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18.07.2008

Ma vie 59

Autre sujet d'angoisse, les kilomètres parcourus par Marie tous les jours de visite, je ne savais si le voyage s'était bien passé qu'à l'instant où je la voyais dans le parloir, lorsqu'elle repartait c'était différent, je n'avais aucune nouvelle, ne savais jamais si elle était bien rentrée chez elle. Je n'arrivais pas à discipliner ces angoisses, les battements de mon coeur devenaient plus rapide, se répercutaient dans tout mon être, c'était la panique permanente. Cela dura près de trois mois au cours desquels je développais une hypertension artérielle qui avec le temps devint chronique.

Marie à force de persévérance et de persuasion, avait réussi à obtenir l'accord du directeur qui l'avait autorisée à lui téléphoner dès qu'elle serait rentrée chez elle et s'était engagé à me prévenir de ce coup de téléphone. C'était une réelle amélioration, mais ça n'était pas parfait, il suffisait que le gardien, chargé de me prévenir, oublie de le faire et l'angoisse était encore plus grande, je pensais alors que si Marie n'avait pas téléphoné c'est qu'il lui était arrivé un accident. Il fallait donc faire avec, mais les idées noires n'en finissaient jamais de tourner dans ma tête.

J''avais un certain nombre de préoccupations, en premier lieu mes enfants, Geneviève et Françoise étaient majeures, je les avais prévenues par lettre, j'avais expliqué ma situation présente. Geneviève avait parfaitement compris, n'avait aucun doute sur ma conduite, sur mon honnêteté. De Françoise, j'avais reçu une lettre cinglante, malgré la peine immense qu'elle me fit, je décidai de mettre cette lettre de côté et d'en oublier quelque peu les termes. Les relations avec elle avaient été toujours difficiles, et je n'en savais pas très exactement les raisons. Elle était manifestement plus proche de sa mère et, sa mère développait, sans que le temps n’en atténue les effets, un sentiment de rancune peu justifiable, on verrait plus tard.

Emmanuel et Laurent étaient beaucoup plus jeunes, au tout début de l'adolescence, ils vivaient chez leur mère Maryvonne qui s'était montré assez lointaine de mes difficultés et du climat dans lequel je me débattais, n'aimait pas faire la queue devant la prison, était très sensible, semblait-il au qu'en dira-t-on. Je lui avais demandé de mettre les enfants au courant de ma situation, je ne voulais pas qu'ils l'apprennent, ni par des camarades, ni par des membres de la famille. Maryvonne n'en fit rien, elle décida de dire aux enfants que j'étais en traitement dans un hôpital lointain, trop loin pour me rendre visite, ce qui me chagrinait beaucoup.

J'étais assez connu dans la région, je craignais les interprétations de la presse locale, mais soit qu'elle n'ait pas été informée, soit que l’information soit passée inaperçue, aucun article ne parut. Enfin il y avait aussi le travail en cours, les meubles en fabrication, les clients à satisfaire, Marie s'était chargée d'informer la clientèle de la situation.

Les jours s'ajoutaient aux jours, lamentablement, rythmés par les visites de Marie et de mes avocats qui ne comprenaient plus rien au déroulement de l'instruction, à l'attitude du juge.

A vrai dire, aucune instruction n'avait lieu, c'était comme si on m'avait oublié au fond de ma cellule, j'avais supplié, par lettre, la juge de me recevoir, j'étais prêt, lui disais-je, à lui fournir toutes les explications qu'elle pourrait me demander, Marie lui avait écrit plusieurs lettres, jamais elle n'avait répondu, elle avait été très dure avec mes avocats, ils s'étaient retirés de ma défense me conseillant de confier mon dossier à un pénaliste de la région dans laquelle je me trouvais incarcéré. Ce que je fis.

La juge considéré que le fait d'être défendu par des avocats de Paris étai grandement suspect. Cela dénotait pour le moins une situation financière anormalement élevée, en rapport direct avec le dépôt de bilan de mes sociétés. Son attitude laissait supposer qu'elle y voyait la un lien de cause à effet.

J'acceptais donc le désistement de ceux-ci, mais étant des amis personnels de Marie ils promirent de rester en contact avec elle pour suivre, dans l'ombre, le déroulement de la procédure.

Les soirs tous feux éteints cherchant vainement le sommeil je réfléchissais longuement à ce qu'avait été ma vie, au sens profond de passage sur cette terre. Je me trouvai aucune réponse susceptible de me satisfaire et je sombrais dans le plus profond désespoir. J'attendais le moment où mes réflexion me conduirait à nouveau près de Marie. Elle m'apportait tellement de chaleur humaines tellement d'amour sincère, profond et véritable que je plongeais dans un état de béatitude qui me conduisait tout naturellement vers l'endormissement mais je savais qu'en sombrant dans les songes, toute la nuit elle habiterait tous mes rêves.


Pendant cette période d'inaction totale, plusieurs prévenus avaient occupé successivement la place de François, ce fut un violeur, un voleur de voitures, un kidnappeur, tous des jeunes, mal dans leur peau, en marge de la société.

La vie en cellule dans un espace aussi restreint conduit les êtres humains à se comporter parfois comme de véritables bêtes sauvages. Pierre et moi étions restés pendant un certain temps sans autre compagnon. Si cela nous apportait un peu plus de confort, l'absence du troisième compagnon nous privait d'un arbitre en cas de conflit.

Pierre était lourd, très lourd à supporter, il avait très peu de visiteurs, il savait que sa femme le trompait sans pudeur et, ce qu'il supportait très mal, c'était de savoir que celle-ci vivait sa vie de femme seule avec l'un de ses voisins, un musulman. Si elle avait choisi un homme normal disait-il, je l'aurais mieux comprise.

Il supportait très mal les visites de Marie. Je sentais qu'il développait un sentiment de jalousie qu’il n'exprimait que par des gestes d'impatience. Mais ce qui devait arriver arriva, il voulut semer le doute dans mon esprit en proférant à l’égard de Marie des propos que je ne pus supporter. Je lui demandai de retirer les propos qu'il venait de tenir. Il refusa me précisant que toutes les femmes étaient des salopes, quand le chat n'est pas là les souris dansent. Je sentais monter en moi une colère froide qui très vite se transforma en une rage véritable. Je sautai sur lui, le pris à la gorge, je levai le poing, décidé à le lui écraser sur le visage. Il gesticulait, je resserrais mon étreinte. J'allai frapper mais brusquement ma colère tomba. Ce n'est pas la peur qui me fit arrêter le combat c'est tout simplement que dans un éclair de lucidité j'avais vu Pierre tomber, se fracasser la tête sur la partie en fer du lit, sa mort, le tribunal et le restant de ma vie passée dans cette cellule infecte.

Il s'excusa, je lui pardonnai mais à partir de ce jour le peu d'amitié qu’il y avait entre nous céda la place à l'indifférence.

Lorsque Jean-Pierre atterrit un soir dans notre cellule, j'étais surpris, je le connaissais ce jeune garçon, je connaissais sa jeune femme et ses beaux-parents, le temps de se rappeler dans quelles circonstances nous nous étions rencontrés, et sous son impulsion soudain tout changea dans notre cellule, je supportais mieux la présence de Pierre, ses confidences, ses craintes de perdre sa femme dont les lettres et les visites se faisaient de plus en plus rares.

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