12.07.2008
Ma vie 53
En prison, la hantise c'est le mitard et, pour l'éviter, il faut bien connaître le règlement affiché, paraît-il, dans les couloirs, mais, comme vous ne sortez jamais de votre cellule, sauf sous bonne escorte, vous n'avez pas l'occasion de le lire alors, c'est le bouche à oreilles qui fonctionne, entre les détenus.
J'avais appris que :
A la première sonnerie du matin, il fallait sauter du lit, faire sa toilette, s'habiller, et faire son lit.
Les douches étaient obligatoires, le mardi et le vendredi.
Le courrier devait être remis chaque jour avant 16 heures, sauf les samedis et les dimanches.
Les promenades, dans la cour de la prison, en groupe, étaient autorisées deux fois par jour.
Les visites, pour ceux qui en avaient le droit, avaient lieu, le lundi, mercredi et vendredi, à partir de 14 heures.
Les commandes, pour la cantine, devaient être passées le mercredi avant 10 heures, pour être livrés le vendredi matin.
Tous les gardiens devaient être appelés chefs et traités avec déférence.
Les bagarres entre détenus étaient rigoureusement interdites, de même pour tout acte ou tentative d'acte sexuel.
Les cellules devaient être tenues propres, balayées chaque jour, aucune affiche ou photo ne devait être apposée sur les murs.
J'écoutais mais, j'étais persuadé que je n'avais pas à connaître tout cela, que dès le début de la semaine, mes avocats m'auraient fait libérer, et je plaignais tout ceux, qui, innocents ou coupables, étaient obligés de vivre dans cet environnement que je jugeais absurde.
Le samedi et le dimanche furent deux jours interminables malgré la gentillesse de mes deux codétenus, je ne pouvais pas accepter cette promiscuité dégradante, cette inaction permanente, les heures passées à réfléchir, à se demander pourquoi, à se dire que peut-être, si j'étais là c'était que j'avais commis des actes qui tombaient sous le coup de la loi et que je n'avais pas su discerner. Mais peut-être, la prison fabriquait-elle des coupables comme une fleur fabrique un fruit.
J'étais littéralement déchiré, une partie de moi-même repoussait cette idée de culpabilité, et l'autre, me laissait entrevoir une éventuelle est longue peine de prison.
Mes nuits étaient peuplées de cauchemars, je voyais autour de moi des barreaux qui m'emprisonnaient et j'entendais le bruit des clés dans les serrures, je me réveillais en nage, tremblant de tous mes membres et j'avais affreusement peur.
Et je n'avais toujours pas de nouvelles, je ne savais toujours pas si Marie avait été tenue au courant de mon incarcération, je m'inquiétais du travail d'ébénisterie qui était en cours et que je ne pouvais pas terminer, j'avais tant de questions et pas de réponses.
Je me demandais comment ma situation, entre Marie et Maryvonne, serait perçue par le juge et cela ajoutait encore à mon anxiété.
Lorsque je voyais mes deux compagnons occupés à lire ou à commencer une partie de cartes, je m'installai sur une chaise dans le coin de mon lit. Je fermai les yeux. Ma vie défilait alors comme dans un kaléidoscope. Mais qu'ai-je donc fait de ma vie me disais-je, tout était si récent, si imprévu que mes souvenirs se bousculaient sans pouvoir établir dans mon cerveau un ordre cohérent. Je n'osais pas penser à mon avenir, je savais qu'un ma sortie de prison plus rien ne serait comme avant et les battements de mon coeur s'accéléraient douloureusement.
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