26.07.2008

Ma vie 67

Au milieu du mois de novembre, à la suite d'une alerte sans gravité, Marie entrait en clinique pour un examen de contrôle, rien d'important, avait précisé le gynécologue mais par mesure de précaution, elle fut hospitalisée et ne fut autorisée à rentrer au domicile que quelques jours avant les fêtes de Noël, avec la recommandation de conserver la chambre, la fatigue et les efforts lui étant interdits.

L'absence prolongée de Marie modifia sensiblement la répartition des tâches, je n'avais aucune inquiétude, les enfants assumaient déjà les petites corvées ménagères, mettre la table, desservir, laver et essuyer la vaisselle, évacuer les ordures ménagères, le reste, c'était mon affaire, un seul bémol cependant, la cuisine.

Il faut dire que lorsque nous avions décidé de vivre en commun et de prendre à notre charge l'éducation de nos enfants, j'avais dit à Marie : Je ferai pour toi tout ce que tu désireras, à l'exception d'une seule chose, la cuisine, je n'ai pour cela aucun don, aucune envie et voilà qu'il me fallait maintenant sans préparation aucune, nourrir cinq bouches dont quatre particulièrement voraces.

C'est avec application, mais sans grand enthousiasme, que je pris des cours auprès de Marie à qui je rendais visite chaque jour, ainsi que dans le merveilleux bouquin de Françoise Bernard.

Maintenant que je suis devenu, dit-on dans le voisinage, un cuisinier averti, je les remercie toutes les deux, elles m'ont vraiment appris la cuisine, les tours de main, c'est devenu, au fil des jours, une véritable passion.

L'absence prolongée de Marie se faisait durement sentir. Les enfants avaient besoin de tendresse. Chaque soir avant de s'endormir ils venaient auprès de moi quémander quelques câlins. C'était un moment privilégié mais je voyais bien au fond de leurs yeux qu'il leur manquait la présence d'une maman.

Le temps passait, rythmé par le tic-tac monotone de la pendule installée dans la grande salle près de la cheminée. Bientôt ce serait Noël.

Avec les enfants, nous avions installé un lit dans la salle de séjour. Ainsi, si cette situation devait se poursuivre, les fêtes de Noël qui approchaient à grands pas pourraient être célébrées au milieu de toute la famille, réunie pour la première fois, autour du sapin et près de la cheminée qui tenait, dans notre vie, une place si importante.

Les enfants avaient décoré la salle avec des guirlandes réalisées par eux, dans des rouleaux de papier crépon, multicolores, la crèche garnie d'une multitude de santons entourés de mousse ramassée dans le jardin, avait une allure qui faisait l'admiration de tout le voisinage, le sapin illuminé dont le sommet flirtait avec le plafond brillait de mille feux.

Comme prévu Marie quitta la clinique et rentra à la maison quelques jours avant Noël. Le ventre bien arrondi, l'événement était attendu pour les prochains jours, le soleil plein les yeux, sans pouvoir en détacher le regard, elle admirait les décorations mises en place par les enfants heureux d'avoir mené à bien cette tâche.

Sans plus attendre Marie s'installa dans le lit qui lui avait été préparé au milieu de la famille.

J'appréciais pleinement ce bonheur retrouvé, cette agitation fébrile, ces rires, ces chahuts, plus personne ne croyait au père Noël, il y avait du reste bien longtemps, mais la joie était grande et l'excitation à son comble, précipitant Emmanuel, à notre grande surprise, dans les bras de Marie, merci, oh merci, lui dit-il dans un grand élan de tendresse, c'est le plus beau Noël de ma vie.

Il avait, je le crois, résumé la pensée de tous les enfants mais aussi celle des parents, c’était pour nous le premier des nombreux Noël qui suivirent.

Le 23 janvier en pleine nuit, trois semaines en avance sur les prévisions, Marie perdit les eaux, me tirant sans ménagement de mon sommeil. Il y avait urgence, très vite je pris la voiture et après avoir prévenu les enfants assez grands pour se suffire à eux-mêmes pendant notre absence, nous partîmes à destination de la clinique. Le voyage, main dans la main, se fit dans le silence, émus à la pensée que dans quelques heures nous tiendrions notre bébé, notre fille, dans nos bras.

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