11.09.2008

Et si le bonheur....27

Julien et Linda s’étaient endormis dans le grand canapé de la salle de séjour, des rêves plein la tête, l'amour au fond du coeur.

Quand ils s'éveillèrent, le jour était bien avancé, le soleil d'automne pénétrait largement dans la pièce, malgré les volets clos, mais leurs yeux brillaient d'un tel éclat qu'ils se crurent au printemps.

C'était bien le printemps de leur vie, qui s'offrait à eux, la plus belle des saisons où tout se prépare, tout se sème, tout se plante, où l'on espère l'abondance des fleurs et des fruits, des jours et des saisons prochaines.

Ils se regardaient ivres de bonheur, n'osant s'approcher, se toucher, se parler même, de peur que ne s'enfuient leurs rêves.

Mais la faim eut raison de leur béatitude, bien vite il leur fallut se rendre à l'évidence, le petit déjeuner ne se trouvait pas dans le frigidaire, il était encore chez le boulanger.

- Tu refermes derrière moi, lui dit-il, en se dirigeant vers la porte d'entrée, tu n'ouvres à personne, je reviens vite.

Elle comprit qu'il allait faire quelques courses. Sagement elle referma la porte comme il le lui avait demandé.

Elle se fit couler un bain, jugea qu'elle en avait le temps, se déshabilla, pénétra dans l'eau tiède, s'immergea toute entière, son corps, épuisé par la longue nuit qu'ils venaient de vivre, par les émotions qu'ils avaient éprouvées, par l'espérance qui s'annonçait dans leur vie, son corps fatigué reprit une vigueur nouvelle, elle allait se battre pour retrouver son fils et pour un bonheur qu'elle espérait être à portée de ses mains.

Elle savait que rien n'était gagné, que toute sa vie restait à construire mais que risquait-elle maintenant que Julien était entré dans sa vie ?

Elle sortit de sa baignoire, s'habilla rapidement, un immense bien-être envahit tout son corps, c'est si bon de vivre, se dit-elle.

On sonna à la porte, c'était Julien les bras chargés de provisions.

- Tu veux nourrir un régiment, lui dit-elle, en éclatant de rire, il ne répondit pas, sourit à son tour, rangea les provisions, elle dressa la table pendant qu'il mettait à chauffer dans le micro ondes, la superbe et appétissante pizza, champignons mozzarella qu'il venait d'apporter.

Le repas fut joyeux, un repas d'amoureux, un moment de bonheur, ils s'étaient assis l'un à côté de l'autre, ils riaient comme des enfants en vacances, s'amusaient de rien, d'un jeu de mots, d'une expression, ils se regardaient les yeux au fond des yeux, des minutes entières, comme s'ils avaient voulu pénétrer au plus profond de leur âme. Ils étaient heureux d'être ensemble, heureux de vivre une aventure exceptionnelle.

Julien se leva, Linda en fit autant, ensemble ils s'approchèrent de la fenêtre, ouvrirent les deux battants, l'air de la mer balaya leur visage, le soleil brillait de tout son éclat, au loin la mer regagnait la plage qu'elle avait désertée quelques heures plus tôt. Julien prit la main de Linda.

- Attends-moi lui dit-il, je vais chercher la moto, je t'emmène faire un tour.
- Mais Julien dit-elle, avec un sérieux regret dans la voix, je ne dois pas sortir.
- Mais que risques-tu, tu n'es pas seule, je suis avec toi et puis nous avons la moto, ça se faufile partout un engin comme ça. Regarde, il fait si beau.

Il n'eut pas à insister beaucoup pour la convaincre tant elle avait envie de sortir, de quitter cette maison, d'aller dehors sur la plage.

Quelques minutes plus tard, la moto filait bon train sur la route de Fouras, en direction de la grand côte et du phare de la Coubre.

Julien voulait lui faire connaître ces endroits de son enfance si pleins de souvenirs, les camps de scout au pied du phare, les longues randonnées pédestres dans les pinèdes bordant la route, les longues courses, usantes, épuisantes sur la plage de sable fin en compagnie de son père. Les images qui se bousculaient dans sa tête, bien que présentes dans sa mémoire, c'était du passé, aujourd'hui commençait peut-être une nouvelle période de souvenirs plein de promesses.

Linda faisait corps, avec Julien et sa moto, plaquée contre le dos de celui qu'elle aimait, les mains autour de sa taille, le visage appuyé sur son dos musclé, elle épousait tous les mouvements imposés par le pilote. C'était grisant de se laisser emporter sur cette monture, de fermer les yeux et de ne penser qu'à l'amour.

Il s'arrêta à l'entrée d'un chemin qu'il connaissait bien, il laissa sa moto au bord de la route, à l'entrée de la pinède qui longeait la plage de la grand côte. Ils partirent la main dans la main en direction de la mer dont ils entendaient le ressac.

Linda crut défaillir lorsqu'ils débouchèrent sur la plage, c'était grandiose, en face d'eux, c'était l'océan, le grand large, l'aventure.

La forte mer, gonflée par un fort vent d'ouest projetait avec violence des paquets d'écume d'une blancheur immaculée sur cette plage étroite jonchée de bois flottés.

Il la prit dans ses bras, leurs yeux perdus dans le lointain, comme s'ils avaient voulu voir au-delà de leurs rêves, plus loin encore que leur ligne d'horizon, ils restèrent longtemps immobiles à contempler le mouvement des flots.

Ils firent quelques pas sur la plage, ramassèrent quelques morceaux de bois aux formes étonnantes sculptés par la mer, ils remontèrent dans la pinède face à l'océan, Julien s'assit sur le sable, le dos appuyé contre une souche, Linda mit sa tête sur ses genoux, il la regardait, admirait son visage, il la trouvait si belle, elle s'abandonnait à ses caresses, il la tenait dans ses bras, lui caressait les cheveux, le visage, il se pencha lentement sur elle, leurs lèvres insensiblement se rapprochèrent et s'unirent dans un baiser ardent et passionné qui leur sembla durer une éternité.

Julien reprit son souffle, profondément troublé par ce baiser, par ce corps qui s'abandonnait à ses caresses, il ressentit un désir fou envahir tout son être, il la serra un peu plus fort contre lui, elle répondit à son étreinte, lui prit la tête dans ses deux mains une fois de plus leurs lèvres se joignirent, dans un total abandon, dans un accord parfait, le coeur battant la chamade, ils s'accomplirent, totalement, passionnément, follement, avec pour seuls témoins, le soleil, le sable, le vent et la mer.

Ils venaient de connaître le ciel, lentement, doucement, ils redescendaient sur terre, retrouvaient la plage, la pinède et les flots, ils restèrent encore longtemps immobiles, couchés l'un près de l'autre, se tenant par la main, n'osant pas parler, faire un geste, de peur de rompre cette harmonie, ce bonheur si total, cette plénitude qui les enveloppait, comme une protection aux épreuves de la vie.

Ils virent les étoiles s'allumer une à une, dans le ciel qui s'assombrissait, il y avait longtemps que le soleil avait disparu, à regret ils se décidèrent à quitter ce lieu magique, témoin de l'épanouissement de leur amour.








Les conclusions du grand patron de celui qu'on appelait communément le boss avaient été catégoriques, quand le vin est tiré il faut le boire. En d'autres termes il fallait mettre un terme aux activités de Marco.

José avait été convoqué à Paris auprès des instances dirigeantes. Les incidents qui s'étaient produits à la frontière espagnole avaient fait grand bruit dans les milieux politiques, pas de vagues avec l'E.T.A., disait-on dans les couloirs du pouvoir et Paris ne pouvait tolérer les manquements de Marco aux règles imposées.

Ici on ne donnait pas d'ordre, on laissait entendre, on pensait que, on murmurait, on suggérait, on espérait, parfois on provoquait. José connaissait bien ce langage, cette façon de dire les choses, de donner des ordres sans les donner, tout en les donnant, préserver avant tout sa propre responsabilité. José avait compris qu'on lui donnait carte blanche, c'était à lui d'agir, à lui de rétablir l'ordre dans son secteur.

Dès son retour à Aix il s'y employa, exerça son emprise sur les activités du groupe en fixant de nouveaux objectifs, donna de nouvelles directives auprès du Montagnard pour procéder à la liquidation de la dynamite et des armes. Il apprit que Marco avait été chercher le bébé de Linda pour le conduire, où, il n'en savait rien mais ça n'avait aucune importance, l'essentiel c'était qu'il soit parti. Le Motard rentré de Royan, était aux ordres, il fut chargé de la surveillance extérieure de la discothèque et de retrouver l'endroit où se planquait Marco.

Le dispositif, totalement repris en mains, était en parfait ordre de marche, José avait placé deux gros bras, déguisés en S.D.F. dans les cartons de l'impasse, il subodorait quelque chose, depuis qu'il avait trouvé un mégot de cigarette, encore fumant, dans le bureau vide de la discothèque.

Sur la route, tout en conduisant Marco mettait au point sa stratégie, il ne s'avouait pas vaincu, la véritable bagarre c’était entre lui et José, pas entre lui et le boss. Il savait que celui-ci, en définitive, appuierait le plus fort celui qui sortirait vainqueur de ce duel, ne pas oublier que le boss était, avant tout, un politicien, il avait donc l'habitude de ne pas mettre ses oeufs dans le même panier.

Il avait donc toutes ses chances et possédait même un réel avantage sur José, il savait où le trouver, à n'importe quel moment de la journée, alors que personne ne connaissait sa planque, enfin il pouvait pénétrer dans la discothèque, sans que personne ne le sache.

Un seul point noir, il ne pouvait pas savoir combien de fidèles lui restaient acquis, la nature humaine était tellement versatile qu'il ne pouvait préjuger de rien dans ce domaine.

Il envisagea l'hypothèse où il ne sortirait pas vainqueur de cette bagarre, il décida d'assurer ses arrières, avant de rentrer à Sorgues, il s'arrêterait à l'aéroport de Marseille Marignane.

A 17 heures il était à l'aéroport, devant le guichet de la compagnie Air France, muni de faux papiers, au nom de Laville Georges, il demanda un billet aller simple en première classe, à destination de Manille.

Si ça tournait mal en France, il savait qu'il pouvait compter sur le réseau qu'il avait constitué aux Philippines qui lui fournissait les filles dont il avait besoin.

L'agent de la compagnie lui remit le billet, il paya en espèce la somme de 6.000 €, il quitta l'aéroport et retrouva sa voiture.

Avant de reprendre le volant, il jeta un coup d'oeil sur le billet qui venait de lui être délivré, il constata que le vol était bien dans quatre jours et qu'il occuperait la place M 4, ça le fit sourire, le M était la 13e lettre de l'alphabet. Fallait-il y voir un heureux présage ? Il souleva les épaules, rangea le billet dans son portefeuille, remit le tout dans la poche intérieure de sa veste. Il lança son moteur et reprit la direction de Sorgues.

Quelques minutes plus tard il retrouva sur le parc de stationnement de la place du marché, la place qu'il avait laissée l'avant-veille, y inséra sa voiture, coupa le contact, descendit, retira sa veste, la déposa sur le siège arrière, reprit sa houppelande et son chapeau, ferma les portières, traversa la place et entra dans le café des sports.

Les contractions de son estomac qui se traduisaient par des bruits et des circonvolutions étranges lui rappelèrent qu'il n'avait rien pris depuis le repas face à Dominique, soudain il eut une fin de loup.

Le café des sports était en fait une brasserie, il s'installa à une table, se fit apporter la carte, commanda un Kir, prit le temps de choisir, il n'était pas pressé, personne ne l'attendait dans la bergerie, il pouvait savourer un instant de repos, d'autant plus qu'il voulait, dès le lendemain, se rendre à la frontière espagnole pour régler avec certitude le problème qu'il avait lui-même initié.

Le repas terminé, l'addition réglée, il sortit de la brasserie, lorsqu'il se souvint avoir laissé son portefeuille dans la poche intérieure de sa veste, il se dirigea vers la voiture tout en déverrouillant, à l'aide de son biper, les portières, il ouvrit la porte arrière, étendit les deux mains pour se saisir de la veste, se pencha légèrement, soudain il s'immobilisa, il venait de sentir l'acier dur et froid d'une arme posée sur sa nuque tandis qu'une main ferme pesait sur son épaule, le maintenant dans l'incapacité de bouger, même légèrement.

- Pas un geste bonhomme, bouge pas, lui dit une voix qu'il ne reconnut pas.

Putain, se dit-il en lui-même, ils m'ont retrouvé.

Il n'avait pas peur, c'était les risques du métier, la vie pouvait s'arrêter à tout moment, il avait joué, avait perdu, il devait payer, c'était la loi mais c'était tout de même dommage de finir sa vie aussi jeune et de cette façon.

Il compris que son exécution ne se ferait pas sur cette place, lorsque l'individu, sous la menace de son arme, lui intima l'ordre de s'asseoir au volant, lui-même s'installant à l'arrière.

Malgré la nuit et le peu d'éclairage de la place, Marco aperçut la silhouette de son agresseur, mais le visage était dissimulé sous une cagoule noire.

- Tu démarres, tu sors de la ville, direction Aix, vitesse réduite.

Marco sentit l'arme appuyer un peu plus fort sur sa nuque, comme pour confirmer l'ordre que lui avait donné son agresseur. Il s'exécuta, mais que pouvait-il faire d'autre ?

Ils sortirent de la ville, il y avait peu de circulation, Marco roulait lentement.

- Là-bas tu prends le chemin à droite.

Il s'y engagea, le chemin était chaotique, étroit, s'enfonçait dans une forêt épaisse et profonde, ils arrivèrent dans une petite clairière, dans les lumières des phares, Marco ne vit aucun autre chemin.

- Stop, lui ordonna l'agresseur.
Marco s'exécuta, il sentit le froid de la mort envahir tout son être, son corps se raidit, il attendait la fin, sans doute sa vie allait s'achever là dans cette clairière, il reçut un coup violent à la tête et perdit connaissance.

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