30.07.2008
Ma vie 70
Nous avons longuement évalué les aspects positifs et négatifs de chacune des régions choisies.
Rester en Normandie, cela ne nous emballait pas, trop de dépenses de chauffage. Notre budget étant limité il nous fallait faire très attention aux dépenses futures.
Devait on se rapprochait des enfants ? Ils se trouvaient tous dans la région parisienne or, Paris et sa banlieue, nous y avions exercé une activité professionnelle et lorsque nous en étions partis nous nous étions jurés que nous n'y retournerions jamais.
Limoges, Aix-en-Provence, nos régions d'origine ? Pas très enthousiasmant, nous les avions quittés depuis bien trop longtemps pour renouer facilement des relations avec les quelques très rares amis qui s'y trouvaient encore.
Le temps passait. J'avais très mal dormi cette nuit-là imaginant sans cesse notre installation dans les régions les plus inimaginables. Cependant une évidence s'était imposée à mon esprit. Près de moi Marie s'éveillait. Je me tournai vers elle. J'ai beaucoup réfléchi cette nuit lui disais-je, j'ai une proposition à te faire. Toi aussi me dit-elle en souriant il semblerait que la nuit t’ait porté conseil.
Elle poursuivit : pourquoi ne nous installerions- nous pas en Corse ? J'éclatais de rire : elle venait de me voler mon idée.
Rassuré sur notre parfaite identité de vues je téléphonais immédiatement à Geneviève pour lui annoncer notre décision et lui préciser notre arrivée dans les prochains jours.
Le temps de mettre au point notre voyage, de régler quelques petits problèmes domestiques, nous débarquions à Ajaccio. Le soleil était radieux, sans doute un bon présage et sans attendre on se mit à la recherche d'une maison libre et dans la limite de nos possibilités financières.
La recherche fut laborieuse. Nous nous étions fixés un périmètre de 20 km autour d'Ajaccio. Sans succès. Dépité, nous devions quitter la Corse le lendemain lorsqu’une amie de ma fille nous indiqua une maison inoccupée depuis plusieurs mois. À nouveau un fol espoir nous habita.
Niché au centre d'un petit village typiquement Corse, à 19 km d'Ajaccio sur la route de Bonifacio, cette maison visitée le soir même répondait parfaitement à tous nos désirs. Ni trop grande, ni trop petite, elle était construite sur un grand jardin de près de 2000 m² plantés d'arbres fruitiers les plus divers: noisetiers, figuier, cerisiers, avocatiers, prunier, abricotier, kiwis, kakis, poiriers, sans oublier cinq orangers magnifiques aux rangées couverts de fruits astucieusement répartis autour de la maison.
Ce fut pour Marie et pour moi le véritable coup de foudre. Nous n'eûmes pas le temps de signer le moindre papier, le moindre engagement. À la Corse le propriétaire et moi nous nous sommes tapés dans la main et nous sommes repartis le coeur plus léger.
Le temps passait. Il fallait faire vite maintenant. On était au mois de juin, l'année scolaire s'achevait déjà.
Annonce dans la presse immobilière, interventions auprès des agences spécialisées. Rendez-vous avec un établissement financier pour obtenir un crédit relais dans l'hypothèse où notre maison normande serait vendue avec retard. Préparer le déménagement et faire le tri des meubles et objets que nous désirions mettre en vente avant notre départ. Toutes ces démarches se télescopaient et ne nous laissaient aucun repos. Il fallait faire vite.
Nous voulions remercier les instituteurs qui avaient eu Marjolaine dans leur classe, l’avaient suivie et lui avaient prodigué leur savoir. Nous les avons invités, eux et leurs familles, à un pique-nique organisé dans notre jardin.
Ce pique-nique fut vraiment le repas de l'amitié mais aussi celui de l'au revoir.
quelques photos de la maison et du jardin en Corse.



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29.07.2008
Ma vie 69
On dit que le bonheur n'a pas d'histoire. Dix années se sont écoulées au rythme nostalgique des saisons. Dix ans de grandes joies et de petites peines, dix ans d'une vie de famille normale comme il en existe des millions de par le monde.
Le travail important et régulier fourni par les grandes maisons d'édition ajouté à ma retraite nous assuraient des rentrées financières importantes et régulières. De plus Marie étant propriétaire de sa maison cela nous mettait à l'abri des coups durs.
Le temps passait. Marjolaine prit le chemin de la maternelle. Je l’accompagnais matin et soir et je nouais des relations avec les parents du quartier.
Le temps passait. Les enfants quittèrent l'un après l'autre le nid familial. Nous n’eûmes pas trop de peine à les voir quitter la maison, Emmanuel n'avait-il pas montré le chemin ? Et puis nous les avions préparés à s'assumer lorsqu'ils auraient décidé de prendre leur envol le moment venu.
Le temps passait et la famille s'amenuisait. Après un séjour de quelques mois dans une fac parisienne Benjamin avait décidé de faire un stage à la FNAC.
Judith elle avait décidé de faire des études supérieures dans une faculté du Havre.
Laurent portant plus d'intérêt au développement de ses relations amoureuses avec une fille de son collège qu’aux études, décida d'arrêter ses études. Il devait partir dans quelques mois au service militaire, Marie, surchargée de travail, lui proposa de le prendre dans son entreprise et de lui donner une formation en matière de P.A.O.
Le temps passait. Laurent fut appelé sous les drapeaux. Plusieurs fois il vint le temps d’une permission. Il avait fière allure dans sa tenue de l'armée de l'air.
En 1994 nous n'étions plus que trois dans cette grande maison. Marjolaine avait 10 ans, elle se sentait un peu seule mais il lui restait cependant une grande amie, sa chienne, avec laquelle elle organisait des parties endiablées autour des arbres du jardin.
Pour faire disparaître le sentiment de solitude qui pouvait habiter Marjolaine nous avons décidé Marie et moi de nous investir davantage dans les activités de notre fille. Pique-nique, visite de la région, réception des enfants de nos amis, séjour sur les plages de la région, découverte d'Étretat, de Honfleur, visite du Futuroscope, séjour à Royan, inscription au poney club, leçons de piano, cinéma et, concession suprême, nous avons décidé de nous remettre au vélo autant pour accompagner Marjolaine dans de superbes randonnées que pour faire à notre tour un peu de sport. Et nous avons vite pris l'habitude de l'effort. Nous avons sillonné toute la région dans un rayon de 30 km.
Le travail était devenu plus rare, les ballades furent plus longues.
Le temps passait. J'appris au cours de mes prospections que les plus gros éditeurs confiaient leurs travaux à des entreprises installées dans des pays francophones. Ils bénéficiaient ainsi d'une tarification particulièrement avantageuse, vis-à-vis de laquelle nous ne pouvions absolument pas lutter.
C'est alors que d'accord avec Marie nous avons pris la décision d'arrêter notre activité avant qu'il ne soit trop tard. Nous devions cependant terminer les travaux en cours ce qui nous permit de fixer la cessation de toute activité dès le début de 1996.
Une autre idée germa dans mon esprit. Marjolaine portait mon nom, pas Marie. Nous vivions ensemble en concubinage depuis 1983. Rien ni personne ne nous empêchait de convoler en justes noces. Nous avions maintenant le temps de réaliser les démarches nécessaires.
Nous étions amis avec l'adjoint du maire, je lui en parlais, il accepta de présider la cérémonie.
Celle-ci eu lieu le 22 décembre à 20 heures en vertu d'une dérogation spéciale de Mme le maire.
Grande comme un mouchoir de poche la salle des mariages de la mairie avait du mal à recevoir nos invités qui n'étaient autres que nos enfants à l'exception d'un seul,
Emmanuel. Je savais cependant qu'à force de volonté il s'était sorti de ses galères et avait courageusement entrepris de remonter la pente. C'était en ce jour de liesse pour Marie et pour moi un précieux réconfort.
La cérémonie fut très émouvante. Le discours de l'adjoint, vivant lui-même en concubinage, un véritable festival d’évocations et de sous-entendu. Le tout sur une musique de Georges Brassens : La non demande en mariage. J'observais les enfants souriants mais émus et je songeai à tout le chemin que j'avais parcouru. Je bénissais cette petite annonce qui m'avait fait découvrir Marie et l'amour. Je regrettais tout ce temps perdu passé dans la frénésie de l'action, le miroir aux alouettes en somme que j'avais pensé être l'essentiel de la vie.
Les témoins furent invités à signer le registre d'état civil et Marjolaine toute tremblante fut autorisée à apposer sa signature à côté de celle des témoins.
Il était tard un verre de champagne absorbé dans la joie et c'est ainsi que Marie devint officiellement ma femme.
Les enfants partis, la cessation définitive de notre activité professionnelle nous laissa beaucoup de temps pour réfléchir.
En effet que devions-nous faire maintenant ? Plus de ressources professionnelles, nous devions vivre uniquement sur ma retraite. Marie n'avait que 52 ans, aucune allocation ne lui serait versée. Il lui faudrait attendre plusieurs années avant de bénéficier à son tour d’une modeste retraite. Bien sûr Marie était propriétaire de sa maison et bien qu’il n’y eut pas de loyer à payer, il n'en restait pas moins à faire de lourdes dépenses pour maintenir les bâtiments en bon état.
De plus cette propriété composée de plusieurs bâtiments était devenue bien trop grande pour notre usage personnel.
Après avoir envisagé toutes sortes de solutions, location partielle, vente d'une partie de la propriété, apparut comme une évidence l'impérieuse nécessité de vendre cette maison pour en racheter une plus conforme à nos besoins actuels et futurs.
À partir de ce moment se posa le problème du choix de la région.
La maison que nous nous proposions de vendre
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28.07.2008
Ma vie 68
Une demi-heure plus tard nous arrivions à la clinique.
Ce fut la prise en charge, l'examen approfondi, la péridurale, l'attente dans la sérénité et le calme de la salle de travail, une longue attente, les contractions espacées au début puis de plus en plus rapprochées, une main qui s'accroche, la sueur qui perle sur le front et qu'on essuie avec tendresse et un petit minois tout étonné, lisse comme un bouton de rose, qui apparaît dans un grand cri, aux portes de la vie, c'était le 23 janvier 1984 à 8 heures.
Eh bien voilà, il était là ce bébé tant désiré, il était bien la cet enfant de l'amour. Quelques heures s'étaient écoulées depuis l'accouchement Marie couchée dans le lit de cette cliniques se reposait Marjolaine endormie dans ses bras. La petite fille était sage la maman rayonnante de joie un peu plus excitée.
J'étais assis près du lit tenant dans ma main la main libre de la maman que je portais à mes lèvres et perdues de reconnaissance. Il était si beau notre enfant. J'observais ce tableaux offerts à ma vue, la nativité dans toute sa splendeur et je n'osais pas croire à mon bonheur.
Dans la vie il est des moments où le bonheur ne peut pas être écrit ni même expliqué. Ils vous submergent et vous engloutit dans une sorte de bien-être dont on ne voudrait jamais sortir. C'était l'un de ces moments que nous vivions accrochés l'un à l'autre par nos mains enlacées.
Ce fut aussi un jour heureux le retour de Marie à la maison. J'avais sorti l'Estafette achetée d'occasion quelques semaines auparavant en prévision des déplacements familiaux, il nous fallait maintenant de la place, nous étions sept, seul un petit car pouvait satisfaire nos besoins. J’étais venu chercher Marie et notre fille et comme il était l'heure de la sortie du collège j'en avais profité pour prendre les enfants et ramener tout ce petit monde à la maison.
La vie reprit un cours normal, enfin presque, rythmé par les biberons, les couches et pour les plus grands, par les vacances scolaires et les visites régulières à leur autre parent.
Tous les quinze jours à la sortie du collège le samedi matin je conduisait les quatre grands à la gare de Vernon, ils allaient passer le weekend dans leur autre famille, nous étions très attachés au maintien du lien familial. Je les reprenais le dimanche soir à leur retour.
Si, a priori, tout se passait bien, Emmanuel nous donnait quelques soucis, chaque quinzaine, à son retour, on le trouvait agressif, rebelle, même irrespectueux, et nous avions beaucoup de mal à redresser la situation, cette attitude nous peinait beaucoup et nous posait un réel problème, d'autant plus qu'à la suite de ces quelques jours de reprise en main, il apparaissait comme un garçon heureux plein de prévenances et d'emtrain.
Cinq enfants à la maison c'est dur, difficile à gérer, maintenir l'égalité dans le traitement et les rapports, c'est difficile et dangereux surtout dans la période de l'adolescence.
Ce jour-là je passais, à la dégauchisseuse, de superbes planches de chêne que j'avais spécialement choisies pour me réaliser un bureau. La dégauchisseuse ronronnait, j'avais terminé, je me redressais, la coupe était parfaite et les planches prêtes à être assemblées, j'étais content de mon travail. D'un pas décidé, j'allais couper le courant pour stopper la machine, lorsque passant à côté, je trébuchais et voulant me rattraper, je posais ma main, malencontreusement, sur le tablier, je ressentis une violente douleur, regardai ma main, c'était la main droite, la lame de la machine avait sectionné l'articulation de mon index.
Conduit à l'hôpital, aux urgences, je fus opéré le jour même, six jours après, je ressortais avec des broches plein la main, le chirurgien avait sauvé mon index, du moins en apparence, mais j'avais perdu à tout jamais la mobilité de ce doigt.
Mais la vie n'est pas un long fleuve tranquille, elle peut prendre aussi l'aspect d'un calme ruisseau, dont le cours vient se briser, parfois, sur des roches saillantes.
A l'instar du ruisseau, notre vie devint plus chaotique, Marie se relevait très mal de ses couches récentes, elle souffrait d'une méchante sciatique, rebelle à tous les traitements médicaux et paramédicaux, l'obligeant à porter, pendant de longues semaines, un corset de plâtre qui réduisait sensiblement sa mobilité.
A la bourse des valeurs, je ne valait guère mieux, l'immobilisation de ma main droite perdurait, rejetant aux calendes grecques le début de ma rééducation et, à mon grand désespoir, le travail du bois, la maîtrise des machines, devenaient, au fur et à mesure que le temps s'écoulait, un lointain mais charmant souvenir, j'avais arrêté mon activité, je savais que c'était définitif.
Enfin, pour compléter le tableau, Emmanuel nous posait de plus en plus de problèmes, sa maman, contre notre gré, lui avait offert une mobylette, les ennuis commencèrent, sorties prolongées, au-delà des heures normales, kit de la machine, suspicion de vol d'essence, de pièces détachées, intégration dans une bande d'adolescents vivant en marge de la société donc peu recommandables, bien d'autres choses encore, que nous apprîmes souvent beaucoup plus tard.
son attitude rebelle à l'égard de certains de ses professeurs nous avaient valu, d'être à plusieurs reprises, convoqués par le directeur du collège, le dialogue devenait de plus en plus difficile, voire impossible, il était révolté, nous échappait insidieusement, cette attitude montait progressivement en puissance, jusqu'à son départ de la maison, encouragée par sa maman qui, juridiquement, en avait toujours la garde, il n'avait pas encore 18 ans.
Le calme revint à la maison, si tant est qu'on puisse parler de calme dans une famille de quatre enfants, dont trois adolescents..
Marjolaine avait deux ans, c'était une petite bonne femme qui avait deux passions, je dirais plutôt deux souffre douleur, sa chienne, un superbe berger allemand, et ses frères et sœur, heureux de jouer ce rôle.
Benjamin avait une scolarité sans histoire plutôt décontractée, Judith et Laurent avaient célébré leur première communion.
Judith poursuivait une scolarité exemplaire, c'était une bûcheuse, consciencieuse, elle s'enfermait le soir, dans sa chambre, à son bureau et sans histoire, elle travaillait sérieusement, ses résultats étaient excellents et réguliers. Pour Laurent c'était plus problématique, mais il était encore jeune.
Nos finances n'étaient pas particulièrement florissantes, je recherchais une activité nouvelle qui nous permettrait d'améliorer l'intendance.
C'était à la suite d'une conversation que nous avions eue avec l'une de nos amies, qu'une idée germa dans mon esprit. La micro informatique amorçait ses premiers pas, je pressentais qu'elle allait connaître un développement rapide et fantastique dans le monde de l'édition, il fallait prendre le train au départ, ne pas attendre, s'équiper, se former aux méthodes modernes, j'en parlai longuement avec Marie qui partageait ma vision de l'avenir.
On fit, sans plus attendre, l'acquisition d'un micro ordinateur, d'occasion, de 128 k,
de logiciels de démarrage.
Dans le même temps nous constituâmes notre structure juridique, Marie s'inscrivit à la chambre des métiers, comme artisan en PAO, (publication assistée par ordinateur).
Quelques jours après un travail acharné, jour et nuit, la technique était à acquérir, nous sortions notre premier livre. Ce fut un succès, une rémunération substantielle, 40 000,00 francs.
Une fois de plus, nous avions surmonté les difficultés, c'était reparti, Marie avait accepté la technique, la réalisation pratique, la recherche de la clientèle, les déplacements et les contacts avec les éditeurs m'étaient réservés.
Cette nouvelle activité, très lucrative devait durer dix années, assurer le développement de notre famille et la formation de deux de nos enfants aux métiers de l’informatique.
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26.07.2008
Ma vie 67
Au milieu du mois de novembre, à la suite d'une alerte sans gravité, Marie entrait en clinique pour un examen de contrôle, rien d'important, avait précisé le gynécologue mais par mesure de précaution, elle fut hospitalisée et ne fut autorisée à rentrer au domicile que quelques jours avant les fêtes de Noël, avec la recommandation de conserver la chambre, la fatigue et les efforts lui étant interdits.
L'absence prolongée de Marie modifia sensiblement la répartition des tâches, je n'avais aucune inquiétude, les enfants assumaient déjà les petites corvées ménagères, mettre la table, desservir, laver et essuyer la vaisselle, évacuer les ordures ménagères, le reste, c'était mon affaire, un seul bémol cependant, la cuisine.
Il faut dire que lorsque nous avions décidé de vivre en commun et de prendre à notre charge l'éducation de nos enfants, j'avais dit à Marie : Je ferai pour toi tout ce que tu désireras, à l'exception d'une seule chose, la cuisine, je n'ai pour cela aucun don, aucune envie et voilà qu'il me fallait maintenant sans préparation aucune, nourrir cinq bouches dont quatre particulièrement voraces.
C'est avec application, mais sans grand enthousiasme, que je pris des cours auprès de Marie à qui je rendais visite chaque jour, ainsi que dans le merveilleux bouquin de Françoise Bernard.
Maintenant que je suis devenu, dit-on dans le voisinage, un cuisinier averti, je les remercie toutes les deux, elles m'ont vraiment appris la cuisine, les tours de main, c'est devenu, au fil des jours, une véritable passion.
L'absence prolongée de Marie se faisait durement sentir. Les enfants avaient besoin de tendresse. Chaque soir avant de s'endormir ils venaient auprès de moi quémander quelques câlins. C'était un moment privilégié mais je voyais bien au fond de leurs yeux qu'il leur manquait la présence d'une maman.
Le temps passait, rythmé par le tic-tac monotone de la pendule installée dans la grande salle près de la cheminée. Bientôt ce serait Noël.
Avec les enfants, nous avions installé un lit dans la salle de séjour. Ainsi, si cette situation devait se poursuivre, les fêtes de Noël qui approchaient à grands pas pourraient être célébrées au milieu de toute la famille, réunie pour la première fois, autour du sapin et près de la cheminée qui tenait, dans notre vie, une place si importante.
Les enfants avaient décoré la salle avec des guirlandes réalisées par eux, dans des rouleaux de papier crépon, multicolores, la crèche garnie d'une multitude de santons entourés de mousse ramassée dans le jardin, avait une allure qui faisait l'admiration de tout le voisinage, le sapin illuminé dont le sommet flirtait avec le plafond brillait de mille feux.
Comme prévu Marie quitta la clinique et rentra à la maison quelques jours avant Noël. Le ventre bien arrondi, l'événement était attendu pour les prochains jours, le soleil plein les yeux, sans pouvoir en détacher le regard, elle admirait les décorations mises en place par les enfants heureux d'avoir mené à bien cette tâche.
Sans plus attendre Marie s'installa dans le lit qui lui avait été préparé au milieu de la famille.
J'appréciais pleinement ce bonheur retrouvé, cette agitation fébrile, ces rires, ces chahuts, plus personne ne croyait au père Noël, il y avait du reste bien longtemps, mais la joie était grande et l'excitation à son comble, précipitant Emmanuel, à notre grande surprise, dans les bras de Marie, merci, oh merci, lui dit-il dans un grand élan de tendresse, c'est le plus beau Noël de ma vie.
Il avait, je le crois, résumé la pensée de tous les enfants mais aussi celle des parents, c’était pour nous le premier des nombreux Noël qui suivirent.
Le 23 janvier en pleine nuit, trois semaines en avance sur les prévisions, Marie perdit les eaux, me tirant sans ménagement de mon sommeil. Il y avait urgence, très vite je pris la voiture et après avoir prévenu les enfants assez grands pour se suffire à eux-mêmes pendant notre absence, nous partîmes à destination de la clinique. Le voyage, main dans la main, se fit dans le silence, émus à la pensée que dans quelques heures nous tiendrions notre bébé, notre fille, dans nos bras.
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25.07.2008
Ma vie 66
Au décollage, nous regardions par le hublot cette île perdue au milieu de cette immensité toute bleue qui s'éloignait mais que nous ne pourrions jamais oublier, tant l'émotion de notre retour à une vie normale avait été émouvante sur ce rocher. Nous volions main dans la main vers notre nouveau destin.
Nous savions qu'à notre retour tout serait à construire, nous voulions former une vraie famille, exercer une activité professionnelle et mettre au point une répartition des tâches aussi attractive que possible.
Il nous fallait préparer la venue des enfants, Judith était avec nous depuis notre retour, Benjamin, Emmanuel et Laurent devaient arriver dès le début des grandes vacances.
Marie avait obtenu dès le début la garde de ses deux enfants, pour moi il n'en était pas de même, mon divorce ayant été engagé alors que je me trouvais en prison, la garde de mes deux enfants avait été confiée à Maryvonne, laquelle pour des raisons, en grande partie d'ordre professionnel, ne pouvant assumer cette charge, nous avait demandé de prendre le relais.
La maison était grande, mais elle n'était pas conçue pour loger, confortablement, une famille de quatre enfants, bientôt cinq, Marie m'ayant fait part de cette heureuse nouvelle.
Il nous fallait aménager le grenier, lambrisser, le plafond, aménager une salle de bains assez grandes pour une famille nombreuse, préparer la chambre du futur bébé.
Les travaux furent rapidement réalisés, avec le concours des enfants qui les prirent pour un jeu et, qui ainsi, peu à peu, se sont soudés tout en faisant l'apprentissage de leur nouvelle famille.
Les vacances passèrent très vite, dans un climat de réelle bonne humeur, sans drames apparents, sans conflits majeurs, nous étions heureux de ce bon début, sans inquiétude pour l'avenir.
La rentrée des classes s'annonçait déjà, Benjamin et Emmanuel étaient âgés de quatorze ans, Judith de douze ans et Laurent de onze ans et, tout ce petit monde partit, en car scolaire, à destination du collège deVernon.
Marie ma petite Marie était enceinte, elle en avait eu confirmation au cours du mois d'août, c'était une fille, la naissance était prévue pour le milieu du mois de février, nous étions pleinement heureux et nous formions de nombreux projets d'avenir, mais l'horizon n'était pas aussi dégagé que nous le pensions.
La grossesse de Marie, en raison de son âge, 39 ans, était considérée comme une grossesse à risques, elle fit une amniocentèse, qui nous apprit que nous attendions un cariotype de type féminin, et nous vîmes apparaître une équipe de cinéastes, chargés par l'INSERM d’effectuer un reportage sur l’amniocentèse. Nous avions été choisis par le corps médical.
Le tournage fut un réel moment de détente, un amusement, la découverte du monde du cinéma. Jouant les grands rôles, nous avons été installés dans un canapé, poussé contre la cheminée, dans laquelle brûlait un grand feu de bois, c'était pour le décor, ensuite, dans la grange, travaillant une pièce de bois, les copeaux volants dans la salle, pour l'ambiance, une véritable toile de la nativité, Marie et Joseph le charpentier.
Ce film documentaire se trouve dans les archives à la cité des sciences de la Villette.
J'avais repris mon activité d'ébéniste, trois commandes étaient en cours d'exécution, un vaisselier de petite taille, à disposer dans une entrée, une table de toilette de style campagnard, une panière à pain dont une sculpture moderne devait orner le couvercle.
Nous nous demandions, au cours de nos longues soirées d'automne, langoureusement installés dans les fauteuils, devant la cheminée, comment il avait pu se faire que nous soyons, l'un et l'autre, aussi passionnés dans l'exercice de cette activité, nous étions plutôt des intellectuels, très peu manuels mais le travail du bois comblait tout nos désirs.
Sans jamais avoir appris le métier, sauf sur le tas, dans les ouvrages spécialisés, et après avoir observé pendant des heures entières, dans les ateliers du faubourg Saint Antoine, les ouvriers professionnels de haut niveau, peut-être aussi parce que j'avais quelque gène qui me guidait dans cette voie, mon grand-père, sabotier de son état, y était sans doute pour quelque chose.
Chose étonnante encore, Marie se montrait particulièrement douée dans la sculpture sur bois, pleine d'imagination, elle réalisait de superbe motifs dans des styles bien différents, je me souviens d'avoir contemplé, avec admiration et une pointe d'envie, le motif qu'elle avait réalisé sur le couvercle de la panière à pain, dont je parlais il y a quelques instants.
Que de joies ineffables nous étaient offertes, dessiner un meuble à la demande du client, choisir les planches de bois, les débiter, les travailler, les raboter, les dégauchir, les assembler, réaliser les tenons et les mortaises, effectuer le montage à l'ancienne, lustrer, patiner ou vernir, contemplé enfin sa réalisation et lire sur le visage du client l'émotion non dissimulée à la découverte d'une pièce unique.
Comment avais-je pu vivre autrement, je découvrais, pour la première fois, le bonheur d'une vie simple, je travaillais à la maison auprès d'une femme que j'aimais et qui comblait tous mes désirs, au seuil d'une maternité désirée, des enfants dont j'entendais les cris et les rires, que j'avais plaisir à retrouver le soir autour de la table familiale, exubérants, en bonne santé, impatients de voir apparaître cette petite sœur en devenir, que c'était bon, oui vraiment c'était bon, comment avais-je pu ignorer tout cela. Et pendant si longtemps ?
Cependant, il restait bien quelques points noirs, j'avais été libéré, mais j'étais susceptible d'être convoqué un jour, devant le tribunal correctionnel, mes avocats se montraient confiants, il n'y avait toujours rien dans mon dossier, mais je n'étais pas aussi confiant dans la clairvoyance de leur jugement, avec un dossier vide, j'avais purgé une peine préventive, de près de 6 mois, je n'étais pas rassuré du tout et cela maintenait un certain trouble dans mon esprit.
Le temps s'écoulait, calmement, lentement, comme la Seine, dont le lit, à la naissance des boucles de ce grand fleuve, traversait notre petit village, l'activité se poursuivait dans le bruit intermittent et plaintif des machines et Marie, dont le ventre s'arrondissait généreusement, poursuivait sa grossesse avec beaucoup de courage et de détermination.
Voici quelques-unes de nos réalisations et quelques que sculptures


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24.07.2008
Ma vie 65
Voici l'impressionnante correspondance échangée avec Marie pendant ma captivité.

Nous n'avons pas dormi la première nuit. Nous avions trop de souvenirs à partager, trop d'émotion à retrouver. La seconde nuit terrassés par la fatigue nous avons dormi en pointillé. Lentement je reprenais conscience.
J'ouvris les yeux doutant que l'aube soit réelle, de joyeux compagnons sifflaient sur leurs échelles, les métiers bourdonnaient, la vie nous attendait. Non, je ne rêvais pas, c'était bien les bruits de la vie qui parvenaient à mes oreilles.
Marie s'était levée, de la fenêtre de la chambre je l'apercevais, coupant des branches de lilas, tableau charmant, s'il en était, contraste étonnant, même insoutenable avec les images des dernières semaines restées gravées dans ma mémoire. Pourrais-je un jour m'en délivrer? Pourraient-elles faire place à ces nouvelles images empreintes de douceur ? Devrais-je réapprendre à vivre ?
Mon amour avait compris ce que serait, à mon retour, mon état d'âme, n'avait-elle pas souffert les mêmes attentes, les mêmes peurs, les mêmes angoisses. Elle savais que nous aurions besoin de repos, de soleil et de ciel bleu.
Elle avait retenu des places à destination de la Corse, ayant mis au point, avec Geneviève ma fille aînée, un séjour d'une quinzaine de jours, sur l'île de beauté, je l'en remerciais, j'étais heureux, elle avait elle aussi besoin d'un grand repos, d'une décompression, de préparer le retour à une vie nouvelle.
Le voyage fut sans histoire. Assi côte à côte nous nous tenions par la main comme deux enfants ne voulant pas se perdre. Toutes nos émotions passaient par ses deux mains amoureusement enlacées.
Geneviève nous attendait à l'aéroport, les retrouvailles furent chaleureuses, je ne l'avais pas revu depuis son mariage. Sept longues années c'étaient écoulées. Je la trouvais superbe.
Elle nous conduisit dans un appartement qu'elle avait loué pour elle mais qu'elle n'avait décidé d'occuper qu'au début des grandes vacances.
Situé en bord de mer, sur la route des Sanguinaires, avec une vue sur la totalité du golfe d'Ajaccio, nous fûmes gratifiés, dès le premier jour, d'un coucher de soleil d'une rare beauté, disparaissant progressivement derrière les îles, le soleil embrasait tout le littoral, dispersant sur la mer, des langues de feu, un spectacle de fin du monde, de notre monde qui nous laissait espérer la naissance d'une aube nouvelle.
Geneviève vivait en Corse depuis son mariage, professeur d'allemand dans un institut privé, elle avait deux enfants, Emmanuel et Laura, elle connaissait notre situation et savait que nous avions besoin de nous retrouver.
Elle avait mis sa voiture à notre disposition mais notre chambre dont la fenêtre donnait sur la mer était un petit paradis, nous aimions bien y faire de longues siestes et ce fut là dans cette chambre, éperdus d'amour, les yeux plongeant dans le bleu de la mer, que s'accomplit le miracle de la vie, celui de notre vie.
Nous avions déjà décidé de l’appeler Marjolaine.
Nous n'avons pas beaucoup voyagé, nous n'avons pas visité la Corse, nous avions tellement de choses à nous dire, tellement de temps à rattraper, tellement d'avenir à préparer, tout devenait facile sous ce ciel bleu, sous ce soleil radieux, que le temps s'est écoulé, comme le sable entre nos doigts, sans que nous puissions en retenir ne serait-ce qu'une parcelle.
Et puis il fallut penser au retour. Geneviève nous accompagna à l'aéroport, nous fit promettre de revenir plus souvent.
Nous n'eûmes aucun mal a lui faire cette promesse, trop de souvenirs étaient maintenant attachés à cette région.
Au décollage, nous regardions par le hublot cette île perdue au milieu de cette immensité toute bleue qui s'éloignait mais que nous ne pourrions jamais oublier, tant l'émotion de notre retour à une vie normale avait été émouvante sur ce rocher.
Nous volions main dans la main vers notre nouveau destin.
Nous savions qu'à notre retour tout serait à construire, nous voulions former une vraie famille, exercer une activité professionnelle et mettre au point une répartition des tâches aussi attractive que possible.
Il nous fallait préparer la venue des enfants, Judith était avec nous depuis notre retour, Benjamin, Emmanuel et Laurent devaient arriver dès le début des grandes vacances.
Voilà que se destinaient les contours d'une nouvelle vie. J'avais 61 ans. Je devenais le responsable d'une famille nombreuse qui allait prochainement s'agrandir. Marie avait 39 ans nous nous sentions jeune et nous n'avions pas peur d'affronter ce nouvel avenir. Mais, comme les jeunes, étions-nous un peu fous.
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23.07.2008
Ma vie 64
Elle était là, de l'autre côté de la rue, debout, près de sa Charleston, femme fidèle près de sa fidèle voiture, elle était vraiment là, superbement belle, amoureusement désirable, j'étais ébloui par les couleurs vives de la rue qui forçaient mon regard, m'obligeant à ciller des yeux, alors que j'aurais tant voulu les garder grands ouverts sur ce bonheur qui commençait aujourd'hui.
Mais près de six mois passés dans l'obscurité d'une cellule, sans apercevoir un peu de ciel bleu, le moutonnement des nuages poussés par le vent, une fleur aux couleurs tendres, une parcelle d'herbe verte, le contraste était trop fort, trop violent, j'hésitai un instant, je vis qu'elle souriait, en s'élançant vers moi, elle se réfugia dans mes bras, je la tenais serrée contre moi, je n'osais croire à mon bonheur, je la couvrais de baisers, nos larmes, nos larmes de joie, coulaient lentement sur nos visages.
Je la retins un long moment tout contre moi. La chaleur de son corps redonnait vie à mes pauvres membres endoloris par cet enfermement prolongé. Doucement elle desserrât mon étreinte.
Elle me prit par la main, m'entraîna vers la voiture, comme si elle avait voulu me soustraire à un nouveau péril, peur que les portes de cette prison maudite ne s’ouvrent une nouvelle fois, pour nous engloutir à tout jamais.
Elle me fit monter rapidement dans sa voiture, referma vivement la portière, rapidement mis le contact, très vite traversa la ville et pris l'autoroute, autoroute de la liberté.
Elle conduisait, je posais ma main sur sa cuisse, au travers de la robe je sentais une douce chaleur qui me donnait l'envie de la serrer dans mes bras, je l'observais, enfin je pouvais la regarder tout à loisir, la toucher, lui parler, mais j'étais trop ému, je n'arrivais pas à formuler la moindre phrase, j'observais le paysage, c'était une découverte, une renaissance, la nature était si belle, le printemps disposait ça et là ses verts tendres, je regardai, intensément, cette nature qui m'avait tant manquée.
Le trajet me parut bien court. Je savourais chaque minute passée sur cette route me demandant si tout était bien réel s’il s'agissait bien d'une véritable libération. Une évasion, j'en étais certain, ne m’aurait pas procuré plus de joie mais sans doute un peu plus de stress.
L'arrivée au village fut un véritable festival de joie, dès qu'elle emprunta la rue principale qui conduisait à notre maison, Marie se mit à klaxonner, elle avait promis de le faire aux amis qui habitaient cette rue, pour annoncer mon retour, je vis alors les amis sortir sur le pas de leur porte, faire, en souriant, des signes amicaux. C'était chaleureux, réconfortant, plein de promesses pour l'avenir.
Je redécouvrais cette maison, nous fîmes le tour du propriétaire, les dépendances, avec la petite maison, l'atelier avec nos outils, la grange qui abritait le matériel et les machines à bois, je les retrouvais telles que je les avais laissées un jour de novembre, les copeaux de bois de mes derniers travaux jonchaient encore le sol et l'odeur de bois entrait en moi par tout les pores de ma peau. Nous avons fait le tour du jardin, j'ai refait connaissance avec le figuier, les cerisiers, le grand marronnier, l'immense saule pleureur. Mon Dieu que c'était beau, que c'était bon cette nature, ce calme retrouvé, ces chants d'oiseaux et ce crépuscule qui commençait à envahir le jardin, enveloppant nos étreintes d'un voile de tendresse infinie.
Après un frugal repas, nous sommes montés dans notre chambre, nous avons refermé la porte, tiré les rideaux, nous avions tant de choses à nous dire, tant de gestes à rattraper, tant de manques à combler, tant d'amour à nous donner, que longtemps, longtemps, jusqu'au début de l'après-midi du lendemain, ces rideaux sont restés tirés. Vous comprendrez certainement pourquoi.
Avant de reprendre conscience de la nouvelle réalité dans laquelle je me trouvais plongé, je décidais d'ouvrir l'enveloppe glissée au moment de mon départ dans mes affaires personnelles par mes compagnons d'infortune.
Voici ce que j'ai trouvé.
Au recto d'un carton A4 un superbe dessin me représentant la nuit dans ma cellule.
Au verso quelques mots qui m’ont fait sourire mais sur lesquels j'ai versé quelques larmes.
Je dirai tout simplement merci mes amis. Courage on finit toujours par sortir un jour de cette galère.


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22.07.2008
Ma vie 63
Le mercredi j'avais droit à une heure de parloir, attribuée une fois par mois, la récompense si on avait été sage, bien sûr. Marie m'avait fait part de son intervention, du résultat positif de celle-ci, je ne croyais pas que cela puisse avoir une influence quelconque sur ma durée d'incarcération, mais, me disais-je sans oser le laisser paraître, sans doute par superstition, pourquoi ne pas y croire ?
De retour dans ma cellule, j'avais gardé le silence toujours pour la même raison, de peur que cela ne se réalise pas.
Cependant dès le lendemain un vent léger de liberté flottait dans la prison, aux abords de notre cellule. Il en était toujours ainsi, lorsqu’une libération se préparait, les matons se montraient plus aimables, plus pressés à satisfaire nos désirs, à faciliter nos échanges, il nous parlaient de la vie à l'extérieur, des nouvelles récentes, comme s'ils avaient voulu effacer, dans nos esprits, le mauvais souvenir de notre incarcération.
Il y avait moins de dureté dans les regards, je priai le ciel pour que ces signes me soient destinés.
La journée fut longue, très longue, beaucoup trop longue, il me semblait qu'elle ne finirait jamais, j'étais anxieux, fébrile, je n'osais pas me mettre à écrire.
La nuit qui suivit fut peuplée de rêves étranges, des lieux inconnus, où des portes immenses tenaient une place prépondérante s'écroulant sur moi lorsque je les ouvrais.
Enfin, surgit le matin dans les bruits éparses, brutaux et trop connus de la prison, j'étais brisé, étonné de me retrouver encore dans cette cellule, un voile de tristesse tomba sur mes yeux, mais peut-être était-ce quelques larmes qui voilaient mon regard, cela ne finira donc jamais pensais-je avec amertume.
Nous revenions des douches lorsque la nouvelle tomba, fracassante, comme un coup de tonnerre, la porte, dans son tintamarre habituel, venait de s'ouvrir, le gardien annonça, d'une voix forte, qui raisonna longtemps à mes oreilles, préparez-vous, préparez vos affaires, vous êtes libéré, on viendra vous chercher tout à l'heure. Déjà il avait refermé la porte, je n'en croyais pas mes oreilles, je regardai mes compagnons, comme pour savoir s'ils avaient entendu la même chose que moi, j'avais bien compris, ils s’approchèrent de moi, ils étaient heureux, disaient -ils, de me savoir libéré, mais je voyais bien qu'au fond de leurs yeux, il y avait beaucoup de tristesse. Il en était ainsi chaque fois qu'un compagnon sortait, la tristesse et la joie régnaient dans la cellule.
Enfin, ce jour tant attendu était arrivé, soudain je n'avais plus de force, mes jambes se dérobaient sous moi, l'émotion était trop forte, je m'asseyais quelques instants, incapable de réunir toutes les affaires que j'avais accumulées ces derniers mois, ce sont mes compagnons qui préparèrent mes affaires et le moment arriva, il fallut se quitter, moment émouvant, il me semble me souvenir que tous les trois nous étions en larmes.
Jean-Pierre glissa dans mes bagages une enveloppe, tiens me dit-il, tu l'ouvriras lorsque tu seras bien au chaud chez toi. J'avais les bras chargés de mes lettres, de mes objets personnels et de mes vêtements, j'arrivai à peine à porter le tout dans mes bras, Jean-Pierre, comme à son habitude, exigea de m'accompagner jusqu'à la sortie, le maton refusa puis accepta, il avait senti qu'il risquait de provoquer une bagarre, face à la détermination de Jean-Pierre qui avait bloqué la porte avec son pied.
Je fus conduit jusqu'au bureau administratif, on me remit les objets confisqués lors de mon arrivée, portefeuille, carte grise de ma voiture abandonnée à Versailles, le certificat de séjour en prison, que j'ai bien longtemps conservé précieusement, les quelques francs dont je disposais sur mon livret interne.
Puis, la grande porte, celle par où j'étais entré, s'ouvrit lentement. Enfin j'allais sortir. Marie, ma tendre Marie serait-elle la ?
Ci-dessous voici l'un de mes poèmes écrit en prison pour les deux êtres qui ont marqué ma vie.
Ma maman et mon amour.
Le souvenir de toi, maman, je le porte dans mon cœur
Comme on porte une croix les jours de pénitence
Comme un fardeau trop lourd sur des épaules fleurs
Un remords infini sans une délivrance.
Toi si bonne et si douce, je rêvais ton visage
Souriant, amaigri, sur ces lits de douleur
Ces petits lits tout blancs, pour des enfants trop sages
Où tu restais couchée, nimbée dans ta pâleur.
Tu savais, toi maman, qu’une vie éphémère
C'était ta destinée, que jamais tes enfants
Ne pourraient se blottir sur le cœur d’une mère
Pour apaiser leur peine quand ils seraient plus grands.
Je me revois encore, le matin du Grand Jour
Une dernière fois, t’embrasser et partir
Sans douter un instant qu’à l’heure de mon retour
Tu t’en serais allée dans un dernier soupir.
Tout au long de mes jours, j’entendrai ta prière
Me disant sois bien sage, tu es grand maintenant
Ecoute bien mamie, aime ton petit frère
Moi je ne savais pas, je n’avais que treize ans.
Plus tard, je t’ai cherchée, comme on cherche son ombre
T’ai appelée sans cesse, sans entendre ta voix
Je t’ai parlé souvent, recueilli sur ta tombe
Espérant un soupir, un signe, je ne sais quoi.
Ma vie s’est accomplie comme on tourne une page
Cent fois je t’ai trouvée, cent fois je t’ai perdue
Cent fois dans un visage j’ai cru voir ton image
Ce n’était pas tes yeux et je n’y croyais plus.
Se peut-il que les yeux d’une mère se ferment
Se ferment à tout jamais sur les fruits de l’amour
S’effacent de ce monde sans que jamais reviennent
N’apparaissent jamais tout au long de ces jours.
Non tu ne pouvais pas ne pas me faire un signe
Sans doute n’avais-je pas pris le temps de chercher
Sans doute n’avais-je pas chanté le chant du cygne
N’avais-je pas souffert assez pour pouvoir te trouver.
Il a fallu maman, que les yeux d’une femme
S’attardent un peu de temps sur ma peine du jour
Pour que dans leur douceur je retrouve la trame
De ton sourire, maman, et de tout ton amour.
Je ne sais plus maman qui de toi ou qui d’elle
Se penche nuit et jour et veille sans faiblir
Sur ton enfant, maman, et le prend sous son aile
Comme ces oisillons que la mère vient nourrir.
Oui, je t’ai retrouvée dans cette âme profonde
Dans ce cœur frissonnant et d’amour et de joie
Je ne peux me tromper et tout me le démontre
Et je me berce d’elle et me nourrit de toi.
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21.07.2008
Ma vie 62
Plus le temps passait, plus la juge demeurait muette, plus Marie piaffait d'impatience, elle ne comprenait pas, elle avait exercé la profession d'avocat. Il faut faire une action d'éclat, me disait-elle, pour contraindre la justice à prendre ses responsabilités.
Marie avait conservé, de l'époque où nous étions éditeurs, des relations amicales avec la presse et la télévision. Je la savais capable d'amorcer une révolte, de faire un scandale, de décider une grève de la faim dans les locaux du tribunal, que sais-je encore, je la savais capable de tout.
Je m'efforçai de la tempérer, je lui demandai d'attendre mais c'était très dur pour elle, la maison à tenir, les migraines déprimantes, les voyages incessants, sa fille Judith confiée à une voisine pendant ses absences, le stress de cette enfant, bousculée par ces événements, révoltée comme sa maman, n'avait-elle pas eu, avec son professeur, l'idée de faire signer une pétition aux professeurs et élèves de son collège pour exiger ma libération immédiate ?
Décidément il fallait que ça cesse, mais moi, peut-être égoïstement, je voulais encore que la justice reconnaisse son erreur, naturellement, sans vagues, sortir par la grande porte, disais-je.
Ce vendredi là, en fin d'après-midi, prise dans les embouteillages, à la sortie de Paris, Marie, tout en conduisant, songeait à la visite qu'elle venait de me faire, m'avait trouvé triste, déprimé, irritable. Il faut que je fasse quelque chose, que j'intervienne, se disait-elle, tout en freinant légèrement pour laisser passer une voiture qui la doublait dangereusement.
Brusquement elle se frappa le front, une idée venait de surgir, pourquoi n'y avait-elle pas songé plus tôt ?
Impatiente de la mettre à exécution elle avait hâte d'arriver chez elle. Elle ne prit pas le temps de garer sa voiture, ni même celui d'aller chercher Judith, elle se précipita dans la pièce où elle rangeait ses archives, fouilla fébrilement, trouva enfin ce petit carnet qui contenait toutes les adresses utiles de sa jeunesse.
Elle en était sûre, maintenant elle allait faire bouger les choses. Au cours de ses études de droit, elle avait entretenu des relations amicales et professionnelles avec un magistrat devenu président de la Cour de cassation, elle allait lui téléphoner, espérait qu'il se souviendrait d'elle et pourrait lui prodiguer un conseil.
Elle avait deux numéros de téléphone, celui de son appartement et celui de sa résidence secondaire, elle opta pour ce dernier.
On était vendredi. Vraisemblablement il devait être en week-end, elle avait vu juste, ce fut sa femme qui répondit. Marie se présenta et fut heureusement surprise qu'après dix-huit ans de silence, la conversation soit si amicale, bien sûr qu'ils se souvenaient d'elle et disait-elle, mon mari sera heureux de parler avec toi. Marie était émue, un peu anxieuse, et prit son courage à deux mains et lorsqu'elle l'entendit au bout du fil, lui exposa la situation. Il l'écouta sans l'interrompre, lui demanda certains détails, se montra fort prudent, réticent même, elle sentait qu'il ne prenait pas les propos qu'elle lui tenait pour parole d'évangile, il avait une trop haute estime de la justice pour, d'entrée de jeu, la mettre en cause, il lui dit cependant qu'il s'efforcerait de se renseigner, la rappellerait un jour prochain.
Elle n'était pas certaine qu'il la rappellerait mais, si elle n'avait plus confiance dans la justice elle avait confiance dans la parole de cet homme qu'elle savait intègre.
Il la rappela le lundi soir, elle comprit de suite qu'elle avait gagné, il était outré, très en colère, avait eu un entretien avec le procureur du tribunal chargé de mon dossier, ne croyait pas en cette justice-là, il lui confirma que mon dossier était toujours vide, aucune charge contre moi, il avait l'assurance que je serai libéré dans les tous prochains jours.
Marie raccrocha, respira, à pleins poumons, l'air frais qui lui venait du jardin, chargé d'odeurs vivifiantes, un grand bonheur la submergeait, elle eut envie de pleurer mais retint ses larmes, enfin notre cauchemar allait prendre fin, l'avenir s'annonçait plein d'espoir, ce n'était pas le moment de flancher.
Elle aurais tellement voulu Marie prendre le téléphone est m'annoncer dans l'immédiat cette heureuse nouvelle. Pourraient-elles attendre la prochaine visite ? Son coeur battait à tout rompre. Elle m’imaginait au fond de ma cellule attendant sans y croire vraiment à un prochain dénouement.
Marie ne se trompait pas. J'étais bien la dans la cellule à attendre qu'il se passe quelque chose. Je profitai d'une heure de solitude mes deux compagnons assistant à la séance de promenade. J'en profitais pour faire le point sur mon séjour prolongé dans cette prison de Meaux.
Une certitude s'imposait à mon esprit je n'avais pas pu me faire à cette vie végétative. Pas plus qu'à la promiscuité qui m'avait été imposée. J'avais très mal supporté l'éloignement des être qui m’étaient chers. J'aurais pu faire une longue, très longue listes de tous les points négatif mais ce rappel n’auraient servi qu'à augmenter considérablement la rancœur que j'éprouvais à l'égard de la justice.
Mais le séjour en prison présentait malgré tout un côté positif. J'avais pu pendant ces longues semaines faire un important retour sur moi-même grandement facilité par l'échange de correspondance avec Marie. J'avais analysé tous les états de ma vie passée. Appréciée le nombre d'amis sincères qui n'avaient pas détourné leur regard à la suite de mon incarcération. Et surtout l'amour que je portais à Marie s'était confortée j'avais découvert la profondeur de ses sentiments, sa fidélité, son ouverture d'esprit sur le monde actuel et sa volonté inébranlable. Willy Marie était bien la femme que j'attendais, que je cherchais de pluie des décennies sans le savoir. Je n'avais peut-être donc pas tout perdu dans l'expérience de la non-vie qui m'avait été imposée. Cela me donnait un courage immense pour affronter un nouvel avenir.
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20.07.2008
Ma vie 61
Pierre avait tendance à me prendre pour un écrivain public. À plusieurs reprises il m'avait demandé de rédiger des lettres d'amour destiné à sa femme. Une demande de mise en liberté était la demande de ce jour. Je l'avais rédigé, sans grande conviction, étant donné d'une part le manque de réussite de mes propres demandes et, d'autres part les lourdes charges, qui pesaient sur lui : Vole de chèques et de pièces d'identité, chèques sans provision, usurpation d'identité, etc., la liste était longue et sérieuse.
A la stupéfaction général cette demande avait été acceptée er Pierre venait d'être remis en liberté provisoire en attendant son procès. une certaines solidarité nous avait uni, celle qui se manifestait dans le malheur, nous étions tous des êtres humains et, quels que soient les raisons de notre présence ici, nous partagions la même vie, les mêmes souffrances, les mêmes angoisses. Pierre venait de partir est déjà il nous manquait. Il avait été notre compagnon de misère et bien q’un sentiment éphémère de jalousie se soit insidieusement logé au fond de notre cœur, nous étions heureux de le savoir libre.
Très vite, un nouveau compagnon était venus partager notre cellule, il était jeune, vingt ans, tout au plus, originaires d'une cité sensible, il avait désiré et provoqué cette incarcération, cela le poserait auprès de ses camarades, lui permettrait, disait-il, d'être respecté, de devenir un caïd dans son milieu social.
A chacun son idéal, ce n'était ni le mien, ni celui de Jean-Pierre, arrêté par accident, à la suite d'une méprise, il s'était mis dans la tête de remettre ce jeune dans le droit chemin.
Mission impossible, pensais-je mais qui sait, en l'occurrence, l'âge oblige, j'étais l'arbitre de discussions qui n'en finissaient pas et qui apparemment semblait ne mener nulle part.
Loin de toutes ces discussions, toujours par lettre, Marie et moi, vivions nos balades hors du temps et de l'espace, nous parlions des réalités de notre après, de notre folle envie d'avoir une fille, moi, j'étais sur que ce serait une fille, Marie un peu moins, de réunir nos jeunes enfants en une grande et belle famille.
Nos avions des rêves plein la tête, nous nous sentions capables de les réaliser, cet enfermement m'avait donné une folle et irrésistible envie de vivre une vie nouvelle, un recommencement.
Marie avait consulté son gynécologue, il l'avait rassurée, elle pouvait avoir un enfant, en ce qui me concernait, avait-il précisé, l'âge ne présentait, sur le plan génétique, aucune contre indication, cela m'avait fait sourire, Marie, en prévision de ma libération, que nous espérions toujours prochaine, avait mis un terme à la méthode anticonceptionnelle qu'elle utilisait jusqu'à ce jour.
Le temps n'en finissaient pas d'aligner ses jours et ces nuits, tous plus inutiles les uns que les autres, l'instructions de monde affaire était toujours au point mort, aucune discussion avec la juge totalement muette, le 5e mois venait de se terminer j'en étais toujours comme aux premier jour,au point de départ.
Non, j'avais pu juger de l'inutilité et de la nocivité de la prison préventive, c'était l’école du vice, de la magouille, de la combine, du mensonge, mêmes du crime.
Tout est interdit dans la prison mais on peut tout se procurer de la drogue aux armes, il suffit d'avoir un peu d'argent, rien n'est impossible, tout se sait en prison, les ragots vont bon train, se propagent à toute vitesse, je percevais chaque mois ma retraite, j'en reversais le montant à mon avocat chargé de la remettre à ma famille.
Toute la prison était au courant de ce mouvement de fonds, mais pour le directeur qui s’imaginait que je versais des honoraires, j'étais stupide de payer un avocat si cher, pour des résultats aussi maigres. Pour les détenus c'était une preuve de mes trafics avec la maffia et mon prestige augmenté à vue d'oeil.
J'étais donc un escroc à qui le directeur avait proposé d'assumer les fonctions de comptable dans son établissement. Allez comprendre.
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