22.06.2008

Ma vie 35

Oui, un simple coup de fil bouleversa ma vie.

Je formais le numéro, presque aussitôt une voix de femme répondait, ce fut un véritable choc, mon coeur se mit à battre plus vite, je ne comprenais pas, dès les premiers mots j'étais tombé sous le charme; la douceur, la mélodie qui s'en dégageaient troublaient mon esprit, paralysaient mes lèvres, je restais interdit, ne sachant que répondre, c'était trop fort, la première fois qu'une telle émotion me submergeait. Néanmoins j'arrivais à me dominer et la conversation s'engageait le ton était calme, posé, le verbe châtié, sans prétention manifestement une femme intelligente et cultivée, cette conversation qui se voulait quasi professionnelle, pris vite un tour agréable et charmant et, je n'avais de cesse que de trouver un prétexte pour la faire se prolonger.

Je le trouvais ce prétexte, j'avais fait une contre-proposition et je lui donnais un mois de réflexion, je pourrai pendant ce mois, pensais je lui téléphoner tout à loisir.

Nous avions raccroché, je restais songeur, interdit, étonné, je me demandais pourquoi ce trouble, pourquoi cet émoi, je ne comprenais pas, j'avais pourtant l'habitude de parler aux femmes, je savais les intéresser, les amuser, les faire rire, je ne comprenais pas, tout ce que je savais c'était que, dès que j'avais raccroché, j'avais encore envie de l'avoir, à nouveau, au téléphone, d'entendre sa voix et de lui parler, tout connaître d'elle, prolonger ces moments de bonheur.

Mais que m'arrivait-il, comment une voix de femme pouvait-elle me troubler à ce point ? il me fallait vite réagir, avais-je besoin de conquérir une autre femme, il y en avait bien assez autour de moi, des femmes disponibles, toujours prêtes à calmer mes ardeurs physiques.

Je pensais à Michèle, à Isabelle, à Brigitte, à Béatrice, à Claudine, à bien d'autres encore dont je ne connaissais même pas le prénom ou dont je ne m'en souvenais déjà plus.

Et ces pensées hantaient mes jours et mes nuits, quel était ce besoin qui me conduisait toujours à rechercher des émotions nouvelles et sur le moment je sentais que je ne pouvais y répondre.

Pendant un mois, plusieurs fois par jour, de longues heures durant, nous nous étions téléphoné, avions appris à nous connaître, nous avions parlé de notre vie, de nos espoirs déçus, avions parlé de nos enfants, de nos compagnon et compagne, je sentais monter en moi un désir profond de la connaître mais j'avais peur, elle aussi je crois, des conséquences d'une rencontre.

Le mois écoulé, je n'eus même pas la force d'aller chez elle chercher ce matériel, j'avais envoyé un employé de la société, j'avais peur de la voir, peur que cette rencontre anéantisse tous les rêves qui m'avaient habité.

Des que je fus en possession de sa machine à écrire, je lui donnai régulièrement des nouvelles de celle-ci c'était un prétexte pour lui parler et garder le contact, je n'étais pas dupe, elle non plus, nous éprouvions un réel plaisir à nous confier l'un à l'autre. Elle avait de sérieux problèmes avec son mari et j'avais moi-même de grandes difficultés dans mon ménage. Nous avions chacun deux enfants du même âge, elle s'appelait Marie-Chantal, Mari Chan pour la famille et les amis de coeur, mais, m'avait-elle dit, j'aimerais tellement qu'on m'appelle simplement Marie. Je lui jurai qu'entre nous il en serait toujours ainsi. Et si parfois j'ai été parjure, ce fut bien involontaire et je la prie de me pardonner.

Ce n'est qu'après plusieurs semaines que nous avions décidé de nous rencontrer, on s'était donné rendez-vous sur une place de Courbevoie au pied de l'immeuble qu'elle habitait.

C'était un instant nous le savions qui serait inoubliable. Nous sommes allés l'un vers l'autre. Elle était souriante, j'étais très ému. Et sans nous connaître nous nous sommes reconnus.

Elle était et simplement habillée, ses cheveux d'or flamboyaient au soleil. Je n'ai pas eu la curiosité de détailler son physique, je connaissais tous les secrets de son âme et cela suffisait à nourrir mon amour.

Je l'ai prise par la main, l'ai conduite à ma voiture, elle est montée et nous sommes partis comme ça devant à l'aventure, nous avons parlé, nous nous sommes enlacés, nous nous sommes embrassés, c'était un moment merveilleux, avec un peu de soleil dans le ciel et beaucoup de bonheur dans le coeur.

Je l'ai reconduite près de chez elle, désespérés de devoir se séparer, nous nous sommes longuement enlacés. C'était si bon de la sentir près de moi, d'entendre battre son coeur à l'unisson du mien. Je le savais c'était bien les prémisses de l'amour.

Je ne le savais pas encore, mais ce fut le début de ma plus belle et plus longue histoire d'amour.

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