13.09.2008
Et si le bonheur....29
C'était un jour comme les autres, plein de promesses, un soleil radieux chauffait la plage, l'air était vif et frais, Linda, amoureuse, le coeur remplit d'un bonheur auquel elle aspirait de toutes ses forces, ouvrait ses volets à la lumière du jour. La joie se lisait sur son visage, même si au fond des yeux se cachait toute la tristesse d'une maman privée de son enfant.
Depuis l'avant veille, Julien ne l'avait pas quittée, depuis qu'ils s'étaient amoureusement découverts, qu'ils s'étaient aimés, dans la pinède de la grand côte, ils étaient restés ensemble, heureux de se connaître, de faire, en parfaite communion, de corps et de coeur, le merveilleux apprentissage de l'amour.
Ils avaient passé une partie de la journée d'hier à parcourir la ville, à faire quelques emplettes, à se perdre et à se retrouver, insouciants et heureux comme des adolescents en vacances, libérés de l'emprise des parents et faisant fi des interdits.
Ils avaient beaucoup parlé de leur jeunesse, de leurs parents, de leurs études, elle lui avait dit ses erreurs d'adolescente, sa fugue, la rupture grave et totale avec ses parents, son bébé le petit Paul, la place qu'il tenait dans sa vie, son absence, son désir de le retrouver, les démarches engagées par Dominique.
Il lui avait dit tous ses rêves, son désir de fonder une famille, avec elle si elle voulait bien de lui, en souriant, en guise d'acquiescement, elle lui offrit ses lèvres humides et chaudes dans un long et tendre baiser.
Il parla de l'avenir, du petit Paul, de son désir de le reconnaître et de l'adopter, là, son coeur de mère se brisa, elle fondit en larmes, se précipita dans ses bras, et lui offrit toute une série de baisers passionnés.
Suivi de leurs cris stridents, un vol de mouettes toutes blanches traversa le ciel sans nuage fonçant vers la mer, vers les bateaux de pêche qui rentraient au port. Linda frissonna.
Elle referma la fenêtre, ce jour s'annonçait aussi beau, aussi plein de bonheur que les deux jours précédents, rien pensait-elle ne pouvait assombrir cette joie, cette lumière qui irradiait tout son être.
Julien s'était absenté, il avait quelques démarches à accomplir et devait passer mettre un peu d'ordre dans la maison familiale désertée pour venir se nicher dans les bras de Linda.
On sonna à la porte d'entrée, étonnée par le retour si rapide de Julien, souriante, elle ouvrit la porte. Ce n'était pas son amour, son sourire disparut, c'était Dominique, un sourire au coin des lèvres. Elle ne sut pas pourquoi, toute sa bonne humeur disparut d'un coup, son visage se figea, soudain cet homme qui avait été son ami lui apparut comme le messager du malheur.
Pourtant il souriait. Ils s'observèrent un instant, comme s'ils avaient voulu évaluer leurs forces, le silence était lourd, oppressant.
- Tu ne me fais pas entrer ? Lui dit-il d'un ton léger.
Elle hésita, elle aurait tellement voulu que Julien soit là, elle se souvenait de la tournure qu'avait prise leur dernière rencontre et du malaise qui s'était instauré entre eux, cependant ce face à face ne pouvait pas durer indéfiniment, et puis qui sait, il était peut-être porteur d'une bonne nouvelle.
Elle se décida.
- Entre, lui dit-elle en s'effaçant pour le laisser passer.
Elle se dirigea vers la cuisine, il la suivit, elle ne lui proposa pas de café qui pourtant filtrait goutte à goutte dans la cafetière fumante dispensant son arôme épicé et subtil dans toute la pièce.
- Parle, je t'écoute, lui dit-elle, pressée d'en finir.
Il raconta son déplacement, sa rencontre avec Marco, l'intransigeance de celui-ci, les trésors de persuasion qu'il avait été obligé de développer, mais je pensais à toi, lui dit-il, à ta souffrance, mais il restait sur ses positions, mais je me battais pour toi Linda.
Elle écoutait, attentive, sans rien dire, sans un geste, se peut-il qu'il est ramené mon fils, alors pourquoi, n'est-il pas avec lui ?
Dominique crut lire dans les yeux de Linda cette interrogation muette, il ne pouvait reculer plus longtemps, il devait abattre ses cartes, il poursuivit.
- Et bien, tu peux te réjouir, j'ai gagné Linda, nous avons gagné, dit-il en appuyant sur le nous, comme pour bien lui faire comprendre que cette victoire ainsi que tout ce qui en découlait était indissociable et les engageait tous les deux.
Elle se leva d'un bond.
- Où est-il, je veux le voir, Mon Dieu merci, tu as réussi, comment vais-je pouvoir te remercier ?
Il pensa que ça se présentait bien pour lui, elle parlait de le remercier, ce serait peut-être plus facile qu'il ne l'avait craint. Elle le pressait de poursuivre.
- C'est un fait Linda, Marco accepte de nous rendre l'enfant, sain et sauf, contre remise des papiers compromettants, ça on n'y revient pas, c'est définitif.
Son coeur se mit à battre plus vite, c'était donc bien vrai, elle allait revoir son bébé, le prendre dans ses bras. Il continua :
- Mais pour toi, pour ce qui te concerne, Marco ne veut faire aucune concession, tu lui appartiens, tu es sa chose, il ne veut pas te rendre ta liberté, il a des projets pour toi, tu les connais m'a-t-il dit.
Il veut te vendre, au plus offrant, sur le marché de la prostitution, alors Linde, je n'ai pas pu supporter ça, je ne pouvais pas accepter qu'il te vende comme une putain, alors j'ai fait une chose insensée, je l'ai faite pour toi, pour ton fils, je l'ai faite pour nous, pour te sauver, je lui ai proposé de te racheter et il a accepté, mais à une condition, il ne veut pas faire un marché de dupes.
Dominique reprit son souffle, il ne rendra le petit Paul, que le jour où tu seras officiellement ma femme.
Voila, c'était dit, il avait semé et n'avait plus qu'à attendre la récolte, le fruit allait mûrir, il était fier de lui, jamais elle ne pourrait refuser, elle aimait trop son gosse.
Linda, totalement anéantie, rouge de honte, la tête en feu, incapable d'articuler un mot, se laissa tomber sur sa chaise, la tête entre les mains, les coudes sur la table, et, sans la moindre pudeur, donna libre cours à ses larmes.
Dominique quitta lentement les lieux, satisfait de sa prestation, bientôt cette femme serait à lui, il en était certain maintenant.
Après avoir remis de l'ordre dans sa propre maison, Julien empila quelques affaires dans une valise? Ils avaient décidé avec Linda qu'il viendrait passer quelques jours chez elle.
Quelques minutes plus tard il sonna à la porte de Linda.
Personne ne vint ouvrir. Julien se souvint alors que Linda lui avait donné un double de la clé. Il chercha dans sa poche, la trouva et ouvrit la porte.
La maison était silencieuse, étonné de ne pas entendre le rire de Linda, il referma la porte, s'avança jusque dans la cuisine, personne, dans le salon, personne, dans la chambre, toujours personne.
Mais où est-elle passée se demanda-t-il, il resta immobile quelques instants, c'est alors qu'il perçut le bruit de l'eau coulant dans la baignoire, il éclata de rire, elle prenait son bain.
Il s'en retournait vers la cuisine lorsqu'il remarqua que la porte de la salle de bains était entrouverte il ressentit violemment le désir de la surprendre dans son bain, de se glisser dans l'eau tiède avec elle, de sentir sa peau contre la sienne.
Tout excité il se déshabilla promptement, laissa choir ses vêtements sur le sol, ouvrit la porte. Son désir fit place à l'étonnement, puis à la crainte, Linda, inerte gisait nue dans la baignoire, l'eau qui coulait toujours recouvrait presque entièrement son visage, un tube vide de comprimés traînait sur le sol.
Dans la seconde il comprit la situation, elle avait voulu en finir avec la vie, il bondit, le coeur battant, d'un geste rapide ferma le robinet, l'eau s'arrêta de couler, plongea les bras dans la baignoire, d'un violent coup de reins, souleva son pauvre amour, la déposa face contre terre sur le sol de la chambre, saisit son portable, appela le SAMU.
Les gestes qui sauvent lui revinrent en mémoire, il les avait appris comme ça, pour le fun, pensant que ça pourrait lui être utile un jour, Linda régurgitait de l'eau lorsque les secours arrivèrent et ce n'est que lorsqu'il ouvrit la porte à la doctoresse qui conduisait l'équipe de secours, qu'il s'aperçut qu'il était totalement nu, il rougit violemment, s'excusa, elle sourit ce qui ajouta un peu plus à sa rougeur et à son trouble, il ramassa ses vêtements et s'habilla rapidement.
Il suivit des yeux l'ambulance qui tourna au coin de la rue, il resta un long moment immobile, le regard fixant l'horizon, comme s'il cherchait dans l'infini, une réponse aux questions que lui posait son avenir.
Il lui rendit visite le soir même à l'hôpital, seule dans une chambre claire, étonnée par son geste, déçue d'être encore de ce monde mais heureuse de l'avoir tout à elle.
- Ne me gronde pas dit-elle, je n'en pouvais plus.
Il n'insista pas, elle était hors de danger et c'était l'essentiel.
Elle sortit le lendemain, il vint la chercher et ils rentrèrent ensemble à la maison.
Ils s'installèrent confortablement dans la salle de séjour.
- Tu as besoin de savoir, lui dit-elle.
Oui, il avait besoin de savoir, il ne comprenait pas son geste, il la croyait heureuse près de lui, avec lui, pourquoi voulait-elle quitter la vie, tous les projets qu'ils avaient fait ensemble ne comptaient donc pas, pour elle c'était du vent, des paroles en l'air ? Oh oui, il avait besoin de savoir.
Elle lui raconta la visite de Dominique, la libération prochaine de son bébé, les exigences de Marco à son égard, elle n'osa pas parler de son rachat par Dominique tellement elle avait honte d'être traitée comme une vulgaire marchandise, comme une esclave.
Plus elle se racontait plus elle était convaincue, si elle voulait revoir son bébé, qu'il lui fallait abandonner ses rêves de bonheur, son projet d'union avec Julien, mais comment le lui dire, le lui faire comprendre.
Alors elle abandonna toute susceptibilité, toute pudeur, elle lui fit part des pressions, des menaces prononcées par Marco. Il lui avait téléphoné après le départ de Dominique, comme s'ils avaient été de connivence, dit-elle et c'est le malaise qu'elle avait éprouvé qui l'avait conduite, dans un geste de folie, de refuser de vivre.
- Mais tu es arrivé au bon moment lui dit-elle en lui prenant la main.
Il voyait bien qu'elle n'était pas tout à fait convaincue, ils passèrent toute la fin de la journée et une grande partie de la nuit à examiner en détail la situation.
La nuit leur apporta conseil. On voulait qu'elle se marie avec Dominique pour obtenir la libération de son enfant et bien elle se marierait avec Dominique le plus vite possible mais jamais personne ne l'obligerait à vivre avec Dominique, elle ne consommerait pas le mariage et demanderait le divorce, sans attendre.
Il lui fallait être plus fine que ses bourreaux elle leur montrerait qu'elle en était capable.
Sans plus attendre elle téléphona à Dominique, lui donna son accord et lui demanda de faire rapidement publier les bans.
Dominique était dans son bureau quand il reçut l'appel téléphonique de Linda. Il ne se doutait pas que Sonia entendait toutes les communications de Dominique, grâce au micro qu'elle avait fait installer.
Elle apprit donc le mariage prochain de Dominique avec Linda.
Elle apprit aussi la collusion de Dominique avec Marco toujours de la même façon, lorsque ce dernier avait informé Dominique de la pression qu'il venait d'exercer sur Linda mais elle avait compris, à l'encontre de ce qu'elle avait cru, que Linda n'éprouvait aucun sentiment pour Dominique. Cela la rassura et la conforta. Il lui fallait forcer le destin et elle s'e n sentait capable.
Trackbacks
Voici l'URL pour faire un trackback sur cette note : http://edmond.blogspirit.com/trackback/1628521
Ecrire un commentaire