord du chemin; qu'elle était douce cette pensée.

Ces événements s’ils avaient satisfait ma libido, n'avaient nullement changé mon opinion sur les femmes.

Je retrouvais avec joie mon cher hôpital et mes taches quotidiennes reprirent leur cours normal.

Pendant les trois mois qui suivirent rien de bien particulier ne troubla la sérénité de mon travail, j'entretenais et même je développais toujours avec la femme du colonel une liaison épistolaire que je racontais joyeusement à mes camarades qui profitaient également de la générosité de cette dernière.

C'est alors que depuis quelque temps, dans ses lettres, elle m'annonçait la mutation prochaine de son mari en Afrique du nord elle me suppliait de demander aussi ma mutation pour Alger, on se retrouverait me disait-elle et nous passerons des jours merveilleux.

Jour après jour, une idée germât dans mon esprit, je la tenais ma vengeance, il me restait à lui faire croire que j'acceptai de demander ma mutation puis la veille de leur départ pour l'Algérie, envoyer à son mari la totalité des lettres que j'avais reçu d'elle et je serais vengé.

Ce plan quelque peu machiavélique réussit parfaitement et je n'ai plus jamais entendu parler du colonel ni de sa femme.

La journée était calme j'étais à mon bureau et je préparais la réunion du conseil de réforme qui devait se réunir dans les prochains jours lorsque je reçus l'appel téléphonique de ma tante qui m'informait que Dora et sa soeur Frieda avaient été arrêtées et transférées dans un camp de regroupement de juifs, à Pau, on craint qu'elles ne soient déportées me dit-elle.

Cette grave nouvelle me bouleversa, je n'avais plus de relations avec Dora, mais elle avait encore une petite place dans mon coeur.

Je ne pouvais pas rester indifférent mais que pouvais-je faire ? Je pris la décision de me rendre à Limoges pour obtenir les informations sur cette arrestation. Je précisais au médecin-chef que je m'absentais trois jours sans permission officielle mais il me dit qu'en cas d'incidents, il me couvrirait.

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