29.07.2008
Ma vie 69
On dit que le bonheur n'a pas d'histoire. Dix années se sont écoulées au rythme nostalgique des saisons. Dix ans de grandes joies et de petites peines, dix ans d'une vie de famille normale comme il en existe des millions de par le monde.
Le travail important et régulier fourni par les grandes maisons d'édition ajouté à ma retraite nous assuraient des rentrées financières importantes et régulières. De plus Marie étant propriétaire de sa maison cela nous mettait à l'abri des coups durs.
Le temps passait. Marjolaine prit le chemin de la maternelle. Je l’accompagnais matin et soir et je nouais des relations avec les parents du quartier.
Le temps passait. Les enfants quittèrent l'un après l'autre le nid familial. Nous n’eûmes pas trop de peine à les voir quitter la maison, Emmanuel n'avait-il pas montré le chemin ? Et puis nous les avions préparés à s'assumer lorsqu'ils auraient décidé de prendre leur envol le moment venu.
Le temps passait et la famille s'amenuisait. Après un séjour de quelques mois dans une fac parisienne Benjamin avait décidé de faire un stage à la FNAC.
Judith elle avait décidé de faire des études supérieures dans une faculté du Havre.
Laurent portant plus d'intérêt au développement de ses relations amoureuses avec une fille de son collège qu’aux études, décida d'arrêter ses études. Il devait partir dans quelques mois au service militaire, Marie, surchargée de travail, lui proposa de le prendre dans son entreprise et de lui donner une formation en matière de P.A.O.
Le temps passait. Laurent fut appelé sous les drapeaux. Plusieurs fois il vint le temps d’une permission. Il avait fière allure dans sa tenue de l'armée de l'air.
En 1994 nous n'étions plus que trois dans cette grande maison. Marjolaine avait 10 ans, elle se sentait un peu seule mais il lui restait cependant une grande amie, sa chienne, avec laquelle elle organisait des parties endiablées autour des arbres du jardin.
Pour faire disparaître le sentiment de solitude qui pouvait habiter Marjolaine nous avons décidé Marie et moi de nous investir davantage dans les activités de notre fille. Pique-nique, visite de la région, réception des enfants de nos amis, séjour sur les plages de la région, découverte d'Étretat, de Honfleur, visite du Futuroscope, séjour à Royan, inscription au poney club, leçons de piano, cinéma et, concession suprême, nous avons décidé de nous remettre au vélo autant pour accompagner Marjolaine dans de superbes randonnées que pour faire à notre tour un peu de sport. Et nous avons vite pris l'habitude de l'effort. Nous avons sillonné toute la région dans un rayon de 30 km.
Le travail était devenu plus rare, les ballades furent plus longues.
Le temps passait. J'appris au cours de mes prospections que les plus gros éditeurs confiaient leurs travaux à des entreprises installées dans des pays francophones. Ils bénéficiaient ainsi d'une tarification particulièrement avantageuse, vis-à-vis de laquelle nous ne pouvions absolument pas lutter.
C'est alors que d'accord avec Marie nous avons pris la décision d'arrêter notre activité avant qu'il ne soit trop tard. Nous devions cependant terminer les travaux en cours ce qui nous permit de fixer la cessation de toute activité dès le début de 1996.
Une autre idée germa dans mon esprit. Marjolaine portait mon nom, pas Marie. Nous vivions ensemble en concubinage depuis 1983. Rien ni personne ne nous empêchait de convoler en justes noces. Nous avions maintenant le temps de réaliser les démarches nécessaires.
Nous étions amis avec l'adjoint du maire, je lui en parlais, il accepta de présider la cérémonie.
Celle-ci eu lieu le 22 décembre à 20 heures en vertu d'une dérogation spéciale de Mme le maire.
Grande comme un mouchoir de poche la salle des mariages de la mairie avait du mal à recevoir nos invités qui n'étaient autres que nos enfants à l'exception d'un seul,
Emmanuel. Je savais cependant qu'à force de volonté il s'était sorti de ses galères et avait courageusement entrepris de remonter la pente. C'était en ce jour de liesse pour Marie et pour moi un précieux réconfort.
La cérémonie fut très émouvante. Le discours de l'adjoint, vivant lui-même en concubinage, un véritable festival d’évocations et de sous-entendu. Le tout sur une musique de Georges Brassens : La non demande en mariage. J'observais les enfants souriants mais émus et je songeai à tout le chemin que j'avais parcouru. Je bénissais cette petite annonce qui m'avait fait découvrir Marie et l'amour. Je regrettais tout ce temps perdu passé dans la frénésie de l'action, le miroir aux alouettes en somme que j'avais pensé être l'essentiel de la vie.
Les témoins furent invités à signer le registre d'état civil et Marjolaine toute tremblante fut autorisée à apposer sa signature à côté de celle des témoins.
Il était tard un verre de champagne absorbé dans la joie et c'est ainsi que Marie devint officiellement ma femme.
Les enfants partis, la cessation définitive de notre activité professionnelle nous laissa beaucoup de temps pour réfléchir.
En effet que devions-nous faire maintenant ? Plus de ressources professionnelles, nous devions vivre uniquement sur ma retraite. Marie n'avait que 52 ans, aucune allocation ne lui serait versée. Il lui faudrait attendre plusieurs années avant de bénéficier à son tour d’une modeste retraite. Bien sûr Marie était propriétaire de sa maison et bien qu’il n’y eut pas de loyer à payer, il n'en restait pas moins à faire de lourdes dépenses pour maintenir les bâtiments en bon état.
De plus cette propriété composée de plusieurs bâtiments était devenue bien trop grande pour notre usage personnel.
Après avoir envisagé toutes sortes de solutions, location partielle, vente d'une partie de la propriété, apparut comme une évidence l'impérieuse nécessité de vendre cette maison pour en racheter une plus conforme à nos besoins actuels et futurs.
À partir de ce moment se posa le problème du choix de la région.
La maison que nous nous proposions de vendre
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