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20.07.2008
Ma vie 61
Pierre avait tendance à me prendre pour un écrivain public. À plusieurs reprises il m'avait demandé de rédiger des lettres d'amour destiné à sa femme. Une demande de mise en liberté était la demande de ce jour. Je l'avais rédigé, sans grande conviction, étant donné d'une part le manque de réussite de mes propres demandes et, d'autres part les lourdes charges, qui pesaient sur lui : Vole de chèques et de pièces d'identité, chèques sans provision, usurpation d'identité, etc., la liste était longue et sérieuse.
A la stupéfaction général cette demande avait été acceptée er Pierre venait d'être remis en liberté provisoire en attendant son procès. une certaines solidarité nous avait uni, celle qui se manifestait dans le malheur, nous étions tous des êtres humains et, quels que soient les raisons de notre présence ici, nous partagions la même vie, les mêmes souffrances, les mêmes angoisses. Pierre venait de partir est déjà il nous manquait. Il avait été notre compagnon de misère et bien q’un sentiment éphémère de jalousie se soit insidieusement logé au fond de notre cœur, nous étions heureux de le savoir libre.
Très vite, un nouveau compagnon était venus partager notre cellule, il était jeune, vingt ans, tout au plus, originaires d'une cité sensible, il avait désiré et provoqué cette incarcération, cela le poserait auprès de ses camarades, lui permettrait, disait-il, d'être respecté, de devenir un caïd dans son milieu social.
A chacun son idéal, ce n'était ni le mien, ni celui de Jean-Pierre, arrêté par accident, à la suite d'une méprise, il s'était mis dans la tête de remettre ce jeune dans le droit chemin.
Mission impossible, pensais-je mais qui sait, en l'occurrence, l'âge oblige, j'étais l'arbitre de discussions qui n'en finissaient pas et qui apparemment semblait ne mener nulle part.
Loin de toutes ces discussions, toujours par lettre, Marie et moi, vivions nos balades hors du temps et de l'espace, nous parlions des réalités de notre après, de notre folle envie d'avoir une fille, moi, j'étais sur que ce serait une fille, Marie un peu moins, de réunir nos jeunes enfants en une grande et belle famille.
Nos avions des rêves plein la tête, nous nous sentions capables de les réaliser, cet enfermement m'avait donné une folle et irrésistible envie de vivre une vie nouvelle, un recommencement.
Marie avait consulté son gynécologue, il l'avait rassurée, elle pouvait avoir un enfant, en ce qui me concernait, avait-il précisé, l'âge ne présentait, sur le plan génétique, aucune contre indication, cela m'avait fait sourire, Marie, en prévision de ma libération, que nous espérions toujours prochaine, avait mis un terme à la méthode anticonceptionnelle qu'elle utilisait jusqu'à ce jour.
Le temps n'en finissaient pas d'aligner ses jours et ces nuits, tous plus inutiles les uns que les autres, l'instructions de monde affaire était toujours au point mort, aucune discussion avec la juge totalement muette, le 5e mois venait de se terminer j'en étais toujours comme aux premier jour,au point de départ.
Non, j'avais pu juger de l'inutilité et de la nocivité de la prison préventive, c'était l’école du vice, de la magouille, de la combine, du mensonge, mêmes du crime.
Tout est interdit dans la prison mais on peut tout se procurer de la drogue aux armes, il suffit d'avoir un peu d'argent, rien n'est impossible, tout se sait en prison, les ragots vont bon train, se propagent à toute vitesse, je percevais chaque mois ma retraite, j'en reversais le montant à mon avocat chargé de la remettre à ma famille.
Toute la prison était au courant de ce mouvement de fonds, mais pour le directeur qui s’imaginait que je versais des honoraires, j'étais stupide de payer un avocat si cher, pour des résultats aussi maigres. Pour les détenus c'était une preuve de mes trafics avec la maffia et mon prestige augmenté à vue d'oeil.
J'étais donc un escroc à qui le directeur avait proposé d'assumer les fonctions de comptable dans son établissement. Allez comprendre.
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