24.06.2008

Ma vie 37

J'avais les instruments, on m'avait offert une opportunité dans l'édition, il me fallait simplement trouver les hommes.

Mais avant toute chose je devais restructurer financièrement la SIG et je ne voulais pas commettre les erreurs d'antan, faire appel aux groupes financiers. J'apportai à ma société, sous la forme d’une augmentation de capital, l'intégralité du montant de la vente de mon terrain. Ainsi, pensai-je, je serai le seul maître à bord.

J'avais réuni les personnes qui me semblaient intéressées par mon projet et qui étaient prêtes à collaborer à sa réussite.
Parmi celles-ci il y avait entre autres Marie. Elle m’apportait un projet d’édition sous forme de B D qui me sembla très intéressant. C'est au cours de cette réunion que j'apprenais la nouvelle suivante.

Concernant les deux jeunes femmes homosexuelles que j'avais connues au cours de mon séjour à Louviers, Tessa et Claude.

Appliquant les principes de vie qu'elle s'était imposée, elles eurent un seul et même amant en la personne d'un médecin très connu à Louviers.

L'une fut enceinte, Tessa, l'autre pas.
Mais Tessa était tombée follement amoureuse de son médecin qui ne voulut pas reconnaître son bébé, elle fit un véritable scandale, elle fut inquiétée par la police, et un jour, à bout de force, elle disparut de la ville.

Deux semaines plus tard, on retrouva son corps affreusement mutilé dans l'une des forêts alentour, elle était enveloppée de son sac de couchage et s'était laissée mourir de désespoir.

Presque toutes les personnes présentes les connaissaient, il y eut un grand moment de silence, comme pour laisser à chacun le temps de dire une prière.

Claude avait quitté la ville, elle avait pu adopter l'enfant.

Mais revenons à notre réunion.

Au cours de celle-ci, nous avions défini les orientations de la façon suivante :
- Installation d'un studio d'enregistrement dans le sous-sol de la maison du bord de la route dont Maryvonne assurerait la mise en place.
- La branche édition serait lancée et Marie en assurerait la direction.

Dans le même temps, j'avais embauché comme directeur commercial, l'ancien directeur des éditions Robert Laffont, il m'apportait sa connaissance du métier, ses relations et une partie de son équipe de représentants.

J'entretenais, toujours avec Marie, des relations amoureuses, passionnées mais secrètes.

Pendant les trois derniers mois elle avait compris que jamais la situation, avec son mari, ne se normaliserait, à la suite d'une dispute, qui s'était terminée par des voies de fait, elle avait décidé de quitter le domicile conjugal avec les enfants et demander le divorce.

Ne sachant où aller je lui avais proposé de venir habiter la maison du bord de la route, pendant qu'elle chercherait un appartement.

Elle le trouva trois mois plus tard à Paris.

Elle était libre, moi je ne l'étais pas, mais de toute façon nous n'avions pas envisagé de vivre ensemble, par contre mon amour exclusif m'avait conduit à envisager différemment ma vie sentimentale, j'avais interrompu toutes mes relations extraconjugales, les unes après les autres et si je n'étais pas libre physiquement, je l'étais dans mon coeur.

Le studio d'enregistrement débuta rapidement, nous avions des commandes directes à satisfaire. Dans ce domaine, notre premier client fut le groupe hollandais qui commanda, pour distribuer dans ses boutiques de vente, une cassette très astucieuse disant comment effectuer la découpe du mouton.

Une autre partie de la clientèle était représentée par des artistes, la plupart du temps inconnus qui désiraient réaliser une maquette de leurs compositions musicales pour la présenter aux seniors.

Enfin, nous avions pour notre compte une production d'éditeurs en matière d'enregistrement de romans, d'histoires pour les enfants.

Nous avions compris que l'avenir était dans toutes les formes de communication, la cassette en était à ses débuts mais en très forte expansion. Nous avions raison, l'avenir nous l'a rapidement démontré.

Nous recherchions, grâce à une publicité régionale, de nouveaux talents. Pour obtenir une production de qualité nous avions un ingénieur du son et nous avions traité les enregistrements des romans et des histoires avec des artistes connus notamment Jean Valmont, Françoise Dorner, etc.

Nous avions débuté notre production de livres par la mise en route d'une BD que nous avions intitulée Histoire de la vie des hommes. Marie en assumait l'entière direction, elle proposait des titres, les périodes couvertes, elle recrutait les auteurs, les dessinateurs, les imprimeurs.

Nous sortions les albums par deux titres à la fois, les premiers titres furent Le drakkar perdu et Le Moulin de Blandford. Ces BD visaient l’aménagement du tiers temps dans les écoles, astucieusement construites, elles comportaient trois parties, une histoire située à l’époque choisie, un dossier pour réfléchir, une série d’images en rapport avec l’époque qui pouvaient être découpées, sans la permission des parents, pour illustrer les exposés à l’école.

Ces productions ont été faites sous le sigles suivants, pour les cassettes : la Pie K7, et pour les albums et les livres : la Pibole.

Nous avions décidé, je dirai nous, chaque fois que la décision sera collective, nous avions décidé dis-je de distribuer nous-mêmes nos productions sur toute la France.

Cela nécessitait un très gros budget et il nous fallait entretenir une équipe de représentants. Pour en atténuer la charge, nous avons créé une activité complémentaire, nous sommes devenus distributeurs pour le compte des éditeurs, et ils étaient nombreux, qui n'avaient pas encore de contrat auprès des grandes maisons de distribution.

Bien vite nous eûmes à assurer la distribution de la production d'une vingtaine d'éditeurs, j'avais installé le stockage de leurs livres dans l'ancienne gare de chemins de fer du village, c'était un entrepôt construit sur un quai, dans lequel j'avais installé le système de contrôle informatique, quatre manutentionnaires réceptionnaient les livres, recevaient les bons de commande des libraires, préparaient les expéditions, et comptabilisaient les retours.

Il est intéressant de préciser, que dans cette profession, les invendus sont repris par les éditeurs et ceci se traduit par des opérations comptables nombreuses, qui ne pouvaient être menées à bien que grâce à leur informatisation.

Les équipes tournaient bien, nous couvrions toute la France ; nos clients, les éditeurs, étaient satisfaits et nous avions une excellente publicité, nous avions le vent en poupe, j'assurai, avec passion la direction, j'avais auprès de moi Marie qui, en plus de sa fonction de directrice de l'édition, assurait également la surveillance de mon secrétariat.

C'était un délice de travailler avec elle, nous partagions les joies que nous procurait cette profession, il y avait la joie de la création, de la lecture des manuscrits, la recherche des auteurs, mais aussi il y avait les déceptions et les soucis qu'elle engendrait.

Nous avions très souvent des réunions avec nos éditeurs, réunions qui se terminaient toujours par un repas, j'aurai beaucoup de choses, beaucoup d'incidents, beaucoup d'histoires, de faits divers à raconter, je n'en choisirai que quelques-unes au hasard de mon récit.

Nous étions devenus, en quelques mois seulement, une grande entreprise.

Ci-après 4 des albums publiés par nos soins

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