31.05.2008
Ma vie 15
Je me souviens avec nostalgie de la dernière saison des battages organisée dans la cour de cette ferme, nous étions une vingtaine de personnes de tous les âges qui y participions, la batteuse placée au milieu de la cour, un peu plus à gauche de l'entrée, sous les tilleuls une longue table avait été dressée, sur la nappe blanche les femmes préposées à la cuisine installaient artistiquement les couverts.
La journée s'annonçait radieuse, le soleil était déjà haut dans le ciel. Lorsque la première charrette de gerbes de blé entrât dans la cour ce fut une explosion de joie et de bravos. Les hommes accélérèrent la machine et prirent leur place autour de celle-ci.
Je faisais partie de l'équipe qui approvisionnait la batteuse, muni d'une fourche je saisissais les gerbes et d'un coup de reins je les envoyaient sur le dessus de la machine ou une autre équipe se chargeait de les enfourner. C'étaient des rires, des apostrophes, des invectives qui fusaient de toute part dans la bonne humeur. Chacun avait sa place, les hommes aux travaux de force, les femmes à la cuisine et à la distribution des boissons.
La fête dura trois jours, trois longues journées à l'issue desquelles fut servi un repas mémorable, un violoniste et un accordéonistes étaient venus, selon la tradition, animer cette fin de battages, ce fut un véritable délire, les hommes ivre de fatigue et de vin, ne pouvant plus rentrer à la maison, se couchèrent sur la paille de la grange.
Mais ces joie étaient peu nombreuses et le reste du temps la monotonie de l'a vie reprenait le dessus, les semaines, malgré tout s'ajoutaient aux semaines lorsque, brutalement, l'événement que tout le monde attendait vint nous réveiller de notre torpeur.
Le débarquement des troupes alliées avait eu lieu ce matin en Normandie.
Cette fois ça y était, la guerre allait bientôt finir, de petits groupes se formèrent près des postes de radio, on voulait écouter les dernières nouvelles, déjà on savait que tout allait changer et je me demandai quel serait mon avenir. Il me semblait, sans en être certain, que jusqu’à ce jour j’avais fait le bon choix, mais soudain, une peur rétrospective m’empourpra le visage en songeant, qu’admiratif de l’Allemagne, comme je l’étais à 17 ans, j’aurais pu me retrouver, sur le front russe, dans la LVF et je me dis qu’on n’était pas toujours maître de ses choix, donc de son destin.
Il me semblait cependant avoir eu beaucoup de chance. J'avais échappé à la mobilisation. Cela je le devais à mes parents qui au moment de ma naissance avaient joué avec le calendrier en différents d'une journée mon inscription au registre d'état civil. Ces trois dernières années, je les années passées comme dans un rêve, dans un endroit protégé où non seulement j'avais pu me rendre utile mais également, à prendre plein de choses. Enfin j'avais échappé au service du travail obligatoire et sa je le devais en partie à ma primo infection ainsi qu'a mon médecin chef qui avait jouée quelque peu avec les attestations de maladie qui me concernaient.
Bien qu’organisme d'État, créé sous l'égide du maréchal Pétain avec l'accord des Allemands, les cadres des chantiers de la jeunesse étaient en grande majorité, favorable au général de Gaulle et partageaient l'idée d'une France libérée de ses oppresseurs.
Ces cadres été composé en majorité d'anciens militaires, humiliés par la défaite cuisante de l'armée française. Bien que les discussions politiques aient été proscrites, nous suivions avec attention l'évolution du front ainsi que les circonvolutions politiques des membres du gouvernement de Vichy. Nous évoquions les prouesses des maquis, de leur résistance aux troupes allemandes. Nous savions que ceux-ci se renforçaient grâce à l'adhésion des jeunes réfractaires au service du travail et obligatoire.
Nous connaissions les filières qui nous reliaent à certains maquis du centre de la France, de même que celle qui pouvait nous conduire en grande Bretagne au service du général de Gaulle.
Avec un groupe de copains nous avions formé le projet de rejoindre l'Angleterre en passant par l'Espagne. Nous connaissions un groupe de passeurs, malheureusement démantelé lorsque les Allemands occupèrent la zone libre. De ce fait à notre immense déception, notre projet devint caduc.
Enfin, cette fantastique nouvelle que tout le monde attendait parcourut les ondes : le débarquement en Normandie venait d'avoir lieu. Alors une incroyable tornade s'abattit sur les chantiers de la jeunesse.
Nous reçûmes l'ordre d'évacuation.
Etant responsable de la partie administratives de l'hôpital, je fis procéder au regroupement en de tout le matériel et des produits pharmaceutiques. Ce fut en pure perte, j'appris plus tard que tous ces colliers restés sur place avaient été pillés, on n'a jamais su par qui.
Ainsi la période des chantiers de la jeunesse prenait fin en même temps que s'écroulait le régime du maréchal Pétain. Je reçus un superbe diplôme que je ne résiste pas à vous montrer si après.

C'est alors que je reçus l'ordre de rejoindre le maquis où se formait le premier régiment d'infanterie. Je quittais la maison, ma femme retournait chez ses parents.
Le de
Ma compagnie, dont j'étais le sergent infirmier, avait établi son cantonnement dans une ferme située à proximité de la ville de Saint-Amand-Montrond.
La mission de ma compagnie était de réaliser, par des coups de main, le harcèlement des troupes allemandes qui remontaient vers la Normandie. Chaque fois qu'une colonne allemande était signalée parler éclaireurs, plusieurs commandos se mettaient en embuscade et attaquaient les soldats allemands et lorsque ceux-ci se préparaient à riposter, les commandos décrochaient et se repositionnaient un peu plus loin.
Je ne participais pas aux commandos, je restais au PC pour soigner les blessés éventuels. Pendant les quelques semaines que dura notre action, je n'eus qu'à intervenir une seule fois.
C'était au cours d'une nuit, je fus réveillé par la sentinelle qui me dit qu'on demander du secours dans une ferme de la région, une voiture m'attendait dans la cour, je savais que nous avions plusieurs groupes disséminés dans les fermes environnantes, je ne fus pas surpris, je m'habillais en toute hâte, je pris avec moi ma trousse de premiers secours et je montais en voiture.
Le camouflage des phares ne permettait pas au chauffeur de rouler dans la campagne, à vive allure, le trajet durera vingt minutes environ. La voiture s'arrêta dans une cour de ferme, près d'un bâtiment sans étage d'où l'on voyait un rais de lumière filtrer sous la porte d'entrée, les volets étaient fermés, un chien tirait sur sa laisse en aboyant fortement.
J'entrais dans la maison, trois femmes âgées m'accueillir et me conduisirent dans la chambre voisine. Une femme couchée dans le lit gémissait doucement, je m'approchais, je l'interrogeais, qu'elle ne fût pas ma surprise d'apprendre qu'elle attendait que je l'assiste pour son accouchement qui semblait imminent, elle avait déjà perdu les eaux.
Je ne m'en serais jamais sorti si ces femmes n'avaient pas été là, sur tout lorsqu'il avait fallu couper le cordon ombilical, je fus obligé de reconnaître que je n'étais pas docteur, mais seulement infirmier.
L'une des personnes présentes a prit initiative de le faire à ma place.
Enfin tout se termina dans la joie d'une maman épuisée tenant dans ses bras une ravissante petite fille, par des rires, une bonne tasse de café au lait, et je quittais les lieux emportant, en guise de remerciement quelques provisions de bouche et une bouteille d'eau de vie de prunes.
Quelques jours après, nous prenions possession de la ville de Saint-Amand-Montrond. nous entrâmes dans la ville sur les camions habillés de drapeaux tricolores, tous les habitants étaient dans la rue, agitant des petits drapeaux, riants, nous acclamant en chantant, c'était du délire, on voulait nous toucher, nous embrasser,nous étions vraiment les héros du jour.
Dans cette ville en liesse, nous prîmes nos quartiers dans tous les endroits stratégiques et je me retrouvai à l'hôpital que je connaissais bien pour y avoir envoyé bien des malades.
Une nouvelle période de vie allait commencer, combien de semaines ou de mois allait-elle durer. La guerre n'était pas encore terminée, les troupes allemandes opposées aux troupes alliées exerçaient une vive résistance.
J'avais été affecté à l'antenne médicale militaire composée d'un jeune médecin et de moi-même, nous avions comme mission d'assurer la permanence à l'hôpital et au dispensaire, de jour et de nuit. Lorsque nous n'étions pas de service, nous dormions à la caserne où nous disposions d'une chambre pour nous deux.
Bien vite le toubib, à peine plus âgé que moi, et moi-même sommes devenus des amis, lorsque nous nous retrouvions il me racontait les faits marquants de sa journée, je lui demandai des Conseils pour les cas difficiles que j'avais rencontrés.
C'était un beau gosse, pas très grand, sportif, un visage d'adolescent, une petite moustache et surtout des yeux d'un bleu des mers du sud, des yeux à se
noyer dedans.
Il avait un franc succès auprès des femmes, et la libération s'était également opérée dans les moeurs et le toubib en profitait, il était libre comme l'air. Le soir, quand nous nous retrouvions dans notre chambre il passait des heures entières à faire une toilette intime, intrigué, je lui demandais ce qu'il pouvait faire pendant ces minutes interminables une brosse à dents à la main, il se retourna et en me regardant il me dit : tu vois je vais te donner un conseil, si tu as un rapport sexuel non protégé alors dès que tu fais ta toilette, tu prends un verre d'alcool à 90°,tu trempes ton engin dedans, du laisses macérer pendant quelques minutes, ensuite tu prends ta brosse à dents, tu la plonges dans le vers d'alcool et tu frottes bien en insistant dans tous les plis de ta zigounette. Tu ne peux pas avoir une meilleure désinfection, donc pas de maladie sexuellement transmissible.
J'ai essayé, une fois, cette méthode, je ne peux pas vous dire si elle est efficace mais ce que je peux vous dire c'est que je préfère cent fois le préservatif.
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30.05.2008
Ma vie 14

Ma chambre au centre de convalescence de Vitray
Ce jour-là, nous étions au mois de juillet, il était près de midi et le soleil était haut dans le ciel, il me semblait entendre des voix, je me levais, me mis à la fenêtre, le vent s'était levé soulevant une fine poussière qui donnait à la fille qui marchait seule, sur la route, l'aspect d'une apparition, comme un mirage, elle marchait lentement me donnant l'impression qu'elle me regardait, mais qui était-elle ? D'où venait-elle ? Je ne l'avais jamais vue. Une bouffée de désir me submergea, cela faisait si longtemps que je n'avais pas tenu une femme dans mes bras
Voulant attirer son attention je lui fis des signes de la main, lui lançait quelques hou ou, une centaine de mètres nous séparaient. À cet instant la porte de ma chambre s'ouvrit, le médecin chef entrât, intrigué par mes gestes il vint près de moi me demanda ce que je regardais, il vit là jeune fille, il sourit et me dit : tu voudrais bien que je te laisse sortir mais n'y compte pas me dit -il en souriant, je te garde bien au chaud.
Piqué au vif je lui répondis : vous n'êtes pas très chic, c'est vrai j'aimerais me balader au soleil et faire du gringue à cette fille, mais tu ne la connais pas me dit -il, vous voyez répondis-je je vous paries une bouteille de champagne que dans six mois elle sera ma femme. Il éclata de rire, sortit de ma chambre et poursuivit sa visite. Étais-je devenu fou, quel pari stupide venais-je de faire ? Fataliste je soulevais les épaules, après tout on pouvait bien rire un peu.
Cette fille devint mon obsession. Chaque jour je passais de nombreuses heures à la guetter de ma fenêtre et à chacun de ses passages, ils étaient peu nombreux, je m'efforçais, par mes gestes, d'attirer son attention.
Je voulais relever ce défi au risque de me perdre, j'interrogeais les jeunes qui se rendaient à la ferme, j'appris qu'elle était en vacances chez les fermiers ses cousins, qu'elle s'appelait Yvette et qu'elle travaillait à Bourges comme secrétaire à la maison du prisonnier.
Lorsque j'appris son départ j'attendis quelques jours et je décidais de lui écrire une lettre qui lui déclarait ma flamme et lui disait toute l'impression qu'elle m'avait produite, que son image hantée mes nuits que je ne mangeais plus, que je désirais la revoir, enfin bref, que c'étaient la femme de ma vie.
Je mis cette lettre dans une enveloppe sur laquelle j'avais indiqué son prénom mais à la place du nom, que je ne connaissais pas, j'avais fait une énorme tache d'encre. J'envoyais cette lettre sur son lieu de travail.
Je ne mit pas longtemps à recevoir sa réponse, elle s'étonnait de m'avoir fait une si forte impression, me demandait, avec une pointe d'humour, si mon délire n'était pas du à une forte fièvre, le ton était caustique n'appelait pas de réponse mais elle me donnait son nom et son adresse privée.
Ce fut un jeu, je lui répondis en m'excusant, elle me dit qu'elle acceptait mes excuses, je la remerciais, elle me remercia de la remercier, et de fil en aiguille notre mariage eu lieu six mois plus tard.
Mais je ne peux pas passer sous silence les six mois qui ont précédé mon mariage. Pendant cette période nous avons échangé de nombreuses lettres dans lesquelles nous parlions de notre jeunesse et de nos projets d'avenir, il me semblait que ceux-ci étaient en concordance et que c'était de bon augure.
Elle est venue passer quelques jours chez ses cousin, nous sommes sortis, nous nous sommes promenés dans la campagne et dans cette magnifique et grandiose forêt de Tronçais, nous avons flirté, mais malgré ces préludes à l'amour, je ressentais une imperceptible gêne dont je ne pouvais en définir la cause.
Je suis allé chez elle, à Bourges, invité par ses parents pour la présentation officielle, je reconnais que j'ai été ébloui, n'ont pas par ses parents qui me parurent de braves gens mais par la propriété dans laquelle ils vivaient, par cette vaste maison, par ce parc pratiquement au centre de la ville, bordée par une rivière, par cette île formée par l'un des bras et reliée à la terre ferme par un adorable petit pont de bois et l'ensemble planté d'arbres centenaires de toutes les essences, enfin par cette superbe voiture appartenant à son père, qui attendait sagement dans son garage des jours meilleurs.
Tout cela était pour moi, enfant pauvres ayant vécu dans des appartements, je dirais plutôt dans des taudis, c'était là la vision de ce que devait être le paradis.
J'étais subjugué, me demandais si je ne rêvais pas, je pensais que c'était la chance de ma vie qui se présentait à moi, j'étais persuadé que je devais saisir, sans plus attendre, cette chance.
Je me sentais léger, léger, j'aimais, oh oui j'aimais, j'aimais en bloc, sans discernement cette fille, cette propriété, cette voiture, cette ville de Bourges avec sa cathédrale gothique, sont parc des Prés Fichaux, sa maison de Jacques Coeur, enfin j'aimais, j'aimais tout en bloc et je le voulais ce mariage.
Mais était-ce ça l'amour ? je ne ressentais pas les sentiments profonds que j'avais connus auprès de Dora dont le souvenir hantait la plupart de mes nuits.
Cependant notre relation épistolaire se poursuivait normalement.
Il me fallut accepter une condition ultime : accompagner mes futurs beaux-parents à Limoges pour leur présenter ma famille.
Brusquement je pensais à la disparité des situations et j'étais convaincu que j'allai au-devant d'un échec et qu'il valait peut-être mieux ne pas accepter.
L'envie fut plus forte que la crainte et j'acceptais cette présentation. A mon retour au groupement je demandais une permission de dix jours.
Je me rendis à Limoges et fis toutes les démarches j'aménageais au mieux l'appartement de ma grand-mère je retenais une chambre à l'hôtel pour mes futurs beaux-parents et je demandais à ma voisine de me prêter sa chambre d'amis qui était indépendante au premier étage.
Tout se passât bien et la date de la cérémonie fut fixée d'un commun accord au 9 février 1944. En l'absence de mon futur beau-frère, Jack, prisonnier de guerre en Allemagne.
Compte tenu de la différence de situation un contrat fut établi devant notaire, ma famille arriva la veille, y compris mon père que je ne voyais plus depuis longtemps, accompagné de sa nouvelle partenaire qui ne m'inspirait aucun intérêt.
La famille de ma fiancée présenta à ses invités mon père comme étant un important transporteur propriétaire de plusieurs véhicules. Or mon père était un petit commissionnaire exerçant à l'arrivée des trains en gare de Limoges et pour tout véhicule possédait une modeste charrette à main.
Je réfrénais le sentiment de honte que j'éprouvais, mais beaux-parents voulant démontrer que leur fille entrée dans une famille aisée. Je reconnais que cette attitude ne laissa profondément.
La cérémonie eut lieu dans la plus stricte intimité. La mariée était en blanc, le marié, c'est-à-dire moi-même, en grand uniforme des Chantiers de Jeunesse.
Nous eûmes droit, la guerre oblige, à une lune de miel chez l'une de nos cousines avec couvre-feu à 23 heures. Une attention, charmante au demeurant, nous fit trouver sur la table de chevet, deux morceaux de sucre, denrée rare s’il en fut, accompagnés d’un petit flacon d’alcool de menthe, d’avant guerre, pour le cas où la mariée ferait un malaise. Il n’y eu pas de malaise, mais dans la nuit, nous avons mangé le sucre.
Trois jours après la cérémonie je regagnai seul le château de Vitray. Les cousins fermiers nous avaient trouvé une petite maison vide que je devais nettoyer et aménager pour que nous puissions nous y installer.
Notre vie de couple commença ici. Bien vite la vie que nous menions me parut terne et sans grand intérêt, le matin je partais avec le médecin-chef, en voiture hippomobile et si je retrouvais avec plaisir les bureaux de l'hôpital, je n'y exerçais plus qu'une activité réduite. Je rentrais à midi pour déjeuner, l'après-midi je m'occupais du secrétariat du centre de convalescence du château.
Ma femme était invitée chaque après-midi par le médecin-chef pour faire la 4e au bridge, elle savait y jouer, moi pas, donc je n'étais pas admis à ces réunions qui pouvaient se terminer for tard dans la nuit et ça devint bien vite une habitude que je supportais de moins en moins bien et ce fut le prétexte de notre première dispute
Oh oui, elles ont été pénibles ces premières semaines de vie en couple pour de multiples raisons, l'abandon du statut de célibataire, l'adaptation à un environnement nouveau dans une maison sombre, triste, humide, construite au milieu d'un jardin, certes, mais isolée à la périphérie d'un village sans vie, avec en supplément une jeune femme quasi absente.
Ce climat pesait singulièrement sur nos ébats amoureux au cours desquels, ni l'un ni l'autre ne semblait y trouver un plaisir fou.
Les seuls moments agréables que je passais c'était lorsque nous étions invités par nos cousins. Le chef de famille, Théodore, patriarche incontesté régnait en maître sur sa famille, tout en rondeur, plus large que haut, le visage orné d'une large moustache blanche aux extrémités effilées recourbée vers le haut, le crâne; presque chauve, toujours coiffé d'un feutre délavé, les yeux noirs, pétillant de malice donnait à ce personnage une allure qui forçait le respect.
Toujours vêtu d'une longue veste de cuir fauve, usée, et d'une culotte de cheval donnait un aspect arqué à ses courtes jambes. Il marchait difficilement, par petits pas saccadés, s'appuyant sur une cane qu'il changeait chaque jour Il était entrepreneur de battage et régisseur pour le compte de divers propriétaires agricole, il était jovial, toujours de bonne humeur, sachant manier la plaisanterie, son accueil était chaleureux, le verre de l'amitié et bien vite toute sa cave y passait. Il était heureux de vous voir partir le coeur en fête et la tête vacillante.
Sa femme, totalement opposée, maigrichonne mais très active, les cheveux blancs formés en chignon à la base du crâne, la figure mangée par des rides profondes qui lui donnaient dix ans de plus que son âge, tellement effacée que j'en ai oublié son prénom. La fille, Jeanette, superbe femme de trente-cinq ans, grande, élancée, le visage lisse, des yeux brillants et espiègles comme ceux de son père, le mari prisonnier en Allemagne, toujours en compagnie de l'aumônier de l'hôpital, superbe athlète du même âge, sans commentaire.
C'était un vrai plaisir ces réunions chez nos cousins, l'ambiance, la gaîté, les chansons, les histoires nous conduisaient bien loin des soucis du moment, la guerre était loin de nos tête, ici on ne connaissait pas les privations grâce à l'élevage familial.
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29.05.2008
Ma vie 13 (suite)

J'assurais la présidence du secrétariat du conseil de réforme.

Un groupe de travail à l'hôpital
A la suite de ces journées harassantes, fatigué, je passais une radio de contrôle au cours de laquelle on découvrit que j'avais un léger voile au poumon droit. J'étais affolé je pensais à ma mère et à mes deux tantes a atteintes de tuberculose pulmonaire et décédé toutes les trois.
Et je m'interrogeais : cette maladie n'était-elle pas héréditaire ? Et la peur accompagna le doute. Mais le médecin-chef me rassura, il m'expliqua ce qu'était cette maladie et me dit que je faisais tout au plus une primo-infection, il me dit également que je devais interrompre mon activité, qu'il allait me faire admettre dans le centre de convalescence qu'il dirigeait et que j'aurais tout simplement à suivre un régime alimentaire renforcé avec repos à la chambre et ce au minimum pendant trois mois.
Le temps de passer mes pouvoirs à mon successeur et je me retrouvais installé dans une chambre au château de Vitray.
Ma chambre au centre de convalescence
C'était une grande bâtisse au fond d'un parc d'un hectare environ. A la droite du château, perpendiculairement mais attenant à celui-ci, existait un grand bâtiment abritant les écuries et le garage des voitures hippomobiles, en face de ce bâtiment et à gauche du château quatre chênes centenaires formaient un épais rideau de verdure. Au centre du parc était planté un superbe mât à l'extrémité duquel flottait le drapeau tricolore.
A l'avant du parc une grille massive en fer forgé s'ouvrait par un portail sur la rue qui traversait ce petit village de deux ou trois dizaines d'habitants.
L'aile gauche du château était réservée au logement du médecin-chef et à sa famille, dans l'aile droite on trouvait au rez-de-chaussée le bureau administratif, la salle de détente et le réfectoire. Tout le premier étage était réservé aux chambres des convalescents, dont celle qui m'était réservée, au second étage le dortoir du personnel.
Les cuisines étaient situées à l'arrière du bâtiment.
Ma chambre était meublée simplement d'un lit à une place, d'une table de nuit et d'une petite commode, elle était claire et disposait d'une fenêtre qui donnait sur le parc et, au delà, sur la route qui traversait le village.
Je n'avais pas le droit de sortir de ma chambre, par contre, on me servait quatre repas copieux par jour et le médecin chef passait me voir chaque matin.
J'étais comme un coq en pâte, pour meublée le temps je suivais par correspondance des cours d'ingénieur électricien.
Pour me détendre je me levais parfois et j'allais regarder par la fenêtre ouverte le parc et la route qui passait devant la grille. Il ne se passait rien dans ce petit village, la seule animation qui régnait à certaines heures était due aux cuisiniers du centre qui se rendaient à la ferme voisine chercher des légumes et le lait.
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Ma vie 13
A Limoges, j'appris comment l'arrestation de plusieurs membres de la communauté s'était déroulée, elle fut rapide et brutale, les personnes arrêtées furent interrogées par la Gestapo et dirigées sur le camp de Pau. Elles sont parties, me dit-on, sans aucun vêtement chaud ni provisions quelconques.
Je ne rencontrais pas le mari de Dora, il travaillait à l'extérieur mais le chef de la communauté que je connaissais bien, sachant que j'avais décidé de me rendre à Pau, me remit un énorme colis de vêtements divers à remettre à l'avocat qui était chargé de ce dossier.
Je pris le train, je ne trouvais pas de places assises, les voyageurs se bousculaient dans les couloirs, en queue du train trois wagons entiers étaient réservés aux soldats allemands qui se rendaient à la frontière espagnole.
L'Allemagne ayant envahi la zone libre, les mouvements de troupe étaient nombreux dans toute la France.
J'avais réussi a me caler contre des bagages sur la plate-forme arrière d'un wagon et j'avais réussi à somnoler lorsque dans un bruit assourdissant nous fûmes projetés les uns sur les autres puis dans un formidable vacarme et un freinage qui n'en finissait pas le train s'immobilisa en se couchant sur le côté tandis que s'élevaient les cris des voyageurs. On entendit les vociférations gutturales des allemands qui descendus de leurs wagons couraient, armes à la main, dans tous les sens, recherchant les terroristes.
C'était un déraillement, fort heureusement il avait eu lieu sous un tunnel, à faible vitesse, et le train s'était couché contre la paroi de celui-ci.
La panique qui s'ensuivit fut indescriptible, il y avait quelques blessés, légers fort heureusement, les voyageurs se bousculaient, voulaient descendre mais les allemands les en empêchaient, il y eut quelques rafales de mitraillettes qui incitèrent la foule à se calmer.
La situation était pénible, inquiets de l'inclinaison du train qui rendait la station debout inconfortable et nous fragilisait davantage, on finit par prendre notre mal en patience. Cela dura près de cinq heures. Enfin les allemands nous donnèrent l'ordre de descendre, ils formèrent une colonne, nous encadrant par groupe de 20 et nous firent sortir du tunnel. Nous avions peur d'être arrêtés, puis déportés. À la sortie ils désignèrent 20 personnes qui furent, nous l'apprîmes plus tard, fusillées.
L'uniforme que je portais me fit passer, aux yeux des allemands, pour un collaborateur et m'évita de faire partie des otages.

À Limoges, en uniforme, avec un ami.
Un nouveau train fut avancé et nous poursuivîmes notre voyage. J'arrivais à Pau au début de mon troisième jour de permission, j'étais très en retard et je m'inquiétais vraiment, je rencontrais l'avocat de Dora qui me précisa que je ne pourrais pas la voir, qu’elle «était en bonne santé », que son dossier était vide, qu’il ferait tout pour la faire libérer mais il dit qu'il pourrait lui faire passer les vêtements que j'avais apportés.
Désespéré de ne pouvoir rien faire d'autre je m'en retournais à la gare et je repris le premier train pour Limoges.
J’avais deux jours de retard lorsque j’arrivais au camp, rien de spécial ne s’était passé, je respirais mais la tristesse restait au fond de mon cœur.
Il me restait de ce voyage un sombre pressentiment qui se confirma malheureusement, j'appris bien plus tard que Dora avait été déportée et était morte en déportation. Sa soeur Frieda s'était évadée du camp grâce à l'un des gardiens qu'elle épousa à la fin de la guerre.
A l'issue des neuf mois de service obligatoire et compte tenu de mes états de service, je fus nommé commis sanitaire et ma solde augmentée en conséquence.
Le temps s'écoulait inexorablement. Nous vivions au rythme des communiqués de Londres ou de Paris. Les Allemands venaient de perdre la bataille de Stalingrad. Enfin c'était peut-être le début de la fin. Malgré les appels des allemands au service du travail obligatoire le S. T. O. nous vivions dans l'espoir d'une fin prochaine. Malheureusement bien des jours allaient encore s'écouler avant la fin de cette guerre.
Nous avions affiché sur l'un des murs de la salle des archives de l'hôpital, à l'écart des regards indiscrets, une carte sur laquelle nous suivions, avec délectation l'évolution des revers des troupes allemandes.
Au cours des mois qui suivirent j'organisais deux séances d'incorporation de jeunes recrues, c'était beaucoup de surmenage, de longues séances journalières, de nombreuses heures passées dans la salle de radiologie, c'était aussi la préparation et la vaccination antivariolique dont j'étais devenu le spécialiste. Pour mémoire, pendant la durée de mon séjour à l'hôpital, j'ai effectué, moi-même, plus de 5000 vaccinations de ce type.
J'ai fait bien d'autres choses encore. Le médecin, spécialiste en art dentaire, m'avait demandé d'être son assistant. Ce que j'avais accepté sans réserve. Mon travail consistait à préparer les instruments, à les stériliser et à attendre l'arrivée du dentiste. Or, celui-ci, pour des raisons que vous allez comprendre, avait pris l'habitude d'arriver avec plus d'une heure de retard.
Il y avait toujours une trentaine de jeunes qui attendaient l'ouverture du cabinet. Lorsque le docteur arrivait, il commençait par ouvrir la fenêtre. Il appelait alors le premier des patients. C’était toujours le même cérémonial. Il décidait que la dent qu’on lui présentait devait être arrachée. On va t'endormir disait-il à l'intéressé, fais-lui sa piqûre me disait-il en appuyant cette demande d'un clin d'oeil. J’avais compris, je préparais la seringue et j'effectuais la piqûre à l'endroit indiqué par le dentiste. Mais ce n'était qu'un placebo, de l'eau distillée simplement.
Pour donner le change, le dentiste attendait quelques instants puis procédait à l'extraction de la dent du malades. Sans anesthésie la pauvre victime criait à en perdre le souffle. C'était l'effet escompter.
Le dentiste alors jetait un coup d'oeil par la fenêtre, le nombre des patients avait diminué très sensiblement et le dentiste trouvait rapidement repartir chez lui. Je n'ai jamais vu, de toute mon existence, un homme aussi peu scrupuleux. C'était la guerre, c'était l'armée c'était la fainéantise d'un homme.

J'

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28.05.2008
Ma vie 12
J'acceptai avec joie, j'allais revoir Dora dont je ne recevais plus de lettres depuis une dizaine de jours. En étais-je étonné ? pas vraiment, je la croyais capable, profitant de mon éloignement, de mettre une fin définitive à notre ancienne relation. Je ne lui trouvais aucune excuse et, dans mes nuits de veille et de solitude j'en arrivée a conclure que toutes les femmes étaient perfides et qu'elles ne valaient pas qu'on développe à leur égard un quelconque sentiment. Elles devaient être le repos du guerrier, un point, c'est tout. Devenais-je misogyne ?
A Limoges je tombai en plein drame, la femme du colonel avait suivi Dora, elfe avait subtilisé des lettres que je lui envoyais et les avait remises au mari de Dora. J'imaginais la détresse de cet homme, étrangers dans notre pays, ayant subi les affres de l'enfermement pour découvrir au terme de son périple, l'infidélité de sa femme.
Tandis que les Allemands consolidaient leurs offensives à l'est, que les bombes tombaient sans discontinuer sur la Grande-Bretagne, que la propagande allemande avait envahi nos stations de radio, ce n'était, entre les hommes et les femmes de notre pays que suspicion, délation, jalousie et vengeance.
Je rencontrai Frieda qui me supplia de ne plus revoir Dora qui vivait dans la crainte d'une confrontation avec son mari.
Cette fois c'était bien fini. Les circonstances venaient de mettre un point final à mon premier amour.Une sourde colère contre ces femmes responsables de ce malheur fit place à mon étonnement. Une envie de vengeance envahit soudain tout mon être. Je me le jurai, oui, je l'aurais cette vengeance
Désespéré je rentrais à l'hôpital avec le service de table que je rapportais au médecin-chef.
A partir de ce jour je devins le protéger du médecin-chef qui me confia la direction des services administratifs de l'hôpital.
Je me jetais à corps perdu dans le travail, je voulais oublier Dora, je voulais me venger de cette femme qui avait brisé mon bonheur. Sa pensée m'obsédait, je voulais l'avoir à ma merci, comment pourrais-je arriver à ce résultat sinon par la séduction. Cela ne devait pas être impossible j'avais 21 ans, elle, le double de mon âge.
Je me mis à lui écrire en lui disant que je l'avais remarquée parmi mes clientes, qu'elle avait bien dû s'en apercevoir, qu'elle ne m'était pas indifférente etc. etc.
Elle mordit à l'hameçon et m'envoya à son tour des lettres enflammées, je reçus des mandats que je m'empressais d'utiliser avec mes copains qui flairaient la bonne affaire.
La gestion de l'hôpital qui reposait sur mes frêles épaules, était on ne peut plus prenante. L'ensemble comportait : 6 infirmières, 4 médecins dont le médecin-chef ayant le grade de colonel, 20 infirmiers, un dentiste, un pharmacien et six secrétaires choisit parmi les jeunes du contingent. Ce personnel exercé son activité dans l'huit Barak de grande capacité, 60 lits étaient disponibles pour les malades et six voiture sanitaires fonctionnant au charbon de bois assuraient le transport des malades.

Un moment de détente à l’hôpital
J'exerçais une véritable emprise sur la gestion de cet hôpital, dans le même temps je suivais un maximum de formation, je passais avec succès les examens de manipulateur radio, d’infirmier, de secouriste, enfin de tout ce qui concernait le service médical, la nuit je servais de relais et je décidais si je le jugeais utile d'évacuer sur un hôpital plus important, celui de Saint-Amand-Monrond les malades ou les blessés dont les traumatismes nécessitaient une intervention chirurgicale ou des soins spécialisés.
Une nuit du mois de mai je fus réveillé par un appel téléphonique. C'était l'infirmier d'un camp situé à 25 Kms de notre base, il me signalait un malade, les explications que je provoquais me firent penser à une simple indigestion, au pire à une appendicite.
J'avais deux alternatives, laisser le malade sur place soigner son indigestion ou l'évacuer en vue d'une opération chirurgicale.
Mais les inquiétudes manifestées par l'infirmier me firent opter pour la seconde alternative. Je déclenchais alors le plan prévu à cet effet, mise en route de la voiture sanitaire, préparation du matériel d'urgence, mise en alerte de deux secouristes.
Je montais à bord et nous partîmes dans les quelques minutes qui suivirent l'appel. Nous étions sur la route, dans cette voiture poussive qui fonctionnait au charbon de bois lorsque l'orage éclata, un véritable ouragan, une pluie diluvienne que les ballets d'essuie-glace ne parvenaient pas à dissiper, les éclairs fulgurants, le vent une véritable tornade et les branches d'arbres qui tombaient sur la route créant les conditions d'un grave accident. C'était dantesque et ce fut sans accalmie pendant tout le trajet.
Je trouvais le malade allongé, je l’interrogeais, il se trouvait qu'il avait très mal à droite dans le bas du ventre et cela depuis plusieurs jours, il avait une température élevée et un ventre dur comme de la pierre, je jugeais alors qu'il s'agissait bien d'une appendicite.
Le malade fut pris en charge par les secouristes, allongé sur un brancard et embarqué dans la voiture sanitaire et nous partîmes en direction de l'hôpital de Saint-Amant-Montrond.
J'appris quelques jours plus tard que ce jeune malade avez développé une appendicite compliquée d'une péritonite, malheureusement il n'avait pas survécu à l'opération.
Le médecin-chef me félicita d'avoir su prendre la bonne décision, il me demanda de conduire le détachement désigné pour veiller ce camarade est assister à la levée de corps.
Le détachement composé de deux hommes et de moi-même fut déposé devant la porte de la morgue de l'hôpital. C'était une grande salle très chichement éclairée par quatre veilleuses fixées sur les murs de cette salle créant un climat lugubre, le sol en ciment était percée par des grilles d'écoulement, quatre corps étendu sur des brancards, recouverts d'un linceul blanc attendaient la mise en bière et participaient involontairement, à l’atmosphère angoissante de ce lieu.
C'était lugubre, la direction de l'hôpital nous désigna un brancard sur lequel se trouvait notre camarade, et nous commençâmes la veillée, nous ne restâmes pas seul très longtemps quatre femmes âgées, de forte corpulence, habillées de noir entrèrent dans la salle, c'était les pleureuses qui venaient traditionnellement assister aux veillées mortuaires, elle se mirent à pleurer, à prier et à parler de tout et de rien, du mort qu'elles ne connaissaient pas et puis elles partirent au milieu de la nuit.
Je n'oublierai jamais cette nuit-là, c'était la première fois que j'étais réellement confronté à la mort.
Quelques jours après je reçus une note officielle m'annonçant ma nomination au grade d'apprentis commis sanitaires. Ce qui correspondais, dans l'armée à celui de Sergent.
Le travail que j'effectuais était passionnant, de plus j'étais logé habillé, nourri et je percevais une solde non négligeable, tant et si bien que je souscrivit un engagement d'une durée indéterminée, ce qui voulait dire en bon français de l'époque : jusqu'à la fin de la guerre.
Je bénéficiais d'une permission de huit jours que je passais chez ma grand-mère, je ne vis pas Dora mais je rencontrais la femme du colonel avec laquelle j'entretenais plus que jamais des rapports épistolaires amoureux. Je désirais toujours me venger du mal qu'elle m'avait fait. Je la retrouvais dans une chambre d'hôtel que j'avais louée pour la circonstance.
Je lui fis l'amour avec rage, furieusement, je voulais lui faire du mal mais je sentais que je ne lui faisais que du bien, je m'en voulais alors je la traitais durement ridiculisant son âge, ironisant sur son corps, sur ses défauts, sur sa toilette mais je voyais bien qu'elle ne me croyait pas et j’&tais furieux. Sans doute l’heure de la vengeance n’avait-elle pas encore sonnée.
Elle prenait ça pour un jeu, elle riait, me déclarait son amour. J'étais en colère contre moi-même, je m'en voulais d'avoir eu des faiblesses avec cette femme et je remis à plus tard ma vengeance.
Ces moments m'auraient laissé un goût amer si je n'avais rencontrée, la veille de mon départ Camille une adorable ancienne cliente, 20 ans à peine, la joie de vivre se lisait sur son visage, de grands yeux clairs une bouche gourmande et des seins à faire damner un moine. Or, je n’étais pas un moine.
Manifestement nous étions heureux de nous revoir, je l'invitais à prendre un verre, elle accepta et nous nous retrouvâmes dans une chambre d'hôtel. Elle me raconta que son fiancé était prisonniers en Allemagne mais comme cette guerre n'en finissait pas elle avait décidé de vivre sa vie en parfait accord avec son fiancé m'a-t-elle précisé en me regardant d'un air mutin.
Je n'ai pas cherché à savoir si c'était vrai, j'avais tellement envie de planter mes dents de loup dans ce fruit éclatant qui s'offrait à ma gourmandise.
Je n'ais jamais revu Camille, souvent j'ai pensé à ce qu'elle m'avait dit lorsque nous nous sommes quittés : Je suis heureuse, pleinement heureuse mais si jamais je me retrouvais enceinte, je me tuerais.
Mais la vie c'est aussi bon nombre de question qui restent sans réponse.
Dans le train qui me ramenait à l'hôpital je réfléchissais à la direction que prenait ma vie.
Biens que les nouvelles ne soient pas bonnes, les allemands enregistraient de grands succès sur le front de l'est, la guerre finirait bien un jour.
J'avais tellement désiré partir de Limoges, c'était maintenant chose faite et l'essentiel pour moi c’était de ne pas y revenir, pour cela on verrait la guerre finie.
Sur le plan sentimental je me santé un peu trop solitaire, Dora, c'était fini, mais devais-je en avoir du regret ? L'avais-je seulement aimée ? N'était-ce pas la tendresse de ma mère absent que je recherchais auprès d'elle ?
Quelque chose en moi ne disait que plus tard je connaîtrais un grand, un très grand amour.
Je pensais aussi à Camille petites fleurs de printemps que j'avais cueillie au bord du chemin; qu'elle était douce cette pensée.
Ces événements s’ils avaient satisfait ma libido, n'avaient nullement changé mon opinion sur les femmes.
Je retrouvais avec joie mon cher hôpital et mes taches quotidiennes reprirent leur cours normal.
Pendant les trois mois qui suivirent rien de bien particulier ne troubla la sérénité de mon travail, j'entretenais et même je développais toujours avec la femme du colonel une liaison épistolaire que je racontais joyeusement à mes camarades qui profitaient également de la générosité de cette dernière.
C'est alors que depuis quelque temps, dans ses lettres, elle m'annonçait la mutation prochaine de son mari en Afrique du nord elle me suppliait de demander aussi ma mutation pour Alger, on se retrouverait me disait-elle et nous passerons des jours merveilleux.
Jour après jour, une idée germât dans mon esprit, je la tenais ma vengeance, il me restait à lui faire croire que j'acceptai de demander ma mutation puis la veille de leur départ pour l'Algérie, envoyer à son mari la totalité des lettres que j'avais reçu d'elle et je serais vengé.
Ce plan quelque peu machiavélique réussit parfaitement et je n'ai plus jamais entendu parler du colonel ni de sa femme.
La journée était calme j'étais à mon bureau et je préparais la réunion du conseil de réforme qui devait se réunir dans les prochains jours lorsque je reçus l'appel téléphonique de ma tante qui m'informait que Dora et sa soeur Frieda avaient été arrêtées et transférées dans un camp de regroupement de juifs, à Pau, on craint qu'elles ne soient déportées me dit-elle.
Cette grave nouvelle me bouleversa, je n'avais plus de relations avec Dora, mais elle avait encore une petite place dans mon coeur.
Je ne pouvais pas rester indifférent mais que pouvais-je faire ? Je pris la décision de me rendre à Limoges pour obtenir les informations sur cette arrestation. Je précisais au médecin-chef que je m'absentais trois jours sans permission officielle mais il me dit qu'en cas d'incidents, il me couvrirait.
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27.05.2008
Ma vie 11
Ces paroles étaient bien douces à entendre, surtout dans la phase finale de nos étreintes, à l'instant même où, le corps fatigué mais au paroxysme de l'amour est disposé à toutes les entendre, à les recevoir, comme une manifestation nécessaire d'apaisement et de tendresse.
Mais, quelque chose en moi, une force inconnue, me criait : prudence, ne croit pas cette femme, elle t’a trompé, a bousculé ton coeur, elle n'est plus toute a toi, rien qu'avec toi, cette femme maintenant vie avec un autre homme et sans doute jamais tu ne retrouveras la place que tu pensais, avoir conquise auprès d'elle. Les promesses qu'elle te faitaujourd'hui comment pourrait-elle les tenir méfie-toi ce ne sont que des mensonges.
Une vague d'amertume alors me submergeait. Je pensais au fond de moi que cet amour que j'avais cru indissoluble, amorçait son déclin. Cela me faisait mal mais je cachais ma peine.
Cependant à partir de ce jour rien ou presque rien ne changeas dans notre vie, chaque jour elle venait faire ses courses au magasin où nous restions de longs moments à discuter en évitant d'aborder les sujets qui fâchent et plusieurs fois par semaine on se retrouvait dans notre nid dans notre résidence. On faisait l'amour, plusieurs fois. Entre chaque séance je ne pouvais pas m'empêcher d'observer cette femme pelotonnée entre mes bras. Je me demandais comment elle pouvait se partager entre deux hommes. J'étais bien jeune, trop jeunes sans doute, j'avais 20 ans à peine et jaser encore beaucoup de choses à apprendre.
Par contre, les dimanches et les jours fériés nous ne pouvions pas nous voir aussi je me remis à faire du sport et notamment de l'aviron.
Les semaines passaient je m'étais fait à cette vie nouvelle nais j'étais inquiet parce que le jour approchait où je devais quitter Limoges pour répond de re à la convocation des chantiers de la jeunesse, service civique qui remplaçait, en cette période de guerre, le service militaire.
La veille de mon départ Dora et moi avions convenu que nous nous écririons, mais je ne pouvais pas lui adresser directement mes lettres et je lui précisais que j'enverrais celles-ci dans une enveloppe au nom et à l'adresse de ma tante mais ces lettres comporteraient une croix sous le timbre ce qui permet très à Dora de passer chaque jour pour prendre le courrier qu'il lui serait destiné.
Le grand jour, celui du départ et de l’aventure était arrivé.
J'étais triste de quitter Dora, mais j'étais heureux de quitter Limoges et de partir loin de tous les mauvais souvenirs qui restaient bien présents dans ma mémoire. Heureux surtout de quitter l'appartement de ma grand-mère, avec l'espoir de ne plus y revenir. L'aventure m'ouvrait ses bras.
Créer en 1940 sous l'égide du maréchal Pétain, les chantiers de la jeunesse, installé essentiellement dans les milieux ruraux, en zone libre recevait les jeunes gens âgés de 20 ans pour une durée de six mois obligatoires. Ma feuille de route indiquée que je devais me rendre au groupement numéro un installé en forêt de Tronçais, aux confins des départements du du Cher et de l'Allier.
Un train spécial attendait les conscrits à la gare de Limoges, le trajet dura une journée, nous arrivâmes à Ur çay à la nuit tombée, nous fûmes pris en charge à la descente du train et conduits en groupe au camp de transit qui se trouvait sur les hauteurs.
Ce camp était composé de baraquements disposés en carré autour d'une cour au milieu de laquelle flottait un drapeau tricolore.
On ne nous fit pas de cadeau, parce que nous avions été quelque peu dissipés nous fûmes réveillés à 5 heures du matin et nous eûmes droit, à titre disciplinaire, à une séance d'hébertisme, dans la neige parce que la neige était tombée abondamment dans la nuit et, patauger dans la neige avec des chaussures de ville, c’était à la limite du supportable, nous avions faim, nous avions froid mais nous n’avions plus du tout envie de chahuter.
Ca commençait bien et nous ne savions pas encore ce qui nous attendait.
Dans la salle de réfectoire on nous servit un quart de café brûlant, une tablette de chocolat et un 6e de boule de pain en nous précisant bien que le pain était notre ration de la journée.
On nous format en colonne et on nous conduisit au centre d'incorporation qui se trouvait 12 km plus loin.
On traversa la magnifique forêt de Tronçais sous la neige et le givre, mais fatigués, nous n'avions guère le coeur à admirer le paysage.
La visite d'incorporation était organisée dans le centre de l'infirmerie hôpital du camp.
On nous fit mettre nus, nous grelottions de froid et les uns derrière les autres nous fûmes examinés par un aréopage de médecins, de radiologues et de dentiste.
Je fus déclaré bon pour le service et affecté au groupement du Rond du chevreuil.
Il nous fallut parcourir encore 5 Kms à pied et toujours dans la neige.
On nous servit au réfectoire une soupe de légumes et de pommes de terre, on nous conduisit dans une baraque en bois, on nous désigna nous lits et ce fut immédiatement après la sonnerie du couvre feu.
Dès le lendemain la vie quasi militaire pesât de tout son poids sur chacun d'entre nous. Nous étions organisés par groupes de dix, avec à sa tête un chef d'équipe.
Le programme de la journée était le suivant, il ne variait jamais :
Lever à 6 heures, une heure de dérouillage en sabots de bois dans la forêt, toilette au bord de la rivière dont il fallait casser la glace en période de gel. Et nous étions en hiver, hiver 1942 qui n'en finissait pas.
A 8 heures lever des couleurs au pied du drapeau et petit déjeuner habituel
De 9 heures à midi, travail en forêt, abattage des arbres et fabrication de charbon de bois.
A midi retour au camp pour déjeuner et quartier libre.
A14 heures, retour en forêt et poursuite du travail de la matinée.
A 17 heures retour au camp et corvées diverses.
A 18 heures descente des couleurs et poursuites des corvées.
A 19 heures repas du soir et quartier libre jusqu'à 22 heures fixées pour le couvre-feu.
Et les jours se sont succédés aussi monotones les uns que les autres.
Seule les lettres de Dora que je recevais régulièrement m'apportaient un peu de bonheur.
J'avais froid, j'avais faim, je détestais le travail que je faisais et je me demandais comment en sortir. De plus j'étais en conflit permanent avec le chef de mon équipe qui ne brillait pas par son intelligence.
Cette situation dura un mois, quatre longues semaines au cours desquelles j'écrivis à ma grand-mère pour la supplier de m'envoyer du pain, seulement du pain.. Il paraissait, nous répétait-on, que c'était les privations et la force de les surmonter qui formaient les hommes de demain.
C'est alors qu'il me vint à l'idée d'infecter volontairement les ampoules que le maniement de la hache avait fait fleurir dans mes mains de sédentaire. Pour cela, je m'injectais sous la peau de l'ampoule un peu de terre.
Le résultat ne se fit pas attendre, quelques jours plus tard, le docteur appelé d'urgence diagnostiquait un flegmon et me fit admettre immédiatement à l'infirmerie hôpital du camp.
J'étais enfin libéré de ce carcan de l'abattage en forêt et j’étais bien décidé de ne pas y revenir.
Le lendemain de mon admission, la direction de l'hôpital me demanda si j'étais volontaire pour effectuer des tâches administratives au secrétariat de l'hôpital.
C'était inespéré, je voyais dans cette proposition la possibilité de terminer en douceur les cinq mois qui me restaient à faire.
Mais j'avais la main droite totalement immobilisée par un énorme pansement, je ne pouvais pas écrire mais je la voulais cette place je la voulais tellement que je passais la nuit à apprendre à écrire de la main gauche. Le lendemain matin je prenais mon service dans le bureau du secrétariat de l'hôpital.
Je me rendis bien vite compte que les jeunes qui travaillaient au secrétariat n'avaient qu'une idée en tête : la quille. Je compris alors qu'il me fallait montrer plus de volonté que ceux-ci si je voulais rester en place.
Ce ne fut pas difficile, je me jetai à corps perdu dans le travail et je devins bien vite indispensable. De plus le médecin-chef ayant appris que j'étais de Limoges m'accorda une permission de huit jours à condition que je lui procure un service de table en porcelaine. Ça m'était facile non frère venait d'entrer en apprentissage dans la fabrique de porcelaine Raynaud et compagnies.

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26.05.2008
Ma vie 10
Mais la vie réserve bien des surprises.
Ce jour-là, comme d'habitude je recevais mes clients lorsque je vis arriver Dora, essoufflée, elle me demanda de la rejoindre d'urgence au café tabac proche du magasin.
Insouciant je la rejoignis, elle m'attendait assise sur une banquette de cette salle où il n'y avait personne.
Je m'étais assis à côté d’elle, avais commandé deux consommations et je lui demandai pourquoi elle semblait si nerveuse, elle me prit la main et je vis deux grosses larmes perler dans ses yeux; je voulus l'attirer contre moi, attends me dit-elle, laisse-moi parler.
Elle serra ma main un peu plus fort, détourna son regard embué de larmes et les mots foudroyants sortirent de sa bouche, des mots que je n'aurais jamais voulu entendre.
Elle me dit, baissant un peu la voix, comme si elle avait voulu que je ne l’entende pas, je ne pensais pas que j'aurais un jour à te faire cette confession, écoute moi me dit-elle en se rapprochant de moi, je vais te faire une peine immense mais Eddy, nous ne devons plus nous voir, nous ne pouvons plus vivre ensemble, et comme je voulais protester ,elle posa sa main sur ma bouche, attends dit-elle, laisse-moi finir c'est si difficile.
Ce que tu ne sais pas, ce que je t’ai jamais avoué, c'est que je suis mariée et que mon mari prisonnier de guerre, vient d'être libéré, je viens de recevoir un avis, il arrive ce soir.
Je n'en croyais pas mes oreilles j'étais effondré, je demandais des précisions, des explications, il devait y avoir une méprise, une erreur, mais elle me montra la lettre officielle et elle me remit un petit sac dans lequel, me dit-elle, j'ai rassemblé tous tes effets personnels qui se trouvaient dans ma chambre.
La remise de ces petits objets quotidiens eurent sur moi, un effet plus fort que les paroles de séparation définitive qu'elle venait de prononcer.
C'était donc bien vrai, notre amour s'arrêtait la, dans le noir obscur de cette salle de ce petit café miteux.
Elle regarda sa montre, se leva et me dit encore, ne me juge pas, pardonne-moi, mon amour était sincère, ce n'est pas ma faute, c'est la faute de la guerre.
Je restais seul dans cette salle vide, ainsi tout était fini, tout cet amour se terminait dans ce bar triste décor pour la fin d’une passion, je détournais la tête comme si j’avais espéré la voir au comptoir acheter des cigarettes, le temps était à l'unisson, une pluie fine se mit à tomber je relevais le col de ma veste et je me mis à courir pour rejoindre mon poste de travail.
Je m'installais à ma caisse, les clientes se pressaient, je les recevais comme un automate, je ne pouvais m'empêcher de penser à mon amour perdu. je ne pouvais accepter l'idée de ne plus voir Dora, tout se mélangeait dans ma tête, je songeais que j'allais devoir retournée vivre dans l'appartement de ma grand-mère, cet appartement qui me donner la nausée.
L'après-midi de ce jour je le passais dans la douleur et quand vint le soir je n'avais pris aucune décision, tout simplement j'étais malheureux et ne savais que faire pour extirper ce poids qui pesait si lourd dans ma poitrine et qui m'interdisait de respirer.
A cette heure-ci, les autres soirs, pensais-je avec tristesse, je retrouvais Dora et me demandais ce qu'elle pouvait faire en ce moment ,elle devait être dans les bras de son mari et sa mettez intolérable.
Je marchais longtemps dans cette ville endormie et soudain je décidais d'aller passer la nuit à la résidence.
Les vieilles dames me reçurent gentiment, elles ne me posèrent aucune question mais virent qu'il se passait quelque chose.
Je gagnais ma chambre, sans même me déshabiller je me jetais sur le lit, ce lit qui avait été si souvent le témoin de nos ébats amoureux.
Je ne pouvais toujours pas comprendre ce qui m'arrivait, pourquoi ces mensonges, pourquoi ce rejet brutal après tout ce que nous avions vécu ensemble. Je me surpris à détester les femmes, jamais plus, pensais-je, je ne laisserai mon coeur donner libre cours à l'amour.
Accablé de fatigue enfin je m'endormis, je rêvais à Dora, nous étions à la campagne, elle me souriait et courrait se cacher, disparaissait derrière un buisson, je la cherchais, je ne la trouvais pas, et je sentais l'angoisse qui montait en moi, je l'entendis siffloter une chanson d'enfant que je connaissais bien.
Je me réveillais, déçu que ce ne soit qu'un rêve, pourtant j'avais toujours cette musique dans les oreilles, incrédule je me levais, j'allais à la fenêtre, je n'en croyais pas mes yeux, Dora, c'était bien elle, était là dans la rue, souriante et me faisant des signes de la main.
Rapidement je descendis ouvrir la porte, elle se jeta dans mes bras, ensemble nous remontâmes dans notre chambre.
Je passerai sous silence les deux heures de folie que nous avons vécues, pour ne retenir que ce qu'elle me dit : Eddy, je ne veux pas te quitter, je ne peux pas ne plus te voir, mais je ne peux pas quitter mon mari, il m’a suivie lorsque je me suis réfugiée en France, alors qu'il n'aurait pas eu à le faire, lui était Aryen.
Nous attendrons, me dit-elle encore, la fin de la guerre, je divorcerai, nous nous marierons et je veux avoir des enfants avec toi. Mon bonheur était total, je me demandais comment on pouvait si facilement passer du rire aux larmes.
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25.05.2008
Invitation de l'auteur
Voici près d'un mois que je publie régulièrement l'histoire de ma vie.
Il semblerait qu'un certain nombre de lecteurs prenne régulièrement connaissance de cette histoire.
Alors, s'il vous plaît, donnez-moi sous forme de commentaires, vos impressions et vos critiques éventuelles.
Dites-moi surtout si je dois poursuivre ce récit.
Merci de tout coeur
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24.05.2008
Ma vie 09
Avec Dora, ma nouvelle relation, nous nous étions promis de nous revoir et depuis ce jour-là elle vint m'attendre , chaque soir, à la sortie de mon travail.
Je n'étais plus moi, je me sentais grandir, j'éprouvais des sensations nouvelles, lorsque j'étais prés d’elle je sentais monter en moi un désir irrépressible. Je voulais la prendre dans mes bras, la posséder. Lorsque j'étais loin d'elle un sentiment nouveau, très doux envahissait mon être.
Plus rien, pour moi, n'avait d'importance, les restrictions, la guerre, la famille, tout cela était bien loin de mon esprit. Une seule pensée dominait tout mon être : dora, mon premier amour.
Ce soir là, comme chaque soir après être sortis en ville, je la reconduisis jusqu'à la porte de sa chambre, comme chaque soir la ville était plongée dans la nuit la plus totale, en application des décisions de la défense passive à fin de ne pas donner d'indications à l'aviation allemande qui survolait la France à la recherche des objectifs militaires.
Nous restions là, enlacés, appuyés contre le mur de son jardin et je sentis monter en moi un désir complètement fou, je voulus la posséder là, tout de suite, dehors, dans cette rue déserte et noire, je mis les mains sur ses hanches, je remontais sa robe et je commençais à descendre sa petite culotte lorsqu'elle me prit les deux mains et me dit d'une voix qui se voulait douce mais qui tremblait de surprise, je t'en prie, pas dans la rue, pas comme les chiens. Subitement dégrisé, je sentis le rouge de la honte me monter au visage, dans la nuit elle ne le vit pas, et je me jurais de ne jamais plus me comporter ainsi.
Le lendemain soir, contre toute attente elle m'ouvrit la porte de sa chambre.
Je m'en croyais pas mes yeux, je ne m'étais pas préparé à cette situation surtout après ce qui s'était passé la veille. Je la suivis, ému et tremblant, elle referma la porte derrière elle et souriante me fit signe de me mettre à l'aise.
Je n'oublierai jamais cette chambre elle est si pleine de nos souvenirs, de notre jeunesse, de notre amour, j'en étais maintenant convaincu, de nos amitiés, de nos rires et de nos peines.
La chambre était spacieuse, indépendante, construite dans le prolongement de la maison du propriétaire.
Dora,, me demanda d'être discret et de ne pas faire de bruit.Elle me dit qu'il lui fallait être prudente en raison de sa situation actuelle de réfugiée israélite.
Mais notre amour reprit bien vite le dessus, ce fut une douce bataille et bientôt elle était nue dans mes bras, je la couvrais de baisers et après avoir longtemps résisté je m'abandonnais totalement en elle.
J'étais heureux et j'étais amoureux, et la femme que j'aimais se trouvait là à mes côtés sa tête sur mon épaule et je la supposais aussi heureuse que moi.
Mais Dora sanglotait doucement, inquiet je pris sa tête entre mes mains, je la forçai à me regarder, je vis alors le long de son visage deux grosses larmes qui coulaient doucement.
Triste de la voir ainsi pleurer je lui en demandais la raison, elle hésita un instant, tu n'as pris aucune précaution me dit-elle d'une petite voix plaintive.
Ne comprenant pas ce qu'elle voulait me dire, je lui répondis que c'était comme ça en France.
Elle sourit à nouveau, doucement j'essuyais ses larmes, elle se blottit à nouveau dans mes bras j'étais perplexe et je me suis dit que j'avais encore, en amour, beaucoup de choses à apprendre.
Cette nuit passée près de Dora bouleversa complètement ma vie, je prenais mon repas de midi en famille et le reste du temps je le passais auprès de Dora. Elle me fit connaître ses amis, sa soeur Frieda, jeune femme mariée à un juif allemand qui se trouvait prisonnier en Allemagne. Dora et ses amis décidèrent de m'appeler Eddie.
La vie nous semblait douce nous étions amoureux, je ne regardais plus les filles, je ne cachais pas cet amour, tous mes amis, mes collègues, et certaines de mes clientes constataient cette métamorphose et souriaient sur notre passage.
L'une de mes clientes, une femme de quarante-cinq ans environ, mariée à un colonel de l'armée française, montrait beaucoup d'indulgence à notre égard et comme elle habitait sur notre parcours nous bavardions parfois lorsque nous la trouvions sur le seuil de sa porte.
Les semaines se succédaient et notre amour grandissait, je faisais des projets d'avenir, je voulais vivre avec Dora, mais lorsque je lui parlais de mariage, elle souriait et me rappelait la dure réalité du moment : la guerre, les incertitudes qui pesaient sur le peuple juif dont elle faisait partie.
Ce soir là, je venais de quitter mon travail et je devais retrouver Dora dans sa chambre, le coeur léger je me hâtais, la femme du colonel était sur le devant de sa porte, je m'arrêtais quelques instants pour la saluer. Je n'aimais pas cette femme, manifestement elle me faisait du charme, je restais poli, c'était une cliente. Cette rencontre fit tomber ma bonne humeur et c'est un peu angoissé que je retrouvais Dora.
La tristesse se lisait sur son visage pâle, inquiet je m'approchais d'elle pour l'embrasser, elle se jeta à mon cou et fondit en larmes.
Impossible de la consoler, je voulais savoir, mais plus je la pressais de questions plus les sanglots redoublaient.
C'était la première fois que je la sentais malheureuse et je ne pouvais rien pour la calmer, pour adoucir sa peine.
Enfin elle reprit son souffle, se moucha, se blottit contre moi et d'une petite voix laissa tomber le verdict, je suis enceinte dit-elle et ses larmes se remirent à couler.
Je restais là, immobile, incapable de faire le moindre mouvement, je me sentais responsable, je me souvenais de la remarque qu'elle m'avait faite après la première fois et je mesurais soudain la gravité de la situation, je me rendais compte du bouleversement que cela allait apporter dans notre vie, ou allais-je trouver la force de faire face à cette situation, et pour la première fois je regrettais la disparition de ma maman, elle aurait su me conseiller, m’apporter le réconfort dont j’avais besoin.
Rien cependant ne changea dans nos habitudes, nous nous retrouvions chaque soir comme si de rien n'était mais la présence de ce bébé dans le ventre de sa mère était l'objet principal de nos discussions.
Je voulais garder le bébé et régulariser la situation, Dora évoquant sans cesse l'instabilité politique et l'absence de lisibilité de l'avenir, voulait avorter dans les plus brefs délais.
Après bien des discussions je me rangeais à son avis mais il fallait faire vite et être d'une prudence extrême, à cette époque l'avortement étant passible de prison.
J'avais entendu dire que certaines personnes que l'on désignait sous le manteau, effectuaient des avortements et malgré la honte que je n'arrivais pas à dissimuler, j'entrepris de rencontrer certaines de celles qu’on appelait les faiseuses d’anges et d’essayer de les convaincre, sans succès, à intervenir, hélas j'étais trop jeune et je n'inspirais pas confiance.
Et le temps passait et nous ne savions que faire.
Ce soir-là lorsque j'arrivai près de l'appartement de Dora je vis plusieurs personnes sortir de sa chambre, Frieda qui faisait partie du groupe vint vers moi, me dit qu'elle avait trouvé sa soeur inanimée, elle m'apprit que celle-ci avait avalé un nombre impressionnant de comprimés de quinine.
J'entrais dans la chambre, Dora était couchée quasi inconsciente, sur les conseils du docteur je la veillais toute la nuit, Dora avait une forte constitution, elle supportât le choc mais lorsqu'elle fut remise sur pied, elle me dit avoir essayé d’avorter, mais elle avait toujours son bébé.
Les jours s'écoulaient inexorablement et le problème était toujours présent. Dora prit alors celui-ci à bras-le-corps, se fit volontairement une infection vaginale, fut admise à l'hôpital en urgence, on lui fit, sans l'anesthésier, un curetage, huit jours après elle était de retour à la maison mais, cette fois, sans son bébé.
J'avais appris beaucoup de choses au cours de cette crise, je savais maintenant ce que voulait dire se protéger, je savais comment faire, notre amour semblait-il, avait pris une profondeur insoupçonnée, il me semblait que maintenant Dora était vraiment devenue ma femme.
La vie poursuivit son chemin et nous reprîmes nos petites habitudes. Nous vivions ensemble, mais de temps à autre, Dora prêtait sa chambre à Frieda, ces nuits-là nous dormions à l'extérieur, mais trouver une chambre dans un hôtel c'était très risqué, je n'étais pas encore majeur. Nous avions fini par trouver un petit hôtel de passe, il était situé dans une rue qui se trouvait à l'abri de toute circulation.
Dans la journée les chambres étaient louées aux couples irréguliers mais dans la nuit l'hôtel était fermé. Cet hôtel était tenu par deux femmes assez âgées qui nous prirent en amitié et parce que nous étions jeunes avaient accepté de mettre pour la nuit une chambre à notre disposition. Nous avions appelé cette chambre : la résidence.
Et malgré la guerre et les soucis du moment nous vivions pleinement notre amour qui nous rapprochait chaque jour davantage, rien, semblait-il, ne pouvait nous séparer.
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23.05.2008
Ma vie 08

Limoges , la ville de mes premiers émois, de mon premier amour.Mais que m'arrivait-t-il, une nouvelle fois je me posais la question : serai-je encore tombé amoureux ? n'ont, ça ne pouvait pas être de l'amour, un emballement peut-être, un désir sûrement. Je remis à plus tard la réponse à cette angoissante question
Je venais d'avoir dix-huit ans, un de mes camarades, mobilisés dans l'aviation avait demandé une permission spéciale pour venir fêter avec moi cet événement.
Il m'avait invité dans un restaurant chicos, le Luc, situé place de la République, près des principaux cinémas, malgré la guerre, cette drôle de guerre, rien ne semblait avoir changé, il y avait toujours autant de monde dans les rues.
À la sortie du restaurant nous décidâmes d'aller faire un tour dans les maisons closes. C'était un lieu de rencontre, elles étaient toutes situées dans une petite rue, la rue Prèpapeau, au centre même de la ville.
J'allais enfin connaître ces lieux
Après avoir sonné à la porte massive surmontée d'une petite lanterne rouge et après avoir montré patte blanche, notre identité, on nous fit entrer dans la grande salle de réception.
C'était la première fois que je pénétrais dans une maison close et j'étais bien décidé à ne rien perdre du spectacle.
La salle était vaste, la lumière tamisée était fortement atténuée par la fumée des cigarettes, des banquettes de cuir contre les murs et entre les fenêtres habillées de plantes vertes, des tables de bistro, une musique douce sur les airs de Tino Rossi et de Jean Lumière.
A l'entrée de la salle, derrière un petit comptoir, se tenait une forte femme. La sous-maîtresse personne importante qui veillait à la bonne tenue de l'établissement et qui tenait la caisse.
Il y avait beaucoup de monde ce soir-là, nous eûmes beaucoup de difficultés pour trouver deux places vides. Il y avait une très bonne ambiance faite de rires et de chants, les pensionnaires de l'établissement, une dizaine de très jeunes femmes dont certaines étaient de réelles beautés, légèrement vêtues d'un déshabillé transparent laissant voir tous leurs charmes, circulaient entre les tables, s'asseyant à tour de rôle sur les genoux des clients, les excitant jusqu'à ce que l'un d'entre eux accepte de suivre la fille.
Alors s'accomplissait un véritable et immuable cérémonial.
La fille et son client se levaient, se présentaient à la caisse, la sous-maîtresse remettait à la fille une serviette et un savon, le client réglait la passe et tous les deux disparaissaient dans le couloir de l'hôtel.
Vingt minutes plus tard on les voyait redescendre la mine fatiguée, très souvent le client reprenait sa place ou parfois sortait directement dans la rue, heureux et satisfait.
Il arrivait aussi que le tableau se trouvant à côté de la caisse s'alluma, cela signifiait que le client de la chambre qui scintillait renouvelait son exploit, auquel cas il repassait à la caisse à sa descente.
C'était un véritable spectacle mais, je n'ai pas eu ni l'envie, ni le courage d'y participer.
Nous restâmes jusqu'à la fermeture et vers 5 heures du matin, il ne restait qu'une dizaine de réfractaires qui manifestement n'avait pas l'intention de monter, alors les filles, pour clore le spectacle proposèrent à chacun d'entre nous, de déposer sur la table une pièce de monnaie, en se faisant fortes de les ramasser avec leur sexe. Et ce qui fut dit fut fait.
Je ne suis jamais retourné dans une maison close. Je me suis souvent demandé si ces maisons était utiles, si elle ne symbolisée pas l'asservissement de la femme. La vision que j'avais conservée de notre descente dans ce lieu interlope m'avait laissé un indiscutable malaise. Je les trouvais pitoyables lorsqu'elle se rendait à la visite médicale deux fois par semaine. Elle se déplaçait en groupe avec à leur tête la sous maîtresse qui les accompagnait Également. Elle se déplaçait à pied de leur maison à l'hôpital près de l'hôtel de ville et ce n'était et sur leur passage que moquerie Sisley et quolibet.
Alors que la guerre se faisait oublier, l'Allemagne nazie lançait sur la France ses panzer division bousculant l'armée française, jetant sur les routes des milliers d'hommes et de femmes qui fuyaient en cohortes ininterrompues devant la barbarie.
Ce fut la consternation, la honte et la peur. Une véritable psychose avait pris possession des esprits. On voyait des espions partout, on parlait de la cinquième colonne, ont suspecté toute personne revêtue d'une soutane ou d'un vêtement de religieuses, ont supposé que ses vêtements pouvaient dissimuler des espions. Les rumeurs les plus folles, les plus alarmantes, couraient sur la ville. Il y eût de nombreux lynchage
Nous nous étions endormis et le réveil était brutal, la débâcle s'étalait sous nos yeux, on vit d'abord des groupes de soldats français, fuyant l'ennemi, fatigués, harassés, traînant la jambe. Elle était belle l'armée française.
De ma caisse je voyais sur la route la longue file des pauvres gens qui fuyaient devant la poussée allemande, c'était bouleversant, certains venaient de Lyon, ils avaient vu les Allemands entrer dans la ville, d'autre descendait de Paris, tous ils se dirigeaient vers le sud, quelques-uns quittaient la file et venaient nous demander un peu de ravitaillement mais nous ne pouvions rien faire et ils reprenaient leur chemin ne sachant pas quand ni où ils s'arrêteraient. C'était triste et désolant, les yeux hagards, le visage fatigué, les corps courbés sous la souffrance, les enfants agrippés aux jupes de leurs parents les familles poussant devant elles, qui une brouette, d'autre une charrette sur lesquels elles avaient chargé ce qu'ils avaient jugé de plus nécessaire. On était là à les voir passer me sachant que faire épaisse temps sur le gouvernement qui venait de quitter Paris pour décembre se réfugier à Bordeaux.
Je ne pouvais pas faire de grandes choses mais le soir à la tombée de la nuit je me rendais dans les gares proposer à quelques personne de venir passer une nuit à la maison, avec ma grand-mère nous avions dédoublé les lits et installé sur le sol les deux matelas. Nous avons pu accueillir chaque soir quatre personnes, mais c'était bien peu de chose.
La situation se stabilisa avec l'arrivée du maréchal Pétain au pouvoir et la vie, avec bien des difficultés, reprit son cours tant bien que mal.
La France était coupée en deux par la ligne de démarcation, la zone nord était occupée par les allemands, la zone sud de la France était, disait-on libre.
Et Limoges se trouvait en zone libre.
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