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24.07.2008
Ma vie 65
Voici l'impressionnante correspondance échangée avec Marie pendant ma captivité.

Nous n'avons pas dormi la première nuit. Nous avions trop de souvenirs à partager, trop d'émotion à retrouver. La seconde nuit terrassés par la fatigue nous avons dormi en pointillé. Lentement je reprenais conscience.
J'ouvris les yeux doutant que l'aube soit réelle, de joyeux compagnons sifflaient sur leurs échelles, les métiers bourdonnaient, la vie nous attendait. Non, je ne rêvais pas, c'était bien les bruits de la vie qui parvenaient à mes oreilles.
Marie s'était levée, de la fenêtre de la chambre je l'apercevais, coupant des branches de lilas, tableau charmant, s'il en était, contraste étonnant, même insoutenable avec les images des dernières semaines restées gravées dans ma mémoire. Pourrais-je un jour m'en délivrer? Pourraient-elles faire place à ces nouvelles images empreintes de douceur ? Devrais-je réapprendre à vivre ?
Mon amour avait compris ce que serait, à mon retour, mon état d'âme, n'avait-elle pas souffert les mêmes attentes, les mêmes peurs, les mêmes angoisses. Elle savais que nous aurions besoin de repos, de soleil et de ciel bleu.
Elle avait retenu des places à destination de la Corse, ayant mis au point, avec Geneviève ma fille aînée, un séjour d'une quinzaine de jours, sur l'île de beauté, je l'en remerciais, j'étais heureux, elle avait elle aussi besoin d'un grand repos, d'une décompression, de préparer le retour à une vie nouvelle.
Le voyage fut sans histoire. Assi côte à côte nous nous tenions par la main comme deux enfants ne voulant pas se perdre. Toutes nos émotions passaient par ses deux mains amoureusement enlacées.
Geneviève nous attendait à l'aéroport, les retrouvailles furent chaleureuses, je ne l'avais pas revu depuis son mariage. Sept longues années c'étaient écoulées. Je la trouvais superbe.
Elle nous conduisit dans un appartement qu'elle avait loué pour elle mais qu'elle n'avait décidé d'occuper qu'au début des grandes vacances.
Situé en bord de mer, sur la route des Sanguinaires, avec une vue sur la totalité du golfe d'Ajaccio, nous fûmes gratifiés, dès le premier jour, d'un coucher de soleil d'une rare beauté, disparaissant progressivement derrière les îles, le soleil embrasait tout le littoral, dispersant sur la mer, des langues de feu, un spectacle de fin du monde, de notre monde qui nous laissait espérer la naissance d'une aube nouvelle.
Geneviève vivait en Corse depuis son mariage, professeur d'allemand dans un institut privé, elle avait deux enfants, Emmanuel et Laura, elle connaissait notre situation et savait que nous avions besoin de nous retrouver.
Elle avait mis sa voiture à notre disposition mais notre chambre dont la fenêtre donnait sur la mer était un petit paradis, nous aimions bien y faire de longues siestes et ce fut là dans cette chambre, éperdus d'amour, les yeux plongeant dans le bleu de la mer, que s'accomplit le miracle de la vie, celui de notre vie.
Nous avions déjà décidé de l’appeler Marjolaine.
Nous n'avons pas beaucoup voyagé, nous n'avons pas visité la Corse, nous avions tellement de choses à nous dire, tellement de temps à rattraper, tellement d'avenir à préparer, tout devenait facile sous ce ciel bleu, sous ce soleil radieux, que le temps s'est écoulé, comme le sable entre nos doigts, sans que nous puissions en retenir ne serait-ce qu'une parcelle.
Et puis il fallut penser au retour. Geneviève nous accompagna à l'aéroport, nous fit promettre de revenir plus souvent.
Nous n'eûmes aucun mal a lui faire cette promesse, trop de souvenirs étaient maintenant attachés à cette région.
Au décollage, nous regardions par le hublot cette île perdue au milieu de cette immensité toute bleue qui s'éloignait mais que nous ne pourrions jamais oublier, tant l'émotion de notre retour à une vie normale avait été émouvante sur ce rocher.
Nous volions main dans la main vers notre nouveau destin.
Nous savions qu'à notre retour tout serait à construire, nous voulions former une vraie famille, exercer une activité professionnelle et mettre au point une répartition des tâches aussi attractive que possible.
Il nous fallait préparer la venue des enfants, Judith était avec nous depuis notre retour, Benjamin, Emmanuel et Laurent devaient arriver dès le début des grandes vacances.
Voilà que se destinaient les contours d'une nouvelle vie. J'avais 61 ans. Je devenais le responsable d'une famille nombreuse qui allait prochainement s'agrandir. Marie avait 39 ans nous nous sentions jeune et nous n'avions pas peur d'affronter ce nouvel avenir. Mais, comme les jeunes, étions-nous un peu fous.
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