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22.07.2008

Ma vie 63

Le mercredi j'avais droit à une heure de parloir, attribuée une fois par mois, la récompense si on avait été sage, bien sûr. Marie m'avait fait part de son intervention, du résultat positif de celle-ci, je ne croyais pas que cela puisse avoir une influence quelconque sur ma durée d'incarcération, mais, me disais-je sans oser le laisser paraître, sans doute par superstition, pourquoi ne pas y croire ?

De retour dans ma cellule, j'avais gardé le silence toujours pour la même raison, de peur que cela ne se réalise pas.

Cependant dès le lendemain un vent léger de liberté flottait dans la prison, aux abords de notre cellule. Il en était toujours ainsi, lorsqu’une libération se préparait, les matons se montraient plus aimables, plus pressés à satisfaire nos désirs, à faciliter nos échanges, il nous parlaient de la vie à l'extérieur, des nouvelles récentes, comme s'ils avaient voulu effacer, dans nos esprits, le mauvais souvenir de notre incarcération.

Il y avait moins de dureté dans les regards, je priai le ciel pour que ces signes me soient destinés.

La journée fut longue, très longue, beaucoup trop longue, il me semblait qu'elle ne finirait jamais, j'étais anxieux, fébrile, je n'osais pas me mettre à écrire.

La nuit qui suivit fut peuplée de rêves étranges, des lieux inconnus, où des portes immenses tenaient une place prépondérante s'écroulant sur moi lorsque je les ouvrais.

Enfin, surgit le matin dans les bruits éparses, brutaux et trop connus de la prison, j'étais brisé, étonné de me retrouver encore dans cette cellule, un voile de tristesse tomba sur mes yeux, mais peut-être était-ce quelques larmes qui voilaient mon regard, cela ne finira donc jamais pensais-je avec amertume.

Nous revenions des douches lorsque la nouvelle tomba, fracassante, comme un coup de tonnerre, la porte, dans son tintamarre habituel, venait de s'ouvrir, le gardien annonça, d'une voix forte, qui raisonna longtemps à mes oreilles, préparez-vous, préparez vos affaires, vous êtes libéré, on viendra vous chercher tout à l'heure. Déjà il avait refermé la porte, je n'en croyais pas mes oreilles, je regardai mes compagnons, comme pour savoir s'ils avaient entendu la même chose que moi, j'avais bien compris, ils s’approchèrent de moi, ils étaient heureux, disaient -ils, de me savoir libéré, mais je voyais bien qu'au fond de leurs yeux, il y avait beaucoup de tristesse. Il en était ainsi chaque fois qu'un compagnon sortait, la tristesse et la joie régnaient dans la cellule.

Enfin, ce jour tant attendu était arrivé, soudain je n'avais plus de force, mes jambes se dérobaient sous moi, l'émotion était trop forte, je m'asseyais quelques instants, incapable de réunir toutes les affaires que j'avais accumulées ces derniers mois, ce sont mes compagnons qui préparèrent mes affaires et le moment arriva, il fallut se quitter, moment émouvant, il me semble me souvenir que tous les trois nous étions en larmes.

Jean-Pierre glissa dans mes bagages une enveloppe, tiens me dit-il, tu l'ouvriras lorsque tu seras bien au chaud chez toi. J'avais les bras chargés de mes lettres, de mes objets personnels et de mes vêtements, j'arrivai à peine à porter le tout dans mes bras, Jean-Pierre, comme à son habitude, exigea de m'accompagner jusqu'à la sortie, le maton refusa puis accepta, il avait senti qu'il risquait de provoquer une bagarre, face à la détermination de Jean-Pierre qui avait bloqué la porte avec son pied.

Je fus conduit jusqu'au bureau administratif, on me remit les objets confisqués lors de mon arrivée, portefeuille, carte grise de ma voiture abandonnée à Versailles, le certificat de séjour en prison, que j'ai bien longtemps conservé précieusement, les quelques francs dont je disposais sur mon livret interne.

Puis, la grande porte, celle par où j'étais entré, s'ouvrit lentement. Enfin j'allais sortir. Marie, ma tendre Marie serait-elle la ?

Ci-dessous voici l'un de mes poèmes écrit en prison pour les deux êtres qui ont marqué ma vie.
Ma maman et mon amour.


Le souvenir de toi, maman, je le porte dans mon cœur
Comme on porte une croix les jours de pénitence
Comme un fardeau trop lourd sur des épaules fleurs
Un remords infini sans une délivrance.

Toi si bonne et si douce, je rêvais ton visage
Souriant, amaigri, sur ces lits de douleur
Ces petits lits tout blancs, pour des enfants trop sages
Où tu restais couchée, nimbée dans ta pâleur.

Tu savais, toi maman, qu’une vie éphémère
C'était ta destinée, que jamais tes enfants
Ne pourraient se blottir sur le cœur d’une mère
Pour apaiser leur peine quand ils seraient plus grands.

Je me revois encore, le matin du Grand Jour
Une dernière fois, t’embrasser et partir
Sans douter un instant qu’à l’heure de mon retour
Tu t’en serais allée dans un dernier soupir.

Tout au long de mes jours, j’entendrai ta prière
Me disant sois bien sage, tu es grand maintenant
Ecoute bien mamie, aime ton petit frère
Moi je ne savais pas, je n’avais que treize ans.

Plus tard, je t’ai cherchée, comme on cherche son ombre
T’ai appelée sans cesse, sans entendre ta voix
Je t’ai parlé souvent, recueilli sur ta tombe
Espérant un soupir, un signe, je ne sais quoi.

Ma vie s’est accomplie comme on tourne une page
Cent fois je t’ai trouvée, cent fois je t’ai perdue
Cent fois dans un visage j’ai cru voir ton image
Ce n’était pas tes yeux et je n’y croyais plus.

Se peut-il que les yeux d’une mère se ferment
Se ferment à tout jamais sur les fruits de l’amour
S’effacent de ce monde sans que jamais reviennent
N’apparaissent jamais tout au long de ces jours.

Non tu ne pouvais pas ne pas me faire un signe
Sans doute n’avais-je pas pris le temps de chercher
Sans doute n’avais-je pas chanté le chant du cygne
N’avais-je pas souffert assez pour pouvoir te trouver.

Il a fallu maman, que les yeux d’une femme
S’attardent un peu de temps sur ma peine du jour
Pour que dans leur douceur je retrouve la trame
De ton sourire, maman, et de tout ton amour.

Je ne sais plus maman qui de toi ou qui d’elle
Se penche nuit et jour et veille sans faiblir
Sur ton enfant, maman, et le prend sous son aile
Comme ces oisillons que la mère vient nourrir.

Oui, je t’ai retrouvée dans cette âme profonde
Dans ce cœur frissonnant et d’amour et de joie
Je ne peux me tromper et tout me le démontre
Et je me berce d’elle et me nourrit de toi.

Commentaires

Papa, c'est vraiment un très, très, très beau poème, je le trouve très bien écrit, il m'a beaucoup touchée !

Gros bisoux

Marjolaine

Ecrit par : nesk | 23.07.2008

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