11.12.2008
La maison d'en haut 04
Subitement, comme si son apparition l’avait commandé, la musique s’est arrêtée, par contraste, le silence n’en est que plus oppressant, son coeur bat plus vite, elle attend ne sait quoi, observe sans oser remuer la tête, embrasse toute la salle, un immense bureau trône devant une bibliothèque encastrée dans le mur entre deux portes-fenêtres, une machine à écrire est posée
Le jour semble se ternir, le ciel qu’elle aperçoit par les fenêtres sans volets est de plus en plus sombre, quelque étoiles scintillent ça et là, elle veut subitement connaître l’heure mais il n’y a ni horloge, ni réveil.
Machinalement elle consulte sa montre mais elle est surprise, sa montre a quitté son poignet, pourtant, jusqu’alors, elle ne s’en était jamais séparée, même quand elle avait accouché, même lorsqu’elle prenait son bain.
Elle ne sait pourquoi elle a voulu consulter sa montre, quel besoin a-t-elle de connaître l’heure ? N’avait-elle pas voulu vivre hors du temps ?
Pourquoi éprouve-t-on le besoin d’évaluer le temps qui passe ? Veut-on plutôt se rassurer sur le temps qu’il nous reste à vivre ? Il lui faudra donc perdre cette habitude, elle voulait disposer d’un mois, et voilà que maintenant ce délai qu’elle s’était fixé prend une autre dimension, s’il ne peut être compté ni mesuré, il devient de ce fait infini.
Les yeux clos, une image de plus en plus précise s’impose à son esprit. Cette image prend la forme d’une masse énorme, imposante, aux contours indéfinis, la mouvance de cette forme est extraordinaire, c’est comme si elle l’observait au travers d’un kaléidoscope. Les contours s’affinent, se modifient, les couleurs aussi changent, se transforment, il y a cependant une dominante de rouge et de blanc, elle s’applique à stabiliser cette image, à lui donner, à lui imposer une fixité suffisante. Petit à petit, l’image se précise, c’est ça, c’est bien ça, c’est l’homme qui l’a accueillie qui lui apparaît ainsi, mais quel est cet homme qui peut aussi aisément s’imposer à son esprit ? De quelle force surhumaine dispose-t-il ?
Elle le voit debout, tout près d’elle, il est là, il la regarde intensément, elle se sent faible, de plus en plus faible, sans défense, vulnérable, elle s’affole, a peur, et pourtant il n’a aucun geste menaçant, rien dans son attitude ne peut être de nature à l'effrayer, et pourtant elle frissonne profondément troublée.
Elle n’ose pas ouvrir les yeux, s’il la sait éveillée ne peut-il pas modifier son comportement, soudain elle le voit qui se penche vers elle en approchant ses deux mains tendues, ne voit que ces mains puissantes, énormes, à quelques centimètres de son visage, les voit descendre près de sa gorge et sent la chaleur de ses doigts, elle n’en peut plus, se dresse sur son lit et hurle de toutes ses forces, elle crie, crie à en perdre le souffle tout en ouvrant les yeux.
Il n’y a personne dans la chambre, sa porte est toujours fermée, pourtant elle était sûre qu’il était là, à côté d’elle.
Elle se calme, regarde hébétée autour d’elle, il n’y a rien. Le silence qui succède à son cri lui paraît plus lourd, plus insolite encore, le jour a fait place à la nuit, elle est épuisée, anéantie, voudrait dormir mais cette solitude lui pèse, elle ne peut rester ainsi, veut voir une présence humaine, mais la maison est toujours silencieuse, Marie se lève et veut redescendre dans la salle, veut se rassurer mais il lui faut ouvrir la porte de la chambre, elle hésite, c’est toujours angoissant d’ouvrir une porte fermée, on ne sait jamais avec certitude ce qu’il y a derrière.
Malgré sa peur et son incertitude, déployant une force qu’elle croit surhumaine, elle tourne lentement la poignée, sans bruit, pousse l’huis, se retrouve sur le palier de la tour, il lui faut maintenant descendre ces marches qui craquent longuement sous chacun de ses pas.
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