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17.07.2008

Ma vie 58

François fut libéré le jeudi matin, Je restais seul avec Pierre. Nous disposions ainsi d'un peu plus de place, j'avais reçu du courrier de Marie, l'avais trouvée présente au parloir à la première visite, du mercredi ma demande de liberté provisoire avait été déposée auprès de la juge d'instruction, elle disposait d'un délai de six jours pour accepter ou refuser cette demande, sans arrêt, sans trêve, ni repos, j'écrivais à Marie, j'étais plus que jamais confiant, j'allais sortir très vite, je ne savais pas que ma demande serait refusée, ni que je resterais, dans cette cellule, cent-soixante-deux jours, 3 938 heures, sans jamais savoir ni comprendre pour quelles raisons j'étais là.

Pendant ce séjour forcé, j'ai tout vu, j'ai tout connu de cette misère carcérale, de cet isolement dramatique conduisant, parfois, jusqu'au suicide, de cette absurdité, de l'inutilité de la prison.

Je suis passé par des moments d'espoir intense, notamment lorsqu'une demande de libération était déposée, suivie hélas, d’une longue période de découragement lorsque j'apprenais que cette demande avait été refusée. A quatre reprises j'ai douloureusement vécu cette situation, quatre fois de suite, cette demande fut refusée sans motivation autre que, pour les besoins de l'enquête, précisait la juge. C'était d'autant plus désespérant que je savais par mes défenseurs qui il n'y avait pas d'enquête en cours.

Je savais aussi que la déception et l'angoisse qui suivaient étaient partagées par Marie qui, pour me soutenir moralement, peut-être aussi par ce qu'elle pensait qu’en se faisant remarquer par la juge celle-ci finirait par nous recevoir et nous écouter.

Elle attendait cette décision pendant six jours dans les couloirs du palais de justice à proximité du bureau de la juge mais la juge pendant ces six jours passait et repassait devant Marie, sans un regard, hautaine, presque provocante, diigne représentante de la justice implacable.

J'avais mal pour elle, qui reprenait la route porteuse de cette mauvaise nouvelle, peur que la douleur soit trop forte et que trop fatiguée par cette vaine et interminable attente elle soit victime d'une défaillance et pourquoi pas d'un accident.

Que pourrais-je faire alors, si cela se produisait, si l'un de mes proches était victime d'un accident, d'une maladie grave, c'était là aussi une des raisons de mes angoisses, j'étais prisonnier, privé de liberté, privé de téléphone, dans l'incapacité d'agir. Cette pensée m'était intolérable, je la repoussai de toutes mes forces, mais sans cesse elle s'imposait à moi, comme une évidence et dans ces moments-là je me réfugiais dans l'écriture, toujours l'écriture, c'était ma drogue, ma morphine, mon anesthésique, c'était ma façon de quitter ces lieux misérables et de me retrouver là où j'aurais aimé être.

La nuit était aussi une source permanente d'angoisse, l'extinction des lumières à heure fixe, l'impossibilité d'allumer quelque source de lumière que ce soit, à l'exception d'un briquet, et surtout les cris inhumains qui perçaient subitement les ténèbres sans en connaître les raisons, savoir qu'en cas de malaise les secours n'interviendraient que tardivement, une peur panique me prenait chaque soir à la gorge malgré les somnifères largement distribués.

Pour que les secours interviennent la nuit, il fallait tout d'abord, alerter le gardien, en frappant violemment, à coups de tabouret dans la porte de la cellule action reprise, à l'unisson, par les autres cellules, on appelait ça, la symphonie du nouveau monde, le gardien, sans pénétrer dans la cellule, devait juger de la gravité ou non de la situation, puis, éventuellement, avertir le directeur lequel après s'être habillé et avoir écouté le malade devait juger s'il devait faire intervenir le médecin de la prison ou le service des urgences.

Chacun, à sa manière, invoquait le ciel pour que la nuit soit calme.

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