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21.07.2008

Ma vie 62

Plus le temps passait, plus la juge demeurait muette, plus Marie piaffait d'impatience, elle ne comprenait pas, elle avait exercé la profession d'avocat. Il faut faire une action d'éclat, me disait-elle, pour contraindre la justice à prendre ses responsabilités.

Marie avait conservé, de l'époque où nous étions éditeurs, des relations amicales avec la presse et la télévision. Je la savais capable d'amorcer une révolte, de faire un scandale, de décider une grève de la faim dans les locaux du tribunal, que sais-je encore, je la savais capable de tout.

Je m'efforçai de la tempérer, je lui demandai d'attendre mais c'était très dur pour elle, la maison à tenir, les migraines déprimantes, les voyages incessants, sa fille Judith confiée à une voisine pendant ses absences, le stress de cette enfant, bousculée par ces événements, révoltée comme sa maman, n'avait-elle pas eu, avec son professeur, l'idée de faire signer une pétition aux professeurs et élèves de son collège pour exiger ma libération immédiate ?

Décidément il fallait que ça cesse, mais moi, peut-être égoïstement, je voulais encore que la justice reconnaisse son erreur, naturellement, sans vagues, sortir par la grande porte, disais-je.

Ce vendredi là, en fin d'après-midi, prise dans les embouteillages, à la sortie de Paris, Marie, tout en conduisant, songeait à la visite qu'elle venait de me faire, m'avait trouvé triste, déprimé, irritable. Il faut que je fasse quelque chose, que j'intervienne, se disait-elle, tout en freinant légèrement pour laisser passer une voiture qui la doublait dangereusement.

Brusquement elle se frappa le front, une idée venait de surgir, pourquoi n'y avait-elle pas songé plus tôt ?

Impatiente de la mettre à exécution elle avait hâte d'arriver chez elle. Elle ne prit pas le temps de garer sa voiture, ni même celui d'aller chercher Judith, elle se précipita dans la pièce où elle rangeait ses archives, fouilla fébrilement, trouva enfin ce petit carnet qui contenait toutes les adresses utiles de sa jeunesse.

Elle en était sûre, maintenant elle allait faire bouger les choses. Au cours de ses études de droit, elle avait entretenu des relations amicales et professionnelles avec un magistrat devenu président de la Cour de cassation, elle allait lui téléphoner, espérait qu'il se souviendrait d'elle et pourrait lui prodiguer un conseil.

Elle avait deux numéros de téléphone, celui de son appartement et celui de sa résidence secondaire, elle opta pour ce dernier.

On était vendredi. Vraisemblablement il devait être en week-end, elle avait vu juste, ce fut sa femme qui répondit. Marie se présenta et fut heureusement surprise qu'après dix-huit ans de silence, la conversation soit si amicale, bien sûr qu'ils se souvenaient d'elle et disait-elle, mon mari sera heureux de parler avec toi. Marie était émue, un peu anxieuse, et prit son courage à deux mains et lorsqu'elle l'entendit au bout du fil, lui exposa la situation. Il l'écouta sans l'interrompre, lui demanda certains détails, se montra fort prudent, réticent même, elle sentait qu'il ne prenait pas les propos qu'elle lui tenait pour parole d'évangile, il avait une trop haute estime de la justice pour, d'entrée de jeu, la mettre en cause, il lui dit cependant qu'il s'efforcerait de se renseigner, la rappellerait un jour prochain.

Elle n'était pas certaine qu'il la rappellerait mais, si elle n'avait plus confiance dans la justice elle avait confiance dans la parole de cet homme qu'elle savait intègre.

Il la rappela le lundi soir, elle comprit de suite qu'elle avait gagné, il était outré, très en colère, avait eu un entretien avec le procureur du tribunal chargé de mon dossier, ne croyait pas en cette justice-là, il lui confirma que mon dossier était toujours vide, aucune charge contre moi, il avait l'assurance que je serai libéré dans les tous prochains jours.

Marie raccrocha, respira, à pleins poumons, l'air frais qui lui venait du jardin, chargé d'odeurs vivifiantes, un grand bonheur la submergeait, elle eut envie de pleurer mais retint ses larmes, enfin notre cauchemar allait prendre fin, l'avenir s'annonçait plein d'espoir, ce n'était pas le moment de flancher.

Elle aurais tellement voulu Marie prendre le téléphone est m'annoncer dans l'immédiat cette heureuse nouvelle. Pourraient-elles attendre la prochaine visite ? Son coeur battait à tout rompre. Elle m’imaginait au fond de ma cellule attendant sans y croire vraiment à un prochain dénouement.

Marie ne se trompait pas. J'étais bien la dans la cellule à attendre qu'il se passe quelque chose. Je profitai d'une heure de solitude mes deux compagnons assistant à la séance de promenade. J'en profitais pour faire le point sur mon séjour prolongé dans cette prison de Meaux.

Une certitude s'imposait à mon esprit je n'avais pas pu me faire à cette vie végétative. Pas plus qu'à la promiscuité qui m'avait été imposée. J'avais très mal supporté l'éloignement des être qui m’étaient chers. J'aurais pu faire une longue, très longue listes de tous les points négatif mais ce rappel n’auraient servi qu'à augmenter considérablement la rancœur que j'éprouvais à l'égard de la justice.

Mais le séjour en prison présentait malgré tout un côté positif. J'avais pu pendant ces longues semaines faire un important retour sur moi-même grandement facilité par l'échange de correspondance avec Marie. J'avais analysé tous les états de ma vie passée. Appréciée le nombre d'amis sincères qui n'avaient pas détourné leur regard à la suite de mon incarcération. Et surtout l'amour que je portais à Marie s'était confortée j'avais découvert la profondeur de ses sentiments, sa fidélité, son ouverture d'esprit sur le monde actuel et sa volonté inébranlable. Willy Marie était bien la femme que j'attendais, que je cherchais de pluie des décennies sans le savoir. Je n'avais peut-être donc pas tout perdu dans l'expérience de la non-vie qui m'avait été imposée. Cela me donnait un courage immense pour affronter un nouvel avenir.

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