12.12.2008
La maison d'en haut 05
Enfin la voilà dans la salle unique de cette maison, il n’y a toujours personne, les bûches se consument lentement dans la cheminée, elle frissonne de froid, à moins que ce ne soit de peur, mais la présence du feu qui disperse une douce chaleur la rassure, elle s’assoit dans l’un des fauteuils, elle s’en veut maintenant de cette réaction, décidément elle est trop sensible, l’étrangeté de cette situation a sans nul doute contribué à lui mettre les nerfs à fleur de peau.
Quelques instants se sont écoulés, elle se sent mieux, elle est presque bien maintenant, elle se risque à examiner la salle, en tournant la tête ses yeux se portent sur le tableau posé sur le chevalet, l’éclairage tamisé souligne les contours de la peinture, la lumière dansante du feu projette des éclairs successifs qui animent le sujet, ce tableau est fantastique, intriguée, elle se lève et s’en approche pour mieux l’observer.
Sur un fond de montagnes sombre, presque noir, éclairé par un ciel de petit matin, sur un sol lie de vin, trois croix d’un vert jaune se détachent et semblent sortir du tableau. La croix centrale paraît en relief, le peintre lui a donné une perspective telle que la base est énorme par rapport au sommet, elle est fascinée, ce tableau l’intéresse, se demande quel symbole l’artiste a voulu lui donner.
Elle en est là de ses réflexions lorsqu’un bruit insolite lui fait tourner la tête.
Une créature d’une étrange beauté vient d’entrer dans la salle, elle est souriante, c’est une femme, pas du tout étonnée de la trouver là, au contraire, elle s’approche, la regarde longuement.
- Je suis heureuse de te voir, moi aussi je t’attendais. Je t’appellerai Manguy.
Marie étonnée, curieuse, s’enhardit.
- Mais ce n’est pas mon nom, pourquoi Manguy ?
Le visage de la femme est soudain devenu grave, a un mouvement de la main comme pour lui imposer le silence, le regard apeuré s’est porté alentour, puis est revenu sur Marie.
- Écoute-moi bien Manguy, souviens-toi d’une chose, d’une seule chose, ici, jamais tu ne devras poser de questions, jamais tu ne devras interroger quiconque, souviens-toi, jamais, ce serait trop dramatique pour toi. Cependant, pour une fois, et pour une seule fois, je vais prendre le risque d’enfreindre cette règle, et je vais te dire pourquoi j’ai choisi ce nom.
Elle se rapproche, la prend par les épaules et sur un ton de confidence lui dit ces mots :
- Tes yeux sont beaux, Manguy, ils sont d’un bleu tendre, d’une profondeur infinie, ils évoquent pour moi les voyages, mais sont énigmatiques, je retrouve dans leur mystère toute l’Inde mystérieuse. Je sens aussi Manguy que tu es ardente et je crois deviner en toi toute la passion de l’Amérique du Sud, des civilisations disparues, et puis la forme de ton visage, tes seins gonflés appellent en moi l’image d’un fruit, d’un magnifique fruit mûr à la chair savoureuse et parfumée, car le parfum, Manguy, que tu dégages, semble venu d’ailleurs.
Or, Manguy, pour moi, c’est une expression tendrement adoucie qui vient de mangue, mais sais-tu seulement ce qu’est une mangue ? C’est un fruit en forme de poire qui vient de l’Inde ou de l’Amérique du Sud, et dont la chair est jaune, savoureuse et parfumée. J’en rapporte souvent de mes lointains voyages.
Manguy a écouté l’explication de cette femme qui a lâché ses épaules. Elles restent toutes deux face à face. Manguy se sent rouge de confusion, elle vient d'entendre une véritable déclaration d'amour, se demande si elle doit y répondre, son cœur est rempli de joie, une douce chaleur enpourpre son visage.
Cette femme qui se tient devant elle, dit un droite dans ses bottes, quelque peu provocante, a un étrange regard, un regard formé par des yeux noirs brillant d’une intensité à peine soutenable, un regard de médium.
D’où vient-elle ? se demande Manguy. Elle a une allure d’Amazone, que fait-elle dans cette maison? Qui est-elle ?
Mais Manguy se souvient qu’elle ne doit poser aucune question.
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Commentaires
Aaaaah, je suis vraiment contente de voir que tu publies "La Maison d'en haut", c'est mon préféré !
Gros bisoux mon Papa
Marjolaine
Ecrit par : nesk | 13.12.2008
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