12.09.2008

Et si le bonheur....28

Dominique rentrait à Royan avec son précieux fardeau, le petit Paul, le fils de Linda qui dormait à poings fermés, confortablement installé dans son fauteuil sur le siège arrière de la Mercedes.

Il roulait doucement, regardait souvent, dans son rétroviseur, réglé sur le visage de l'enfant, toujours sur le qui-vive, prêt à intervenir au moindre incident, à la moindre manifestation de celui-ci.

A la sortie de Tours il quitta l'autoroute à la recherche d'un petit restaurant, un routier. Il le trouva une centaine de mètres plus loin.

Le coup de feu étant passé, il était plus de quatorze heures, la salle était vide et la serveuse, attentive et serviable, prit le petit Paul en charge, elle avait-elle même un enfant du même âge, composa son menu et participa à l'aventure à la grande satisfaction de Dominique peu expert en la matière.

Il reprit la route en direction de Poitiers, il filerait sur Niort, Saintes et Royan. Plus il approchait de cette dernière ville plus son inquiétude grandissait. Il devait mettre son idée à exécution, cette idée folle qu'il avait eue dans un moment d'égarement mais maintenant il était au pied du mur.

Epouser Linda était devenu une véritable idée fixe, une obsession qui ne le quittait plus,
Il avait interprété son arrivée à Royan comme un véritable appel au secours, ce qu'il était en réalité, mais rien de plus, alors qu'il voulait y voir le désir de vivre à nouveau avec lui, elle avait beau lui dire le contraire, lui dire qu'elle en aimait un autre, il était certain qu'elle ne dévoilait pas le fonds de sa pensée.

Il lui fallait jouer serré, être reconnu comme le sauveur, celui par lequel tous les bonheurs arrivent, à qui on ne peut rien refuser, mais pour forcer le destin, il devait se servir de l'enfant pour faire pression sur elle et dans l'immédiat mettre le petit Paul en lieu sûr. Mais où ?

Il n'avait pas eu le temps de trouver une réponse à cette question, ça allait trop vite, il lui fallait réfléchir, dans peu de temps il serait à Saintes. Il songea à sa mère qui vivait seule à Talmont, tout près de Royan, il allait lui confier l'enfant, elle accepterait tout ce qu'il lui demanderait, tout ce qu'il lui dirait, ne poserait aucune question, il serait en sécurité, à l'abri, surveillé et choyé.

Et pourtant, en agissant ainsi, il aurait dû se douter qu'il devenait complice de l'enlèvement et de la séquestration du bébé entraînant également dans ce crime, la responsabilité involontaire mais certaine de sa propre maman.

Il arriva à Talmont en fin d'après-midi, la nuit commençait à tomber, il arrêta sa voiture devant l'hôtel restaurant de l'estuaire, sa mère habitait la maison voisine, elle était absente, le voisin lui dit qu'elle était comme chaque soir à la même heure au cimetière.

Il réveilla le petit Paul, le prit à son cou, moitié somnolent et quelque peu grognon, et s'avança au devant de sa mère.

Ils se rencontrèrent à mi-chemin, elle fut surprise de le voir.

- Tu te fais bien rare, lui dit-elle sous forme de reproche, tu restes dîner ? Puis, apercevant l'enfant qu'il tenait dans ses bras, à qui est ce bébé, c'est le tien ?

- Viens lui dit-il, la prenant tendrement par le bras et différant sa réponse, rentrons à la maison, je t'expliquerai.

Ils avancèrent en silence, il y avait peu de monde dans l'avenue, on était hors saison, ça et là des bosquets de tamaris et de roses trémières créaient des îlots de verdure, sur les façades claires des maisons basses aux volets peints en bleu.

Sa mère s'effaça pour le laisser entrer, il déposa le petit Paul sur le vieux canapé en velours rouge, aux accoudoirs usés jusqu'à la trame.

L'intérieur de la maison dans laquelle il avait passé toute une partie de sa jeunesse n'avait pas beaucoup changé, il retrouvait, avec émotion, les vieilles photos, jaunies, fixées aux murs par des punaises à tête blanche, ou rehaussées dans des cadres en cartons de couleur, déposées dans un ordre immuable sur le buffet et les étagères, voisinant avec les pots de confiture, les vieux papiers peints décolorés par le temps.

A douze ans il avait quitté ses parents pour faire ses études à Paris. Il voulait être cuisinier, son oncle et sa tante tenaient un restaurant, rue des Saints-Pères, près de l'Odéon, et tout naturellement le prirent en apprentissage. Il avait ensuite effectué son tour de France, avait connu les plus grands restaurants. Il avait réalisé son rêve, être à son tour propriétaire d'un établissement bien à lui dans le pays de son enfance.

Le petit Paul, désertant le canapé, était venu se nicher entre ses jambes, machinalement Dominique lui caressa les cheveux. Il vit le regard de sa mère, interrogatif, se poser sur l'enfant, c'était le moment de répondre à la question à laquelle il n'avait pas répondu.

- Oui, maman c'est mon fils, du moins il le sera bientôt, et comme le regard de sa mère manifestait un étonnement certain, d'un geste, lui désignant une chaise près de la sienne.

- Viens, maman, assied-toi, c'est une longue histoire.

Il commença son récit par l'évocation de souvenirs anciens qui émurent sa maman, la rendirent attentive à ses paroles, déjà prête à accéder à toutes ses demandes.

Il lui rappela ce qu'elle connaissait déjà, mais qu'elle avait peut-être oublié, sa rencontre avec Linda, sa grossesse, la naissance de l'enfant, leur vie en commun, leur séparation, l'amour qu'il avait pour elle et pour ce petit être qui était un peu le sien jugé à l'aune de l'amour qu'il lui portait.

Jusque là tout était vrai, tout était sincère. Il poursuivit, inventant une histoire, son histoire, voulant la rendre crédible aux yeux de sa mère, peut-être sans doute à ses propres yeux.
Il insista, développa ses arguments.
- C'étaient les parents de Linda qui avaient gardé l'enfant, mais pense donc maman, des commerçants ça n'a pas beaucoup de temps, et à Dijon, trop loin pour Linda, trop dure la séparation. On a décidé de se marier, oui bientôt, le temps de publier les bans, deux ou trois semaines tout au plus, oui bien sûr, je te la présenterai. Sonia, me demandes-tu, oui je te l'avais présentée, comme une amie pas comme une fiancée, non, non, elle reste à l'hôtel, c'est mon associée. Alors, maman, tu veux bien le garder notre bébé, vois comme il est sage, comme il est mignon.

Le petit Paul, comme s'il avait senti qu'on parlait de lui, était venu s'accrocher aux jupes de la vieille femme qui fondit comme miel au soleil. Elle le prit sur ses genoux et Dominique comprit qu'il avait gagné la partie, il pouvait partir tranquille, le petit Paul avait trouvé un toit pour les jours à venir, il devait maintenant convaincre Linda.








Marco ouvrit les yeux, se demanda s'il était mort ou vivant. Tout était noir autour de lui, plongé dans les ténèbres, il se crut en enfer, le diable allait surgir.

Dans le lointain, une chouette jeta son cri nocturne auquel répondit aussitôt une autre congénère. Il était donc vivant, il se souvint, la voiture, l'arme sur la nuque, la balade en forêt, après, il ne savait plus, ne se souvenait plus, c'était le trou noir, la perte de connaissance. Une douleur sourde, lancinante le fit sortir de sa torpeur, il voulut porter sa main sur le siège de sa douleur, la tête, il ne le put, ses deux mains attachées au volant lui interdisaient tout mouvement.

Assis à la place du conducteur, il voulut bouger les jambes, il ne le put, elles étaient ligotées.

Ses ennemis l'avaient retrouvé, c'était évident, pourquoi ne l'avaient-il pas abattu sur le champs, de sang froid ? Au lieu de le laisser seul dans cette voiture et dans cette clairière ? Soudain il entendit un bruit de feuilles froissées, quelqu'un s'approchait de la voiture. Allons se dit-il, cette fois ils vont en finir, il se prépara mentalement à mourir.

L’individu s'était arrêté près de la voiture, Marco aurait payé très cher pour apercevoir la gueule de son bourreau, mais dans ces ténèbres... Brusquement, dans le même instant, la portière fut ouverte et le faisceau lumineux d'une lampe électrique balaya son visage le forçant à fermer les yeux.

- Ecoute-moi bien, bonhomme, t'es à ma merci, j'ai pour mission de te flinguer, j'ai un gros calibre, tu le sens, éructa l'individu en promenant le canon de son arme sur le visage de Marco. Tu vois, j'ai qu'à appuyer sur la détente et.... pfittt, ....plus de Marco.
Mais tu piges, c'boulot c'est pas mon trip surtout contre toi, tu m'as pris à ton service quand j'étais dans la merde, et ben, l'motard y paie ses dettes, t'es mon pote Marco, t'es libre lui dit-il en le libérant de ses liens.

A la lueur de la lampe que l’individu avait déposée sur le tableau de bord Marco reconnut le motard qui poursuivit.

- J'ai été chargé de te trouver, de t'éliminer, je t'ai trouvé, oh c'était pas bien duraille, souviens-toi, tu m'avais donné un pakson à déposer pour ton frangin au café des sports, j'me suis dit qu'ta planque d'vait être dans l'secteur, j'ai planqué et t'es v'nu.

Marco restait sans voix, se demanda si ce n'était pas un piège, mais comment le savoir ? Prudent il resta sur ses gardes, le motard poursuivit.

- J'sens bien qu't'as les j'tons, tu t'mandes pourquoi c'cirque, simple, t'prouver qu'je suis ton pote. j'tai pas flingué mais j'aurais pu rafler le p'tit pactole qu't'as dans ta tire, j'sais pas d'où viens l'oseille mais j'm'en tape, et pis t'as un chouette bifton dans tes fouilles, Manille, ça aurait pu m'donner des idées, avec le fric, c'était complet. Et rien, bernique, si c'est pas une preuve ça. Tiens, une preuve de plus, j'te rends ton flingue, dit-il en lui tendant une arme qu'il sort de sa poche. Marco reconnut son propre revolver.

L'arme dans la main, Marco reprenait confiance, le motard semblait sincère, il est vrai qu'il l'avait toujours servi fidèlement, bien sûr il n'avait pas retrouvé Linda, mais était-ce sa faute ?

Marco, devant toutes ces preuves, toutes ces précisions, avait tendance à lui faire confiance et puis que risquait-il, il ne se posa pas d'autre question, considéra que le motard était son allié et des alliés il n'en avait pas à revendre.

- Bon, dit Marco, mettant fin aux embrassades, il n'y a qu'une chose à faire, on va s'pieuter, demain on avisera. Où est ta moto ?
- Place du Marché.

Ils sautèrent dans la voiture, Marco au volant, il fit demi tour, quelques minutes plus tard ils délaissèrent la voiture pour prendre la moto, ça passe partout ces engins là, dit le motard.

Ils passèrent tous les deux la nuit dans la bergerie.

Marco dormit très mal cette nuit-là, souvent réveillé par des bruits extérieurs difficiles à identifier, il mettait de longues minutes à se rendormir et il réfléchissait. Ne ferait-il pas mieux de partir, il en avait tous les moyens, l'argent, le billet en poche, les faux papiers et l'organisation qui le recevrait. Mais voilà, il était orgueilleux Marco, partir dans de telles conditions, ça manquait de noblesse, la fuite, pour lui c'était minable et ça ne réglait pas le problème, l'organisation lui collerait un contrat aux fesses, beaucoup plus difficile à déjouer dans un pays inconnu.

A la réflexion il lui fallait faire preuve de courage et d'audace, il devait provoquer la confrontation avec José, dans sa tête il arrêta une stratégie et l'esprit apaisé, il finit par s'endormir.

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