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23.07.2008

Ma vie 64

Elle était là, de l'autre côté de la rue, debout, près de sa Charleston, femme fidèle près de sa fidèle voiture, elle était vraiment là, superbement belle, amoureusement désirable, j'étais ébloui par les couleurs vives de la rue qui forçaient mon regard, m'obligeant à ciller des yeux, alors que j'aurais tant voulu les garder grands ouverts sur ce bonheur qui commençait aujourd'hui.

Mais près de six mois passés dans l'obscurité d'une cellule, sans apercevoir un peu de ciel bleu, le moutonnement des nuages poussés par le vent, une fleur aux couleurs tendres, une parcelle d'herbe verte, le contraste était trop fort, trop violent, j'hésitai un instant, je vis qu'elle souriait, en s'élançant vers moi, elle se réfugia dans mes bras, je la tenais serrée contre moi, je n'osais croire à mon bonheur, je la couvrais de baisers, nos larmes, nos larmes de joie, coulaient lentement sur nos visages.

Je la retins un long moment tout contre moi. La chaleur de son corps redonnait vie à mes pauvres membres endoloris par cet enfermement prolongé. Doucement elle desserrât mon étreinte.

Elle me prit par la main, m'entraîna vers la voiture, comme si elle avait voulu me soustraire à un nouveau péril, peur que les portes de cette prison maudite ne s’ouvrent une nouvelle fois, pour nous engloutir à tout jamais.

Elle me fit monter rapidement dans sa voiture, referma vivement la portière, rapidement mis le contact, très vite traversa la ville et pris l'autoroute, autoroute de la liberté.

Elle conduisait, je posais ma main sur sa cuisse, au travers de la robe je sentais une douce chaleur qui me donnait l'envie de la serrer dans mes bras, je l'observais, enfin je pouvais la regarder tout à loisir, la toucher, lui parler, mais j'étais trop ému, je n'arrivais pas à formuler la moindre phrase, j'observais le paysage, c'était une découverte, une renaissance, la nature était si belle, le printemps disposait ça et là ses verts tendres, je regardai, intensément, cette nature qui m'avait tant manquée.

Le trajet me parut bien court. Je savourais chaque minute passée sur cette route me demandant si tout était bien réel s’il s'agissait bien d'une véritable libération. Une évasion, j'en étais certain, ne m’aurait pas procuré plus de joie mais sans doute un peu plus de stress.

L'arrivée au village fut un véritable festival de joie, dès qu'elle emprunta la rue principale qui conduisait à notre maison, Marie se mit à klaxonner, elle avait promis de le faire aux amis qui habitaient cette rue, pour annoncer mon retour, je vis alors les amis sortir sur le pas de leur porte, faire, en souriant, des signes amicaux. C'était chaleureux, réconfortant, plein de promesses pour l'avenir.

Je redécouvrais cette maison, nous fîmes le tour du propriétaire, les dépendances, avec la petite maison, l'atelier avec nos outils, la grange qui abritait le matériel et les machines à bois, je les retrouvais telles que je les avais laissées un jour de novembre, les copeaux de bois de mes derniers travaux jonchaient encore le sol et l'odeur de bois entrait en moi par tout les pores de ma peau. Nous avons fait le tour du jardin, j'ai refait connaissance avec le figuier, les cerisiers, le grand marronnier, l'immense saule pleureur. Mon Dieu que c'était beau, que c'était bon cette nature, ce calme retrouvé, ces chants d'oiseaux et ce crépuscule qui commençait à envahir le jardin, enveloppant nos étreintes d'un voile de tendresse infinie.

Après un frugal repas, nous sommes montés dans notre chambre, nous avons refermé la porte, tiré les rideaux, nous avions tant de choses à nous dire, tant de gestes à rattraper, tant de manques à combler, tant d'amour à nous donner, que longtemps, longtemps, jusqu'au début de l'après-midi du lendemain, ces rideaux sont restés tirés. Vous comprendrez certainement pourquoi.

Avant de reprendre conscience de la nouvelle réalité dans laquelle je me trouvais plongé, je décidais d'ouvrir l'enveloppe glissée au moment de mon départ dans mes affaires personnelles par mes compagnons d'infortune.

Voici ce que j'ai trouvé.
Au recto d'un carton A4 un superbe dessin me représentant la nuit dans ma cellule.
Au verso quelques mots qui m’ont fait sourire mais sur lesquels j'ai versé quelques larmes.


Je dirai tout simplement merci mes amis. Courage on finit toujours par sortir un jour de cette galère.

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