16.09.2008

Et si le bonheur....30

Linda prit l'initiative de quitter la maison mise à sa disposition par Dominique. Elle ne voulait plus rien avoir à faire avec lui, ne plus rien lui devoir, ne plus le rencontrer, bien lui faire comprendre que mariage ou non il n'était plus rien pour elle. Sans en avoir l'absolue certitude, elle était convaincue qu'il s'était entendu avec Marco et ça elle ne pouvait l'accepter et, à plus forte raison, le pardonner.

Ce fut Dominique qui se chargea du dossier devant être déposé en mairie, ainsi que de la publication des bans. Julien serait le témoin de Linda, celui de Dominique devait être un ami d'enfance, sommelier dans son restaurant.

Pendant les quinze jours nécessités par la réunion des documents officiels et le délai fixé par la loi pour la publication des bans, Linda refusa obstinément d'avoir le moindre rapport avec Dominique.

Ce dernier ne désespérait pas de retourner la situation à son avantage. Il serait prévenant, plein de gentillesse, attentif à ses moindres désirs, elle finirait par comprendre que son avenir était bien auprès de lui, il espérait beaucoup conquérir le coeur du petit Paul et certainement au-delà, le coeur de sa maman.

Il y avait un risque, un risque sérieux, il le savait bien, c'était qu'elle refusa d'habiter avec lui.

Il rejetait cette pensée, que ferait-il si elle décidait, après la cérémonie de ne pas le suivre, il refuserait de lui rendre l'enfant ? C'était insensé, elle ne savait pas qu'il était chez sa mère, il la tuerait et il se tuerait, non, il ne s'en sentait pas le courage, son esprit vacillait et il s'interdisait de penser.

Le jour de la cérémonie arriva enfin. Le temps était gris et triste comme l'était le coeur de Linda. Cette parodie de cérémonie lui déchirait l'âme. Une seule consolation, la présence de Julien à ses côtés, combien elle aurait été heureuse si elle avait été au bras de son amour. Pour l'instant elle ne voulait que penser à son fils qui lui serait rendu dès demain, Marco l'avait promis et sa parole valait tous les écrits du monde.

Ils arrivèrent à pied à la mairie en deux groupes séparés, ils durent attendre quelques instants dans la salle des pas perdus que la cérémonie d'un autre mariage soit terminée. Un silence lourd et pesant, aussi triste que le temps, succéda au doux charivari de la réunion précédente.

Un huissier vint les chercher, les fit entrer, les précéda et leur indiqua leur place respective, face à l'officier d'état civil qui devait prononcer leur union. Les portes de la salle des mariages étaient, comme le veut la loi, ouvertes au public.

L'adjoint au maire, c'était lui qui officiait ce jour-là, prit des documents entre ses mains, il allait commencer la lecture des articles du Code civil, soudain, une voix, du fond de la salle, brisa net son élan.

- Dominique, mon fils, arrête, je t'en prie la voix était tremblante mais forte, ce n'était pas un ordre mais une supplication, elle résonna comme un roulement de tambour dans cet immense espace.

Dans un même mouvement tous les regards se tournèrent en direction de la voix, deux femmes tenant un enfant par la main se tenaient entre les deux battants de la porte restée ouverte. On entendit alors le cri déchirant et simultané, de deux êtres, un petit enfant et sa maman qui se retrouvaient après s'être perdus.

Linda, incrédule, la joie au ventre, incapable de bouger, ouvrit les bras, le petit Paul, courant de toute la vitesse de ses petites jambes, vint se jeter dans les bras qui se tendaient vers lui.

Dominique s'était effondré sur l'une des chaises les yeux perdus, l'esprit en déroute, n'y comprenant rien, vit ses rêves se briser, il prit soudain conscience de ses erreurs, il eut peur de la prison, de sa vie brisée, il ne put retenir ses sanglots, sa maman et Sonia s'approchèrent avec des gestes tendres comme s'il avait été un enfant, le prirent par le bras et quittèrent la salle sans se retourner.

C'était au bras de Julien que Linda quitta cette salle maudite avec dans les bras ce cadeau inespéré qu'elle avait cru ne jamais revoir. Elle n'était peut-être pas mariée, pas encore du moins, mais elle conservait tous ses rêves, tous ses espoirs intacts.

Elle eut une pensée émue pour ses parents et dit à Julien combien elle aimerait avoir de leurs nouvelles, combien elle trouvait pesant et absurde ce silence, qui avec le temps devenait définitif parce que personne n'osait le rompre.

Ils rentrèrent sans s'attarder à la maison, ils installèrent deux fauteuils face à face dans leur chambre pour servir de lit au petit Paul, demain ils iraient choisir un lit plus confortable et ils s'en réjouissaient.

La journée avait été rude, éprouvante, ils ne savaient pas encore qu'elle était loin d'être terminée.

On sonna à la porte, Julien alla ouvrir, Sonia était devant lui, il ne la connaissait pas, Linda l'avait aperçue le jour de son arrivée à Royan. Elle leur demanda de la recevoir mais leur dit-elle, je vous dois des explications sur mon attitude dans cette affaire.

Elle entreprit de leur raconter combien elle avait été malheureuse de voir Dominique se détacher d'elle depuis l'arrivée de Linda, la jalousie morbide qui l'avait minée au point de lui faire commettre une vilaine action, qui aurait pu avoir de graves suites, elle avait donné l'adresse de Linda. Elle raconta le micro, le détective qui lui avait permis de connaître les agissements de Dominique, de déjouer ses plans et de convaincre sa maman de restituer l'enfant.

Linda l'avait écouté en silence, tout s'éclairait maintenant, elle avait enfin devant elle cette femme qu'elle avait détestée et dont le fonds n'était pas si mauvais. Elle songea qu'elle pourrait peut-être, un jour devenir son amie.








Au moment même où Sonia effectuait sa confession, à mille km de là, à Aix-en-Provence, d'autres événements dramatiques que d'aucuns se plairont à nommer justice immanente, se manifestaient implacablement. Mais ce ne fut que le lendemain que la presse nationale en fit ses premières pages.

Après quinze jours d'absence, José retrouvait sa chère discothèque.

Une tournée en Amérique du sud puis en Afghanistan, l'avait éloigné provisoirement de la direction du groupe.

L'intérim ayant été confié à Manu, le chéri de ces dames.

Aujourd'hui c'était donc un jour de fête, le retour du patron et pour que la fête soit complète José avait convoqué tous ses lieutenants.

La discothèque devait ouvrir ses portes au public à 22 heures, José arriva bien avant l'heure, il était seul, traversa la grande salle avec ses canapés et ses tables, l'immense piste de danse dont le plafond, imposant caisson lumineux était soutenu par de nombreux poteaux décoratifs donnant à l'ensemble l'aspect insolite d'une forêt fantasmagorique. Il était passé devant l'imposant et magnifique bar et ses nombreux tabourets coiffés de cuir rouge, alignés comme à la parade.

Tout était calme, bientôt ce serait la fiesta, le bruit, la musique, les rires et les cris, la lumière éclatante, colorée, aveuglante, fusant de toute part, les boules étincelantes, tournoyantes, rythmées par la musique aux mains des DJ les plus jeunes et les plus doués de toute la région. Et la foule, jeune, bruyante, qui viendrait se perdre, se noyer, se dissoudre dans le bruit, la musique et la fureur de vivre, dans l'oubli de ses angoisses, de sa véritable condition humaine, à la recherche d'une âme soeur.

Il alla s'installer dans le bureau, il était de retour au bercail, dans le silence de la pièce, il laissait sa mémoire faire le point des affaires prioritaires dont il aurait à traiter les jours prochains,
Et parmi celles-ci il y avait la situation de Marco.

Aux dernières nouvelles il se baladait toujours dans la nature, le motard qui l'avait eu en permanence au téléphone n'avait pas repéré l'endroit où il aurait pu se planquer.

C'était bon signe, José était presque certain que Marco avait quitté la France. Personne ne pouvait plus lui disputer la place qui était la sienne à la tête du groupe. Le boss serait satisfait.

Il y eut des bruits qui commencèrent à percer le silence de la salle. José reconnut le barman et les serveuses riant à gorge déployée, c'est bon se dit José, il y aura de l'ambiance cette nuit. Puis
S’éveilla dans le bureau le rythme d'une musique d'ambiance qui servait d'ouverture. La soirée commençait vraiment.

Trois hommes entrèrent dans le bureau, le motard et les deux gros bras qui avaient planqué, sans succès, dans l'impasse, il leur demanda d'assurer sa protection en se tenant dans le couloir d'accès, ne laissant entrer que ses lieutenants quand ils se présenteraient, le motard restant auprès de lui.

José consulta sa montre, minuit. Les salles de cinéma et de spectacle étaient maintenant fermées et la foule devait être en piste.

Soudain, un bruit inhabituel se fit entendre, un glissement, un frottement, comme un meuble que l'on traîne sur le sol, il parvint aux oreilles de José, c'était derrière lui, il se retourna brusquement, son visage se figea, devint livide, accusant la surprise et la peur qu'il avait du mal à dissimuler. Un trou béant s'était ouvert dans la bibliothèque, libérant un accès et dans l'encadrement de cette ouverture, se tenait un homme, un revenant, Marco, une arme de gros calibre dans la main droite.

D'un prodigieux coup de reins José fit un roulé-boulé tout en dégainant son arme, les deux armes crachèrent en même temps en une formidable explosion se répercutant jusque sur la piste de danse.

José et Marco s'affaissèrent en même temps, le motard eut juste le temps de retirer sa veste, libérant les armes de guerre qu'il portait toujours sur lui.

La porte du bureau vola en éclat, les deux gros bras apparurent arme au poing dans l'encadrement, pas le temps de réagir, le motard, d'une rafale de mitraillette les cloua au sol.

Dans un court moment de répit, le motard s'approcha du corps de José, le poussa du bout du pied, il bascula sur le dos, inerte, les yeux grands ouverts, une large tâche rouge s'élargissait au niveau du coeur, José avait cessé de vivre.

Marco, inanimé, respirait encore, une profonde blessure à la cuisse droite d'où s'échappait par saccade, des jets de sang imprégnant la moquette. Il fallait un garrot, il avait apprit ça, n'avait-il pas été cité à l'ordre du régiment pour avoir sauvé son lieutenant victime de la même blessure en opération commandée.

Comme dans l'armée il fit une solide ligature à son chef inanimé, comme là-bas de l'autre côté de la terre, il chargea le corps sanglant et toujours inanimé, sur son épaule.

Un immense cri d'horreur et d'effroi parcourut la foule lorsqu'il déboucha sur la piste de danse portant sur l'épaule son fardeau sanglant.

Hébété, les yeux hagards, cherchant vainement le poste de secours, il allait en tous sens, ne comprenant rien à rien, suscitant la panique dès qu'il s'approchait d'un groupe terrorisé.

Et ce bruit, ces cris, cette musique qui résonnait dans sa tête, il fallait faire cesser tout ça.

Il renversa une table, comme pour établir une barricade, une protection, déposa derrière celle-ci le corps qu'il croyait être celui de son lieutenant, il devait faire cesser ce bruit, éteindre les projecteurs, se dégager de cet encerclement qui l'étouffait, le prenait à la gorge.

Tout bascula dans sa pauvre tête, d'un coup, comme ça, comme provoqué par un battement d'aile de papillon sur un ancien théâtre d'opération, là-bas, de l'autre côté de la planète

Posément, d'un geste sec, il introduisit dans son arme automatique un autre chargeur, la panique redoubla dans la foule encore présente, se ruant vers les sorties, se poussant, se bousculant, piétinant les corps tombés à terre et les râles mêlés aux cris de peur et de détresse qui n'en finissaient pas.

Se dégager, arrêter ces bruits et ces cris, cette musique, cette lumière qui lui brûlait les yeux. Alors, plus de contrôle, la fureur, la volonté de se battre, de vaincre. Il tira, tira, tira furieusement, sur les lumières qui explosaient dans un arc électrique puissant projetant à l'entour une pluie dévastatrice de débris de verres.

Il tira sur la cabine de la sono, fit exploser les baffles, mais les cris de la foule ne cessaient toujours pas.

Il tira sur tout ce qui bougeait, il était dans son élément, la jungle, les forêts tropicales, l'ennemi était partout et lui, bien installé dans son délire, courrait, se retournait, sautait par dessus les tables, tournait, virevoltait et tirait, ne s'arrêtant que quelques instants pour recharger son arme.

Au dehors l'animation était à son comble, prévenues par un coup de fil anonyme, les forces de police avaient établi un périmètre de sécurité, bientôt rejointes par les services d'incendie et les services de santé accompagnés des ambulances, puis les autorités prirent en mains la situation.

Les badauds s'agglutinaient à la limite du cordon de sécurité cherchant à savoir ce qui se passait, interpellant les forces de police, pétrifiés autant par le froid qui apparaissait aux portes de l'hiver, que par le manège incessant des ambulances.

Un car complet de forces de police, armées, cagoulées, firent leur apparition et sans bruit se répartirent près des points stratégiques sous les yeux admiratifs mais inquiets de la foule.

Les cris et les hurlements ne cessaient toujours pas, le motard aperçut soudain, dans la nuit tombée sur cette salle, des ombres qui bougeaient derrière le bar, il saisit l'une des grenades fixée à sa ceinture, la dégoupilla et dans un geste de fureur la jeta sur l'étalage des alcools.

Il se jeta à terre pour résister au souffle puissant de l'explosion, les flacons éclatèrent libérant leur contenu, une flamme jaillit tout à coup, le bar ou ce qu'il en restait, ne fut bientôt plus qu'un immense brasier, les flammes se propageaient à une vitesse folle. Il voulut s'échapper, fuir cette fournaise, il revint sur ses pas, fonçant vers le bureau et sa porte secrète, encore quelques mètres, il lâcha ses armes, tendit les bras comme pour recevoir à pleins poumons cet air frais qui venait du dehors, il allait réussir mais à la sortie dans l'impasse, des hommes cagoulés, les forces de police, l'attendaient l'arme au poing.

Désespéré, pris au piège il saisit sa dernière grenade, la dégoupilla mais n'eut pas la force de lancer, une rafale d'arme automatique le cloua au sol.

La grenade explosa dans ses mains ne faisant pas d'autres victimes, son corps disloqué projeté dans la ruelle conserva son mystère, qui était cet homme, d'où venait-il ?

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