29.05.2008

Ma vie 13

A Limoges, j'appris comment l'arrestation de plusieurs membres de la communauté s'était déroulée, elle fut rapide et brutale, les personnes arrêtées furent interrogées par la Gestapo et dirigées sur le camp de Pau. Elles sont parties, me dit-on, sans aucun vêtement chaud ni provisions quelconques.

Je ne rencontrais pas le mari de Dora, il travaillait à l'extérieur mais le chef de la communauté que je connaissais bien, sachant que j'avais décidé de me rendre à Pau, me remit un énorme colis de vêtements divers à remettre à l'avocat qui était chargé de ce dossier.

Je pris le train, je ne trouvais pas de places assises, les voyageurs se bousculaient dans les couloirs, en queue du train trois wagons entiers étaient réservés aux soldats allemands qui se rendaient à la frontière espagnole.

L'Allemagne ayant envahi la zone libre, les mouvements de troupe étaient nombreux dans toute la France.

J'avais réussi a me caler contre des bagages sur la plate-forme arrière d'un wagon et j'avais réussi à somnoler lorsque dans un bruit assourdissant nous fûmes projetés les uns sur les autres puis dans un formidable vacarme et un freinage qui n'en finissait pas le train s'immobilisa en se couchant sur le côté tandis que s'élevaient les cris des voyageurs. On entendit les vociférations gutturales des allemands qui descendus de leurs wagons couraient, armes à la main, dans tous les sens, recherchant les terroristes.

C'était un déraillement, fort heureusement il avait eu lieu sous un tunnel, à faible vitesse, et le train s'était couché contre la paroi de celui-ci.

La panique qui s'ensuivit fut indescriptible, il y avait quelques blessés, légers fort heureusement, les voyageurs se bousculaient, voulaient descendre mais les allemands les en empêchaient, il y eut quelques rafales de mitraillettes qui incitèrent la foule à se calmer.

La situation était pénible, inquiets de l'inclinaison du train qui rendait la station debout inconfortable et nous fragilisait davantage, on finit par prendre notre mal en patience. Cela dura près de cinq heures. Enfin les allemands nous donnèrent l'ordre de descendre, ils formèrent une colonne, nous encadrant par groupe de 20 et nous firent sortir du tunnel. Nous avions peur d'être arrêtés, puis déportés. À la sortie ils désignèrent 20 personnes qui furent, nous l'apprîmes plus tard, fusillées.

L'uniforme que je portais me fit passer, aux yeux des allemands, pour un collaborateur et m'évita de faire partie des otages.

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À Limoges, en uniforme, avec un ami.


Un nouveau train fut avancé et nous poursuivîmes notre voyage. J'arrivais à Pau au début de mon troisième jour de permission, j'étais très en retard et je m'inquiétais vraiment, je rencontrais l'avocat de Dora qui me précisa que je ne pourrais pas la voir, qu’elle «était en bonne santé », que son dossier était vide, qu’il ferait tout pour la faire libérer mais il dit qu'il pourrait lui faire passer les vêtements que j'avais apportés.

Désespéré de ne pouvoir rien faire d'autre je m'en retournais à la gare et je repris le premier train pour Limoges.

J’avais deux jours de retard lorsque j’arrivais au camp, rien de spécial ne s’était passé, je respirais mais la tristesse restait au fond de mon cœur.

Il me restait de ce voyage un sombre pressentiment qui se confirma malheureusement, j'appris bien plus tard que Dora avait été déportée et était morte en déportation. Sa soeur Frieda s'était évadée du camp grâce à l'un des gardiens qu'elle épousa à la fin de la guerre.

A l'issue des neuf mois de service obligatoire et compte tenu de mes états de service, je fus nommé commis sanitaire et ma solde augmentée en conséquence.

Le temps s'écoulait inexorablement. Nous vivions au rythme des communiqués de Londres ou de Paris. Les Allemands venaient de perdre la bataille de Stalingrad. Enfin c'était peut-être le début de la fin. Malgré les appels des allemands au service du travail obligatoire le S. T. O. nous vivions dans l'espoir d'une fin prochaine. Malheureusement bien des jours allaient encore s'écouler avant la fin de cette guerre.

Nous avions affiché sur l'un des murs de la salle des archives de l'hôpital, à l'écart des regards indiscrets, une carte sur laquelle nous suivions, avec délectation l'évolution des revers des troupes allemandes.

Au cours des mois qui suivirent j'organisais deux séances d'incorporation de jeunes recrues, c'était beaucoup de surmenage, de longues séances journalières, de nombreuses heures passées dans la salle de radiologie, c'était aussi la préparation et la vaccination antivariolique dont j'étais devenu le spécialiste. Pour mémoire, pendant la durée de mon séjour à l'hôpital, j'ai effectué, moi-même, plus de 5000 vaccinations de ce type.

J'ai fait bien d'autres choses encore. Le médecin, spécialiste en art dentaire, m'avait demandé d'être son assistant. Ce que j'avais accepté sans réserve. Mon travail consistait à préparer les instruments, à les stériliser et à attendre l'arrivée du dentiste. Or, celui-ci, pour des raisons que vous allez comprendre, avait pris l'habitude d'arriver avec plus d'une heure de retard.

Il y avait toujours une trentaine de jeunes qui attendaient l'ouverture du cabinet. Lorsque le docteur arrivait, il commençait par ouvrir la fenêtre. Il appelait alors le premier des patients. C’était toujours le même cérémonial. Il décidait que la dent qu’on lui présentait devait être arrachée. On va t'endormir disait-il à l'intéressé, fais-lui sa piqûre me disait-il en appuyant cette demande d'un clin d'oeil. J’avais compris, je préparais la seringue et j'effectuais la piqûre à l'endroit indiqué par le dentiste. Mais ce n'était qu'un placebo, de l'eau distillée simplement.

Pour donner le change, le dentiste attendait quelques instants puis procédait à l'extraction de la dent du malades. Sans anesthésie la pauvre victime criait à en perdre le souffle. C'était l'effet escompter.

Le dentiste alors jetait un coup d'oeil par la fenêtre, le nombre des patients avait diminué très sensiblement et le dentiste trouvait rapidement repartir chez lui. Je n'ai jamais vu, de toute mon existence, un homme aussi peu scrupuleux. C'était la guerre, c'était l'armée c'était la fainéantise d'un homme.
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J'
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assurais la présidence du secrétariat du conseil de réforme.

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