28.07.2008
Ma vie 68
Une demi-heure plus tard nous arrivions à la clinique.
Ce fut la prise en charge, l'examen approfondi, la péridurale, l'attente dans la sérénité et le calme de la salle de travail, une longue attente, les contractions espacées au début puis de plus en plus rapprochées, une main qui s'accroche, la sueur qui perle sur le front et qu'on essuie avec tendresse et un petit minois tout étonné, lisse comme un bouton de rose, qui apparaît dans un grand cri, aux portes de la vie, c'était le 23 janvier 1984 à 8 heures.
Eh bien voilà, il était là ce bébé tant désiré, il était bien la cet enfant de l'amour. Quelques heures s'étaient écoulées depuis l'accouchement Marie couchée dans le lit de cette cliniques se reposait Marjolaine endormie dans ses bras. La petite fille était sage la maman rayonnante de joie un peu plus excitée.
J'étais assis près du lit tenant dans ma main la main libre de la maman que je portais à mes lèvres et perdues de reconnaissance. Il était si beau notre enfant. J'observais ce tableaux offerts à ma vue, la nativité dans toute sa splendeur et je n'osais pas croire à mon bonheur.
Dans la vie il est des moments où le bonheur ne peut pas être écrit ni même expliqué. Ils vous submergent et vous engloutit dans une sorte de bien-être dont on ne voudrait jamais sortir. C'était l'un de ces moments que nous vivions accrochés l'un à l'autre par nos mains enlacées.
Ce fut aussi un jour heureux le retour de Marie à la maison. J'avais sorti l'Estafette achetée d'occasion quelques semaines auparavant en prévision des déplacements familiaux, il nous fallait maintenant de la place, nous étions sept, seul un petit car pouvait satisfaire nos besoins. J’étais venu chercher Marie et notre fille et comme il était l'heure de la sortie du collège j'en avais profité pour prendre les enfants et ramener tout ce petit monde à la maison.
La vie reprit un cours normal, enfin presque, rythmé par les biberons, les couches et pour les plus grands, par les vacances scolaires et les visites régulières à leur autre parent.
Tous les quinze jours à la sortie du collège le samedi matin je conduisait les quatre grands à la gare de Vernon, ils allaient passer le weekend dans leur autre famille, nous étions très attachés au maintien du lien familial. Je les reprenais le dimanche soir à leur retour.
Si, a priori, tout se passait bien, Emmanuel nous donnait quelques soucis, chaque quinzaine, à son retour, on le trouvait agressif, rebelle, même irrespectueux, et nous avions beaucoup de mal à redresser la situation, cette attitude nous peinait beaucoup et nous posait un réel problème, d'autant plus qu'à la suite de ces quelques jours de reprise en main, il apparaissait comme un garçon heureux plein de prévenances et d'emtrain.
Cinq enfants à la maison c'est dur, difficile à gérer, maintenir l'égalité dans le traitement et les rapports, c'est difficile et dangereux surtout dans la période de l'adolescence.
Ce jour-là je passais, à la dégauchisseuse, de superbes planches de chêne que j'avais spécialement choisies pour me réaliser un bureau. La dégauchisseuse ronronnait, j'avais terminé, je me redressais, la coupe était parfaite et les planches prêtes à être assemblées, j'étais content de mon travail. D'un pas décidé, j'allais couper le courant pour stopper la machine, lorsque passant à côté, je trébuchais et voulant me rattraper, je posais ma main, malencontreusement, sur le tablier, je ressentis une violente douleur, regardai ma main, c'était la main droite, la lame de la machine avait sectionné l'articulation de mon index.
Conduit à l'hôpital, aux urgences, je fus opéré le jour même, six jours après, je ressortais avec des broches plein la main, le chirurgien avait sauvé mon index, du moins en apparence, mais j'avais perdu à tout jamais la mobilité de ce doigt.
Mais la vie n'est pas un long fleuve tranquille, elle peut prendre aussi l'aspect d'un calme ruisseau, dont le cours vient se briser, parfois, sur des roches saillantes.
A l'instar du ruisseau, notre vie devint plus chaotique, Marie se relevait très mal de ses couches récentes, elle souffrait d'une méchante sciatique, rebelle à tous les traitements médicaux et paramédicaux, l'obligeant à porter, pendant de longues semaines, un corset de plâtre qui réduisait sensiblement sa mobilité.
A la bourse des valeurs, je ne valait guère mieux, l'immobilisation de ma main droite perdurait, rejetant aux calendes grecques le début de ma rééducation et, à mon grand désespoir, le travail du bois, la maîtrise des machines, devenaient, au fur et à mesure que le temps s'écoulait, un lointain mais charmant souvenir, j'avais arrêté mon activité, je savais que c'était définitif.
Enfin, pour compléter le tableau, Emmanuel nous posait de plus en plus de problèmes, sa maman, contre notre gré, lui avait offert une mobylette, les ennuis commencèrent, sorties prolongées, au-delà des heures normales, kit de la machine, suspicion de vol d'essence, de pièces détachées, intégration dans une bande d'adolescents vivant en marge de la société donc peu recommandables, bien d'autres choses encore, que nous apprîmes souvent beaucoup plus tard.
son attitude rebelle à l'égard de certains de ses professeurs nous avaient valu, d'être à plusieurs reprises, convoqués par le directeur du collège, le dialogue devenait de plus en plus difficile, voire impossible, il était révolté, nous échappait insidieusement, cette attitude montait progressivement en puissance, jusqu'à son départ de la maison, encouragée par sa maman qui, juridiquement, en avait toujours la garde, il n'avait pas encore 18 ans.
Le calme revint à la maison, si tant est qu'on puisse parler de calme dans une famille de quatre enfants, dont trois adolescents..
Marjolaine avait deux ans, c'était une petite bonne femme qui avait deux passions, je dirais plutôt deux souffre douleur, sa chienne, un superbe berger allemand, et ses frères et sœur, heureux de jouer ce rôle.
Benjamin avait une scolarité sans histoire plutôt décontractée, Judith et Laurent avaient célébré leur première communion.
Judith poursuivait une scolarité exemplaire, c'était une bûcheuse, consciencieuse, elle s'enfermait le soir, dans sa chambre, à son bureau et sans histoire, elle travaillait sérieusement, ses résultats étaient excellents et réguliers. Pour Laurent c'était plus problématique, mais il était encore jeune.
Nos finances n'étaient pas particulièrement florissantes, je recherchais une activité nouvelle qui nous permettrait d'améliorer l'intendance.
C'était à la suite d'une conversation que nous avions eue avec l'une de nos amies, qu'une idée germa dans mon esprit. La micro informatique amorçait ses premiers pas, je pressentais qu'elle allait connaître un développement rapide et fantastique dans le monde de l'édition, il fallait prendre le train au départ, ne pas attendre, s'équiper, se former aux méthodes modernes, j'en parlai longuement avec Marie qui partageait ma vision de l'avenir.
On fit, sans plus attendre, l'acquisition d'un micro ordinateur, d'occasion, de 128 k,
de logiciels de démarrage.
Dans le même temps nous constituâmes notre structure juridique, Marie s'inscrivit à la chambre des métiers, comme artisan en PAO, (publication assistée par ordinateur).
Quelques jours après un travail acharné, jour et nuit, la technique était à acquérir, nous sortions notre premier livre. Ce fut un succès, une rémunération substantielle, 40 000,00 francs.
Une fois de plus, nous avions surmonté les difficultés, c'était reparti, Marie avait accepté la technique, la réalisation pratique, la recherche de la clientèle, les déplacements et les contacts avec les éditeurs m'étaient réservés.
Cette nouvelle activité, très lucrative devait durer dix années, assurer le développement de notre famille et la formation de deux de nos enfants aux métiers de l’informatique.
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