14.07.2008

Ma vie 55

Il est des moments dans la vie qu'on ne peut oublier, des moments qui vous marquent pour toujours de leur empreinte indélébile, des moments heureux ou malheureux et, c'est l'un de ces moments que j'ai vécu intensément et cela d'autant plus qu'il était imprévisible.

Je suivais mon gardien depuis déjà quelques minutes, nous avions longé des couloirs, ouvert et refermé des portes, il s'arrêta plus longuement devant l'une d'entre elles, il l'ouvrit, me fit signe d'entrer.

Avant même d'avoir compris ce qui m'arrivait, d'avoir même visualisé les lieux, je l'aperçus, toute petite, toute menue, toute pâle dans son boxe, au milieu d'autres visiteurs, je m'approchai, je ne pouvais le croire, elle était là. Marie, c'était bien elle, une joie immense envahit tout mon être, je n'étais plus seul, comment avait-elle pu obtenir un permis de visite elle qui n'était pas ma femme, je me laissai tomber sur la chaise, je la regardais intensément sans pouvoir retenir mes larmes, elle aussi ne pouvait cacher son émotion, je lui tendais les mains, comme pour la prendre dans mes bras mais je ne trouvai, devant moi, que la vitre qui nous séparait, je posais mes mains sur cette vitre, elle en fit de même, nous nous regardions, nous ne pouvions pas parler, il aurait fallu crier pour dominer le bruit de tous ces détenus et de leurs vis-à-vis qui partageaient notre situation.

Cette première visite ne dura qu'une petite demi-heure, incapable d'articuler un mot, impossible de se comprendre, elle me fit signe qu'elle m'écrirait. J'eus le temps de lui murmurer je t’aime, elle ne l'entendit pas et disparut comme elle était venue, comme une apparition.

Je regagnai ma cellule, je m'allongeai sur mon lit et me demandai si au fond je n'avais pas rêvé.

Au fur et à mesure que les minutes s'écoulaient je sentais monter en moi une douce chaleur. Je lui avais dit que je l'aimais, le front rouge de plaisir et d'audace je pensais que c'était la première fois que je prononçai ces mots.

J'avais connu pourtant bien des femmes, trop peut-être, mais à aucune d'entre elles je ne m'étais aventuré à leur parler d’amour.
C'était donc du désir, simplement du désir que j'avais dû éprouver mais pas ce sentiment merveilleux qui venait de se révéler dans la douleur de l'instant présent et je le découvrais seulement aujourd'hui. J'étais ébloui et j'avais peur à la fois, peur des conséquences qui allaient découler d’une telle découverte.

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