19.06.2008
Ma vie 32
Le déménagement fut mené tambour battant. Nous n'avions pas accumulé beaucoup de meubles pendant notre séjour à Louviers. Je m'installais donc à Albert, j'avais le sentiment diffus d'avoir fait une erreur, n'avais-je pas quitté la proie pour l'ombre ? Une fois de plus je me demandais si j'avais fait le bon choix, je n'en étais pas sûr, il me semblait que, sous des aspects différents, une existence semblable à la précédente était en train de se jouer.
La ville, sous un ciel de printemps, malgré le soleil qui dardait ses rayons, n'arrivait pas à donner le signal du renouveau de la nature, seule la vierge, qui trônait dans son manteau d'or, dans le ciel au-dessus de la flèche de la basilique, brillait de mille feux.
Les maisons en briques rouges et les nombreux cimetières militaires, parsemés dans la campagne, véritable océan de croix blanches, donnaient à ce pays un air de mélancolie infinie, voire de tristesse.
Fort heureusement la maison était spacieuse, terriblement confortable, comme la plupart des maisons du nord, le jardin était plein de promesses de légumes, de fruits et de fleurs, entièrement clos de murs. Il était, pour moi, mon havre de paix et mon eldorado tout à la fois. J'aimais m'y réfugier à la fin d'une journée fatigante. Loin du monde et du bruit de la cité, je me livrais à de longues séances de méditation.
J'aurais pu me satisfaire de cette vie ronronnante, entrecoupée d'invitations amicales, mais j'avais besoin d'activité. J'avais besoin de m'évader, la vie familiale ne me suffisait pas, je voulais de vastes horizons, j'étouffais dans un cadre de vie trop restreint, et c'est dans cet état d'esprit que mon fils Emmanuel vit le jour à Albert, Maryvonne ayant accouché à la Clinique du Parc.
La naissance de ce petit bonhomme fut une réelle joie. C'était mon premier fils, un garçon, j'en avais toujours rêvé. Je le regardais dans les bras de sa maman et déjà je l'imaginais auprès de moi 20 ans plus tard. Cette projection dans l'avenir me donnait encore plus de force pour réussir sur le plan professionnel.
Chaque semaine, j'allais passer une journée dans le Vexin pour suivre l'évolution comptable de mes clients marchands de bestiaux, ils avaient une situation financière difficile, je constatai que l'un de leurs clients, une coopérative de Fontainebleau, ne réglait plus, depuis un certain temps, les factures qui lui étaient adressées.
Je provoquais alors une réunion dans les bureaux de cette société à Fontainebleau pour examiner la situation financière de cette coopérative.
Je fus mandaté pour établir un audit avant cette réunion.
La réunion eu lieu, tous les créanciers étaient présents, j'exposai le résultat de mon audit, et les différentes solutions qui se résumaient à deux possibilités : une augmentation de capital, réalisée par les créanciers, ou le dépôt de bilan.
À l'issue de cette réunion je fus abordé par l'un des créanciers, une importante société coopérative néerlandaise, il se présenta, c'était le directeur général de la succursale de Paris, il me félicita pour mon exposé et me demanda si j'accepterais de superviser la comptabilité et les opérations juridiques de son groupe en France.
J’acceptai de rencontrer, à Paris, les responsables néerlandais.
Je sentais que les événements se précipitaient et que mon désir d'évasion allait se concrétiser.
Quelques jours plus tard, les hollandais que j'avais rencontrés, m'avaient confié la surveillance de leurs opérations comptables et juridiques en France.
Une nouvelle fois je modifiais mon emploi du temps, une journée dans le Vexin, une journée à Paris, quatre jours à Albert, et le week-end auprès de ma famille.
Cet emploi du temps, idyllique, ne fut appliqué que quelques semaines, jusqu'au jour où le patron de la firme hollandaise vint me voir à Albert.
Nous voulons absorber une société française d'abattage et de commerce de viande situé dans la banlieue parisienne et nous avons besoin que vous établissiez un rapport de reprise de cette entreprise, c'est urgent, je voudrais présenter cette étude à mon conseil qui se tiendra à Amsterdam, dans quinze jours, nous ne discuterons pas de vos honoraires, votre prix sera le nôtre. Il n'y avait rien à dire il fallait exécuter.
Je réalisai l'étude qui m'avait été demandée, dans le délai imparti et je fus convoqué pour assister, à Amsterdam, à la réunion du conseil.
L'acquisition de la firme française avait était acceptée et j'avais été mandaté pour préparer le dossier administratif, financier, comptable, et juridique de cette absorption et de présenter au ministère des finances, la demande d'autorisation de réalisation de cette opération en France.
Une fois de plus ma vie familiale s'inscrivit au second plan de mes préoccupations. Je faisais de moins en moins d'apparition à Albert. Le bureau fonctionnait bien, sous l'impulsion de Nicole, de nombreux clients étaient revenus.
Juste à côté de mon bureau j'apercevais, derrière le mur d'enceinte, une maison dont les volets fermés laissaient supposer une maison abandonnée.
Chaque fois que je rentrais ou que je sortais, mes yeux se portaient, tout naturellement, sur cette bâtisse et je rêvais qu'elle deviendrait peut-être, un jour, ma propriété.
Discrètement, je me renseignais sur le nom et la profession de son propriétaire et j'avais appris tout à fait par hasard qu'elle venait d'être mise en vente chez le notaire d'Albert.
J'avais pris rendez-vous et j'avais visité cette propriété, ce fut un véritable coup de coeur.
Dans sa conception, cette maison était assez semblable à celle que nous habitions, le jardin était plus petit mais il y avait deux autres bâtiments qui pouvaient facilement être affectés aux bureaux, le prix n'était pas du tout élevé, je n'avais pas l'argent nécessaire mais je savais que je pouvais obtenir sans difficulté un prêt bancaire, j'insistais auprès du notaire pour que cette opération puisse se faire dans les meilleurs délais. Mais il me précisa que le propriétaire était actuellement en croisière, son retour n'étant prévu que dans deux mois, il me fallait donc attendre. Je n'aimais pas ces atermoiements. Pour moi une transaction réussie devait s'opérer sans délai. Enfin...
La mise au point du dossier de reprise, par les hollandais de la société française, m'avait pris beaucoup de temps et j'avais dépensé beaucoup d'énergie, avec d'incessants voyages entre Albert, Paris et Amsterdam, les dossiers étaient terminés, l'autorisation du ministère des finances avait été obtenu, je pouvais donc souffler un peu.
Depuis un certain temps, je me sentais fatigué, l'abdomen douloureux. Je décidais de profiter de cette accalmie pour entrer à la clinique d'Albert pour examen, le chirurgien patron de la clinique me dit avoir la quasi-certitude que je devais être opéré de la vésicule biliaire, je décidai de ne pas sortir de la clinique et de me faire immédiatement opérer.
J'étais confiant, un peu trop peut-être, je fus opéré le jour même et j'ai bien cru que je ne m'en sortirais jamais. L'opération s'était bien passée, une des sœurs de Maryvonne, Colette, infirmière dans un CHU, assistait à l'opération.
Deux jours plus tard, au réveil, me sentant fatigué, j'appelais l'infirmière, ma tension était brusquement tombée très bas, ce fut la panique générale, je vis arriver dans ma chambre les trois médecins de la clinique et deux infirmières, qui en voulant mettre un flacon de sang en perfusion, le fit tomber, il éclata se répandant sur le sol et sur les murs de la chambre, je faisais une hémorragie interne.
Je restais un mois et demi à la clinique, on me fit plusieurs lavages d'estomac, je conservais longtemps les perfusions, lorsque je suis sorti, j'avais perdu près de 20 kg et les malaises qui m'avaient conduit à cette opération ont repris dès ma sortie, ce qui m'a fait dire au chirurgien qui était l'un de mes amis, je reviens te voir pour que tu me rendes ma vésicule biliaire, il n'a pas apprécié mais nous sommes quand même restés des amis.
Pendant cette hospitalisation, j'avais reçu beaucoup de visites, on croyait que je développais un cancer et que je ne devais pas en avoir pour longtemps, les hollandais étaient venus se renseigner, Maryvonne et sa sœur, pour me remonter le moral sans doute, m'avaient offert un livre intitulé la Crève, ironie ou bien mauvaise humeur, je ne le saurai jamais.
Pendant mon absence, c'était la période des déclarations fiscales, Françoise, mon amie fidèle, était venu spontanément s'occuper du cabinet, il n'y eut donc pas de perturbations majeures mais je n'eus pas de temps pour une convalescence, je repris du service sans plus attendre.
Je confortais ma position sur Albert en absorbant un cabinet comptable concurrent et je fis, de son directeur, mon directeur adjoint. Je profitais de la circonstance pour créer une société anonyme la SECGA dont j'étais le président-directeur général. Cette société avait pour objet l'exploitation du cabinet comptable.
Quelque temps après le propriétaire est temps de retour de croisière, je signai l'acquisition de la maison de mes rêves et je préparais l'aménagement de celle-ci.
J'effectuai ma première visite auprès de la firme hollandaise dont le siège parisien était situé dans la fameuse rue Saint-Denis, au 3e étage d'un immeuble de six étages.
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