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19.07.2008

Ma vie 60

Deux ans auparavant Jean-Pierre avait purgé une peine de prison de quelques mois, pour un délit mineur, de chèques sans provision, il avait donc l'habitude des coutumes carcérales. dès son arrivée, il exigea qu'on lui apporte tout le matériel et les produits nécessaires pour un nettoyage en profondeur de notre cellule, qu'il jugeait dégueulasse. On lui apporta ce qu'il avait demandé, les matons sont là, pour ça, disait-il, si vous ne demandez pas, vous n'obtiendrez rien, encore fallait-il le savoir lui dis-je, en souriant.


La cellule fut nettoyée, les sanitaires astiqués, les murs à l'exception des barreaux furent repeints dans une couleur claire. Malgré l'interdiction il obtint l'autorisation d'épingler aux murs des photos exclusivement familiales.

J’avais choisi de fixer les photos de Marie et de mes enfants sur la partie de murs située entre mon lit et celui du dessus. C'était un endroit discrets qui me permettait d'être au près de ceux que j'aimais, lorsque je m'étendais sur ma couche. C'était mon coin de ciel bleu dans ce noir ténébreux.

Avec Jean-Pierre j'appris le système D appliqué à la prison et à la barbe des matons, j'appris à fabriquer un réchaud électrique suffisant pour faire cuire deux œufs sur le plat, à réchauffé les liquides, le lait, par exemple, a réalisé des dessins à l'encre de Chine et à la plume, sans plume, elles étaient interdites, mais avec des allumettes taillées en pointe.

J'appris également à cantiner intelligemment privilégiant les légumes et les fruits se conservant le mieux. La vie était devenue un peu plus supportable.

Ce n'était certes pas le grand confort, rien à voir avec le Sofitel où le Hilton, mais lorsque vous évoluez dans un endroit exigu il vaut encore mieux que tout soit propre, les objets bien à leur place et, si vous vous nourrissez correctement, si votre ventre ne vous tourmente pas, ne crie pas famine, votre tonus s'en trouve conforté, l'existence devient un peu plus supportable.

La couleur claire des murs, m'apporttait un besoin de réflexion, une incitation à la méditation, un climat propice à l'écriture et Dieu sait si pendant cette période j'en ai écrit des pages et des pages, c'était, comme je l'ai déjà dit, mon évasion, une sorte de thérapie dont Marie en étaient la psychologue la psychothérapeute aussi. 1600 pages d'une écriture fine, recto et verso, sont arrivés jusqu'à Marie, en réponse j'en reçu tout autant des lettres merveilleusement écrites, pleines de joie future, de bonheur entrevu, ce fut, pour moi, un retour sur moi-même, une source de réflexion une analyse de ma vie passée, une projection dans l'avenir.

Ces lettres, témoins d'une partie importante de notre vie, nous les avons précieusement conservées, espérant avoir le courage de les relire un jour, aujourd'hui, en écrivant ces lignes, je les entrouvre un peu, n'osant pas encore toutes les parcourir, tant le traumatisme, engendré pendant cette période est encore, malgré le temps, tellement présents dans ma mémoire.

Au travers de ses lettres, écrites pour Marie, je l'ai prise par la main, je l'ai baladé dans toute ma jeunesse, dans toutes les parties de ma vie la plus intime, dans mes joies, dans mes peines, dans mes regrets, mes espoirs, dans mes rêves, les plus insensés, les plus fous, les plus délirants, une soif de renouveau nous emportait au-delà de la vie, Marie me suivait, me préçédait souvent, nous étions toujours à l'unisson, dans une forme de vie nouvelle qui, insensiblement, mais inexorablement, prenait l'allure d'un projet d'avenir.

Qu'avais-je fait de ma vie ? J'arrivai au seuil de la retraite, il était peut-être encore temps d'en faire le bilan, j'avais connu une jeunesse difficile, dans une période chaotique, la guerre, un amour déçu, deux mariages, le premier à la hussarde, le miroir aux alouettes, le second par résignation, deux engagements professionnels différents, conduisant cependant, pour les mêmes raisons, le mépris de l'argent, à deux échecs dont le second s'achevait par un séjour en prison.

J'avais beaucoup voyagé parcouru l'Europe, j'avais exercé le pouvoir sur les hommes, pas toujours sur les événements. Était-ce cela l'essentiel ? Qu'elle avait été ma vie de famille ? Quasiment nulle, je n'avais pas vu grandir mes enfants, je n'ai suivi que de très loin leur évolution me privant sans doute de joies ineffables les, privant aussi de la présence indispensable d'un père. Etait-il trop tard ?

Non, il n'était pas trop tard, je me sentais encore jeune, on me donnait quinze ans de moins que mon âge, certes, je ne pouvais pas faire machine arrière, rattraper le temps perdu, mais je pouvais construire à nouveau un avenir, une vie différente, choisir pour une fois la direction que j'entendais donner à ma vie, choisir ma partenaire, je pouvais et je voulais vivre différemment, profiter de ces expériences passsées, ne pas commettre les mêmes erreurs.

L'emprisonnement m'avait inculqué une envie de vivre irrésistible. Dans mes lettres je m'en ouvrait à Marie et nous élaborions ensemble les bases d'une vie totalement nouvelle. toujour par lettre nous nous étions entretenus de la possibilité d'avoir ensemble un enfant, une fille, précisais-je, Marie était de mon avis.

D'un commun accord avec Maryvonne nous avions déposé une demande en divorce, nous devions nous présenter devant le tribunal de Nanterre, j'avais obtenu, de l'autorité judiciaire, l'autorisation de m'y présenter, à la date indiquée.

J'y fus conduit dans une voiture de la gendarmerie nationale, menoté, encadré par deux gendarmes, avec les recommandations d'usage : si tentative d'évasion, tir à vue. J'avais l'habitude.

Cela faisait quatre mois que je n'avais pas revu Maryvonne, je la trouvai assez décontractée, loin de la situation présente, elle était en stage de formation, n'avait pu garder les enfants près d'elle, ils étaient placés en pension chez une amie, je me jurais qu'à ma sortie, je les prendrai à ma charge.

Que nous étions loin, maintenant, l'un de l'autre, Maryvonne et moi, nous n'avions rien à nous dire, dix-huit ans de vie commune, mais avions-nous seulement vécu ensemble, allait s'achever là, dans quelques minutes, dans le bureau de ce juge, qui nous avait fixé rendez-vous. Maryvonne était lointaine, moi, rouge de honte assis sur l'une des banquettes de la salle des pas perdus du tribunal, menotté, encadré de mes deux anges gardiens bien difficile de passer inaperçu.

Anéanti, j'avais le coeur gros, les larmes au bord des yeux, mais, les gendarmes ayant appris par mon avocat les raisons ambiguës de ma détention s'excusèrent. Ils ne faisaient qu'appliquer le règlement, ils me retirèrent les menottes.

Quelques minutes devant le juge, une femme, la confirmation de notre désir de mettre un termes à notre vie commune, ainsi prenait fin le bout de chemin que nous avions parcouru ensemble, et je regardai Maryvonne s'éloigner, je remontai, avec mes anges gardiens, dans leur voiture, ils s'excusèrent de me remettre les menottes, en compensation ils me firent traverser Paris en me nommant tous les endroits traversés comme s'ils avaient été chargé de me faire visiter la capitale.

Tard, dans la soirée, je réintégrais ma cellule, une page de ma vie venez d'être tournée.

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