27.06.2008

Ma vie 39

Mais l’’édition d’un ouvrage ou d’un support vocal constitue toujours une réelle aventure. Rien ne permet de dire à l’avance si la mise sur le marché sera couronnée de succès.

Une histoire vécue à titre d’exemple.

J'avais reçu, dans mon courrier, un cahier d'écolier décoré, par des motifs de couleurs vives, comme savent le faire les enfants. Il y avait un titre : Poèmes.

J'ouvrais ce cahier et je lisais les premières lignes
« Je m'appelle Marie,
Je suis fille du Nord
Si les marques du temps
Ont épargné mon corps
Mon coeur est je le sais au fond de ma poitrine
Noir comme la fumée qui s'échappe des mines.

Intrigué, je lisais la suite écrite d’une main malhabile et plus je lisais, plus je découvrais une forme de poésie populaire. C'était la vie d'une femme, d'une ouvrière du nord qui se déroulait sous mes yeux. Tout mais vraiment tout y était, la vie, le travail en usine, les transports, les grèves, la solidarité, la mort.

La lecture de ces poèmes m'avait profondément ému. Je décidai de rencontrer cette femme, je lui fixais un rendez-vous dans mes bureaux.

Je restais tout un après-midi à parler avec elle, c'était une jeune femme de trente-cinq ans environ, pas très grande, un peu enveloppée, un joli visage, des cheveux blonds coupés court, modestement vêtue, sans maquillage. Elle semblait bien dans sa peau et dans son siècle.

Elle avait six enfants, tous, me précisa-t-elle un peu provocante, de pères différents, elle travaillait comme emballeuse à La Redoute et passait ses loisirs à écrire des poèmes, elle avait obtenu des premiers prix dans des manifestations locales.

Son rêve était de se faire connaître davantage, et qui sait, peut-être, un jour, pouvoir vivre de ses publications.

Je lui précisai que j'allais réunir mon comité de direction afin d'étudier un projet d'édition.

Je réunissais quelques jours après ce comité composé du directeur commercial, de la directrice des éditions musicales, de la directrice des éditions générales, de l'attachée de presse, l'ensemble sous ma direction.

Nous avons longuement étudié tous les paramètres en sorte de mettre toutes les chances de notre côté, nous ne voulions rien négliger, nous avions décidé d'éditer une cassette comportant les poèmes enregistrés, par des voix connues, celles de Jean Valmont et de Françoise Dorner, sur un fonds musical composé par un artiste renommé. Par l'intermédiaire de notre attachée de presse, nous avions contacté les médias tels que le Pèlerin, Elle, les journaux locaux et Paris-Match, nous voulions que cette cassette sorte un peu avant les fêtes de Noël.

Nous avions eu un long entretien avec le directeur commercial de La Redoute qui avait accepté que le service d'expédition, dont cette jeune femme faisait partie, glisse dans tous les colis un document publicitaire annonçant la sortie de cette cassette.

Confiant dans le succès de ce lancement, La Redoute avait passé commande de 5000 cassettes.

Paris-Match était allé interviewer cette jeune femme, l’avait invitée au restaurant. Elle avait raconté sa vie, ses projets et son rêve : acheter une maison avec ses droits d’auteur.

Les articles dans les médias présentèrent à leurs lecteurs, cette histoire comme un véritable conte de Noël.

Nous estimions ne rien avoir négligé et à la date prévue cette cassette, très réussie, était mise en vente.

Quelques semaines après, le verdict tombait dans toute sa sécheresse, nous avions vendu en totalité trente cinq cassettes, c'était un fiasco total, il fallut reprendre les invendus, et si la situation pour nous, n'était pas tragique, il n'en fut pas de même pour l'auteur, cette jeune femme vit disparaître tous ses rêves, ne supporta pas cette situation, je l'apprenais plus tard, elle s'alitait pour de longues semaines, victime d’une grave dépression.

J’avais appris, malheureusement aux dépens de cette jeune femme, qu’il ne suffit pas d’avoir de bons produits mais qu’il est nécessaire de disposer d’un solide réseau de distribution appuyé par une forte campagne de publicité.

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